Effets de la récolte d'une culture de couverture sur le sol et la culture commerciale suivante

Les éleveurs de l'Ontario sèment des cultures de couvertures annuelles en vue de disposer de fourrages supplémentaires. L'avoine (figure 1) ou l'avoine avec des pois constituent un choix répandu pour la récolte d'automne, alors que le seigle céréalier est utilisé couramment pour la récolte printanière en raison de sa rusticité et de sa croissance en début de saison. Les bienfaits pour le sol des cultures de couverture traditionnelles qui ne sont pas récoltées ont été démontrés, mais on peut se demander si ces avantages se perdent lorsque la culture est récoltée. On peut aussi se demander quel est l'effet d'une récolte de cultures fourragère annuelle sur la culture commerciale qui suit.

Figure 1. Parcelle d'avoine en culture de couverture avant la récolte.

Figure 1. Parcelle d'avoine en culture de couverture avant la récolte.

Effet des cultures de couverture récoltées sur les propriétés du sol

Les résidus de surface sont des atouts majeurs des cultures de couverture pour la santé du sol. En effet, ces résidus protègent le sol du vent et de l'eau, améliorent la structure du sol et fournissent de la matière organique au sol. Mais si on les enlève, est-ce que la culture de couverture est encore bénéfique pour le sol?

Bien que les recherches soient limitées sur le sujet, la plupart de ces dernières ont montré que la récolte de cultures de couverture exerce peu ou pas d'effet sur les propriétés du sol, comparativement aux situations où elles ne sont pas récoltées. Ainsi, dans le cadre d'un essai réalisé en Ontario dans les années 1980, on a constaté que du seigle récolté dans un système de maïs à ensilage (voir exemple à la figure 2) n'avait pas d'effet sur la stabilité des agrégats à l'état humide (une mesure de la capacité des agrégats du sol à ne pas d'effriter lorsqu'ils sont humides) ou sur la densité apparente (un indicateur du compactage), comparativement à une culture de couverture non récoltée, après trois ans. Une étude menée au Kansas a montré qu'il n'y avait pas de différence non plus entre les deux situations en ce qui a trait au potentiel d'érosion hydrique ou éolienne ou à la capacité d'infiltration d'eau du sol.

Figure 2. Récolte printanière d'une culture de seigle céréalier fourrager.

Figure 2. Récolte printanière d'une culture de seigle céréalier fourrager.

Une recherche récente effectuée au Nebraska a permis d'évaluer un mélange multiespèces de cultures de couverture récoltées et non récoltées, semées entre une monoculture de maïs à ensilage. Après trois ans, le sol de la parcelle où la culture de couverture avait été récoltée ne présentait pas de différences en termes de compactage et de stabilité des agrégats à l'état humide par rapport au sol où la culture de couverture n'avait pas été récoltée. On a par contre observé une réduction du taux d'infiltration d'eau, ce qui est logique étant donné la plus faible quantité de résidus à la surface qui ralentissant l'écoulement de l'eau. La teneur du sol en matière organique était légèrement plus faible dans la parcelle récoltée que dans celle qui ne l'était pas.

Les cultures de couverture utilisées comme fourrages sont bénéfiques pour la santé du sol, mais pas nécessairement au même degré que si elles ne sont pas récoltées. Toutefois, les racines des cultures récoltées contribuent fortement à stabiliser la matière organique et la structure du sol.

Effets des cultures de couverture récoltées sur la culture commerciale qui suit

La récolte d'une culture de couverture pour utilisation comme fourrage peut avoir un effet négatif sur la culture commerciale qui suit, surtout en raison de la baisse d'humidité dans le sol et de l'immobilisation de l'azote qui s'ensuivent. La question est particulièrement préoccupante dans le cas des céréales d'automne qui précèdent une culture de maïs. Un essai sur deux ans réalisé au Minnesota a permis de constater que du seigle récolté au stade de fin montaison avait entraîné des baisses de 26 et 28 mm dans la capacité de stockage de l'eau dans le sol au cours de deux saisons distinctes. On a aussi observé que cette situation était également associée à une diminution de l'azote des nitrates, ce qui a affecté le rendement en maïs. Le seigle non récolté, détruit chimiquement plusieurs semaines avant l'ensemencement en maïs, n'a pas réduit l'humidité du sol ni diminué le rendement en maïs. Des recherches ontariennes ont aussi montré que le seigle cultivé comme fourrage avant une culture de maïs à ensilage peut réduire le rendement, et risque de retarder l'ensemencement. Le rendement total (seigle + maïs) a toutefois dépassé le rendement du maïs seul lorsque le sol a été travaillé au printemps.

L'effet de la récolte d'une culture de couverture dépend de la culture qui suivra. Une recherche effectuée au Michigan a montré que bien qu'une d'une double culture de seigle affectait négativement les rendements de cultures suivantes en maïs grain ou maïs à ensilage, ce n'était pas le cas pour le soya. Selon des travaux menés dans l'État de New York, le soya présentait des rendements similaires après la récolte d'une culture de couverture en seigle fourrager comparativement à une culture qui avait été enfouie ou en l'absence de culture de couverture.

Autres points pertinents

  • Comme toute culture récoltée, les cultures de couverture utilisées comme fourrages vont prélever des éléments nutritifs. Il est important de tenir compte de ce prélèvement dans le plan de gestion des éléments nutritifs de l'exploitation, surtout en ce qui a trait au phosphore et au potassium.
  • La gestion de l'avoine récoltée en automne est habituellement plus simple que celle des céréales d'automne qui passent l'hiver. Il est conseillé de commencer avec de l'avoine pour ceux qui n'ont jamais récolté de cultures de couverture pour le fourrage.

Sommaire

Les cultures de couverture récoltées pour utilisation comme fourrages apportent un peu moins de bienfaits au sol, mais elles permettent toutefois d'améliorer la santé du sol par rapport à l'absence de culture de couverture. Elles peuvent aussi être immédiatement rentables économiquement. En effet, les racines contribuent grandement à l'amélioration du sol quand les cultures de couverture sont récoltées.

Références

Blanco-Canqui, H., J.D. Holman, A.J. Schlegel, J. Tatarko et T.M. Shaver, Replacing fallow with cover crops in a semiarid soils: Effects on soil properties. Soil Science Society of America Journal, 77, 1026-1034, 2013.

Blanco?Canqui, H., M. Drewnoski et D. Rice. Does harvesting cover crops eliminate the benefits of cover crops? Insights after three years. Soil Science Society of America Journal, 85:146-157.

Crowley, K.A., H.M. Van Es, M.I. Gomez et M.R. Ryan, Trade-offs in cereal rye management strategies prior to organically managed soybean. Agronomy Journal,110:1492-1504.

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Raimbault, R.A., T.J. Vyn et M. Tollenar, Corn response to rye cover crop management and spring tillage systems. Agronomy Journal, 82:1088-1093, 1990.


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