Méthodes et politiques
financières : destinées à protéger l'actif
des organismes
Table des matières
- Introduction
- Pourquoi des politiques et des méthodes?
- Procurations de signature
- Production de rapports périodiques
- Budgets annuels et limites de dépenses
- Transactions en espèces
- Chèques
- Cartes de crédit et de débit
- Comptes de comités ou de divisions
- Examens financiers périodiques
- Recours à des bénévoles
pour l'examen financier
- Choix du type d'examen financier convenant à
l'organisme
- Conservation des registres
- Politiques écrites
- Tranquillité d'esprit
- Bibliographie
Introduction
Au sein d'un organisme sans but lucratif, la responsabilité
de gérer et de protéger l'actif de l'organisme repose
sur les épaules du conseil d'administration. Dans bien des organismes
sans but lucratif des milieux ruraux, le conseil peut être composé
de simples bénévoles. Il n'en est pas moins tenu de faire
preuve de beaucoup de rigueur dans l'administration des affaires financières.
La présente fiche technique revoie les politiques et méthodes
de base que les organismes doivent mettre en place pour protéger
leur actif financier. Il n'y est toutefois pas question de cautionnement
ni d'assurance, qui sont aussi des aspects importants de la stratégie
de gestion des risques des organismes.
Pourquoi des politiques et des méthodes?
« Nous ne nous soucions pas des méthodes financières;
nous faisons pleinement confiance à notre trésorier,
qui, lui, s'occupe des affaires d'argent! »
Pour certains, mettre en œuvre des méthodes
financières strictes est une insulte à l'intégrité
et à l'honnêteté de leur trésorier et des
personnes qui gèrent les fonds de l'organisme. Or, ces méthodes
contribuent autant à protéger ces personnes qu'elles contribuent
à protéger l'organisme. De bonnes méthodes financières
font en sorte que le trésorier ne porte pas sur ses épaules
tout le fardeau des finances de l'organisme, sans compter qu'elles éliminent
toute tentation que pourraient avoir les personnes chargées de
gérer les éléments d'actif de profiter de la situation.
Procurations de signature
Une mesure de protection courante dans les organismes
reposant sur l'action bénévole consiste à exiger
que tous les chèques soient signés par deux dirigeants
reconnus comme signataires. Dans bien des organismes, on autorise trois
ou quatre personnes à signer, de telle sorte que l'on puisse
toujours réunir deux signatures en cas d'éventuelles absences.
Cette façon de procéder est inefficace
si l'un des signataires autorisés signe d'avance des chèques
en blanc. Même si cette démarche part souvent d'une bonne
intention, la personne qui signe à l'avance manque alors à
son devoir comme dirigeant et administrateur et compromet la sécurité
des fonds de l'organisme. Les signataires autorisés et l'ensemble
des membres du conseil doivent toujours insister pour que les chèques
soient remplis au complet avant que quiconque ne les signe. Les signataires
autorisés sont également en droit, avant de signer, de
confronter les chèques aux factures correspondantes.
Production de rapports périodiques
Le conseil doit préciser un calendrier de production
de rapports financiers périodiques et le caractère détaillé
de l'information que ces rapports doivent contenir. À tout le
moins, les rapports financiers doivent indiquer l'état actuel
de l'encaisse de l'organisme, les encaissements et décaissements
pour la période visée ainsi que les comptes à recevoir
et les comptes à payer. Des exemplaires des rapports doivent
être distribués à tous les membres du conseil. Il
appartient aux administrateurs de revoir et de s'assurer de comprendre
les rapports financiers fournis.
Les livres ou registres comptables de l'organisme sont
la propriété de l'organisme et non du trésorier.
Les administrateurs doivent donc pouvoir les examiner à des moments
raisonnables.
Budgets annuels et limites de dépenses
Le pouvoir de dépenser des signataires autorisés
est normalement prévu dans le budget annuel de l'organisme. Dans
la plupart des organismes, le conseil d'administration délègue
ce pouvoir aux signataires autorisés pour ce qui est des achats
courants prévus au budget. Cela signifie que le trésorier
n'a pas à attendre l'approbation du conseil chaque fois qu'il
s'agit d'acheter un crayon
(pourvu que l'achat de crayons ou de fournitures de bureaux soit prévu
au budget).
Toute dépense non prévue au budget doit
être approuvée par une proposition soumise au conseil d'administration.
L'organisme peut imposer aux dirigeants des limites
de dépenses relativement aux achats importants. Des dépenses
dépassant un plafond préétabli peuvent exiger l'approbation
du conseil. Une politique du conseil pourrait par exemple stipuler que
« tout achat de plus de 500 $ doit être approuvé
par une proposition du conseil ».
En ce qui a trait aux dépenses plus importantes
ou aux dépenses en immobilisations, l'organisme peut avoir une
politique qui oblige le conseil à recourir à un appel
d'offres. Les achats sont alors faits après examen par le conseil
de deux ou trois soumissions écrites.
Transactions en espèces
La réalisation de certaines activités
oblige parfois les organismes à manipuler de l'argent. Il arrive
même que les sommes à manipuler d'un seul coup soient considérables.
Voici des méthodes simples qui peuvent limiter les risques de
vols ou d'accusations de vol :
- Faire la somme des encaissements et en consigner le total le plus
tôt possible.
- Toujours s'assurer qu'au moins deux personnes soient présentes
quand il y a manipulation d'argent.
- Une fois l'argent compté, le mettre sous clé en un
endroit accessible uniquement aux personnes autorisées.
- Faire des dépôts bancaires fréquents pour éviter
de garder des sommes importantes.
- Quand de l'argent est distribué, demander des reçus
ou demander aux personnes qui touchent l'argent de signer un formulaire
déclarant qu'elles l'ont bel et bien reçu.
Chèques
Les chèques constituent un moyen pratique de
faire le suivi des dépenses engagées. Ils soulèvent
néanmoins la question des faux chèques. Bien que ce risque
soit relativement mince, l'usage croissant des guichets automatiques
et du coup, la tendance pour les établissements bancaires à
réduire leur effectif font en sorte qu'il peut être alléchant
pour certains individus de présenter de faux chèques à
l'encaissement. Voici comment réduire ce risque:
- Garder toutes les formules de chèque en lieu sûr, et
idéalement sous clé.
- Garder tous les chèques signés qui ont été
retournés par la banque en lieu sûr, et idéalement
sous clé.
Cartes de crédit et de
débit
Les cartes de crédit et de débit sont
pratiques et largement acceptées, de telle sorte que bien des
organismes font émettre de telles cartes à leur personnel
ou dirigeants. Les dirigeants doivent alors rencontrer les agents financiers
de l'établissement bancaire pour discuter des modalités
à mettre en place. Il peut s'agir de fixer des limites quotidiennes
aux montants des transactions ou aux sommes versées à
certaines catégories précises de fournisseurs. Les détenteurs
des cartes doivent avoir reçu des directives très claires
quant à l'utilisation de leurs cartes.
Les cartes de crédit de l'organisme ne doivent
jamais servir à des fins personnelles même si la personne
paie avant l'échéance sa part du solde inscrit sur le
relevé de compte.
Comptes de comités ou
de divisions
Les comités ou divisions d'un organisme peuvent
avoir des comptes bancaires distincts et certains peuvent même
avoir leur propre trésorier. Le conseil d'administration de l'organisme
parent doit être conscient de l'existence de tels comptes et en
autoriser l'utilisation. Ces comptes doivent être gérés
selon les mêmes principes que ceux qui s'appliquent au sein de
l'organisme parent, notamment en ce qui a trait aux exigences visant
l'examen financier annuel indépendant. Aux yeux de la loi, les
comités et divisions des organismes constitués en société
font partie de la société. Leur avoir constitue l'avoir
de la société. Ils bénéficient des avantages
de la constitution en société, mais partagent aussi les
responsabilités et obligations qui en découlent. Ils ont
notamment le devoir de rendre compte de leurs finances au conseil d'administration
et aux membres. Le conseil détermine la fréquence de ces
comptes rendus; à tout le moins, les rapports doivent être
présentés une fois l'an et être soumis au trésorier
de l'organisme parent.
Examens financiers périodiques
Tout organisme doit faire examiner une fois l'an ses
états financiers par une personne compétente, objective
et indépendante. Un examen financier effectué par un professionnel
compétent fournit à l'organisme une opinion crédible
sur l'exactitude des états financiers, la justesse avec laquelle
les états reflètent la situation financière de
l'organisme et le degré de conformité de l'organisme aux
principes comptables généralement reconnus. Toute crainte
quant à la santé financière de l'organisme ou quant
aux pratiques financières de l'organisme est portée à
l'attention des membres. Ce type d'examen offre au conseil l'assurance
que les éléments d'actif de l'organisme sont gérés
convenablement et que les registres financiers et documents qui s'y
rapportent sont justes et complets.
Tout organisme devrait prendre connaissance de la loi
sous laquelle il est constitué ainsi que de ses propres statuts
constitutifs et règlements, afin de connaître le type d'examen
financier nécessaire. Les organismes qui ont le statut d'organisme
de charité enregistré peuvent nécessiter un niveau
d'assurance accru. Les établissements qui les financent peuvent
aussi préciser le type d'examen financier nécessaire pour
qu'ils consentent à leur octroyer des fonds.
On entend souvent parler de « vérification ».
Une vérification répond à une définition
bien précise établie par la profession comptable et offre
un très haut niveau d'assurance pour l'organisme. Les professionnels
de la comptabilité offrent aussi d'autres services qui s'assortissent
de différents niveaux d'assurance pour l'organisme. Ces divers
niveaux d'assurance dépendent de l'ampleur du mandat confié
au cabinet d'experts-comptables. Le prix de ces services augmente généralement
en fonction du niveau d'assurance offert.
On peut s'adresser à un comptable pour plus
d'information sur les services offerts. Voici néanmoins un bref
aperçu de quelques-uns des services les plus courants :
- Vérification - Une « vérification » s'appuie
sur des activités d'inspection, d'observation, d'enquête,
de confirmation, de calcul, d'analyse et de discussion, et vise à
garantir le plus haut niveau d'assurance possible.
- Examen - Un « examen » soumet l'information fournie par
l'organisme à des enquêtes, à des analyses et
à des discussions. Elle permet d'obtenir un niveau d'assurance
moyen. Un examen se fait avec moins de rigueur qu'une vérification
et n'offre pas le même niveau d'assurance.
- Compilation - Une « compilation » consiste pour le comptable
à dresser les états financiers de l'organisme à
partir des livres et registres comptables. L'organisme sait que les
états financiers reflètent l'information fournie, mais
n'a aucune assurance quant à la justesse des registres comptables.
Le terme « avis au lecteur » sert aussi à désigner
ce troisième niveau d'assurance. Il arrive par contre qu'un
« avis aux lecteurs » soit rédigé à
l'issue d'une mission plus approfondie qu'une simple compilation,
mission qui offre alors un degré d'assurance un peu plus élevé.
Recours à des bénévoles
pour l'examen financier
Pour certains petits organismes d'action bénévole,
le coût des services comptables peut paraître exorbitant
par comparaison à leurs budgets d'exploitation. Pour les groupes
qui hésitent à engager des honoraires professionnels pour
l'examen de leurs registres financiers, il y a des solutions de rechange.
Dans tous les cas, le conseil et les membres de l'organisme doivent
être conscients du compromis à faire au niveau de l'assurance
obtenue et l'approuver.
Certains comptables et cabinets d'experts-comptables
acceptent parfois d'offrir des services sans frais ou à prix
modique aux organismes sans but lucratif de leur collectivité.
Il s'agit de se renseigner. Un coup d'œil à la liste des membres
peut permettre d'y découvrir un comptable praticien ou retraité
qui acceptera peut-être de donner de son temps et de faire bénéficier
l'organisme de ses compétences. Cette tâche ne saurait
toutefois être confiée à un membre du conseil, car
ce membre se trouverait alors en situation de conflit d'intérêt.
Certains organismes s'en remettent à des bénévoles
qui n'ont pas de titres comptables, mais qui possèdent une expérience
pertinente en comptabilité (étant aide-comptable ou trésorier
d'un autre organisme, par exemple). Même si le travail de ce bénévole
ne saurait remplacer les services d'un comptable de profession, il est
certainement préférable à l'absence de tout examen
et peut offrir aux petits organismes un certain niveau d'assurance.
Lorsqu'un organisme décide de recourir à cette avenue,
il est recommandé de demander à deux personnes de faire
le boulot.
Comme pour tout travail bénévole, il
est important de fournir à la personne recrutée une description
de tâches claire. Celle-ci doit : décrire les
tâches à accomplir; préciser les registres qui doivent
être examinés et le degré de minutie avec lequel
ils doivent l'être; et indiquer le type de rapports à produire
ainsi que la date limite pour la production de ces rapports.
Choix du type d'examen financier convenant à
l'organisme
Il s'agit pour l'organisme de s'offrir le plus haut
niveau d'expertise financière que ses moyens lui permettent d'obtenir
et qui peut se justifier en fonction de la complexité des activités
de l'organisme. On peut s'adresser à un comptable de profession
pour discuter de la situation de l'organisme et des solutions envisageables
ainsi que des coûts de chacune de ces solutions. S'assurer que
le conseil et les membres sont satisfaits du niveau d'assurance qui
leur est offert. Il est bon de faire le point sur la question chaque
année! Plus l'organisme manipule d'argent, plus les risques sont
élevés et plus il est nécessaire de se doter d'un
haut niveau d'assurance.
Conservation des registres
Les organismes doivent se doter de politiques qui indiquent
clairement la durée pendant laquelle les registres financiers
doivent être conservés. Cette exigence s'applique tant
aux registres tenus à la main et aux pièces justificatives
(grands livres, chèques, reçus, etc.) qu'aux registres
électroniques si le trésorier utilise un programme informatique
pour tenir les livres de l'organisme. Une durée de sept ans est
monnaie courante pour les organismes, mais il s'agit avant tout de choisir
la durée de manière à ce qu'elle soit compatible
avec les activités de l'organisme.
Politiques écrites
Les organismes bénévoles sont souvent
soumis à un roulement fréquent de leurs dirigeants et
administrateurs. Un document intitulé « Politiques et méthodes »
s'avère un guide utile, à la fois pour les nouveaux administrateurs
et pour les administrateurs d'expérience, surtout les années
où il y a un renouvellement important des administrateurs au
sein du conseil. Ce document permet aussi de communiquer clairement
avec les membres si jamais la façon dont le conseil gère
les affaires financières de l'organisme venait à soulever
un débat.
Tranquillité d'esprit
Il peut sembler bien fastidieux d'élaborer des
méthodes financières en regard des risques plutôt
minces contre lesquels ces méthodes visent à prémunir
l'organisme. Il reste qu'il faut voir ces méthodes comme une
police d'assurance en se disant qu'il est toujours trop tard pour fermer
la porte de l'écurie une fois que le cheval s'est enfui! De la
même façon, il ne faut pas attendre que les éléments
d'actif s'envolent avant d'agir. Les fonds qui manquent ne sont parfois
que la pointe de l'iceberg, si l'on considère les coûts
pour l'organisme, les pertes de temps pour les dirigeants et administrateurs,
les répercussions émotives pour les personnes les plus
concernées, et la perte de crédibilité de l'organisme
au sein de la collectivité.
Pourquoi ne pas prendre quelques minutes à la
prochaine réunion du conseil pour revoir la protection financière
dont jouit l'organisme?
Bibliographie
Assurance Handbook, Institut canadien des comptables
agréés.
Financial Resource Management For Nonprofit Organizations,
L. Haller, Prentice-Hall Inc., 1982.
Meeting Today's Challenges, manuel accompagnant
un atelier du MAAO, B. Carson, 1990.
Strengthening Leadership Workbook Series, N.
Draper, Family Space Quinte, 1997.
The Not-for-profit Administrator newsletter,
Cowperthwaite Mehta Chartered Accountants, http://187 gerrard.com