Formation de mousse dans le fumier

La formation de mousse dans les structures d'entreposage de fumier n'est certes pas un phénomène nouveau en Ontario; elle a déjà été signalée à quelques reprises. Or elle semble devenir problématique. Au cours de la dernière année, de nombreuses porcheries du Haut-Midwest des États-Unis ont fait état d'un nombre croissant de cas de formation spontanée de mousse dans les fosses à fumier profondes situées sous les bâtiments d'élevage. Des explosions, des dommages et des blessures ont été signalés dans de rares cas; heureusement, il n'y a pas eu de perte de vie.

Le printemps dernier, en Ontario, il y a eu un incident dans une porcherie de finition dotée d'une fosse profonde. La fosse a été vidée au moyen d'une citerne à vide, et la formation de mousse a été enrayée pour l'instant. L'exploitant demeure très inquiet, et avec raison, craignant que ce phénomène ne se reproduise. Le risque que comporte cette mousse réside dans les gaz qui la composent. D'après des mesures prises à l'Université du Minnesota, ils renferment de 60 à 70 % de méthane (CH4) ainsi qu'une concentration mortelle de sulfure d'hydrogène (H2S). Ces gaz sont produits par la décomposition du fumier; normalement, ils sont évacués hors de la porcherie à mesure qu'ils s'échappent du fumier liquide. Or, la mousse les retient et les accumule. Tant qu'on ne remue pas la mousse, ces gaz ne causent aucun problème. Cependant, à mesure qu'elle s'accumule à la surface de la structure d'entreposage, elle peut remonter et s'échapper dans la porcherie. Il peut arriver que dans une fosse de huit pieds de profondeur, il y ait trois ou quatre pieds de fumier et quatre ou cinq pieds de mousse. Dans les porcheries dotées de ventilateurs pour fosses, cette mousse peut bloquer les ventilateurs, réduisant ou interrompant la ventilation et augmentant ainsi considérablement le risque d'explosion. À mesure que la mousse monte dans la porcherie, les porcs sont contraints de marcher et de se coucher dedans, et elle peut même se retrouver dans les mangeoires, rendant la porcherie inutilisable au point où il faut évacuer les animaux.

Le danger réside dans la possibilité que la mousse soit dissipée par le lavage à la pression, l'agitation énergique du fumier ou dans d'autres circonstances; dans ce cas, les gaz qu'elle renferme sont libérés presque immédiatement dans la porcherie, au point où le système de ventilation ne peut les évacuer assez rapidement. Le méthane présente une densité de 0,6 par rapport à l'air; il monte donc rapidement. Lorsqu'il dépasse 4 ou 5 % du volume d'air, une flamme ou une étincelle provenant d'un appareil de chauffage, d'un moteur électrique ou au gaz ou d'un interrupteur d'éclairage provoquera une explosion. Ainsi, un producteur du Minnesota utilisait un nettoyeur à haute pression alimenté au gaz pour arroser une porcherie de finition afin de réduire le niveau de mousse qui remontait par le caillebotis. Comme il faisait froid, il avait réduit la ventilation au minimum. Heureusement, il se trouvait près de la porte lors de l'explosion, qui l'a projeté à 30 pieds de la porcherie. Il a subi quelques brûlures mais il a survécu.

La cause précise de la formation de mousse n'a pas encore été déterminée. La mousse se compose de bulles de méthane et d'autres gaz provenant du fumier, et elle a une consistance épaisse, semblable à de la crème glacée fondue. Elle peut aisément déplacer les couvercles de bois des trappes de vidange. Jusqu'à maintenant, la seule solution que l'on connaisse consiste à accroître l'apport d'air froid à la surface de la structure d'entreposage, et à actionner les gicleurs, s'il y en a, pour dissiper la mousse. Il faut fermer les appareils de chauffage, et si l'on utilise un nettoyeur à haute pression, s'assurer d'en placer le moteur à l'extérieur de la porcherie. Quoi qu'il en soit, chaque fois qu'il y a de la mousse, il faut porter la ventilation à au moins 10 renouvellements d'air par heure, et plus de préférence, la ventilation minimum étant généralement de quatre renouvellements d'air par heure. Les porcs auront peut-être froid, mais c'est préférable à une explosion. On peut se procurer des détecteurs de gaz auprès des fournisseurs d'accessoires de sécurité. Ces détecteurs devraient pouvoir déceler la limite inférieure d'explosivité (LIE) qui comprend le méthane et le sulfure d'hydrogène. Rappelons que comme le méthane est plus léger que l'air, il aura tendance à se concentrer au plafond, et que le H2S est plus lourd que l'air et se concentrera près du plancher et dans les salles ou annexes situées plus bas que la porcherie; il faut donc placer le détecteur près du plafond pour déceler le méthane et près du plancher pour déceler le sulfure d'hydrogène. N'oubliez pas d'en mettre dans les bureaux, les salles de rangement ou de préparation, les douches et les ateliers de préparation des aliments, car ces zones ne sont pas aussi bien ventilées que la porcherie, et les gaz peuvent s'y accumuler.

Les services de vulgarisation agricoles des États du Haut-Midwest, dirigés par le Minnesota, ont constitué un groupe qui se penche sur cette question. Leur enquête auprès des producteurs leur a permis de constater que dans toutes les porcheries touchées, on donnait des drêches de maïs de distillerie séchées à manger aux porcs, mais que toutes les porcheries qui en donnent n'ont pas de problème de formation de mousse. Par exemple, il arrive qu'une porcherie ait de la mousse et qu'une autre porcherie identique sur le même terrain n'en ait pas, et parfois même que dans une même porcherie ou la fosse est divisée en deux parties par une cloison, il y ait de la mousse d'un côté mais pas de l'autre, alors qu'il n'y a aucune différence sur le plan des porcs, des aliments et de la gestion. Afin de recueillir plus de renseignements, le service de vulgarisation de l'Université du Minnesota a mis sur pied un site Web où l'on peut remplir un formulaire. Il faut sélectionner « Other » et entrer Ontario. Je leur ai déjà demandé si les producteurs de l'Ontario pouvaient participer, et Larry Jacobson, l'un des enquêteurs, nous a souhaités la bienvenue. L'enquête a pour objectif de déterminer l'incidence de ce problème ainsi que des facteurs communs qui pourraient être à l'origine de la formation de mousse. On trouve également sur ce site une présentation sur les porcs et plusieurs fiches d'information.


Auteur : Robert Chambers, ing. - Ingénieur, équipement et structures pour porcs et moutons/MAAARO
Date de création : 05 novembre 2010
Dernière révision : 24 juillet 2017

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