Il n'y a pas de solutions faciles au dilemme des mycotoxines

Malgré des recherches approfondies et des essais à la ferme réalisés partout dans le monde, il nous reste beaucoup à apprendre sur les moisissures et les mycotoxines. Actuellement, environ 300 mycotoxines ont été identifiées, et de nouvelles s'ajoutent encore. On connaît néanmoins peu de choses concernant leurs effets cliniques sur les humains et les animaux.

Bien que des chercheurs aient tenté de relier la présence de certaines moisissures observées sur le terrain à des toxines en particulier, la mise en corrélation de cette information est loin d'être simple, notamment pour les raisons suivantes :

  • Les mycotoxines se manifestent souvent en très faibles concentrations qui peuvent être difficiles à détecter.
  • Il se peut que les analyses ne fournissent pas une évaluation réelle de la situation en raison de lacunes dans la méthodologie ou de la présence de mycotoxines non encore identifiées.
  • Les symptômes cliniques sont souvent peu évidents ni spécifiques. Les signes habituels, comme la léthargie, une diminution de la consommation d'aliments, une faible performance ou une sensibilité accrue à l'infection, peuvent être causés par beaucoup d'autres facteurs liés à la santé ou au milieu.
  • Il n'existe pas, dans le cas des mycotoxines, de réactions types en fonction d'une certaine dose comme dans le cas d'autres organismes pathogènes.
  • Les interactions entre les différentes mycotoxines ne sont pas décrites avec précision. Étant donné que les aliments pour animaux qui sont contaminés contiennent habituellement un certain nombre de mycotoxines différentes, dont certaines ne sont peut-être pas encore identifiées ou sont moins connues, cela complique l'interprétation de la situation.

Bien que bon nombre de mycotoxines aient été identifiées, la majorité d'entre elles sont détectées en très petites quantités dans les échantillons. La mycotoxine la plus commune, bien que ce ne soit pas la plus toxique, est le désoxynivalénol (DON ou vomitoxine). Toutefois, la toxicologie, la biologie et la composition chimique des différentes mycotoxines varient. Par conséquent, leurs effets diffèrent grandement et dépendent de nombreux facteurs, comme la quantité de toxine ingérée, la durée de l'exposition, l'espèce, l'âge et le sexe de l'animal, son état physiologique ainsi que les synergies entre les différentes mycotoxines présentes dans l'aliment.

On dit souvent que l'attaque est le meilleur moyen de défense. Il est donc important de maîtriser d'abord le développement des moisissures, par les mesures suivantes :

  • Garder les aliments à un faible degré d'humidité. Idéalement, la teneur en humidité des aliments devrait se situer entre 12 et 15 %.
  • Garder des aliments frais. Cela prend un certain temps et des conditions ambiantes propices pour que les moisissures se développent.
  • Garder propres le matériel utilisé pour les mélanges ainsi que les mangeoires. Les surfaces ou les aliments contaminés peuvent inoculer les aliments sains.
  • Garder les grains intacts jusqu'à ce qu'ils soient séchés. Les moisissures ont plus de chances de se développer dans les grains endommagés ou transformés.
  • Utiliser des inhibiteurs de moisissures. Ces produits n'ont pas d'effet sur les mycotoxines comme telles, mais ils vont empêcher que d'autres moisissures se développent.

En plus de la méthode habituelle qui consiste à diluer les grains contaminés par des mycotoxines dans les rations, des recherches antérieures ont porté sur l'identification de liants permettant d'atténuer les effets des mycotoxines. Voici les caractéristiques du liant idéal pour les mycotoxines :

  • Hautement spécifique à une ou des mycotoxines. Si le liant n'est pas spécifique, il pourra se lier à d'autres éléments nutritifs ou médicaments contenus dans la ration, ce qui réduira leur assimilation et leur efficacité.
  • Faible dosage. Les liants n'apportent habituellement pas de valeur nutritive additionnelle à l'alimentation; leur dosage doit donc être minimal de manière à réduire la dilution des éléments nutritifs.
  • Utilisation techniquement et économiquement réaliste.

Les chercheurs se sont penchés sur un grand nombre d'additifs différents, dont la bentonite, la zéolite, l'argile décolorante, le charbon activé, la luzerne, etc. Bien que l'efficacité de ces additifs à titre de liants des mycotoxines ait été démontrée, on sait aussi qu'ils se lient sans distinction à d'autres ingrédients alimentaires, comme les vitamines, les minéraux et les médicaments. De plus, bon nombre exigent des dosages élevés, ce qui accentue l'effet de dilution dans le régime alimentaire. Finalement, les liants sont souvent jugés peu utiles.

Des recherches récentes se sont penchées sur des méthodes plus complexes concernant les additifs et la nutrition. Des chercheurs étudient actuellement la possibilité d'utiliser des polymères organiques comme les glucomannane estérifiés, un extrait de la paroi cellulaire de levures. Cet extrait présente une grande affinité pour certaines mycotoxines, comme l'aflatoxine, sans toutefois compromettre le métabolisme des minéraux, comme c'est le cas avec certains liants, dont le charbon activé. Des résultats préliminaires obtenus en laboratoire et dans le cadre d'essais auprès d'animaux semblent prometteurs.

Puisque la mise au point de liants qui sont spécifiques à certaines mycotoxines est complexe, d'autres chercheurs étudient des stratégies nutritionnelles ciblées. Des recherches menées à l'Université de Guelph portent sur des modifications du régime alimentaire visant à combattre les mycotoxicoses. Dr. Trevor Smith étudie la capacité de certains ingrédients alimentaires précis à modifier les réactions neurochimiques dans le cerveau. Une des voies envisagées consiste à ajouter des suppléments de protéines à l'alimentation des animaux, comme des suppléments de farine de gluten de maïs et de protéine sanguine, qui sont riches en grands acides aminés neutres. Ces grands acides aminés neutres concurrencent le tryptophane pour les sites de transport à travers la barrière hémato-encéphalique, réduisant effectivement la quantité de tryptophane qui pénètre dans le cerveau et, par conséquent, la quantité de sérotonine produite. La sérotonine est un neurotransmetteur du cerveau qui, produite en trop grande quantité, provoque la léthargie et la perte d'appétit. Les recherches réalisées jusqu'à maintenant ont montré que cette technique est efficace pour les porcelets qui ingèrent des aliments contaminés par le DON.

Il est évident qu'il est nécessaire de poursuivre des recherches approfondies dans le domaine des moisissures et des mycotoxines. Dans ce domaine, ce qu'on ignore risque d'être nuisible. Il est donc important de prélever des échantillons et de faire analyser les grains soupçonnés d'être contaminés par des mycotoxines avant de les donner aux animaux afin d'établir avec précision la quantité d'ingrédients qui peut être ajoutée sans danger à la ration.


Auteur : Greg Simpson - Spécialiste de la nutrition des porcs
/MAAARO
Date de création : 15 décembre 2011
Dernière révision : 15 décembre 2011

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