Existe-t-il un marché pour le porc enrichi de sélénium?

Le sélénium est un oligoélément qui, bien que présent en quantité infime, est indispensable au fonctionnement de l'organisme de tous les animaux, y compris le porc. Certains sols du Canada et des États Unis ont une faible teneur en sélénium, notamment dans les régions du centre-nord et de l'est du Canada et celles du nord-est, du Pacifique, du sud-ouest et de l'extrême sud-est des États Unis (voir la figure 1). Par conséquent, les fourrages cultivés dans ces régions contiennent très peu de cet oligoélément et, sans apport de suppléments, les régimes composés exclusivement d'aliments récoltés dans ces régions attestent une carence en sélénium.

Figure 1. Teneur en sélénium des sols au Canada et aux États-Unis

Figure 1. Teneur en sélénium des sols au Canada et aux États-Unis

Légende

Parties hachurées :
Faible - Environ 80 % des fourrages et des céréales ont une teneur en sélénium inférieure à 0,10 ppm.

Parties pointillées :
Variable - Environ 50 % des fourrages et des céréales, y compris ceux cultivés en Alaska, ont une teneur en sélénium inférieure à 0,10 ppm.

Parties vides :
Suffisant - 80 % des fourrages et des céréales, y compris ceux cultivés à Hawaii, ont une teneur en sélénium supérieure à 0,10 ppm.


Dans les années 1960, on a signalé des carences en sélénium chez les porcs de certaines régions du Mid West américain, essentiellement dans l'Indiana, dans l'Ohio et au Michigan. Les symptômes caractéristiques d'une carence en sélénium chez les porcs sont semblables à ceux qui sont observés lorsqu'il y a une carence en vitamine E, notamment la dystrophie musculaire, des tissus musculaires présentant des stries pâles, de petites hémorragies dans le muscle cardiaque (" microangiopathie cardiaque du porc ") et la nécrose hépatique. Aux États-Unis, en 1974, la FDA (Food and Drug Administration) approuvait l'ajout de 0,1 ppm de sélénium dans l'alimentation de tous les porcs. En 1982, on haussait le niveau acceptable à 0,3 ppm pour les porcelets étant donné que la teneur de 0,1 ppm n'était pas toujours suffisante pour prévenir les symptômes liés à la carence en sélénium. Enfin, en 1987, on établissait le niveau acceptable à 0,3 ppm pour tous les porcs, quel qu'en soit le poids ou la classe.

Le Conseil national de recherche propose dans la publication Nutrient Requirements of Swine (10e édition révisée, 1998) que le régime alimentaire des porcelets sevrés ait une teneur de 0,3 ppm de sélénium et que la ration distribuée aux porcs en croissance-finition, aux truies en gestation et en lactation et aux verrats reproducteurs contienne 0,15 ppm de sélénium. Habituellement présent sous la forme inorganique de sélénite de sodium, le sélénium est généralement ajouté dans les mélanges à mouler en vrac, les suppléments et les aliments complets qui sont vendus aux producteurs.

On s'intéresse de plus en plus aux avantages liés aux suppléments de sélénium dans l'alimentation humaine. Depuis que cet oligoélément a été jugé essentiel, les chercheurs ont mis au jour de nombreux bienfaits pour la santé associés au sélénium alimentaire. Le sélénium agit dans l'organisme des animaux et des humains comme un composant du système d'enzymes antioxydants. La glutathion peroxydase, un enzyme présent dans chacune des cellules du corps, neutralise les peroxydes toxiques qui sont formés durant la conversion des réserves lipidiques de l'organisme en énergie. Si ces peroxydes ne sont pas contrôlés, ils peuvent endommager les composants cellulaires et causer toute une série de problèmes de santé, y compris le cancer. Le sélénium est un composant d'au moins 20 autres protéines fonctionnelles dans l'organisme, dont la plupart ont une fonction de protection.

Malgré l'abondance des preuves qui établissent les avantages du sélénium pour la santé humaine, un ensemble de recherches de plus en plus important indique des carences en sélénium chez les humains. Le sol des régions où l'on cultive la plus grande partie des céréales fourragères et du soya destinés au bétail est pauvre en sélénium. Les fourrages récoltés ont, par conséquent, des concentrations négligeables de sélénium, ce qui se répercute plus bas dans la chaîne alimentaire, c'est-à-dire dans les produits animaux et, éventuellement, chez les humains. Margaret Rayman, professeure à l'Université du Surrey, au Royaume Uni, a évalué la concentration de sélénium chez plus de 42 000 personnes en Europe et aux États Unis. En se basant sur des données provisoires, elle a conclu que l'apport moyen de sélénium chez les Européens et les Américains était bien en deçà des 75 microgrammes par personne par jour que recommandent le Royaume-Uni dans son apport nutritionnel de référence et le National Academy of Sciences des É.-U.

Le sélénium organique, produit grâce à la fermentation de la levure, est une autre forme de sélénium qui peut être utilisée pour remplacer le sélénite de sodium en alimentation animale. En effet, cet élément permettrait de renverser la tendance à la baisse de l'apport en sélénium, ainsi que les problèmes de santé qui y sont reliés, chez les humains. Il se peut en fin de compte que l'utilisation du sélénium organique dans le but d'augmenter la concentration de sélénium chez les humains passe par la consommation de porc enrichi de sélénium.

Don Mahan, un chercheur en nutrition des porcs à l'Université de l'État de l'Ohio, a mené quelques-unes des premières recherches qui ont été réalisées afin de connaître les effets du sélénium organique sur le porc. Ses recherches indiquent que la longe de porcins de boucherie ayant absorbé du sélénium organique (sélénocystéine dérivée de levures) avait en fait une concentration plus élevée en sélénium que celle des porcs qui avaient reçu du sélénium inorganique (sélénite de sodium). M. Mahan a également indiqué que la perte de liquide au ressuage était plus importante dans le cas des porcs qui avaient reçu du sélénium inorganique que chez ceux qui avaient absorbé du sélénium organique ou une ration sans supplément de sélénium. Le sélénium organique peut aussi contribuer à prolonger la durée de conservation de la viande.

Quatre coopérative coréennes commercialisent actuellement une marque de porc enrichi de sélénium, le " Selen Pork ". En 2000, ces coopératives réunies ont élevé quelque 100 000 porcins de boucherie " Selen Pork " en les nourrissant d'un mélange à mouler en vrac contenant du sélénium organique. Une analyse d'échantillons de jambon et de longe " Selen Pork " a révélé que la teneur en sélénium de ces produits était environ 10 fois supérieure à celle du porc traditionnel, que la viande était plus maigre et plus juteuse, et qu'elle avait une couleur nettement plus rosée, une caractéristique très appréciée des consommateurs asiatiques. Bien que les frais d'alimentation des animaux soient légèrement plus élevés pour produire du " Selen Pork ", le prix de ce porc est environ 30 % plus élevé sur le marché coréen que celui du porc traditionnel.

La FDA a récemment approuvé l'utilisation du sélénium organique dans les aliments pour porcs et pour dindons, ce qui fait suite à l'approbation qui avait été accordée pour la nourriture des poulets à griller en 2000. Au Canada, seulement deux produits contenant du sélénium organique sont actuellement approuvés en alimentation porcine et ce sont des levures enrichies de sélénium.

La consommation de viande enrichie de sélénium pourrait avoir un effet direct sur la santé des humains. Dans des recherches menées à l'Université de l'Arizona, un groupe important d'hommes a reçu pendant une période prolongée un comprimé contenant soit du sélénium organique, soit un placébo. Chez ceux qui ont pris un supplément quotidien de sélénium organique, on a observé une diminution de 63 % des cancers de la prostate, une diminution de 58 % des cancers du côlon et du rectum, ainsi qu'une diminution de 45 % des cancers du poumon. En outre, le taux global de mortalité par cancer dans ce groupe a été réduit de 50 %. D'autres chercheurs ont indiqué qu'un apport adéquat de sélénium dans l'alimentation était bénéfique pour la santé et agissait sur le syndrome d'immunodéficience acquise, l'immunité, la fertilité et la cardiopathie.

Le temps seul permettra de dire si le porc enrichi de sélénium deviendra un " aliment santé ". Depuis de nombreuses années, l'industrie des viandes vante les vertus de son produit en tant que source d'éléments nutritifs supérieure aux aliments d'origine végétale. Dans le cas du sélénium, elle pourrait bien finir par avoir le dessus.

Sources

CASTALDO, D.J. Meat as a Bodyguard, Meat Processing, septembre 2002.

CROMWELL, G.L. Selenium - A Unique Trace Element, Université du Kentucky, avril 2000.

http://www.saanendoah.com/map1.html - KUBOTA, J., W.R. ALLAWAY, D.L. CARTER, E.E. CARY et V.A. LAZAR. Selenium in crops in the United States in relation to selenium-responsive diseases of livestock, J. Agric. Food Chem., no 15, 448, 1967.

Nutrient Requirements of Swine, chapitre 4 - Minerals. National Research Council, 1998.


Auteur : Greg Simpson - Spécialiste de la nutrition des porcs/MAAARO
Date de création : 01 février 2003
Dernière révision : 29 février 2012

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