Sommaire de recherche sur l'alimentation
des porcs avec du maïs d'un faible poids spécifique
La recherche a démontré que, selon le degré de maturité
atteint par le maïs au moment du premier gel et l'intensité
du gel, l'impact sur la qualité et la quantité du maïs
récolté varie. Le tableau 1 présente la maturité
relative du maïs, les pourcentages estimés d'humidité
et de protéine brute à chaque stade de développement
du grain, ainsi qu'une évaluation du poids au boisseau du grain
advenant qu'une gelée meurtrière survienne aux divers stades
de maturité de la culture.
Tableau 1. Caractéristiques aux différents stades de développement
du maïs
| Stade |
Humidité (%) |
Protéine (%) |
Poids spécifique (lb/boisseau) |
| Début du stade laiteux |
75-80
|
6-13
|
35
|
| Début du stade pâteux |
60-65
|
10,5
|
47
|
| Mi stade d'entaille des grains |
50-55
|
7-9
|
55
|
| Maturité |
25-40
|
7-9
|
58
|
Source : Richert, B. 1996.
Au début des années 1970 nous avons connu des conditions
similaires au moment de la récolte. À cette époque,
l'Université de Guelph avait effectué plusieurs essais en
vue d'évaluer la valeur nutritive de la récolte de maïs.
Voici les résultats obtenus à ce moment-là (sur une
base de matière sèche de 85 %).
- La teneur en humidité variait de 31 à 50 %.
- Le poids au boisseau allait de 60 à 46 lb.
- La protéine brute était de 4,3 - 7,9 %.
- Les valeurs énergétiques allaient de 3 050 à
3 400 kcal d'énergie métabolisable (ÉM)/kg.
Selon ces résultats, avec les hybrides disponibles à ce
moment-là, les chercheurs ont conclu que l'on pouvait estimer la
valeur énergétique du maïs de la façon suivante
(voir tableau 2).
- Toute augmentation de 1 % de la teneur en humidité = une réduction
de 12 kcal de moins d'ÉM/kg.
- Chaque 15 % de plus de la teneur en sucre = 64 kcal de moins d'ÉM/kg.
- Chaque changement de 1 lb du poids du boisseau = une différence
de 13,9 kcal d'ÉM/kg.
Tableau 2. Estimation de la valeur énergétique du maïs
selon divers poids au boisseau
| Poids au boisseau |
(lb) Énergie métabolisable (kcal/kg) |
|
56 lb
|
3 325
|
|
54 lb
|
3 297
|
|
52 lb
|
3 269
|
|
50 lb
|
3 241
|
|
48 lb
|
3 213
|
|
46 lb
|
3 185
|
Source : Summers, J. 1992.
En 1992, le laboratoire sur la qualité de l'alimentation animale
du MAAO (comme on appelait alors le MAAARO) a analysé la qualité
de 90 échantillons de maïs (d'un poids moyen de 49 lb/boisseau)
tirés de la récolte de la même année pour en
conclure que selon les valeurs d'énergie métabolisable dans
l'élevage du poulet, le niveau d'énergie était de
5 % inférieur au niveau d'énergie moyen du maïs des
années précédentes. Les chercheurs en ont conclu
que le lien était très mince entre le poids spécifique
et la valeur énergétique et ils ont indiqué que des
facteurs tels les différences entre les hybrides, la maturité
atteinte au moment d'un gel meurtrier, la teneur en humidité du
maïs, la température de séchage et les dommages causés
par la manutention pouvaient tous avoir contribué grandement à
la variabilité.
Comme on présume que le maïs dont le poids spécifique
est plus faible possède une valeur nutritive moindre que le maïs
normal (56 lb/boisseau), il peut être sévèrement déclassé
à l'élévateur. Les producteurs auront donc tendance
à vouloir utiliser ce maïs de faible poids spécifique
dans leurs propres programmes de nutrition. Étonnamment, si on
considère la prévalence de cette question par le passé,
il y a eu relativement peu de recherches sur la valeur nutritive du maïs
à faible poids spécifique chez les porcs. Les quelques études
dans ce domaine semblent contredire l'hypothèse que le maïs
à faible poids spécifique serait inférieur quant
à sa qualité nutritive par rapport au maïs de poids
spécifique normal. Les tableau 3, tableau 4, tableau 5 et tableau
6 résument certains résultats des études effectuées
sur la récolte de maïs de 1992.
Tableau 3. Effet d'une alimentation à base de blé et de
maïs de grades divers* sur des porcs en croissance** (32-75 kg -
7 premières semaines)
| Paramètre A |
Blé B |
Maïs de
Kent C
|
Maïs de
Kent D |
Maïs de
Huron E |
Maïs
de Huron |
| Poids spécifique du maïs
|
|
54
|
52
|
48
|
48
|
|
Teneur énergétique
(kcal d'ÉM/kg)
|
|
3 314
|
3 153
|
3 036
|
3 093
|
| Gain quotidien moyen (kg) |
1,01
|
0,93
|
|
1,04
|
1,05
|
|
Apport quotidien moyen
(kg)***
|
2,92ab
|
2,92 ab
|
2,77 b
|
2,90 ab
|
3,13 a
|
| Rapport aliments : gain |
2,91
|
3,22
|
2,84
|
2,79
|
2,99
|
Source : Dr Jim Morris, Collège de Ridgetown
* Explication des régimes alimentaires :
A - Blé de 1992 du Collège de Ridgetown - excellente qualité
B - Maïs de 1992 (comté de Kent) - grade 3
C - Maïs de 1992 (comté de Kent) - grade 4
D - Maïs de 1992 (comté de Huron) - grade 5 - séché
lentement (non caramélisé)
E - Maïs de 1992 (comté de Huron) - grade 5 - caramélisé
** 18 porcs/traitement dans trois enclos
*** Les résultats sur la même ligne avec un exposant diffèrent
de façon significative (P<0,05)
Dans cette expérience, le maïs de faible poids spécifique
n'a pas influé grandement sur le gain moyen quotidien ni sur la
conversion alimentaire (même en présence de certains dommages
dus à la caramélisation). Ces résultats indiquent
de toute évidence que le séchage à haute température
est nuisible pour le maïs récolté à des niveaux
d'humidité élevés. Les producteurs devraient faire
attention aux signes de caramélisation (odeur de brûlé
et grains foncés) et se rappeler que les grains gravement caramélisés
pourraient avoir une teneur protéique et énergétique
jusqu'à 15 % inférieure.
Tableau 4. Effet du poids du maïs sur la performance des porcs de
croissance finition (29-68 lb)
| Poids spécifique (lb/boisseau) |
42 |
47 |
51 |
59 |
| Gain quotidien moyen (kg) |
0,65
|
0,60
|
0,64
|
0,64
|
| Apport quotidien moyen (kg) |
1,32
|
1,22
|
1,30
|
1,29
|
| Rapport aliments : gain |
2,04
|
2,00
|
2,04
|
2,04
|
Source : Iverson, D.M. and Thaler, R.C. 1996.
Tableau 5. Maïs de faible poids spécifique pour les porcs
de croissance finition (60-200 lb)
| Poids spécifique (lb/boisseau) |
Maïs léger 41 |
Maïs moyen 48 |
Maïs lourd 54 |
| Gain quotidien moyen (kg) |
0,73
|
0,77
|
0,79
|
| Apport quotidien moyen (kg) |
2,68
|
2,93
|
2,82
|
| Rapport aliments : gain |
3,56
|
3,82
|
3,56
|
Source : Iverson, DM and Thaler, R.C. 1996.
Tableau 6. Performance des porcs nourris au maïs ontarien de 1992
séché à deux températures
| Maïs dans le régime |
Temp. de séchage
(° F) |
ÉD
(sur la base MS) (kcal/kg) |
Gain quotidien moyen (kg) |
Apport quotidien moyen (kg) |
Rapport aliments : gain
(à la distribution) |
| Maïs témoin Ontario - |
|
3 480
|
0,55
|
1,32
|
0,42
|
| Maïs témoin Indiana - |
|
3 364
|
0,57
|
1,22
|
0,40
|
Funks 201
|
180
|
3 545
|
0,59
|
1,38
|
0,42
|
|
220
|
3 530
|
0,45
|
1,21
|
0,37
|
| Pioneer 3787
|
180
|
3 354
|
0,60
|
1,41
|
0,43
|
|
220
|
3 336
|
0,51
|
1,27
|
0,40
|
| Pioneer 3790 |
180
|
3 118
|
0,48
|
1,24
|
0,39
|
|
220
|
3 311
|
0,47
|
1,27
|
0,37
|
| Funks 4023 |
180
|
3 251
|
0,51
|
1,23
|
0,42
|
|
220
|
3 187
|
0,58
|
1,37
|
0,42
|
Source : Patterson, R., Tuitoek, J. and Young, L. 1993.
En se basant sur de tels résultats, les chercheurs ont à
ce jour conclu que le poids au boisseau ne constitue pas un indicateur
fiable de la valeur nutritive du maïs.
Certains d'entre eux ont indiqué que le poids spécifique
du maïs n'affecte pas beaucoup la croissance des porcs jusqu'à
ce qu'il passe sous les 45 lb/boisseau, c'est celui dont on dit qu'il
a un poids spécifique très faible. Ils signalent qu'à
mesure que le poids spécifique baisse sous les 45 lb/boisseau,
l'énergie digestible diminue de 5-6 % et par conséquent,
la conversion alimentaire et le taux de croissance s'en ressentent (3-10
%) à cause d'un apport en énergie moindre. D'autres avancent
que le maïs d'un poids spécifique aussi faible que 40 lb/boisseau
peut procurer une performance semblable au maïs d'un poids spécifique
normal. Des chercheurs de la South Dakota State University et d'ailleurs
ont indiqué que l'ajout environ 2 à 3 % d'huile ou de gras
aux régimes composés de maïs de très faible
poids spécifique peut améliorer la performance, mais ne
la ramène pas aux niveaux qui sont atteints avec du maïs de
poids spécifique normal.
La recherche a montré que le maïs à faible poids spécifique
a tendance à avoir de plus hautes teneurs en protéine brute,
en fibre et en cendres, et il contient moins de gras et d'amidon que le
maïs normal. Outre l'énergie, les niveaux de lysine et de
protéine brute seront moindres dans le maïs de faible poids
spécifique parce que le maïs n'a pas eu le temps d'assimiler
complètement les acides aminés. De plus, la teneur en protéine
brute du maïs à très faible poids spécifique
est extrêmement variable et doit être évaluée.
Le maïs de poids spécifique supérieur à 45 lb/boisseau,
comme on l'a vu avec la récolte de maïs de 1992 (de 7-10,4
% de protéine), peut avoir des teneurs variables en protéine
brute et doit être surveillé de près. Toutefois, les
moyennes normales publiées pour la lysine (0,25 %) dans le maïs
de faible poids spécifique devraient être relativement constantes.
Dans le cas du maïs endommagé par le gel, il faut tenir compte
de la présence possible de mycotoxines, particulièrement
la vomitoxine et la zéaralenone. Si les grains gèlent avant
d'atteindre la maturité, la teneur en humidité est extrêmement
élevée et si la gelée meurtrière est suivie
de quelques jours de temps chaud estival (21 °C), les conditions au
champ favorisent la croissance de moisissures.
Les fournisseurs d'aliments pour animaux adaptent la composition des
ingrédients pour compenser les mauvaises années où
le maïs a perdu de sa valeur nutritive. Les producteurs qui effectuent
eux-mêmes leurs mélanges doivent adapter leurs propres rations
pour aussi compenser.
Quand le maïs a un faible poids spécifique, le producteur
doit :
- mesurer les teneurs en humidité et en protéine;
- déterminer le poids au boisseau du maïs à 15 %
d'humidité;
- équilibrer les rations pour tenir compte des différences
en protéine, en énergie et en humidité;
- calibrer les broyeurs distributeurs volumétriques pour tenir
compte de poids au boisseau plus faibles;
- élément le plus important, s'il travaille en tenant
compte du poids et non du volume du maïs, ou s'il effectue les
rajustements nécessaires, il ne devrait pas avoir de problème.
Tableau 7. Réglages à effectuer dans le poids des aliments
pour le maïs de grade inférieur
| Poids au boisseau kg (lb) |
Kg nécessaire pour l'équivalent de 1 kg
de maïs d'un poids de 56 lb/boisseau |
|
56 lb
|
1,000
|
|
54 lb
|
1,009
|
|
52 lb
|
1,017
|
|
50 lb
|
1,026
|
|
48 lb
|
1,035
|
|
46 lb
|
1,044
|
|
44 lb
|
1,053
|
|
42 lb
|
1,063
|
Source : McBride, G. 1992.
Le tableau 7 donne une estimation du poids de maïs de grade inférieur
nécessaire pour fournir la même énergie que 1 kg de
maïs de 56 lb/boisseau, selon la recherche effectuée à
l'Université de Guelph dans les années 1970. Ces lignes
de conduite peuvent servir à reformuler les rations.
Exemple de calcul
Reformuler un mélange de 800 kg de maïs (56 lb/boisseau)
+ 200 kg de tourteau de soya (TS) avec du maïs d'un poids de 50 lb/boisseau.
Calculer la quantité de maïs nécessaire pour fournir
une quantité identique d'énergie :
800 kg x 1,026 = 820,8 kg
Reformuler le mélange = 820,8 kg de maïs + 200 kg de TS =
1 020,8 kg de mélange
Pour 1 000 kg de nouveau mélange, il faudrait :
820,8/1 020,8 x 1 000 = 804 kg de maïs
200/1 020,8 x 1 000 = 196 kg de TS
Références
- Iverson, DM and Thaler, R.C. 1996. Low-quality soybeans and corn as
feedstuffs for swine. Swine Health and Production, Vol.4, No. 1.
- Johnston, L.J. 1995. Use of low-test-weight corn in swine diets and
the lysine/protein relationship in corn. Swine Health and Production,
Vol. 3 No.4.
- McBride, G. 1992. Feeding value of low bushel weight corn. OMAF Adverse
Weather File.
- Patterson, R., Tuitoek, J. and Young, L. 1993. Nutritional value of
immature corn of different bulk density for young pigs. 1993 Ontario
Swine Research Review.
- Richert, B. 1996. Feeding value of immature, low-test weight corn
and soybeans for swine. Purdue Crop and Livestock Update.
- Summers, J. 1992. Feeding value of immature and low bushel weight
corn. Poultry Industry Council Factsheet #16.
- Vyn, T. 1993. Corn Quality - What to do? 1993 Southwestern Ontario
Pork Conference.