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L'orge à faible teneur en phytates libère le phosphore emprisonné dans les phytates

Auteur : Janice Murphy - Nutritionniste de porcs/MAAARO
Date de création : 01 juin 2003
Dernière révision : 01 juin 2003


Le phytate est l'un des principaux facteurs antinutritionnels dans l'alimentation du porc. Dans les conditions légèrement acides du tractus intestinal, il se fixe aux minéraux comme le fer, le calcium, le magnésium et le zinc. Comme les animaux monogastriques digèrent mal les phytates et les utilisent peu, ces minéraux liés aux phytates sont moins disponibles dans le corps. On estime que de 60 à 80 % du phosphore présent dans les aliments pour animaux se présente sous forme de phytate et que la biodisponibilité du phosphore dans les aliments habituellement servis aux porcs (Tableau 1) se situe entre 10 et 30 %. Cette faible disponibilité du phosphore présent sous forme de phytate pose deux problèmes aux producteurs : la nécessité d'ajouter des suppléments de phosphore inorganique au régime des porcs et la présence de grandes quantités de phosphore dans le fumier.

Tableau 1a. Biodisponibilité du phosphore dans l'alimentation des porcs

Aliments

Biodisponibilité
P* (%)

Céréales

14

Maïs

22

Avoine

30

Orge

46

Triticale

50

Blé
 
Produits céréaliers
13
Gruau d'avoine
15
Farine de gluten de maïs
25
Son de riz
29
Son de blé
34
Drêche de brasserie
41
Remoulage bis
59
Aliment de gluten de maïs
77
Drêches de distillerie
 
Divers
100

Farine de luzerne

 

 

Tableau 1b. Biodisponibilité du phosphore dans l'alimentation des porcs

Aliments

Biodisponibilité
Phosphore* (%)

Farines végétales riches en protéines

21

Tourteau de canola

23

Farine de soya décortiqué
31
Farine de soya à 44% de proteins
 
Farines animales riches en protéines
31
Farine de plumes
90
Farine de viande et d'os
91
Lait écrémé en poudre
92
Farine de sang
94
Farine de poisson
97
Lactosérum en poudre
 
Phosphates inorganiques
85
Farine d'os étuvée
90
Phosphate défluoré
100
Phosphate monocalcique
100
Phosphate dicalcique
 


*biodisponibilité quant à la disponibilité du phosphore dans le phosphate monosodique/monocalcique (100 %).
Source : National Research Council, 1998

Victor Raboy, généticien végétal au département de l'Agriculture des États-Unis et chercheur au Centre de recherche sur les petites céréales et le matériel génétique des pommes de terre de Aberdeen, en Idaho, est connu mondialement pour sa technique brevetée qui a produit des lignées de plantes de maïs et de soya et, plus récemment, des lignées de plantes d'orge à plus faible teneur en phytate. M. Raboy travaille en collaboration avec Brian Rossnagel, sélectionneur d'orge du Centre d'amélioration des cultures de l'Université de la Saskatchewan, afin de développer des variétés d'orge à faible teneur en phytate. Il développe des lignées de plantes d'orge mondée à faible teneur en phytate aux États-Unis pendant que M. Rossnagel se concentre sur les lignées de plantes d'orge à grains nus dans l'Ouest canadien.

Alors qu'environ 70 pour cent du phosphore présent dans l'orge traditionnelle est emprisonnée sous forme de phytate, les nouvelles variétés d'orge à faible teneur en phytate devraient contenir la même quantité de phosphore, mais sous une forme mieux digérée par les animaux monogastriques. Les chercheurs croient que la lignée la plus susceptible de devenir la première variété commerciale devrait contenir la moitié des phytates de l'orge traditionnelle.

L'objectif de l'Université de la Saskatchewan est de développer une variété d'orge nue à deux rangs pour l'alimentation des porcs et dont la teneur en phytates est faible. Actuellement, on en est à prévoir des essais de rendement pour l'été, essais portant sur les deux nouvelles lignées et qui auraient lieu sur des sites en Saskatchewan et au Manitoba. Des scientifiques du Centre d'amélioration des cultures ont rétrocroisé avec succès une réduction de 50 pour cent de la teneur en phytate et une variété de CDC McGwire ainsi qu'une variété de CDC Freedom et une réduction de 75 pour cent de la teneur en phytate. Étant donné qu'elles sont rétrocroisées, M. Rossnagel croit que ces nouvelles variétés d'orge à faible teneur en phytate devraient avoir exactement le même rendement que les variétés dont elles sont issues lors des essais. Jusqu'à maintenant, cela a toujours posé problème chez les variétés de maïs et de soya à faible teneur en phytate; leur rendement lors des essais n'était pas équivalent à celui des variétés traditionnelles. Dans le cas des essais sur l'orge à faible teneur en phytate, l'objectif est de choisir la ou les deux meilleure(s) lignée(s) pour les essais de culture en 2004 et de potentiellement procéder à un lancement en 2006.

Dans la lutte entre l'orge mondée et l'orge nue, la seconde a une valeur accrue en raison d'une plus grande densité d'énergie, ce qui constitue un avantage de taille. Dans les régions où le fusarium est susceptible de contaminer les récoltes, l'orge nue a aussi la cote puisque la toxine s'attaque principalement à l'enveloppe. En conséquence, la quantité de toxines dans le baisseau est moindre avec l'orge nue puisque les toxines sont en très grande partie restées dans le champ lors des récoltes.

Des recherches préliminaires sur des porcs en croissance ont montré que l'orge mondée à faible teneur en phytate fournit des quantités adéquates de phosphore digestible, ce qui signifie que les producteurs n'auraient pas besoin d'ajouter autant de phosphate dicalcique aux aliments. Dans cet essai particulier, l'orge à faible teneur en phytate a réduit de 55 % l'excrétion de phosphore dans le fumier de porc pendant le semi-régime purifié et de 16 % pendant le régime pratique. La disponibilité du phosphore pour les porcs a été évaluée à 52 % pour l'orge à faible teneur en phytate, comparativement à 32 % pour l'orge normal.


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