Stratégies alimentaires pour réduire l'excrétion de nutriments par le mouton

Introduction

Il y a un certain nombre de conséquences environnementales associées à la gestion incorrecte du phosphore (P) et de l'azote (N). Par conséquent, des inquiétudes publiques forcent l'industrie du bétail à montrer qu'ils gèrent ces substances nutritives convenablement.

Une façon d'améliorer la gestion nutritive est d'examiner les rations de nourriture. Beaucoup de producteurs suralimentent en P et en N. Cependant, une suralimentation en nutriments comme facteur de sécurité augmente simplement leur facture en nourriture et cause un mal potentiel à l'environnement. Les substances nutritives supplémentaires se retrouvent dans l'engrais et, si on continu à en appliquer excessivement sur les sols, elles pourraient contaminer l'eau de surface et l'eau souterraine.

En équilibrant mieux la quantité de P et de N dans les rations, beaucoup de producteurs de bétail réduiront leurs dépenses en nourriture, réduiront au minimum les exigences de leurs terres et amélioreront l'efficacité de l'engrais appliqué par réduction de la quantité de nutriments à manipuler.

Ingestion et excrétion des nutriments par le mouton

Les substances nutritives arrivent à la ferme sous la forme d'engrais, d'aliments commerciaux (comme le grain), ou de suppléments minéraux diététiques. Elles quittent la ferme sous la forme de bétail (agneau, lait, brebis, femelles de relève et engrais) et de récoltes monnayables. À l'exception de ces récoltes, la plupart des substances nutritives restent à la ferme.

L'objectif est de réaliser l'équilibre en nutriments dans la ferme. Pour ainsi faire, on devrait considérer les éléments suivants (Powell et al. 2001) :

  • Le nombre de bêtes;
  • Les substances nutritives présentes dans l'engrais;
  • Les substances nutritives appliquées sur les terres;
  • Les substances nutritives qui quittent la ferme.

Quelle est la quantité de P donnée en surplus ?

Le tableau suivant, créé à partir des données fournies par " Stratford Agri Analysis " et " Agri-Food Labs " entre juin 2002 et août 2003, illustre le contenu moyen en P dans la nourriture usuelle en Ontario.

Ingrédients
Contenu moyen en P (% du DM)
Intervalle du contenu en P (% du DM)
Grains de maïs
0,28
0,27 - 0,29
Fèves de soja
0,82
0,72 - 0,89
Grains mélangés
0,45
0,43 - 0,48
Avoine
0,44
0,41 - 0,47
Blé
0,43
0,41 - 0,44
Orge
0,38
0,36 - 0,42
Ensilage de maïs
0,21
0,20 - 0,23
Ensilage de gazon
0,29
0,28 - 0,31
Ensilage de légumineuses
0,31
0,30 - 0,34
Foin mélangé
0,34
0,31 - 0,40
Foin d'herbe
0,30
0,26 - 0,33
Foin de légumineuses
0,33
0,31 - 0,36

En utilisant les susdites données comme guide du contenu nutritif dans les ingrédients de l'alimentation, nous avons construit les tableaux suivants pour illustrer combien de P un producteur donne en surplus des recommandations de 1985 du Conseil national de recherche (CNR).


Type de mouton : brebis adulte

Stade de la production Régime % de P dans les aliments
% de P selon le CNR
Gestation tardive avec taux de mise bas de 165 % 0,5 kg de maïs + 1,6 kg de GH 0,30 0,18
0,6 kg de MG + 1,5 kg de GH 0,34
Maintenance 0,1 kg de maïs + 1,5 kg de GH1 0,30 0,20
Allaitement de jumeaux 0,9 kg de maïs + 0,2 kg de SBM + 1,6 kg de GH 0,34 0,29
1,0 kg de MG + 0,2 kg de SBM + 1,5 kg de GH 0,40

FH = Foin d'herbe (14,7 % de CP); GH1 = Foin d'herbe (11,0 % de CP); GM = Grain mélangé; EFS = Fèves de soja; PB = Protéine brute.


Type de mouton : agneau de brebis

Stade de la production Régime % de P dans l'alimentation
% de P selon le CNR
Gestation précoce 0,2 kg de maïs + 1,8 kg de GH 0,30 0,22
0,3 kg de MG + 1,7 kg de GH 0,32
Gestation tardive 0,3 kg de maïs + 0,05 kg de FS + 1,6 kg de GH 0,31 0,25
0,5 kg de GM + 0,05 kg de FS + 1,5 kg de GH 0,35
Allaitement de jumeaux 0,8 kg de maïs + 1,4 kg de GH 0,35 0,26

Les économies évaluées pour une ration de mouton sont entre 2 $ et 4 $ par tonne de concentré, si aucune quantité supplémentaire de P n'est incluse dans la ration.

Quelle est la quantité de CP donnée en surplus?

Le tableau suivant, construit en fonction des données fournies par " Stratford Agri Analysis " et " Agri-Food Labs " entre juin 2002 et août 2003, illustre le contenu moyen en CP dans les ingrédients nutritifs usuels en Ontario.

Ingrédients Contenu moyen en CP (% du DM) Intervalle du contenu en
CP (% du DM)
Grain de maïs
9,01
8,67 - 9,58
Fèves de soja
54,42
40,22 - 57,00
Grain mélangé
13,54
12,35 - 14,35
Avoine
11,00
9,99 - 13,39
Blé
12,45
11,76 - 14,24
Orge
11,50
11,22 - 12,03
Ensilage de maïs
8,41
8,14 - 8,56
Ensilage d'herbe
14,06
11,17 - 16,20
Ensilage de légumineuses
18,66
17,79 - 19,99
Foin mélangé
19,49
18,03 - 22,41
Foin d'herbe
14,75
11,13 - 15,76
Foin de légumineuses
19,99
14,48 - 23,49

En utilisant les susdites données comme guide du contenu nutritif dans les ingrédients de l'alimentation, nous avons construit les tableaux suivants pour illustrer combien de CP un producteur donne en surplus des recommandations de 1985 du CNR.


Type de mouton : brebis adulte

Stade de la production Régime % de CP dans l'alimentation
% de CP selon le CNR
Gestation tardive avec 165 % taux de mise bas 0,5 kg de maïs + 1,6 kg de GH 13,47 10,70
0,6 kg de GM + 1,5 kg de GH 14,41
Maintenance 0,09 kg de maïs + 1.5 kg de GH1 10,77 9,40
Allaitement de jumeaux 0,9 kg de maïs + 0,2 kg de FS + 1,6 kg de GH 16,14 15,00
1,0 kg de GM + 0,2 kg FS + 1,5 kg de GH 17,61


Type de mouton : agneau de brebis

Stade de production Régime % de CP dans l'alimentation
% de CP selon CNR
Gestation précoce 0,2 kg de maïs + 1,8 kg de GH 14,10 10,60
0,3 kg de GM + 1,7 kg de GH 14,56
Gestation tardive 0,3 kg de maïs + 0,05 kg de FS + 1,6 kg de GH 14,74 12,80
0,5 kg de GM + 0,05 kg de FS + 1,5 kg de GH 15,35
Allaitement de jumeaux 0,8 kg de maïs + 1,4 kg de GH 17,20

13,70

En fonction de ces chiffres, une ferme type pourrait donner un surplus d'ingrédients de 16 % en P et de 4 % en CP. C'est pourquoi l'alimentation et l'évaluation des rations sont si importantes. L'analyse des ingrédients et des rations vous permet et/ou permet à votre nutritionniste de déterminer le contenu en nutriments de l'alimentation des animaux et vous permet d'ajuster la ration, s'il y a lieu, pour veiller à ce qu'ils soient nourris pour satisfaire leurs besoins nutritifs plutôt que de les excéder. Pour obtenir une liste des laboratoires équipés pour tester les aliments, consultez la brochure intitulée Test des nutriments (Nutients testing), commande no 03-007. Par conséquent, le nourrissage pour satisfaire aux exigences réduira vos dépenses en nourriture et pourra aussi vous donner quelques occasions supplémentaires de satisfaire les exigences de la Loi sur la gestion des nutriments.

Test à l'urée d'azote

L'urée d'azote a été un outil extrêmement utile pour le contrôle de l'utilisation des protéines dans le bétail laitier. Les tests pour obtenir la concentration en urée d'azote étaient autrefois invasifs puisqu'un échantillon de sang était nécessaire. Cependant, il est maintenant possible de mesurer la concentration d'urée d'azote dans le lait. La procédure est très simple et non invasive et elle n'exige qu'un échantillon de lait.

À l'heure actuelle, 18 % des producteurs ontariens de bétail laitier utilisent régulièrement les services de DHI pour mesurer la quantité d'urée d'azote (QUA). La connaissance des niveaux de QUA dans leur troupeau a permis à plusieurs producteurs de bétail laitier à détecter les problèmes alimentaires, à utiliser les protéines diététiques à meilleur escient, à réduire les dépenses en nourriture et à prévenir la perte inutile d'azote.

Cependant, il s'agit d'un secteur devant faire l'objet de plus de recherches, puisqu'il n'y a aucune concentration cible en QUA déterminée chez le mouton. Le contrôle des niveaux d'urée d'azote dans votre troupeau peut s'avérer utile pour vous. Peut-être qu'un intérêt plus élevé à ce sujet aiderait à établir des concentrations de base pour un troupeau pour déterminer l'utilité du contrôle de la QUA dans les fermes de mouton.

Effets des nutriments sur l'épandage d'engrais

En vertu de la Loi sur la gestion des nutriments, quelques fermes auront peut-être de la difficulté à trouver une superficie assez grande pour étendre leur engrais. La réduction du contenu en P et en N dans les rations pourra aider à régler ce problème. Le programme de gestion des nutriments du ministère de l'Agriculture, de l'Alimentation et des Affaires rurales de l'Ontario, version R1 du 30 juin 2003, a été utilisé pour déterminer les effets de la réduction du P dans l'engrais en fonction de l'exigence de base des terres en matière d'épandage. Le logiciel a été conçu pour aider les fermiers intéressés à préparer une stratégie et un plan de gestion des nutriments (SGN/P). La préparation et le suivi d'un SGN/P sont nécessaires pour ces fermes réglementées par la Loi sur la gestion des nutriments.

Étude de cas

  • Ottawa type de sol D en argile;
  • Engrais solide, épandage au printemps, pente de 2 %;
  • Bétail : 100 brebis, béliers et rejetons non sevrés avec accès à l'extérieur;
  • Poids moyen de 79,4 kg;
  • Production de récoltes : 6,1 tonnes de maïs par hectare.

Le tableau 1 expose le contenu en nutriments dans l'engrais, la quantité de nutriments qui sera utilisée pour la récolte et la grandeur des terres nécessaire pour l'épandage d'engrais.

N dans l'engrais (kg/tonne) P2O5 disponible dans l'engrais lors de l'épandage (kg/tonne) N utilisé pour la récolte (kg/ha) P2O5 utilisé pour la récolte (kg/ha) Hectares nécessaires (ha) Taux d'épandage (tonne/ha)
40
90
88
45
5,9
18,9

Le tableau 2 montre comment une réduction de 20 % des excrétions de P (P2O5) dans l'engrais peut réduire la surface nécessaire pour l'épandage d'engrais et en augmenter le taux.

N dans l'engrais (kg/tonne) P2O5 disponible dans l'engrais lors de l'épandage (kg/tonne) N utilisé pour la récolte (kg/ha) P2O5 utilisé pour la récolte (kg/ha) Hectares nécessaires (ha) Taux d'épandage (tonne/ha)
52
90
88
45
4,5
25

Puisque la concentration de P est inférieure quand une quantité inférieure de P est insérée dans le régime alimentaire, vous pouvez appliquer plus de tonnes totales d'engrais sur la même superficie. Par conséquent, la réduction du P dans l'engrais réduit au minimum la superficie de terre nécessaire pour l'étendage et peut améliorer l'efficacité de l'épandage.

Conclusion

La plupart des grains et des fourrages fournit aux moutons contiennent plus de P et de CP que le CNR (1985) recommande pour une ration complète. Mais les producteurs insistent tout de même pour leur donner une quantité de nutriments plus élevée que ce qui est recommandé, par mesure de précaution. Les substances nutritives en excès se retrouvent naturellement dans l'engrais, ce qui signifie des factures en nourriture plus élevées que nécessaire, des exigences accrues à l'égard des terres et un risque accru de pollution environnementale.

La nutrition est l'approche la plus simple et la plus efficace pour la réduction des pertes de P pour les éleveurs de bétail. En alimentant moins en P et en N, l'éleveur réduit possiblement la quantité de nutriments dans l'engrais. Par conséquent, une superficie moins grande sera nécessaire pour étendre de l'engrais avec un taux d'épandage plus élevé. Il s'agit d'un avantage robuste pour les fermes réglementées en vertu de la Loi sur la gestion des nutriments de l'Ontario qui ont de la difficulté à gérer les nutriments.

National Research Council. 1985. Nutrient Requirements of Sheep, Sixth Revised Edition. National Academy Press, Washington, D.C.

Powell, J. M., Wu, Z., and L. D. Satter. 2001. Dairy diet effects on phosphorus cycles of cropland. Journal of Soil and Water Conservation. 56(1)FF22-26.

 


Auteur : Jodi Calberry -agent de soutien au programme/MAAARO
Date de création : 30 mai 2007
Dernière révision : 10 février 2010

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