Empoisonnement chronique au cuivre
chez les ovins
Comment se produit l'empoisonnement chronique au cuivre (ECC)? Les ovins
sont les animaux domestiques les plus prédisposés à
l'ECC. Ils absorbent le cuivre du régime en fonction de la quantité
de cuivre offerte et non en fonction des besoins du corps comme c'est
le cas de l'absorption d'autres minéraux. Tout cuivre supplémentaire
absorbé est entreposé dans les cellules du foie, atteignant
éventuellement des niveaux toxiques. Un taux dans le foie excédant
500 ppm, poids sec, est généralement considéré
toxique. Cet entreposage dans le foie peut prendre des mois ou même
des années avant d'atteindre un niveau toxique. L'élimination
du cuivre du corps par les reins est lente.
Même dans ce cas, un stress est nécessaire pour libérer
du cuivre. Ce stress peut être le climat, une mauvaise nutrition,
le transport ou la manipulation. Les cellules du foie se rompent, libérant
le cuivre dans le courant sanguin. Il y a des propositions à l'effet
qu'un excès de cuivre dans le foie peut causer la mort et la rupture
des cellules du foie. Une fois que le cuivre est dans le courant sanguin
en concentration suffisante, il cause l'hémolyse, une lyse des
globules rouges. Jusqu'à 60 p. 100 des globules rouges circulant
dans le sang peuvent être endommagés. Leur hémoglobine
est libérée dans le sérum pour être convertie
en méthémoglobine, une forme de l'hémoglobine qui
ne peut transporter l'oxygène aux tissus. À ce point, un
ovin est anémique, a des muqueuses très pâles et fait
preuve de léthargie. Les membranes visibles jaunissent rapidement
alors que la jaunisse (ictère) se répand dans tout le corps.
À l'autopsie, tous les tissus d'un ovin victime d'un ECC sont de
couleur jaune pâle à jaune foncé. Les reins sont très
foncés, et l'urine a une couleur sanglante. Si l'hémolyse
est massive, l'ovin peut mourir sans montrer aucun signe de jaunisse.
Une fois le diagnostic confirmé, la question est la suivante «
comment cela s'est-il produit »? Souvent par erreur, du cuivre supplémentaire
a été ajouté aux aliments au moment du mélange;
les agneaux orphelins ont reçu une alimentation complémentaire
pour veaux qui contenait du cuivre. Il y a aussi des sources moins évidentes.
Un cas récent en Ontario s'est produit par le partage d'un mélange
de minéraux personnalisé dans deux exploitations. Ce minéral
avait été enrichi avec du cuivre en raison d'un diagnostic
d'ataxie enzootique, une carence en cuivre, chez les agneaux néonates
de l'exploitation d'origine. Un voisin a pensé qu'un tel mélange
aiderait son troupeau et a décidé de commander le même
mélange du moulin. Heureusement, le conseiller en production ovine
a aperçu la mention de cuivre supplémentaire sur «
l'étiquette » du sac de minéraux et a fait retirer
le mélange de minéraux avant que tout symptôme n'apparaisse.
Comme le cuivre entreposé dans le foie doit être éliminé,
les granules de concentré contiennent maintenant du molybdène
supplémentaire pour ralentir l'absorption du cuivre en provenance
de l'intestin et permettre l'élimination du corps de l'excès
de cuivre.
L'absorption du cuivre à partir des herbages consiste en une interaction
complexe entre le cuivre, le molybdène, le sulfate, possiblement
d'autres minéraux et les plantes fourragères elles-mêmes.
La teneur en cuivre normale dans une plante est de 10-20 ppm, poids sec.
Si la teneur en molybdène est supérieure à 1 ppm,
le cuivre n'est pas absorbé à des niveaux toxiques. Une
teneur élevée en sulfate dans le sol réduit la disponibilité
du molybdène en le liant comme sulfate de molybdène. Dans
un cas récent où le diagnostic était l'ECC, la teneur
en cuivre dans les herbages était de 8 ppm, mais celle en molybdène
était seulement de 0,5 ppm. Les jeunes plantes en croissance ont
tendance à avoir une teneur en molybdène moindre que les
plantes adultes.
Dans un cas signalé, la source de la teneur élevée
en cuivre dans les herbages a été retracée à
l'épandage de fumier de porc pour fertiliser un pâturage
d'ovins. Le lisier de porc contenait 85 ppm de cuivre, provenant des taux
de cuivre alimentaire normaux dans les aliments pour les porcs. Le sol
et les herbages avaient tous les deux une teneur élevée
en cuivre, ce qui a mené à la mort inexpliquée d'un
certain nombre de brebis au cours des sept années où ce
lisier a été utilisé.
Que devriez-vous faire si vous soupçonnez un empoisonnement chronique
au cuivre? Premièrement, faire confirmer votre diagnostic par votre
vétérinaire ou laboratoire de diagnostic local. Chercher
toutes les sources évidentes de cuivre. Analyser la teneur en cuivre
dans tous les aliments préparés; se demander si une erreur
dans l'alimentation a été commise, particulièrement
dans une exploitation mixte d'ovins et de bovins. Faire vérifier
la teneur en cuivre et en molybdène dans vos plantes et foins de
pâture. Essayer d'éviter l'épandage de fumier de porc
sur le foin ou les lieux de pâture d'ovins.
Normalement, seulement quelques animaux meurent, mais les survivants nécessitent
un traitement immédiat. Le fait de leur donner du molybdène
pendant une période prolongée freinera l'absorption du cuivre
en provenance des intestins et permettra la lente élimination du
cuivre entreposé dans le corps. Votre vétérinaire
pourra vous conseiller quant à la dose et au traitement préférable
pour votre troupeau. Le nombre de globules rouges revient rapidement à
la normale dès que de nouvelles cellules sont produites dans la
moelle osseuse.
Trouver la source du cuivre dans un cas d'ECC peut souvent représenter
une investigation très décourageante et prolongée.
Obtenir un diagnostic précis et commencer le traitement sont les
premières tâches à effectuer. Une fois que les ovins
reçoivent le molybdène supplémentaire, ils sont protégés
contre une absorption excessive de cuivre, alors vous pouvez chercher
la source.