Ensilage préfané
pour les moutons
Table des matières
- Introduction
- Pourquoi cet intérêt??
- Quels sont les inconvénients?
- Réduction des risques au minimum
- Conclusion
Introduction
L'alimentation des moutons avec de l'ensilage prefané est moins
courante que l'alimentation avec des rations de foins séchés.
Cependant, un certain nombre de producteurs ontariens alimentent les moutons
avec de l'ensilage préfané, ce qui entraîne un nombre
plus important de producteurs à envisager cette alimentation comme
une composante ou une solution de remplacement de leur programme actuel
d'alimentation.
Cet article sera limité aux discussions sur l'ensilage préfané
en balles, avec peu de références à l'ensilage préfané
entreposé de façon conventionnelle.
Pourquoi cet intérêt??
L'ensilage préfané en balles offre aux producteurs une
grande flexibilité dans leur récolte de fourrage hivernal,
la possibilité d'améliorer la qualité de l'alimentation
des animaux et une réduction du gaspillage. L'ensilage préfané
en balles nécessite moins de temps de séchage que le foin
conventionnel (50 à 60 p. cent d'humidité par rapport à
16 à 18 p. cent), de telle façon que si les conditions de
séchage sont mauvaises, la qualité de l'alimentation est
toujours assurée. En raison du pourcentage plus élevé
en humidité de l'ensilage préfané en balles, il y
a moins de pertes en feuilles (5 à 12 p. cent) pendant la récolte
qu'avec du foin sec (22 à 26 p. cent). À cause du fait que
le contenu en protéines des feuilles est considérablement
supérieur à celui des tiges, une perte moindre en feuilles
signifie aussi des concentrations de protéines plus élevées
dans les produits finis. Avec l'ensilage préfané en balles
de bonne qualité, il y a très peu de gaspillage lors de
l'alimentation des animaux car le matériau brut avec les tiges
est maintenant plus mou et de goût plus agréable que le foin
sec de composition similaire.
Quels sont les inconvénients?
Prise alimentaire
Un contenu en humidité supérieure de l'ensilage préfané
en balles signifie une réduction potentielle de la prise alimentaire
par rapport au foin sec mais certainement moindre qu'avec l'ensilage préfané
haché. Certaines personnes suggèrent que cela est dû
au surplus de mastication nécessaire pour l'ensilage préfané
en balles, ce surplus générant une production de salive
plus importante qui agit comme tampon protecteur contre les niveaux acides
supérieurs de la panse. Cet effet tampon est important pour la
croissance microbienne optimale de la panse. Aucune donnée n'est
par contre disponible sur le niveau de réduction de la prise alimentaire
chez les moutons.
Détérioration des aliments
L'exposition à l'oxygène favorise la croissance des moisissures
et la détérioration des aliments. Cette situation empire
sous les fortes températures et les niveaux élevés
d'humidité. Le temps nécessaire pour consommer « la
surface exposée » de l'ensilage préfané en
balles influence la proportion de détérioration du fourrage.
Idéalement, la quantité consommée par jour doit être
suffisante pour que la détérioration soit très limitée
ou nulle. Les balles emballées individuellement présentent
potentiellement une détérioration minimale une fois ouverte
et jusqu'à leur consommation et un empilage 5-4 présentera
le potentiel le plus élevé de détérioration
(voir la fiche d'information : récolte et entreposage de l'ensilage
préfané en grosses balles 88-094). Un autre problème
de l'exposition à l'oxygène est le chauffage, encore une
fois dû à la croissance des moisissures. Le chauffage est
un problème encore plus important avec l'ensilage préfané
en balles à faible teneur en humidité. Le processus de chauffage
lie certaines des protéines de l'ensilage préfané,
rendant ces protéines moins faciles à digérer. Si
du chauffage s'est produit, il est conseillé d'effectuer un test
ADF-N lors de l'analyse des fourrages.
L'inquiétude la plus importante en termes d'alimentation des moutons
avec de l'ensilage préfané détérioré
ou mal ensilé est le risque de listériose. La listériose
est causée par une bactérie (Listeria monocytogenes). Les
symptômes cliniques comprennent : la dépression (inactivité),
la faiblesse, une paralysie de la langue et des mâchoires, une cécité
et des écoulements de bave. Les animaux manquent de coordination,
perdent l'appétit, se déplacent en décrivant des
cercles et poussent et cognent leur tête contres les clôtures
et autres objets. L'animal meurt parfois avant que d'autres ou l'ensemble
des symptômes apparaissent. La période d'incubation est d'environ
3 semaines après l'ingestion du fourrage contenant la bactérie
Listeria. Par conséquent, il est important de se rappeler que lorsqu'une
épidémie apparaît, l'ensilage qui a causé le
problème a certainement été donné aux animaux
3 semaines auparavant.
Bien que ce symptôme ne soit pas aussi fréquent que ceux
mentionnés plus haut, la Listeria peut provoquer des avortements
chez les brebis, généralement dans le dernier tiers de la
grossesse. L'avortement se produit entre 10 et 18 jours après l'introduction
de la bactérie dans la circulation sanguine de l'animal. Après
l'avortement, la plupart des brebis récupèrent généralement
très bien.
La bactérie provoquant la maladie ne survit pas dans l'ensilage
préfané dont le pH est inférieur à 5,6. Cependant,
la majeure partie de l'ensilage préfané présente
un pH supérieur à 5,6, ce qui augmente théoriquement
le risque de listériose. La bactérie peut survivre dans
des poches d'ensilage préfané déterioré, comme
par exemple au niveau de la fermeture des sacs et des orifices éventuels
qui peuvent laisser une entrée d'air. N'oubliez pas que l'ensilage
préfané dégradé et laissé dans les
distributeurs d'aliments peut contaminer d'ensilage de bonne qualité,
entraînant ainsi la perpétuation du problème. À
cause du fait que le processus d'ensilage prend en totalité jusqu'à
3 semaines, la Listeria peut être présente pendant cette
période car le pH n'a pas nécessairement chuté en
dessous de 5,6 pendant ce temps. Il faut donc s'assurer d'attendre au
moins 3 semaines après la fin de l'ensilage pour commencer à
utiliser ce fourrage pour l'alimentation des animaux.
Réduction des risques au minimum
Plusieurs pratiques de gestion vous aideront à réduire
les pertes pour cause de listériose. Parmi ces pratiques, on peut
mentionner:
- Toujours être conscient du risque de listériose
- Faire un excellent travail pour la récolte et l'entreposage
de l'ensilage préfané
- Vérifier fréquemment les sacs pour détecter
des trous éventuels et les obturer aussi rapidement que possible
-
Ne jamais alimenter les moutons avec de l'ensilage préfané
détérioré
-
Attendre au moins 3 à 4 semaines après la fin de l'ensilage
avant d'alimenter les moutons avec ce fourrage
-
Introduire progressivement l'ensilage préfané dans
l'alimentation des moutons (comme pour tous les autres changements
d'alimentation)
-
S'assurer de la disponibilité d'une grande quantité
d'eau potable
-
Utiliser un système de distribution des aliments qui réduit
au minimum les déchets et le gaspillage par piétinement
-
Nettoyer régulièrement les aliments refusés
-
Isoler et traiter les animaux malades
- Se rappeler que la maladie est également contagieuse pour
les humains. Il faut donc prendre toutes les précautions nécessaires
lors de la manipulation des animaux malades.
Conclusion
L'ensilage préfané en balles offre une plus grande flexibilité
dans la récolte du fourrage par rapport au foin sec. Il offre aussi
la possibilité de récolter des fourrages de plus haute qualité,
de telle façon que les besoins nutritifs des brebis en fin de gestation
ou allaitant sont plus facilement satisfaits. À cause du risque
du listériose, il faut insister sur la nécessité
d'adopter de bonnes méthodes de récolte et d'entreposage
pour s'assurer d'une bonne qualité de l'ensilage. Même avec
le risque du listériose, l'ensilage préfané peut
être utilisé avec une bonne réussite dans les programmes
d'alimentation des moutons si l'on apporte l'attention et les soins nécessaires
à la gestion des aliments du troupeau.