Conseils généraux sur l'utilisation des ânes comme gardiens de moutons

L'étendue et l'importance des cas de prédation sur les moutons de l'Ontario ont grimpé à un taux alarmant, à tel point qu'ils menacent la viabilité d'un grand nombre d'exploitations. La plupart des producteurs d'ovins s'entendent qu'il n'existe pas une seule méthode ou pratique de lutte en mesure d'éliminer la prédation. Pour lutter de façon efficace contre la prédation les éleveurs doivent adapter des pratiques de gestion et implanter des méthodes de lutte contre les prédateurs qui répondent précisément aux problèmes auxquels une exploitation fait face.

Les éleveurs se sont de plus en plus intéressés à l'utilisation d'animaux gardiens pour le bétail, aussi appelés animaux de lutte contre les prédateurs ou animaux protecteurs du bétail, comme moyen non létal de réduire la prédation. Parmi les animaux utilisés à l'heure actuelle pour garder les moutons, mentionnons les chiens, les lamas et les ânes, que l'on entraîne spécialement à cette fin. De plus en plus d'éleveurs ont recours à des ânes pour garder leurs moutons du fait de leur coût modique, de leurs besoins d'entretien minimes, de leur longévité et de leur compatibilité avec les autres méthodes de lutte contre les prédateurs. Ils consomment aussi les mêmes aliments que les moutons.

En Australie, aux États-Unis et dans l'Ouest du Canada, des éleveurs d'ovins ont utilisés des ânes « bergers » avec succès pour protéger leur troupeau contre des prédateurs comme les loups, les coyotes et les chiens. L'Ontario Predator Study a indiqué qu'environ 70 % des ânes utilisés avaient été évalués comme offrant un excellent ou un bon service de protection du troupeau. Toutefois l'efficacité des ânes variait de l'élimination totale de la menace à aucun impact sur la prédation, tout en étant simultanément la cause d'autres problèmes au sein du troupeau. Dans de nombreux cas, de mauvaises pratiques de gestion et des attentes non réalistes (trop grand nombre de moutons, moutons ou pâturages sur une trop grande superficie...) étaient autant ou plus en cause que les échecs ou les manquements des ânes. Le présent article résume les conseils de gestion et divers éléments à considérer pour qu'un âne « berger » assure avec succès la garde et la protection d'un troupeau.

Comment les ânes protègent le troupeau

Pour que les ânes puissent offrir la meilleure protection possible contre les prédateurs, il faut bien comprendre au départ comment ils protègent le troupeau. L'animal gardien, toute espèce confondue, n'est pas différent d'un gardien de sécurité dans la mesure où pour une protection efficace, il doit être au bon endroit au bon moment. Plus les animaux bergers passent de temps avec le troupeau plus ils auront la chance d'être présents au bon moment. L'âne possède un instinct grégaire naturel qui le porte à s'attacher aux moutons, il passe alors la plus grande partie du temps avec eux. Son instinct grégaire naturel, ajouté à son aversion et à son agressivité innées à l'encontre des coyotes et des chiens, peut en faire un auxiliaire efficace pour la garde du troupeau, à condition qu'il ait été adéquatement entraîné.

Les ânes détectent les intrusions en se basant sur des indices visuels et auditifs. Quand ils sont approchés, les moutons ont tendance à se déplacer pour que l'animal berger se retrouve entre l'intrus et eux. Les braiments violents et la prise en chasse rapide de l'âne peuvent effrayer les prédateurs et avertir le berger. La plupart du temps, les ânes vont affronter les chiens ou les coyotes et les chasser du pâturage. Si les prédateurs canins ne se retirent pas rapidement l'âne gardien passe à l'attaque, il se cambre sur ses pattes arrière et il les frappe des deux pattes avant. Un coup assez fort peut blesser, mettre à mort ou pour le moins décourager un prédateur.

Compatibilité des ânes avec les moutons

S'ils en ont l'occasion, la plupart des ânes s'attachent aux moutons et les protègent contre les prédateurs. Pour favoriser leur attachement aux moutons, il faut les placer au contact des moutons le plus tôt possible. Pour que l'âne démontre son instinct véritable de gardien, les moutons et lui doivent d'abord se reconnaître comme faisant partie du même troupeau. L'idéal est que l'âne femelle et son petit soient élevés avec les moutons. Le petit sevré est ensuite laissé seul avec le troupeau. Certains affirment qu'à cause de son côté très sociable il est préférable que l'âne travaille seul pour protéger efficacement les moutons. Il est possible que si on laisse les ânes bergers se mêler aux bovins, aux chevaux ou à d'autres ânes, ils pourraient alors négliger les moutons.

Tout n'est pas perdu si l'âne n'a pas été élevé avec les moutons. Il est encore possible de lui enseigner à protéger les moutons s'ils sont logés à proximité les uns des autres pour une à deux semaines. D'ordinaire après une période d'adaptation l'âne peut être envoyé avec les moutons, avec plus de surveillance au début pour détecter tout indice de conflit potentiel.

Pour que le troupeau soit protégé de façon efficace contre les prédateurs l'âne et les moutons doivent être compatibles. Il ne faut pas s'attendre que compatibilité signifie « sans aucun conflit »! Comment les ânes interagissent individuellement avec les moutons varie grandement. Rappelons que le comportement et l'humeur de l'âne peuvent devenir imprévisibles pendant l'oestrus, ou quand les brebis mettent bas.

Ce ne sont pas tous les ânes qui font de bons gardiens de troupeau, il existe d'importantes différences comportementales d'un animal à l'autre. Certains ânes sont exagérément agressifs envers les ovins. Ce comportement se manifeste en les prenant en chasse, en leur donnant des coups de dent aux oreilles ou à la toison, en leur bloquant l'accès à l'eau ou aux aliments, ou à l'extrême, en blessant ou même en tuant des agneaux ou des moutons.

Compatibilité des ânes avec les chiens de la ferme et les humains

L'aversion naturelle de l'âne à l'encontre de la gent canine peut inclure aussi le chien berger ou le chien de la ferme. Il s'agit de bien encadrer au départ les interactions entre l'âne et le chien et de les superviser. La plupart des chiens bergers s'adaptent avec le temps et apprennent éventuellement à travailler avec l'âne plutôt que de tenter de le contrôler comme s'il était l'un des moutons. Il faut aviser les voisins qui ont des chiens de la présence d'un âne berger et des conflits potentiels pouvant survenir entre les ânes et les chiens errants. Malgré leur agressivité naturelle envers la gent canine, la plupart des ânes sont d'un naturel doux et docile avec les humains.

Éléments à considérer pour l'achat d'un âne comme gardien de moutons

Taille, conformation et comportement

  • Miniature : moins de 91,5 cm (36 po) au garrot;
  • Standard petit : de 91,5 cm à 1,22 m (de 36 po à 48 po inclus) ;
  • Standard grand : plus de 1,22 m et moins que 1,37 m (plus de 48 po et moins que 54 po) pour les femelles; plus de 1,22 m et moins que 1,4 m (plus de 48 po et moins que 56 po) pour les jacks et les mâles castrés;
  • Très grand : 1,37 m (54 po) et plus pour la femelle et 1,42 m (56 po) et plus pour le mâle ou le mâle castré.

La plupart des ânes miniatures sont vraisemblablement trop petits pour affronter efficacement les prédateurs. Même si la taille des ânes très grands leur permet de repousser les prédateurs, ils ont tendance à être plus difficiles à contrôler. Il semble donc que les animaux standard petits et grands combinent mieux les aptitudes de lutte contre les prédateurs et de caractère facile. L'Alberta recommande d'utiliser des ânes âgés d'au moins deux ans et qui mesurent au moins 1,12 m (44 po) au garrot. Parmi les éléments clés à examiner, notons une bonne conformation, des pattes droites et une bonne attitude. On peut vérifier les tendances agressives d'un âne à l'encontre des chiens et des coyotes en introduisant un chien dans un petit enclos avec le gardien éventuel.

Taille du troupeau et nombre d'ânes gardiens

Les producteurs de plus petits troupeaux ont plus tendance à utiliser les ânes comme gardiens de troupeaux. Les ânes semblent remplir le mieux leur rôle protecteur avec des troupeaux de moins de 100 brebis. Idéalement, un âne pourrait garder jusqu'à 200 brebis en terrain plat et aride si les moutons sont dans un seul pâturage. Cependant de nombreux troupeaux ontariens sont élevés ou en pâture sur des terres rudes, vallonnées et boisées fournissant un couvert idéal aux coyotes. Dans des conditions telles, la vue de l'âne sera vraisemblablement gênée et son efficacité comme gardien peut être limitée s'il ne peut plus observer le troupeau dans son entier.

L'utilisation des ânes gardiens est limitée pour les troupeaux plus nombreux et sur les pâturages vallonnées et boisées, à moins de consacrer un âne à chaque groupe ou à chaque pâturage. Rappelons que si des ânes sont aussi utilisés dans des pâturages adjacents il faut s'assurer de délimiter adéquatement ces superficies pour que les ânes restent chacun avec leurs moutons et non pas les uns avec les autres. Il faut aussi être conscient que les coyotes ou même les chiens sont capables de distraire un âne de son troupeau pendant que leurs congénères attaquent les moutons non protégés.

Genre de l'âne

Une femelle et son petit offrent probablement la meilleure protection, toutefois les femelles travaillent aussi très bien seules. Les ânes castrés sont aussi efficaces, ils sont surtout populaires pour leur tempérament égal. Les jacks (mâles intacts) ne sont pas utilisés aussi couramment car ils ont tendance à être trop agressifs tant avec les moutons qu'avec les personnes.

Comportement surprotecteur

On a déjà vu des ânes qui étaient surprotecteurs de leur troupeau. Il faut être prudent pendant la saison de l'agnelage, certains ânes gardiens peuvent considérer les agneaux comme des intrus. Le comportement surprotecteur peut aller assez loin, des agneaux peuvent être blessés ou mis à mort.

Autre conséquence potentielle de ce comportement, l'âne peut nuire aux rencontres du bélier avec les brebis. Pendant la saison de reproduction et d'agnelage, on peut mettre l'âne dans un abri ou un enclos différents, ou jusqu'à ce que les agneaux soient bien attachés à leur mère et assez solides sur leurs pattes, ce qui devrait résoudre ces problèmes. Toutefois, l'utilisation d'un animal gardien qu'il faut retirer quand le risque de prédation est élevé si l'agnelage a lieu au pâturage demande réflexion.

Avantages et désavantages des ânes gardiens par rapport aux chiens bergers

Tout comme les ânes, les chiens spécialement entraînés peuvent aussi protéger les troupeaux contre la prédation. Contrairement aux chiens toutefois, les ânes n'ont pas tendance à vagabonder, à la condition que les clôtures soient bien entretenues. Les ânes vivent plus longtemps que les chiens et avec une bonne gestion les producteurs peuvent s'attendre à ce que les ânes fournissent de 10 à 15 années de protection fructueuse. En moyenne, il en coûte moins d'acheter et de maintenir des ânes que des chiens pour garder les troupeaux puisqu'en plus ils sont surtout nourris d'aliments produits à la ferme.

Soins et gestion des ânes

L'un des avantages particuliers de l'utilisation des ânes comme gardiens est qu'ils peuvent manger les mêmes aliments que les moutons, à moins que le foin ne contienne une très grande proportion de légumineuses à haute teneur en protéines. Des fourrages provenant de pâturages riches ou composés de légumineuses fourragères de haute qualité ne sont pas recommandés parce que les ânes ont de faibles besoins énergétiques et sont portés à l'obésité et à certains désordres métaboliques comme la laminite (fourbure) et l'hyperlipidémie si on leur laisse le choix des aliments. Pour bien se porter les ânes ont besoin de consommer du foin de bonne qualité et dans la plupart des cas d'un peu de grains. Si on leur donne du grain, il faut s'assurer qu'ils ne consomment pas les rations des moutons ou des bovins qui contiennent du Rumensin, l'ingestion de monensin (matière active) par les chevaux et les autres équidés est mortelle.

C'est la taille et l'état corporel de l'âne qui dictent la quantité du foin et du grain que l'animal doit consommer. Règle générale la prise alimentaire de matière sèche totale (foin et grain) pour le maintien équivaut à environ 2,0 % du poids de l'animal. Pour un âne de 272 kg (600 lb), la prise alimentaire de matière sèche totale est d'environ 5,5 kg (12 lb) sur une base de matière sèche ou d'environ 4,9 kg (13,3 lb) consommés aliments du bétail. C'est l'équivalent d'un tiers de botte de foin par jour. Si on prévoit une période au pâturage de 185 jours et 180 jours de fourrage, il en coûterait environ 90 $/année (0,50 $/jour) pour nourrir un âne avec du foin au prix de 1,50 $/botte.

Quand on donne des grains aux moutons, il vaut mieux nourrir l'âne séparément, ou lui donner sa ration dans une auge séparée. Autrement l'âne plus gros et plus dominant pourrait empêcher les moutons d'avoir accès à la mangeoire ou même les en chasser et potentiellement les blesser.

Il faut tailler les onglons des ânes tous les 3 ou 4 mois, ce qui totalise environ 75 $ à 100 $/année. Le soin des sabots de l'âne est primordial pour qu'il soit efficace dans sa chasse aux prédateurs.

Aspects économiques et conclusion

Avant de mettre en oeuvre toute méthode de lutte contre les prédateurs, les producteurs se demandent toujours « Quel est le prix ? » et «Le problème de prédation est-il si grave pour engager des coûts de mise en oeuvre et de maintien d'une méthode de lutte ? » La meilleure approche reste peut-être de déterminer les réponses à ces questions en comparant les coûts d'achat et de maintien d'un âne avec le nombre d'agneaux que le gardien devrait sauver pour couvrir ses frais.

En supposant qu'on achète un âne pour 500 $ et qu'il protège le troupeau des prédateurs pendant 10 ans, le coût annuel en capital serait de 50 $ par an. Les frais d'entretien d'un âne, aliments produits sur la ferme, taille des onglons et autres frais, se chiffrent au total entre 150 et 200 dollars par an. Avec le prix de l'agneau à 175 dollars pour un agneau de 45,4 kg (100 lb), il suffirait que l'âne sauve la vie de deux ou de trois agneaux par an pour couvrir ses frais.

Les ânes ne peuvent être à eux seuls la solution contre les prédateurs pour l'industrie ovine ontarienne ; ils ont certainement prouvé cependant qu'ils étaient efficaces pour réduire la prédation dans des circonstances précises quand ils sont adéquatement gérés.

Références

  • The Donkey - Care and Feeding, Agdex 467/20-1, Alberta Agriculture
  • Donkeys Do Double Duty, 1995, Saskatchewan Agriculture and Food
  • Donkeys Get Mixed Reviews as Sheep Protectors, 1992, Sylvia Hasbury
  • Donkeys On Duty, Rollie Henkes & John Dietz
  • Donkey, Si? Donkey, Non?, 1996, Eugene L. Fytche
  • Guard Donkeys, Anne Jones
  • Guard Donkeys Show Possibilities, Murray Walton & C. Andy Field, Texas Department of Agriculture, 1990
  • Guardian Donkeys, 1992, Barb Plews
  • Guard Llamas, 1994, Iowa State University
  • Ontario Predator Study, Study 6: Donkeys As Mobile Flock Protectors, 1995, Fytche Enterprises
  • Use of Donkeys to Guard Sheep and Goats in Texas, 1989, Murray T. Walton and C. Andy Field, Texas Department of Agriculture

Auteur : Le personnel du MAAARO
Date de création : 01 septembre 1997
Dernière révision : 8 décembre 2016

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