Quelque chose a tué mes
moutons - Mais quoi?
Table des matières
- Introduction
- Prédateur ou nécrophage
- Était-ce un coyote ou un chien?
i. Temps de l'attaque
ii. Durée de l'attaque
iii. Tempérament du troupeau
iv. Importance de l'attaque ou de la mise à
mort
v. Lieu de l'attaque ou emplacement des carcasses
vi. Animaux ciblés
vii. Comportement d'attaque
viii. Comportement d'alimentation
ix. Traces sur le lieu
x. Déjections
- Conclusion
- Références
Introduction
L'étendue et l'importance de la prédation sur les moutons
de l'Ontario ont grimpé à un taux alarmant, à tel
point qu'elle menace la viabilité d'un grand nombre d'exploitations.
Les producteurs ont perdu presque trois fois plus de moutons et d'agneaux
en 1995 (3 060) qu'en 1986 (1 149). Pendant la période de quatre
années entre 1991 et 1994, l'industrie ovine a reçu en indemnités
une moyenne de 388 000 $/année pour les pertes causées par
la prédation, en vertu de la Loi sur la protection du bétail,
de la volaille et des abeilles. Le total serait considérablement
plus élevé, car les pertes attribuées aux chiens
sauvages ou domestiques ne sont pas incluses puisqu'elles font l'objet
d'une indemnisation par les districts, les municipalités ou les
cantons. De plus, les animaux qui sont tués, mais qui ne sont pas
trouvés ne sont pas inclus dans ces chiffres.
Déterminer la cause de la mort n'est pas facile, mais cela peut
être particulièrement difficile pour les producteurs d'ovins
inexpérimentés. L'objectif de la présente fiche technique
est d'aider les producteurs et les évaluateurs d'animaux d'élevage
à faire la distinction entre les pertes causées par les
prédateurs et les causes non liées à la prédation.
Si la prédation est la cause de la mort, il est alors particulièrement
important de déterminer l'espèce responsable afin que des
mesures de contrôle supplémentaires puissent être mises
en place pour réduire au minimum des pertes futures. Un accent
important est mis sur la distinction entre la prédation par le
coyote et la prédation par le chien, puisque ensemble elles sont
responsables de presque toutes les pertes liées à la prédation
dans les troupeaux de l'Ontario.
Prédateur ou nécrophage
Un mouton mort a été trouvé. La première
question qui doit être résolue est de déterminer si
le mouton a été tué par un prédateur ou s'il
est mort d'une autre cause et la carcasse a été par la suite
mangée par un nécrophage. L'indice clé à chercher
au moment de faire la distinction entre le prédateur et le nécrophage
ou charognard est la présence de sang, soit aux points d'attaque
sur la carcasse ou aux alentours du lieu de mise à mort. Le saignement
peut seulement se faire avant et peu de temps après la mort. Les
morsures faites à un animal vivant produiront une hémorragie
qui se présentera par la suite comme une contusion sous la peau.
Cependant, l'hémorragie et, par la suite, les contusions ne se
produiront pas sur un animal mort qui a été trouvé
par un nécrophage. Dans les carcasses de moutons de laine épaisse,
il peut être nécessaire de dégager le cou et la tête
afin de voir les marques de dents et les ecchymoses.
Les coyotes, étant des prédateurs opportunistes, préfèrent
souvent les agneaux aux moutons adultes. Distinguer un agneau néonate
qui a été tué par des coyotes d'un agneau mort-né
qui a été trouvé par un nécrophage peut être
difficile. Afin de pouvoir le faire, il faut déterminer si l'agneau
a respiré, bu ou marché avant d'être mangé.
Alberta Agriculture recommande de chercher les indices suivants:
- L'agneau a-t-il marché? La douce membrane couvrant la sole
de l'onglon s'use rapidement lorsque l'agneau commence à marcher.
Si la membrane est encore intacte, il est probable que que l'agneau
était mort-né.
- L'agneau néonate a-t-il respiré? Si l'animal a respiré,
les poumons seront roses et sembleront légers et spongieux et
flotteront sur l'eau. Les poumons d'un agneau mort-né seront
d'une couleur foncée tirant sur le rouge violacé et couleront
lorsque placés dans l'eau.
- L'agneau a-t-il été allaité? La présence
de lait dans l'estomac est aussi la preuve d'une naissance vivante.
Si les nécrophages ont assez de temps et d'occasions pour se nourrir
de la carcasse, il sera pratiquement impossible de faire la différence
entre la prédation et la nécrophagie sur la carcasse d'un
animal qui est mort d'autres causes.
Les producteurs devraient aussi inspecter l'endroit où la carcasse
a été trouvée, à la recherche d'autres preuves
qui pourraient expliquer la cause de la perte. La découverte de
traces, de poils ou de déjections du prédateur près
d'une carcasse peut appuyer la théorie de la prédation,
mais ces découvertes en soi ne signifient pas automatiquement que
la prédation s'est produite, puisque les prédateurs se nourrissent
souvent aussi des carcasses. Des signes de lutte, des empreintes de traînage
sur le sol, de la végétation cassée et/ou du sang
aux alentours du site sont tous de fortes indications de prédation.
Un autre indicateur possible d'une attaque par un prédateur est
le comportement passablement plus nerveux et plus bruyant du troupeau.
Était-ce un coyote ou un chien?
En se fondant sur les critères susmentionnés, le producteur
a conclu que la prédation est la cause probable de la mort. Mais
quelle espèce de prédateur est responsable? Heureusement,
chaque espèce de prédateur a ses propres habitudes de prédation
et ses caractéristiques d'alimentation. Indubitablement, il y a
certaines exceptions, mais les indications suivantes devraient permettre
davantage aux individus de faire la distinction entre les pertes causées
par les prédateurs les plus importants de l'Ontario, soit les coyotes
et les chiens.
Temps de l'attaque - Les
coyotes chassent normalement la nuit, mais on sait qu'ils tuent aux premières
heures du jour, tandis que les chiens attaqueront à tout moment
du jour ou de la nuit.
Durée de l'attaque - Les
attaques des coyotes ne durent jamais très longtemps car ceux-ci
sont des tueurs rapides et habiles. Les attaques des chiens ont tendance
à être plus longues et plus interminables, car ces derniers
sont généralement des prédateurs inefficaces.
Tempérament du troupeau
- Le comportement du troupeau après une attaque peut être
important pour déterminer l'espèce du prédateur.
Puisque les coyotes tuent principalement à des fins de subsistance,
leurs attaques sont habituellement rapides et visent un petit nombre de
moutons. Après avoir tué, les coyotes mangeront leur proie
et laisseront le reste du troupeau tranquille. Par conséquent,
un troupeau témoin d'une mise à mort par un coyote ne semblera
pas normalement aussi effrayé, stressé ou bruyant que le
troupeau victime d'une attaque par un chien. Après une attaque
par un chien, le troupeau a davantage tendance à être nerveux
et troublé, car l'attaque dure plus longtemps, comprend plus de
poursuite et de harcèlement et comprend habituellement plusieurs
chiens qui attaquent de nombreux moutons. En conséquence, il y
a normalement beaucoup d'agitation et de confusion durant et après
une attaque par des chiens.
La seule exception à cela pourrait être pendant la période
de juillet à septembre lorsque le coyote femelle enseigne à
ses petits comment chasser. Dans tels cas, le troupeau peut être
nerveux en raison des techniques d'attaque inexpérimentées
des jeunes coyotes.
Importance de l'attaque ou de la mise
à mort - Le nombre de moutons tués peut aussi révéler
l'identité du prédateur. Plus de deux ou trois moutons tués
peut suggérer que des chiens étaient les agresseurs. Normalement,
les chiens attaquent les moutons pour s'amuser plutôt que pour se
nourrir; leur harcèlement mène donc fréquemment à
des mutilations sans discrimination. Les chiens, étant relativement
de piètres tueurs, tendent à poursuivre de manière
prolongée les moutons, ce qui fait qu'un plus grand nombre de moutons
sont attaqués, blessés ou tués dans une aire plus
grande que dans le cas d'attaques par des coyotes.
Les attaques par des chiens comprennent souvent plus d'un chien alors
que les coyotes chassent normalement seuls et que, comme tout prédateur
sauvage, ils ont tendance à tuer seulement ce dont ils ont besoin
pour assurer leur survie. Habituellement, seulement un ou deux moutons
seront tués, et très peu de moutons seront blessés.
Encore une fois, l'exception possible se présente à la fin
de l'été et au début de l'automne lorsque les jeunes
coyotes accompagnent les adultes.
Lieu de l'attaque ou emplacement des
carcasses - Si les coyotes sont responsables, alors les carcasses
seront plus probablement trouvées l'une près de l'autre,
près d'aires ayant un couvert abondant permettant une fuite facile.
Cependant, les carcasses résultant des attaques par des chiens
auront tendance à être dispersées dans tout le lieu
de pâture, car les moutons paniquent pour s'échapper.
Animaux ciblés -
Étant des prédateurs efficaces, les coyotes auront généralement
pour cible les animaux les plus petits, les plus lents et les plus vulnérables,
lesquels incluent, la plupart du temps, les agneaux. Les chiens ont tendance
à ne pas être sélectifs et attaqueront des moutons
de tout âge.
Comportement d'attaque
- Un examen approfondi de la carcasse ou de l'animal blessé fournira
des indices clés permettant de cerner l'identité possible
du prédateur. Pour tuer aussi rapidement que possible, les coyotes
attaquent d'habitude en mordant le mouton dans la gorge juste derrière
la mâchoire et sous les oreilles. Ils maintiennent cette prise jusqu'à
ce que l'animal suffoque ou meurt de saignement interne. Les plaies punctiformes
externes dans la gorge peuvent être difficiles à voir. Les
blessures internes consisteront généralement en une rupture
du larynx et en de graves trauma et saignement sous-cutanés. Les
coyotes infligent rarement des blessures à d'autres parties de
l'animal adulte ou de la carcasse. Les agneaux auront des morsures à
la tête, au cou et au dos causant des dommages importants aux os
et aux tissus.
À la fin de l'été ou au début de l'automne,
lorsque le coyote femelle enseigne à ses petits à chasser,
certaines blessures inhabituelles peuvent résulter des techniques
de chasse inexpérimentées des jeunes coyotes. À ce
moment-là, les morsures et les déchirures sur différentes
parties du corps sont communes. Dans de tels cas, plus d'un mouton d'un
troupeau peut être blessé. Toutefois, si les coyotes sont
les coupables, une mise à mort propre devrait s'être produite.
Les blessures sur de nombreux moutons vivants à des parties du
corps autres que la tête ou le cou sont des signes de prédation
de chiens. Les chiens attaquent habituellement du côté ou
d'en arrière, infligeant des blessures non mortelles sur différentes
parties du corps. Fréquemment, la peau et les muscles du flanc,
de l'arrière-train et de la tête seront déchirés.
Les blessures au cou seront superficielles ou consisteront en de graves
lacérations, contrairement aux plaies punctiformes caractéristiques
laissées par les dents d'un coyote. Les agneaux tués par
des chiens auront une apparence tailladée et en lambeaux. Des touffes
de laine se trouvant aux alentours de l'aire d'attaque témoigneront
possiblement d'une attaque inefficace par des chiens.
Comportement d'alimentation
- Les coyotes mangent généralement leur proie. Ils commencent
à se nourrir dans la cavité abdominale, mangeant le rein,
le foie et les poumons. L'estomac et les intestins sont habituellement
retirés, mais ne sont pas normalement mangés, à l'exception
des tissus de gras environnants. Après que les organes aient été
mangés, le coyote se nourrira des tissus musculaires des quartiers
arrières ou de la cage thoracique et des épaules. Des signes
fiables de nourrissage du coyote incluent le tissu musculaire aux bords
en lambeaux et des côtes brisées et mâchonnées.
Les coyotes souvent se frotteront et se rouleront dans les restes de la
carcasse, puis peuvent déféquer après s'être
nourris. Les coyotes généralement ne dispersent pas la laine
ou ne se cachent pas aux alentours du site.
Il est fort possible que si des agneaux sont disparus, les coyotes sont
les prédateurs probables. Les coyotes ramèneront souvent
leurs plus petites proies dans leur repaire, particulièrement durant
mai et juin lorsqu'ils nourrissent les petits.
Il est rare que les chiens emportent leurs victimes ou s'en nourriront.
Ils peuvent cependant mâchonner diverses parties de la carcasse.
Si les chiens se nourrissent, ils le feront normalement de la périphérie
vers le centre, généralement en commençant dans la
région de l'anus, contrairement au coyote qui se nourrit des organes
internes en premier. Les coyotes peuvent revenir se nourrir de la carcasse,
alors que les chiens reviennent rarement se nourrir de leurs victimes.
Traces sur le site - Puisque la plupart
des moutons tués le sont sur le lieu de pâture, il y reste
rarement des traces reconnaissables. Toutefois, si le sol est sableux
ou mou à la suite d'une pluie récente, les traces peuvent
permettre de discerner la présence de coyotes ou de chiens. Il
doit être souligné cependant que les traces à elles
seules ne confirment pas que l'animal était le tueur (Figure
1). Les traces des coyotes sont de forme plus ovales, et les traces
d'ongles laissées sont moins prononcées que celles des chiens.
Les traces des coyotes sont plus uniformes en grandeur, alors que les
traces des chiens varieront en grandeur selon la taille et le poids de
l'espèce du chien. Les traces des coyotes ont tendance à
suivre une ligne plus droite et les traces arrières suivent directement
en ligne avec les traces avant ou sont par-dessus celles-ci. Les traces
arrières d'un chien sont normalement quelque peu sur un côté
des traces avant.
Déjections - Les déjections
trouvées près du site peuvent aussi aider à établir
la différence entre les coyotes et les chiens domestiques. Le poil
et les parties d'os dans les déjections indiqueraient un coyote
ou un chien sauvage. Les déjections d'un chien domestique qui reçoit
de la nourriture pour chiens ne montreront aucun signe de poil ou d'os.
Les déjections des coyotes ont tendance à être noires,
grandement en raison de leur consommation de sang, alors que les déjections
des chiens domestiques seront de couleur brune.
Conclusion
Dans la plupart des cas, un examen rapide et approfondi de la carcasse,
du lieu et des animaux vivants associés à l'attaque aidera
à déterminer si la mort a été causée
par un accident, par une maladie ou par la prédation. Si la prédation
est la cause de la mort, le producteur doit alors décider si le
problème peut être réglé en modifiant les pratiques
de gestion agricole (c.-à-d. pâturage plus près des
bâtiments, établissement d'un logement de nuit, amélioration
des pratiques d'élimination des animaux morts, etc.). Si les pertes
sont considérables, le producteur devrait alors considérer
mettre en oeuvre d'autres pratiques de contrôle des prédateurs
(utilisation d'animaux de garde du bétail, clôtures électriques,
chasse, piégeage, etc.).
Figure 1. Traces des
animaux

Références
Characteristics of Coyote & Dog Predation on Sheep, Michael
J. Dorrance et Lawrence D. Roy, Alberta Agriculture.
Get Rid of That Dang Coyote, Cattlemen, 1992.
Prevention and Control of Coyote Predation, Alberta Agriculture,
1987.
Recognize and Control Predator Attacks on Your Livestock, United
Grain Growers, 1982.
Recognizing and Reducing Sheep Predator Losses, Iowa State University,
1981.
Stock Predation and Predator Control - A Brief Summary of General
Characteristics of Predator Kills and Response Program, M.L. Hart,
Ministère des Richesses naturelles de l'Ontario, 1988.
Understanding the Coyote, University of Kentucky, 1995.