Sevrage précoce des agneaux
Table des matières
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| Âge du sevrage | Contrainte de production | Avantages | Inconvénients |
|---|---|---|---|
| 21 jours | Allaitement artificiel | Réduction des coûts, de la main-d'oeuvre | Adaptation à l'aliment solide, stress |
| 35 jours | Allaitement artificiel | Croissance rapide | Coût, main-d'oeuvre |
| 35-56 jours | Intervalle d'agnelage | Préparation à la saillie | Lactation de la brebis |
| 2-4 smaines avant la mise en marché | Qualité de la carcasse | Finition au grain | Faible indice de conversion alimentaire |
| Mise en marché | S/O | Régime à base de pâture, de fourrages | Qualité de la finition |
La meilleure façon de conduire le sevrage est de soustraire l'agneau à sa source de lait, qu'elle soit une brebis ou un distributeur de lait de remplacement. Or, cette opération peut mal se passer si elle n'a pas été planifiée et réalisée méthodiquement. Quand on laisse les agneaux dans le local et au sein des groupes où ils se trouvaient durant leur allaitement, les stress qu'ils subissent sont seulement ceux du changement de régime et de la rupture des liens avec la brebis nourrice. Si en plus on transfère les agneaux sevrés dans un nouveau milieu, leur stress s'accroît d'autant. Il faut tenir compte de la grosseur de l'agneau, du stade de lactation de la brebis (risque de mammite) et du degré d'accoutumance au grain ou au fourrage pour évaluer la capacité de l'agneau de se tirer d'affaire avec des aliments solides. En outre, il faut que les aliments commerciaux pour agneaux soient minutieusement formulés pour assurer la santé de l'animal ainsi que l'efficacité alimentaire et la rentabilité économique.
Dans le cas du sevrage précoce, la capacité de l'animal
à manger suffisamment d'aliments solides est le facteur crucial.
Il faut se rappeler aussi que les aliments contenant de l'urée
ne doivent pas être servis aux agneaux dans les deux semaines qui
suivent le sevrage étant donné le développement encore
incomplet de leur rumen.
On entend par alimentation complémentaire le fait de servir un aliment de très grande qualité (titrant de 17 à 20 % de protéine brute - PB) que seuls les agneaux sont en mesure d'atteindre. En général, cela suppose de diviser la loge où vivent les agneaux et leurs mères par une cloison dans laquelle on pratique des ouvertures qui ne laissent passer que les agneaux, et non leurs mères. On peut s'arranger pour ménager des ouvertures dont la dimension est réglable, entre 15 et 25 cm (6 et 10 pouces), dans une barrière ou une cloison mesurant au moins 50 cm (24 pouces) de hauteur de sorte que les brebis ne peuvent la franchir en sautant. La figure 1 montre certains détails de l'aménagement d'un passage pour agneaux dans une cloison. Un modèle d'aliment complémentaire est donné dans le tableau 2.
Tableau 2. Exemple d'aliment complémentaire pour
agneaux titrant 17,9% de PB. Des aliments complets de bonne qualité
sont vendus chez les détaillants et fabricants d'aliments du bétail
| Ingrédient | % de la ration* (tel quel) |
Transformation de l'ingrédient | Apport de l'ingrédient |
|---|---|---|---|
| Orge |
35
|
aplatissage, mouture
|
énergie
|
| Avoine |
35
|
aplatissage, mouture
|
énergie
|
| Maïs |
8
|
aplatissage, mouture
|
énergie
|
| Farine de poisson** |
5
|
aucune
|
protéine
|
| Tourteau de soya |
11
|
aucune
|
protéine
|
| Mélasse |
6
|
(chauffage), mélange
|
appétabilité
|
| Prémélange |
a |
aucune
|
vitamines, minéraux
|
| Additif |
b |
mélange soigné
|
santé de l'agneau
|
1. De l'eau propre et fraîche doit être à portée
des agneaux en permanence.
2. La distribution à volonté d'un aliment complémentaire
(titrant de 17 à 20 % de PB), avant le sevrage, facilite la transition.
3. Dans les élevages pratiquant l'allaitement artificiel, les agneaux
peuvent être sevrés à partir de l'âge de 21
jours.
4. Au moment du sevrage, on doit servir une ration de très grande
qualité, riche en protéine (de 18 à 25 % de protéine).
Une certaine proportion de protéine d'origine animale ou autre
est nécessaire (p. ex. farine de poisson ou, à défaut,
produits à base de soya traités thermiquement).
5. Les céréales utilisées dans les rations des agneaux
sevrés tôt doivent avoir été partiellement
transformées (aplaties, concassées ou floconnées);
on peut cesser de transformer les céréales quand les animaux
atteignent un poids vif de 22 kg (50 lb).
6. La ration doit être extrêmement appétissante; ceci
est très important à ce stade de la vie de l'agneau, plus
qu'à tout autre. On peut y ajouter de la mélasse pour réduire
la poussière et le tri par les animaux et pour améliorer
l'appétabilité. Un aliment commercial en granulés
peut être envisagé pour réduire le tri, mais les agneaux
le consomment en général moins volontiers que les rations
à base de céréales aplaties dont le goût est
rehaussé par la mélasse.
7. L'urée (au cas où l'on en donne) ne doit pas être
servie dans les deux semaines qui suivent le sevrage, à moins que
les agneaux aient été sevrés tard et qu'ils aient
consommé suffisamment d'aliments solides pour que leur rumen ait
eu le temps de se développer (l'âge minimum est de 35 jours).
8. La proportion de l'urée dans la ration (rapportée à
la matière sèche) ne doit pas dépasser 1 %; ne servir
que de l'urée fourragère.
9. Se conformer aux recommandations d'un programme d'alimentation établi
spécifiquement pour agneaux par un nutritionniste compétent.
10. On peut ajouter à la ration post-sevrage un ionophore qui fera
fonction de coccidiostatique (pour réduire le risque de foyers
de coccidiose chez les agneaux) et/ou d'optimiseur du rumen.
1. Mettre au point le protocole de sevrage, décider des dates
et préparer les locaux, de 14 à 21 jours avant le sevrage.
2. Veiller à ce que les animaux s'accoutument à l'aliment
complémentaire (qu'ils en absorbent l'équivalent de 1 %
de leur poids vif (par ex. un agneau qui pèse 9 kg (20 lb) doit
consommer 9 x 0,01 = 0,09 kg (20 x 0,01 = 0,2 lb) d'aliment complémentaire).
3. Veiller à ce que les animaux apprennent à boire de l'eau.
4. Supprimer le lait de remplacement ou séparer les agneaux d'avec
la brebis nourrice (sevrage).
5. Servir une ration riche en protéine (18 à 25 % de PB);
un exemple de ration est donné au tableau 3.
Tableau 3. Deux exemples de rations de sevrage (données à partir du sevrage jusqu' à 14 jours après le sevrage). La ration 1 contient 21,4% de PB, tandis que la ration 2 en contient environ 18,5%. La ration 1 permet normalement une meilleure performance, mais elle est plus compliquée (et revient cher à fabriquer, selon la disponibilité des ingrédients).
| Ingrédient | Ration 1* % de la ration (tel quel) |
Ration 2* % de la ration (tel quel) |
Transformation de l'ingrédient | Apport de l'ingrédient |
|---|---|---|---|---|
| Orge |
30
|
41
|
aplatissage, mouture
|
énergie
|
| Avoine |
30
|
36
|
aplatissage, mouture
|
énergie
|
| Maïs |
5
|
-
|
aplatissage, mouture
|
énergie
|
| Drèches de brasserie |
9
|
-
|
aucune
|
protéine, énergie
|
| Gluten de maïs |
5
|
-
|
aucune
|
protéine
|
| Farine de poisson** |
5
|
5
|
aucune
|
protéine
|
| Farine de soya |
10
|
12
|
aucune
|
protéine
|
| Mélasse |
6
|
6
|
(chauffage), mélange
|
appétabilité
|
| Pré-mélange |
a |
a |
aucune
|
vitamines, minéraux
|
| Additif |
b |
b |
mélange soigné
|
santé de l'agneau
|
* On peut se servir de ce pourcentage au moment de préparer des lots d'aliment de 100 lb ou de 100 kg (p.ex. 35% d'orge = 35 kg dans un lot de 100 kg). Bien que l'avoine soit recommandée dans la ration, on peut la remplacer par de l'orge, à quantité égale, sans modifier l'analyse de la ration. Il est conseillé de réduire la proportion d'avoine quand la ration comporte du foin, étant donné la haute tenuer en fibre du foin et le risque de ballonnement. Le maïs peut également être remplacé par l'orge; ce remplacement augmente marginalement la teneur en PB et abaisse marginalement la teneur énergétique. Par ailleurs, le maïs peut remplacer une partie de l'avoine ou de l'orge de la ration : la teneur énergétique s'en trouvera augmentée, mais la teneur en PB sera diminuée.
** La farine de poisson est une protéine coûteuse et n'est donc pas souvent utilisée. Les teneur élevées indiquées ici ont pour objet de donner à l'organisme de l'animal une protéine de grande qualité facile à digérer. La mélasse aide à en camoufler l'odeur.
a La ration doit être supplémentée en vitamines et en minéraux. Si on utilise un prémélange, choisir un minéral conçu pour les agneaux ou les moutons (et non pour les bovins à viande ou laitiers) pour éviter les complications du métabolisme des minéraux, par exemple, la toxicité du cuivre. Au lieu supplément, on peut aussi ajouter un sel enrichi d'oligo-éléments (TM 10) et un mélange de vitamines A, D et E (10 000 UI de vitamine A par gramme), à raison de 50 grammes par 100 kg d'aliment.
b Les spécialités thérapeutiques peuvent être administrées aux agneaux, sur les conseils du vétérinaire, par l'intermédiaire de l'aliment.
Avant de séparer les agneaux des brebis nourrices, il faut prendre
un certain nombre de mesures pour que les brebis cessent de produire du
lait après le sevrage, car le lait qui reste dans le pis risque
de provoquer la mammite. Ce risque est particulièrement élevé
chez les races connues pour leur grande aptitude laitière (par
exemple, Rideau Arcott, Friesian, et certaines souches de Dorset et de
Suffolk). Dans les deux semaines précédant le sevrage, on
conseille de faire passer la brebis progressivement de la ration riche
en énergie qui lui est nécessaire au pic de lactation (fourrages
de qualité bonne à excellente complétés par
du grain) à une ration inférieure à celle dont elle
a besoin pour assurer son entretien, constituée d'une quantité
restreinte de mauvais foin ou de paille (digestibilité médiocre)
- pasde fourrage moisi. Ce régime pauvre en énergie sera
donné pendant deux ou trois jours avant le sevrage et sera maintenu
pendant un certain nombre de jours après (4 à 7). Dans les
élevages où les brebis sont traditionnellement difficiles
à tarir, on peut également recourir au rationnement en eau.
Il faut toujours donner de l'eau aux brebis chaque jour, mais en quantité
rationnée, sans libre accès. Ce rationnement peut commencer
un ou deux jours avant le sevrage et peut se prolonger pendant 3 jours
après le départ des agneaux. Le jour même du sevrage,
on peut ne donner aucune quantité d'eau.
Un autre accident qui peut guetter les agneaux nourris au lait artificiel est la mort soudaine causée par l'entérotoxémie. Souvent, c'est l'agneau qui se développait le mieux que l'on retrouve mort sans qu'on ait pu remarquer de symptômes. L'autopsie révèle que les seules lésions visibles à l'oeil nu sont des plaques rougeâtres dans la paroi de l'intestin grêle. Des modifications microscopiques peuvent être découvertes dans d'autres organes et les analyses peuvent confirmer la présence des toxines. L'organisme causal est une bactérie, Clostridia perfringens, de type D. Cette bactérie peut être présente en petits nombres dans l'intestin, mais lorsque l'ingesta transite à vitesse normale dans l'intestin, elle ne se multiplie pas suffisamment dans le duodénum pour causer la maladie.
Chez les agneaux allaités artificiellement, trois facteurs prédisposent
à la multiplication de cette bactérie à un rythme
suffisant pour entraîner la mort.
1. Prise de colostrum insuffisante; l'agneau peut ne pas avoir reçu
assez d'anticorps pour être protégé.
2. Les brebis n'ont pas reçu toutes les vaccinations nécessaires
avant de mettre bas; leur colostrum n'est donc pas assez riche en anticorps
protecteurs.
3. Le transit intestinal n'est pas suffisamment rapide; un nombre accru
de bactéries peut alors séjourner dans l'intestin grêle
et libérer des toxines.
4. L'arrivée d'une grande quantité d'amidon dans le duodénum,
causée par une suralimentation, conjuguée à la stase
intestinale décrite au point 3. On peut éviter la stase
intestinale en s'arrangeant pour que les agneaux ingèrent des quantités
régulières d'aliments. Pour cela, on peut leur distribuer
seulement 95 % de ce qu'ils ingèrent quand ils ont libre accès
à la nourriture. On peut aussi ajouter un fourrage grossier à
leur ration.
La perméabilité croissante de la paroi de l'intestin permet à la toxine de se répandre très vite dans l'organisme de l'agneau, dans son système nerveux et son cerveau. La mort peut survenir au bout de deux heures ou moins, et rarement plus de douze heures après l'infection.
Quand on pratique l'allaitement artificiel, il est indispensable d'appliquer un programme de vaccinations contre ce groupe de bactéries. Toutes les brebis doivent recevoir la première série de vaccins avant leur premier agnelage : deux injections à six semaines d'intervalle, la dernière étant administrée au moins deux semaines avant l'agnelage. Les brebis qui agnellent une fois par an doivent recevoir une vaccination de rappel deux semaines avant la date prévue des premiers agnelages. Les brebis mises à la reproduction accélérée doivent recevoir un vaccin de rappel deux semaines avant chaque agnelage. Si la brebis est complètement vaccinée contre le groupe des maladies à Clostridium avant d'agneler, les anticorps contenus dans son colostrum doivent normalement protéger l'agneau pendant 10 à 12 semaines. Comme les niveaux d'anticorps peuvent diminuer chez un animal en proie à un stress, il est indispensable que les brebis en fin de gestation et les agnelets bénéficient de conditions optimales du point de vue de leur milieu de vie, de leurs soins et de l'alimentation. Ils peuvent recevoir la vaccination de rappel à l'âge de 10 - 12 semaines.
Nous remercions le Secrétariat d'État pour sa contribution financière à la réalisation de la présente fiche technique.
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