Allaitement
artificiel des agneaux
Table des matières
- Introduction
- But et avantages
- Précautions
- Météorisme de la caillette
chez l'agneau
- Infections à clostridium
- Choix des agneaux à allaiter artificiellement
- Préparation du lait artificiel
- Dosage de l'aliment
- Eau
- Alimentation solide - aliment complémentaire
- Autres sources d'information
Introduction
Dans la majorité des troupeaux ovins, on retrouve des agneaux
orphelins ou délaissés par leur mère ainsi que
de nombreuses brebis prolifiques dont la lactation ne suffit pas pour
nourrir la trop nombreuse portée. La plupart du temps, la solution
la plus naturelle et la plus économique consiste à faire
adopter ces agneaux par d'autres brebis. En effet, l'allaitement artificifiel
ne doit être envisagé que lorsque l'adoption est impossible.
Cependant, dans les élevages ovins axés sur la production
de lait, l'allaitement artificiel est la formule qui s'impose puisque
les agneaux absorberaient la totalité du lait commercialisable.
En règle générale, les éleveurs remplacent
le lait de la mère par un aliment commercial, bien que certains
aient obtenu de bons résultats avec des mélanges enrichis
à base de lait de vache de rebut. Un autre facteur critique est
l'adaptation rapide de l'agneau à une alimentation solide. On
diminue ainsi la dépendance de l'agneau envers l'intervention
humaine et on améliore le rendement économique.
But et avantages
Production d'agneaux
De toute évidence, le principal avantage de l'allaitement artificiel
est la possibilité de sauver des agneaux qui autrement sont voués
à la mort. Certains éleveurs préfèrent parfois
sacrifier ces agneaux surnuméraires parce qu'ils les considèrent
difficiles et peu rentables à élever. Pourtant, si on
s'est doté d'un système efficace pour les allaiter et
les élever, on peut accroître les profits et on risque
moins de s'attirer la réprobation des défenseurs des animaux.
La clé du succès est de pouvoir compter sur un système
qui prévoit suffisamment de ressources, de temps et d'espace
pour l'allaitement artificiel plutôt que de recourir à
chaque fois à des méthodes plus ou moins improvisées.
Production de lait
En séparant les agneaux d'avec la brebis et en leur donnant
un lait de remplacement, non seulement on peut commercialiser plus de
lait, mais on peut aussi augmenter la quantité de lait totale
produite au cours de la lactation, car la traite de la brebis préserve
sa capacité maximale de sécrétion lactée.
Quand le prélèvement de lait tombe en deça de ce
niveau, la sécrétion se met à ralentir, car elle
est liée aux quantités prélevées. Une fois
qu'elle a commencé à baisser, la production de lait ne
peut plus augmenter.
Précautions
La principale précaution à observer dans un système
d'allaitement artificiel consiste à administrer correctement
le colostrum. Idéalement, dans l'heure qui suit sa naissance,
l'agneau doit recevoir le colostrum de sa propre mère à
raison de 50 mL par kilo de poids vif (1 once par livre). En plus, il
doit absorber 150 mL de colostrum par kg de poids vif (3 onces par livre)
réparti en trois repas au cours de ses 24 premières heures.
L'absorption de colostrum sert à stimuler la protection passive
de l'agneau jusqu'à ce que son propre système immunitaire
prenne le relais. Si la brebis n'a pas assez de colostrum, on peut donner
à l'agneau d'autres types de colostrum (par ordre de préférence)
:
- un mélange de colostrum de plusieurs bebis du même
troupeau
- un mélange de colostrum de brebis d'un autre troupeau (de
même état sanitaire)
- un mélange de colostrum de vaches (en donner 30 % de plus;
nourrir l'agneau toutes les cinq heures pour arriver à un repas
de plus au cours des 24 premières heures)
- une combinaison quelconque des options ci-dessus
- du colostrum artificiel
Plus on tarde à donner le colostrum à l'agneau, moins
celui-ci pourra l'utiliser avec profit. En outre, la qualité
du colostrum sécrété par la brebis décline
rapidement et sa composition devient celle du lait normal dans les heures
qui suivent la mise bas. L'administration de colostrum à la naissance
est l'intervention la plus cruciale de toute la durée de l'élevage
de l'agneau. En transmettant au petit l'immunité de la mère,
on lui transmet du même coup les anticorps produits par la mère
en réaction à ses vaccinations. En outre, lorsque les
brebis ont reçu une bonne alimentation pendant leur gestation,
elles sont plus susceptibles de produire en quantités suffisantes
un colostrum de bonne qualité.
| Haut de la page |
Météorisme de la caillette
chez l'agneau
Sur le mode d'emploi du lait de remplacement, le fabricant précise
la température exacte de l'eau dans laquelle la poudre doit être
diluée pour obtenir une répartition uniforme du gras dans
le lait reconstitué. Très souvent, l'éleveur donnera
ce lait à l'agneau ou au chevreau quand il aura refroidi pour
être à la température du corps. Cette pratique n'occasionne
en général pas de problème, bien qu'elle semble
être associée à une incidence accrue de météorisme
chez l'agneau. Certains élevages ont subi de lourdes pertes associées
à l'allaitement artificiel à cause de ce trouble grave.
Antécédents cliniques
La séquence d'événements menant à la mort
d'un agneau par météorisme est presque toujours la suivante
: l'agneau a été allaité deux ou trois fois par
jour et a absorbé un volume considérable de lait de remplacement
à chaque fois. Le lait a été servi à la
température corporelle. Dans les 30 minutes qui ont suivi, l'abdomen
s'est mis à gonfler. À l'examen, on s'aperçoit
que le ballonnement est causé par la présence excessive
de gaz dans l'estomac, et la mort de l'agneau survient en quelques minutes.
Lors de l'autopsie, on découvre que la caillette est fortement
distendue et qu'elle s'est probablement déchirée. La déchirure
peut s'être produite avant ou après la mort. La paroi de
la caillette présente des zones rougeâtres auxquelles correspondent
souvent les points de déchirure. L'examen au microscope de coupes
préparées de la muqueuse de la caillette révèle
des petites grappes de bactéries, les cocci. On découvre
régulièrement ces grappes de bactéries de l'espèce
Sarcinia dans la caillette des agneaux victimes du météorisme,
alors qu'on ne les découvre pratiquement jamais en d'autres circonstances.
Pathogenèse
Encore aujourd'hui le mécanisme du météorisme
n'est pas entièrement élucidé. Au début,
on en imputait la cause à un groupe commun de bactéries,
les lactobacilles; maintenant on incrimine davantage l'espèce
Sarcinia. Ces bactéries sont connues pour être des agents
de fermentation qui sont capables de se multiplier dans la caillette
quel qu'en soit le degré d'acidité. L'arrivée d'une
grande quantité de lait tiède dans la caillette fournit
à ces bactéries un excellent milieu pour leur rapide multiplication.
Leur multiplication s'accompagne d'une fermentation des sucres du lait
et d'une production de gaz excessive. Parallèlement, le contenu
de l'estomac s'acidifie aux dépens d'autres bactéries.
Le gaz ne pouvant s'échapper, la caillette se distend et appuie
contre les autres organes internes, notamment le coeur et les poumons.
Cette compression cause l'arrêt cardiaque et la mort.
Traitement
Lorsque le ballonnement est devenu visible, pratiquement aucun traitement
n'a de chance de succès, bien qu'à l'occasion il soit
arrivé qu'on puisse rescaper un agneau en enfonçant un
trocart dans la caillette pour en faire sortir le gaz.
Prévention
Comme le météorisme est associé à une prolifération
bactérienne, le fait de garder le lait et de le donner à
l'agneau à une température inférieure à
4 °C (40 °F) permet d'ordinaire d'empêcher d'autres cas
de se produire. Il n'en demeure pas moins nécessaire de diluer
la poudre dans l'eau à la température recommandée
par le fabricant, mais il faut ensuite le mettre à refroidir
aussi rapidement que possible dans le réfrigérateur. L'éleveur
doit donc préparer à l'avance la quantité de lait
nécessaire pour le repas suivant, par exemple préparer
le lait du soir après le repas du matin. Certaines études
indiquent qu'on peut prévenir le météorisme en
ajoutant 1,0 mL de formaline (titrant 37 % de formaldéhyde) par
litre d'aliment d'allaitement.
| Haut de la page |
Infections à clostridium
Un autre accident qui peut guetter les agneaux nourris au lait artificiel
est la mort soudaine causée par l'entérotoxémie.
Souvent, c'est l'agneau qui se développait le mieux que l'on
retrouve mort sans qu'on ait pu remarquer de symptômes. L'autopsie
révèle que les seules lésions visibles à
l'oeil nu sont des plaques rougeâtres dans la paroi de l'intestin
grêle. Des modifications microscopiques peuvent être découvertes
dans d'autres organes et les analyses peuvent confirmer la présence
des toxines. L'organisme causal est une bactérie, Clostridia
perfringens, de type D. Cette bactérie peut être présente
en petits nombres dans l'intestin, mais lorsque l'ingesta transite à
vitesse normale dans l'intestin, elle ne se multiplie pas suffisamment
pour causer la maladie.
Chez les agneaux allaités artificiellement, trois facteurs prédisposent
à la multiplication de cette bactérie à un rythme
suffisant pour entraîner la mort.
- Prise de colostrum insuffisante; l'agneau peut ne pas avoir reçu
assez d'anticorps pour être protégé.
- Les brebis n'ont pas reçu toutes les vaccinations nécessaires
avant de mettre bas; leur colostrum n'est donc pas assez riche en
anticorps protecteurs.
- Le transit intestinal n'est pas suffisamment rapide; un nombre accru
de bactéries peut alors séjourner dans l'intestin grêle
et libérer des toxines epsilon.
La perméabilité croissante de la paroi de l'intestin
permet à la toxine de se répandre très vite dans
l'organisme de l'agneau, dans son système nerveux et son cerveau.
La mort peut survenir au bout de deux heures ou moins, et rarement plus
de douze heures après l'infection.
Quand on pratique l'allaitement artificiel, il est indispensable d'appliquer
un programme de vaccinations contre ce groupe de bactéries. Toutes
les brebis doivent recevoir la première série de vaccins
avant leur premier agnelage : deux injections à six semaines
d'intervalle, la dernière étant administrée au
moins deux semaines avant l'agnelage. Les brebis qui agnellent une fois
par an doivent recevoir une vaccination de rappel deux semaines avant
la date prévue des premiers agnelages. Les brebis mises à
la reproduction accélérée doivent recevoir un vaccin
de rappel deux semaines avant chaque agnelage. Si la brebis est complètement
vaccinée contre le groupe des maladies à Clostridium avant
d'agneler, les anticorps contenus dans son colostrum doivent normalement
protéger l'agneau pendant 10 à 12 semaines. Comme les
niveaux d'anticorps peuvent diminuer chez un animal en proie à
un stress, il est indispensable que les brebis en fin de gestation et
les agnelets bénéficient de conditions optimales du point
de vue de leur milieu de vie, de leurs soins et de l'alimentation. Les
agneaux allaités artificiellement peuvent être vaccinés
quand ils ont entre 4 et 6 semaines. Ils peuvent recevoir la vaccination
de rappel à l'âge de 10 - 12 semaines.
Choix des agneaux à allaiter artificiellement
Dans un élevage où les brebis prolifiques ont produit
trop d'agneaux pour que chacun d'eux puisse téter assez de lait,
il faut donner aux agneaux surnuméraires un complément
de lait ou les séparer complètement d'avec leur mère.
La méthode à privilégier est de faire adopter les
agneaux par d'autres brebis, mais elle n'est pas toujours possible.
En général, si une brebis n'a pas assez de lait pour toute
sa portée, on doit se fixer des règles simples pour déterminer
le ou les petits à soustraire. La meilleure règle empirique
est de retirer l'agneau qui est le plus différent du groupe,
la grosseur et le sexe (dans cet ordre) étant les facteurs déterminants.
Par exemple :
- dans un groupe de triplées, où deux agnelles sont
petites et une est grosse : retirer la plus grosse;
- dans un groupe de quadruplés composé de deux femelles
et deux mâles dont l'un est chétif : retirer ce dernier.
Si la brebis ne peut allaiter que deux des agneaux : retirer les deux
mâles.
On déconseille cependant aux éleveurs qui veulent produire
leurs femelles de remplacement de séparer les agnelles de leurs
mères, car les comparaisons qu'ils doivent ensuite faire au sein
du troupeau porteront sur des agneaux n'ayant pas eu les mêmes
chances de croissance. Selon le même raisonnement, il faut éviter
d'allaiter artificiellement un jeune mâle que l'on destine à
la reproduction.
Systèmes d'alimentation des agneaux allaités artificiellement
Les techniques d'alimentation des agneaux orphelins sont très
variées, allant du biberon -pour allaiter quelques agneaux -
aux gros nourrisseurs proposés dans le commerce. Ces derniers
appareils réalisent automatiquement, à intervalle régulier,
le dosage et le mélange de la poudre de lait artificiel. Le choix
du système dépend du nombre d'agneaux à allaiter,
des circonstances propres à chaque élevage et des préférences
de l'éleveur. Quel que soit le système que l'on choisit,
l'hygiène est le facteur crucial.
Allaitement rationné
Si on allaite artificiellement un petit nombre d'agneaux, la formule
la plus pratique est de donner une quantité fixe de lait deux
ou trois fois par jour. Elle est exigeante en main-d'oeuvre, mais permet
d'abréger la période d'alimentation lactée et de
réduire son coût, de favoriser une transition relativement
rapide vers l'alimentation solide, de faciliter et de hâter le
sevrage. On peut utiliser soit des biberons, soit des seaux munis de
tétines. Ce qui compte, c'est de prévoir une tétine
par agneau pour que tous aient la même chance de consommer la
ration de lait qui leur est allouée.
Allaitement en libre-service
La plupart des dispositifs conçus pour un grand nombre d'agneaux
sont basés sur l'accès au lait en permanence, de manière
qu'on n'ait pas à s'occuper individuellement de chaque animal.
C'est la formule la moins exigeante en main-d'oeuvre. Il existe plusieurs
systèmes allant des seaux munis d'une tétine aux nourrisseurs
commerciaux en passant par les rampes nourricières. Quel que
soit le système utilisé pour l'alimentation en libre-service,
chaque tétine peut alimenter 4 ou 5 agneaux. On trouvera le prix
des différents systèmes au tableau 1.
Le seau muni d'une tétine constitue un dispositif d'allaitement
bon marché et facile à tenir propre. On peut s'en procurer
dans le commerce ou le confectionner soi-même en perçant
au bas du seau un trou dans lequel on fixe une tétine raccordée
à un clapet. Le lait peut être facilement conservé
frais en y plongeant une bouteille en plastique remplie d'eau glacée.
Le principal inconvénient est la difficulté à empêcher
les agneaux de percer la tétine en mâchonnant, ce qui peut
entraîner la perte de tout le contenu du seau.
Une variante du seau à tétine consiste à raccorder
plusieurs tétines à un récipient par des tuyaux
comme le montre la figure 1. Les agneaux ont accès
aux tétines qui se trouvent à l'intérieur de leur
loge, alors que le récipient contenant le lait est à l'extérieur.
Cela permet de placer le seau plus bas que les tétines (si une
tétine vient à se percer, elle ne laissera pas couler
le lait). Pour que tous les agneaux soient capables d'obtenir leur lait
avec ce genre d'installation, il est important d'intercaler sur les
tuyaux allant aux tétines un simple clapet d'entrée empêchant
le lait de retomber dans le récipient. Ce type de clapet peut
s'acheter dans un magasin de pièces d'automobiles (clapets pour
essuie-glaces). Comme dans le cas du seau muni d'une tétine,
on peut garder l'aliment d'allaitement froid en y plongeant des bouteilles
d'eau glacée.
Figure 1. On peut relier les tétines
au récipient à l'aide d'une longueur de tuyau. C'est probablement
la méthode la plus souple, la plus fiable et la plus économique
pour distribuer le lait aux agneaux à l'intérieur de leur
loge. (Adapté de la publication 1507/F, gracieuseté d'Agriculture
et Agroalimentaire Canada).

La rampe nourricière est de confection relativement facile et
bon marché, car on peut utiliser des articles de plomberie ordinaires
en plastique. Il s'agit de tétines raccordées à
un tuyau dans lequel l'aliment d'allaitement s'écoule depuis
un réservoir principal par gravité ou à l'aide
d'une pompe. On peut réfrigérer l'aliment d'allaitement
ou le laisser à la température de la pièce. Il
est important que les tétines utilisées sur la rampe nourricière
soient conçues ou adaptées spécialement pour qu'elles
ne laissent pas couler le lait quand les agneaux ne tètent pas.
La publication 1507/F d'Agriculture Canada intitulée Élevage
artificiel des agneaux contient une excellente description d'une rampe
nourricière bon marché, utilisée à la Station
de recherches de Fredericton, qui a été fabriquée
avec du tube en plastique souple de 1,25 cm (1/2 pouce) dans lequel
on a inséré des raccords en T standard en plastique dur
de 1,25-cm (1/2 pouce) à intervalle de 20 cm ou plus (un intervalle
plus étroit risque de provoquer l'entassement). La partie du
T à laquelle la tétine est reliée est coupée
de façon à n'avoir qu'une ou deux stries pour que le plastique
dur ne glisse pas trop loin dans la tétine. L'autre extrémité
du tube est laissée ouverte pour éviter qu'une pression
s'installe dans le tube et provoque des fuites au niveau des tétines
non utilisées lorsqu'un agneau suce une autre tétine.
On a constaté qu'il fallait un minimum de six tétines
par rampe nourricière pour que les tétines libres ne coulent
pas. Les tétines de marque LambluxÒ se sont avérées
excellentes et sont désormais offertes aux éleveurs chez
les vendeurs de matériel d'élevage. La planche sur laquelle
les tétines sont fixées est inclinée d'environ
65 degrés pour imiter en gros l'angle entre les trayons et le
pis de la brebis. Au besoin, on peut entourer les tétines par
une corolle protectrice en plastique qui limitera le mâchonnement.
Des nourrisseurs automatiques qui mesurent et mélangent la poudre
de lait avec l'eau et qui apportent le lait dans les loges des agneaux
sont proposés dans le commerce. À la connaissance des
auteurs, un seul modèle, le LactecÒ, est présentement
en vente en Ontario. Il est distribué par Matélevage,
de St-Agapit au Québec. L'acquisition d'un tel appareil est à
envisager quand on doit allaiter artificiellement un grand nombre d'agneaux,
par exemple dans les élevages de brebis laitières ou dans
les troupeaux de races prolifiques qui pratiquent la mise à la
reproduction accélérée. Le coût au détail
de ces nourrisseurs a nettement baissé ces cinq dernières
années.
Tableau 1. Avantages, inconvénients et coûts
associés aux différents systèmes d'allaitement artificiel des agneaux
| Type de
nourrisseur |
Avantages |
Inconvénients |
Coût |
- bon marché
- facile à nettoyer |
- ne convient que si lon soigne
un petit nombre dagneaux |
120 $ - 175 $ |
- facile à nettoyer relativement
bon marché
- facile à se procurer exige peu de temps par agneau |
- le mâchonnement des tétines
peut en-
traîner la perte du contenu entier du seau
- les seaux peuvent être renversés sils ne
sont pas solidement fixés |
30 $ - 70 $ |
- perte de lait minime ou nulle
- le récipient est placé à l'extérieur
de la loge - pas de risque de renversement ni de contamination |
- certains agneaux ont du mal à
apprendre à s'en servir
- placer des clapets de non-retour dans les tuyaux |
30 $ - 70 $ |
- système fermé
- fabrication artisanale |
- le temps mis pour confectionner
et entretenir la rampe |
75 $ - 150 $ |
- peu exigeant en main-d'oeuvre
- 50 agneaux par unité |
- coûteux à
l'achat
- température de stockage du lait |
1000 $ -1500 $ |
| Haut de la page |
Préparation du lait artificiel
Le lait artificiel est un moyen commode d'apporter à l'agneau
la totalité de tous les éléments nutritifs dont
il a besoin. Les paramètres du mode d'emploi du produit ont été
définis dans le but d'assurer la santé et la croissance
de l'animal. Chaque paramètre est le fruit des observations faites
tant par les éleveurs que par les chercheurs. Il faut suivre
à la lettre le mode d'emploi fourni par le fabricant pour ce
qui concerne le mélange (température et méthode),
les doses et l'hygiène. Tous ces facteurs ont une importance
critique et tout compromis peut être lourd de conséquences.
Reconstitution du lait artificiel
Veiller à bien dissoudre l'aliment en poudre dans l'eau, éventuellement
en utilisant un appareil électrique du genre mélangeur
à main. La présence de grumeaux dans le lait favorise
les problèmes de météorisme.
Dosage
Respecter le mode d'emploi pour ce qui concerne la quantité
de poudre par animal par tétée/par jour et le rapport
poudre/eau. La distribution d'un aliment d'allaitement dilué
peut amener une surconsommation (surtout en libre-service) parce que
les animaux, ressentant le manque de certains éléments
nutritifs, sont poussés à téter plus pour compenser.
Plus les tétées sont fréquentes mais restreintes,
meilleur c'est.
Hygiène
Veiller à ce que le matériel utilisé pour préparer
l'aliment et le distribuer est nettoyé avec des produits assainissants
(p. ex. avec de l'eau javellisée à raison de 1:50), pour
éviter la prolifération des organismes causant le météorisme
et la diarrhée.
Refroidissement du lait
Tout lait servi à volonté doit être maintenu à
une température fraîche. Pour cela, on peut plonger des
sacs de glace dans le seau ou le récipient ou garder le lait
au réfrigérateur. Les agneaux nourris au biberon doivent
recevoir du lait tiède, conformément au mode d'emploi
du produit.
Formaline
On peut ajouter ce produit au lait offert en libre-service (à
raison de 0,1 % soit 1,0 mL par litre d'aliment) pour prévenir
la prolifération microbienne et et aider à limiter la
surconsommation (goût déplaisant), surtout si le lait n'est
pas refroidi. Certains agneaux peuvent refuser de boire le lait à
cause de l'odeur de la formaline.
Nourrisseurs robotisés
Certains appareils sont conçus de façon telle qu'il est
impossible de suivre les recommandations concernant l'emploi du lait
de remplacement. Soit la poudre est mal diluée, soit l'hygiène
est insatisfaisante, soit le lait en libre-service est maintenu tiède.
Quand on utilise un aliment d'allaitement, ces conditions sont favorables
au problème du météorisme de la caillette. Quand
on utilise ce genre d'appareils, il faut s'assurer que l'hygiène,
les cycles de reconstitution et de distribution du lait sont compatibles
avec le produit utilisé.
Alimentation à base de lait de vache de rebut
Quand on dispose de lait de vache, on peut s'en servir pour allaiter
les agneaux. Une des sources de ce lait peut être les vaches soumises
à un traitement. Du lait de chèvres laitières ou
de brebis laitières soumises à un traitement est également
utilisable. Il faut cependant se rappeler que le lait de vache et le
lait de chèvre sont tous deux moins riches en matières
grasses (énergie) que le lait de brebis. Cette différence
peut être comblée par l'ajout d'un corps gras, par exemple
de 25 à 50 mL d'huile de maïs, de canola ou de noix de coco
par litre de lait de vache ou de chèvre (1 à 2 onces par
pinte). On peut aussi utiliser du suif, du saindoux, du shortening ou
du beurre, mais cela ne va pas sans quelques difficultés pratiques
à cause du point de fusion élevé de ces graisses.
Il faut respecter un délai d'attente avant l'abattage des agneaux
qui ont reçu du lait d'animaux traités.
| Haut de la page |
Dosage de l'aliment
La quantité quotidienne de lait ne doit pas dépasser
10 % du poids vif de l'animal et elle doit être répartie
en quatre tétées. La fréquence des tétées
qui correspond à chaque âge est indiquée au tableau
2. Quand le tableau indique une fourchette, la fréquence
plus élevée peut donner un meilleur résultat, mais
elle n'est pas nécessaire.
Tableau 2. Source d'aliment d'allaitement (AA)
recommandée pour les agneaux et fréquence des tétées de la naissance
au sevrage
|
Âge (jours)
|
Source
|
Fréquence des tétées
|
| 0 -24 h |
Colostrum |
4 à 5* |
| 1 - 3 |
AA |
3 à 4 par jour |
| 4 - 7 |
AA + aliment complémentaire |
2 à 3 par jour |
| 8 - 21 |
AA + aliment complémentaire |
2 par jour |
| 21 - 35 |
AA + aliment complémentaire
ou
régime solide |
préparer le
sevrage |
* Si l'on utilise du colostrum de vache, cinq tétées
sont requises au cours des 24 premières heures de la vie d'agneau
pour lui apporter les 30 % supplémentaires.
| Haut de la page |
Eau
En mettant à la portée des agneaux de l'eau fraîche
dans des abreuvoirs, on les accoutume à chercher leurs aliments
dans une mangeoire ou un distributeur. Il faut mettre à leur
portée de l'eau propre et fraîche en permanence à
partir de l'âge d'un ou deux jours. Au début, cette eau
sera davantage un sujet d'exploration qu'un produit vraiment consommé,
mais elle les habituera à s'alimenter sans sucer une tétine.
Alimentation solide - aliment complémentaire
Pendant que les agneaux sont élevés avec du lait ou un
aliment d'allaitement, il est vivement conseillé de commencer
à leur donner des aliments solides. Plus vite ils peuvent s'adapter
à la consommation de grain ou de fourrage, plus vite on peut
cesser l'alimentation lactée. Des trucs utiles pour stimuler
la prise d'aliments solides sont l'ajout d'un peu de mélasse
ou la présence d'animaux plus âgés dont les agnelets
se mettront à copier la façon de se nourrir à la
mangeoire (par réflexe d'imitation). L'aliment complémentaire
doit être identique à l'aliment de sevrage du point de
vue de la composition et de l'analyse, c'est-à-dire qu'il doit
se composer d'ingrédients de grande qualité contenant
17 à 20 % de protéine brute (PB). On peut y ajouter un
coccidiostatique pour prévenir la diarrhée coccidienne
et améliorer la vigueur et la performance. L'aliment complémentaire
s'achète dans le commerce, mais peut aussi être préparé
à la ferme. Un exemple d'aliment complémentaire est donné
au tableau 3.
Tableau 3. Exemple d'aliment complémentaire pour agneaux
titrant 17,9 % de PB. Des aliments complets de bonne qualité
sont vendus chez les détaillants et fabricants d'aliments du
bétail de région.
| Ingrédient |
% de la ration*
(tel quel) |
Transformation de l'ingrédient |
Rôle de l'ingrédient |
|
Orge
|
35 |
aplatissage, mouture |
énergie |
|
Avoine
|
35 |
aplatissage, mouture |
énergie |
|
Maïs
|
8 |
aplatissage, mouture |
énergie |
|
Farine de poissonµ
|
5 |
aucune |
protéine |
|
Mélasse
|
11 |
aucune |
protéine |
|
Tourteau de soya
|
6 |
(chauffage), mélange |
appétabilité |
|
Prémélange
|
a |
aucune |
vitamines, minéraux |
|
Additif
|
b |
mélange soigné |
santé de l'agneau |
* On peut se servir de ce pourcentage au moment de préparer des
lots d'aliment de 100 lb ou de 100 kg (p. ex. 35 % d'orge = 35 kg dans
un lot de 100 kg). Bien que l'avoine soit recommandée dans la
ration, on peut la remplacer par de l'orge, à quantité
égale, sans modifier l'analyse de la ration. Il est conseillé
de réduire la proportion d'avoine quand la ration comporte du
foin, étant donné la haute teneur en fibre du foin et
le risque de ballonnement. Le maïs peut également être
remplacé par l'orge; ce remplacement augmente marginalement la
teneur en PB et abaisse marginalement la teneur énergétique.
Par ailleurs, le maïs peut remplacer une partie de l'avoine ou
de l'orge de la ration : la teneur énergétique s'en trouvera
augmentée, mais la teneur en PB sera diminuée.
µ La farine de poisson est une protéine coûteuse
et n'est donc pas souvent utilisée. Les teneurs élevées
indiquées ici ont pour objet de donner à l'organisme de
l'animal une protéine de grande qualité facile à
digérer. La mélasse aide à en camoufler l'odeur.
a La ration doit être supplémentée en vitamines
et en minéraux. Si on utilise un prémélange, choisir
un minéral conçu pour les agneaux ou les moutons (et non
pour les bovins à viande ou laitiers) pour éviter les
complications du métabolisme des minéraux, par exemple,
la toxicité du cuivre. Au lieu d'un supplément, on peut
aussi ajouter un sel enrichi de minéraux traces (« TM 10
») et un mélange de vitamines A, D et E (10 000 UI de vitamine
A par gramme), à raison de 50 grammes par 100 kg d'aliment.
b Les spécialités thérapeutiques peuvent être
administrées aux agneaux, sur les conseils du vétérinaire,
par l'intermédiaire de l'aliment.
| Haut de la page |
Autres sources d'information
Élevage artificiel des agneaux, publication 1507/F d'Agriculture
Canada, 1990
Sevrage précoce des agneaux, fiche technique no 99-022
du MAAO.
Nous remercions le Secrétariat d'État pour sa contribution
financière à la réalisation financière de
la présente fiche technique.
Certaines marques de commerce ont été mentionnées
dans cette fiche, notamment en ce qui concerne les rampes d'élevage.
Ces mentions sont faites en vue de faciliter l'accès des éleveurs
à de l'information à jour; elles ne signifient aucunement
que le groupe Technologie d'élevage endosse de tels produits.
| Haut de la page |
Pour plus de renseignements :
Sans frais : 1 877 424-1300
Local : 519 826-4047
Courriel : ag.info.omafra@ontario.ca
|