L'hypothermie chez l'agneau nouveau-né


Fiche technique - ISSN 1198-7138  -  Imprimeur de la Reine pour l'Ontario
Agdex : 431/23
Date de publication : 01/99
Commande no. 98-090
Dernière révision : 15 avril 2010
Situation : Fiche technique originale
Rédacteur : Dr. S. John Martin/MAAARO


La présente fiche technique fait partie d'une série de trois fiches intitulées Les interventions à l'agnelage, L'hypothermie chez l'agneau nouveau-né, et Les soins de l'agneau nouveau-né, qui portent sur la survie des agneaux à la naissance. Il est conseillé de les consulter ensemble.

Table des matières

  1. Introduction
  2. Production de chaleur (thermogénèse)
  3. Reconnaître l'hypothermie
  4. Traitement
  5. Colostrum

Introduction

De nombreux agnelets succombent dans les heures qui suivent la naissance, non de maladie, mais d'hypothermie (refroidissement). C'est particulièrement vrai en Ontario, où de nombreux éleveurs font en sorte que les brebis mettent bas au plus froid de l'hiver de façon à mettre les agneaux en marché pour Pâques. Mais même les agnelets nés en mai, au pré, peuvent être victimes d'hypothermie (figure 1). On peut éviter la perte de nombreux agnelets si l'on soigne les brebis comme il se doit de la conception à la mise bas, et si l'on prodigue à son petit les soins périnatals qui s'imposent.

Des balles de paille constituent un bon abri pour les agneaux au pré.

Figure 1. Des balles de paille constituent un bon abri pour les agneaux au pré.

Pour maintenir sa température corporelle, l'agneau nouveau-né doit produire autant de chaleur qu'il en dégage dans l'environnement. S'il n'y arrive pas, sa température corporelle se met à baisser et, si on ne lui porte pas secours, la mort s'ensuit. La vitesse à laquelle l'agneau perd sa chaleur est fonction de plusieurs facteurs externes :

  1. Le rapport superficie/poids du corps. Un agneau de petit format a proportionnellement à son poids une plus grande superficie corporelle (figure 2). Par conséquent, il se refroidit plus vite qu'un agneau de plus gros format. Ce risque est plus élevé pour les agneaux nés triples ou quadruples.
  2. L'isolation fournie par la toison. Certains agneaux naissent avec un toison plus épaisse que d'autres; il suffit de comparer un agnelet de la race North Country Cheviot à un agneau de race charolaise. Une fois l'agneau ressuyé, la toison plus épaisse lui donnera plus d'isolation thermique et il perdra moins de chaleur.
  3. Le temps mis par la brebis après la mise bas avant de commencer à lécher l'agneau pour le sécher. Les agneaux nés de brebis primipares ou les derniers agneaux d'une naissance multiple sont les plus vulnérables à cet égard.
  4. Effet du vent, de la température extérieure et de l’humidité sur la perte thermique chez l’agneau nouveau-né.

Figure 2. Effet du vent, de la température extérieure et de l'humidité sur la perte thermique chez l'agneau nouveau-né. [D'après Alexander, G. (1962), Australian Journal of Agricultural Research, 13, 82-99.]

Équivalent Des Textes

  1. Les courants d'air. Les agneaux nés dans un local balayé par un courant d'air ou nés dehors sans protection contre le vent auront une déperdition thermique accélérée.
  2. La température ambiante. Un agneau se refroidit d'autant plus vite que la température ambiante est froide.

L'agneau produit chaleur et énergie en utilisant ses réserves de graisse, surtout du tissu adipeux brun (formé in utero), en présence d'oxygène. Le processus est initié par la consommation de colostrum. Il est donc indispensable que l'agneau tète la brebis dans les quelques minutes qui suivent sa naissance.

L'éleveur peut agir sur plusieurs de ces facteurs :

  • En sélectionnant la race ou le croisement qui convient à son type de conduite d'élevage, par exemple l'agnelage en bergerie par opposition à l'agnelage au pré en mai;
  • En hiver, les agnelages doivent avoir lieu dans une bergerie bien aérée mais sans courant d'air.
  • Le berger doit être présent pendant l'agnelage pour surveiller les brebis et s'assurer que tous les agneaux sont séchés et allaités le plus tôt possible après la naissance.

Cela suppose probablement de recourir à une certaine forme de synchronisation des oestrus à la saison de reproduction, pour regrouper les agnelages sur une courte période et réduire les besoins en main-d'oeuvre.Le poids de l'agneau à la naissance est influencé par la taille du placenta dès le début de la gestation. En veillant à ce que les brebis aient une bonne alimentation dès les premiers stades de la gestation, on peut assurer un bon développement du placenta.

Production de chaleur (thermogénèse)

Pour maintenir sa chaleur corporelle après la naissance, l'agneau doit produire de la chaleur en brûlant ses réserves d'énergie. Ces réserves sont formées principalement des dépôts de gras brun que le foetus a accumulés pendant la gestation. Sous l'action de l'oxygène apporté par la respiration, ces dépôts sont transformés en énergie et en chaleur. Ce phénomène de thermogénèse est déclenché par un constituant du colostrum de la brebis. Les réserves de graisse sont limitées et doivent être complétées par un apport suffisant de lait de la part de la brebis; il est donc indispensable que l'agneau tète régulièrement sa mère durant les premières journées qui suivent la naissance. C'est pendant la deuxième moitié de la gestation, par l'intermédiaire du placenta, que l'agneau constitue les réserves de gras dont il aura besoin à la naissance. L'alimentation de la brebis est critique au cours de cette période. Non seulement le foetus doit fabriquer ces réserves, mais aussi il se développe rapidement. Une mauvaise alimentation de la brebis se solde par la naissance d'un agneau petit et faible, qui a stocké peu de gras interne. Cet agneau, qui est donc déjà à risque, est faible : il ne se met pas rapidement à téter et il peut aussi être lent à se mettre à respirer. N'absorbant pas assez d'oxygène et manquant de colostrum et du facteur déclencheur qu'il contient, sa production de chaleur et d'énergie sera lente; l'agnelet ne va pas tarder à souffrir d'hypothermie. Cela se produira dans les cinq premières heures de sa vie.Au bout de douze heures ou plus, l'agneau est à nouveau vulnérable. Dès la naissance, son mécanisme de thermogénèse a fonctionné, mais maintenant il a épuisé ses réserves de gras. Comme il n'est pas capable de remplacer ses réserves en tétant sa mère, sa production de chaleur ralentit et il souffre de nouveau d'hypothermie. Cette fois, c'est à cause du manque de nourriture : soit que l'agneau n'a pas assez de lait parce que sa mère allaite un autre petit, soit que la mère a une mammite chronique et n'a pas beaucoup de lait, soit qu'elle-même a été insuffisamment nourrie pendant la fin de sa gestation.

Reconnaître l'hypothermie

La seule façon précise de connaître la gravité de l'hypothermie est de prendre la température rectale de l'agneau (tableau 1). On utilise un thermomètre qui mesure des températures corporelles inférieures à la normale (de nombreux thermomètres cliniques ne descendent pas assez bas). La plupart des thermomètres électroniques mesurent des températures basses et sont plus robustes pour l'emploi en bergerie que les modèles traditionnels en verre et au mercure. Plus la température rectale est basse, plus grave est l'hypothermie.

Quand un agneau est faible et amorphe et qu'il ne semble pas vouloir téter, il est conseillé de prendre sa température rectale. Plus vite on peut venir à son secours, meilleures sont les chances de réchapper l'agneau. La température rectale normale d'un agneau nouveau-né est de 39 - 40°C.

Traitement

La base du traitement d'un agneau en état d'hypothermie consiste à le réchauffer et à lui fournir une source d'énergie pour que sa thermogénèse redémarre. Le traitement varie selon le degré d'hypothermie indiqué par la température rectale (figure 3).

Premiers soins en cas d’hypothermie

Figure 3. Premiers soins en cas d'hypothermie.

Équivalent Des Textes

Hypothermie bénigne

La température rectale de l'agneau est entre 37°C et 39°C. L'agneau est faible, mais il peut encore se tenir debout. Il faut le rentrer à l'abri, le sécher et lui donner du colostrum par sonde gastrique.

Tableau 1. Aspect et comportement d'un agneau nouveau-né souffrant d'hypothermie.

Âge (h)

Cause

Aspect et comportement

35°C

30°C

25°C

20°C

< 20°C

0-5

La mise bas a été laborieuse
L'agneau est immature

Faible, mais peut se tenir debout

Couché

Coma

Coma profond

Mort

12+

Taux faible de production de chaleur

Couché

Coma et mort

 
 
 

(D'après F.A. Eales 1983, « Hypothermia in Newborn Lambs », tiré de Diseases of Sheep, W.B. Martin, éditeur)
Il est relativement simple d'installer une sonde gastrique. L'opérateur, assis, tient l'agneau fermement sur ses cuisses. Il passe le tube par le côté de la bouche dans l'espace entre le devant de la gueule et les dents de côté (figure 4). En poussant doucement, il enfonce la sonde dans l'oesophage jusqu'à l'estomac (figure 5). En règle générale, la sonde descend sans problème. Si l'on rencontre une résistance ou si l'agneau tousse, c'est que la sonde est passée dans la trachée. Il faut la retirer immédiatement. Le versement accidentel de colostrum dans les poumons entraîne la mort de l'agneau par pneumonie d'aspiration.

 

Comment insérer une sonde gastrique.

Figure 4. Comment insérer une sonde gastrique.

 

Agneau avec sonde gastrique dans l’estomac

Figure 5. Agneau avec sonde gastrique dans l'estomac.

 

Sonde en place, prête à recevoir la seringue de colostrum

Figure 6. Sonde en place, prête à recevoir la seringue de colostrum.

Les agneaux petits, pesant moins que 1,5 kg (3 lb) à la naissance, n'ont parfois pas assez de réserves de graisse pour déclencher la production de chaleur, même avec du colostrum. Comme source d'énergie on peut leur donner une solution de dextrose à 20 % par sonde gastrique (figure 6).L'agneau peut demeurer avec la brebis dès l'instant qu'elle aussi est sous abri. Il convient de surveiller l'agneau pour vérifier qu'il tète. Quand l'agneau a de nouveau une température rectale normale, on peut le reconduire avec sa mère dans le troupeau.


Hypothermie grave

Lorsque la température rectale est tombée au-dessous de 37°C, il faut prendre des mesures plus radicales. Il y a deux parties dans ce traitement :

  1. Inverser l'hypoglycémie;
  2. Réchauffer l'agneau.

Il ne faut pas donner de colostrum à l'agneau tant qu'il n'a pas été ranimé, c'est-à-dire tant que sa température rectale n'est pas remontée au-dessus de 37°C.

  1. Inverser l'hypoglycémie
  2. L'agneau qui souffre d'hypothermie a un faible taux de glucose sanguin. On doit lui injecter par voie intrapéritonéale une solution titrant 20 % de dextrose, à raison de 10 mL/kg de poids corporel. Le point de l'injection se trouve à environ 2 cm (1 po) au-dessous de l'ombilic et à 2 cm (1 po) sur le côté par rapport à l'axe médian (figure 7). On utilise une grosse seringue (60 cc) et une aiguille de calibre 20 ou moins, de 1 pouce de longueur, que l'on enfonce selon un angle de 90o par rapport à la paroi ventrale. La première fois, on devrait demander l'aide d'un vétérinaire. Les organes internes seront refoulés par l'aiguille et ne subiront pas de dommage. Seulement les agneaux qui sont en état d'avaler peuvent être alimentés par sonde gastrique.

    La seringue montre le point de l’injection intrapéritonéale.

    Figure 7. La seringue montre le point de l'injection intrapéritonéale.

    Comment préparer la solution de dextrose à 20 %

    Calculer la quantité totale de solution requise et multiplier ce volume par 0,4 pour savoir combien de solution à 50 % qu'il faut utiliser. Exemple :5 kg x 10 mL/kg = 50 mL nécessaire de solution à 20 %. 50 mL x 0,4 = 20 mL de solution à 50 %. Aspirer cette quantité dans la seringue. Combler la différence avec de l'eau bouillante. La température de la solution sera voisine de la température corporelle.

  3. Réchauffer l'agneau

Il faut en outre réchauffer l'agneau lentement pour qu'il retrouve sa température normale. La meilleure façon de s'y prendre est de placer l'agneau dans une « boîte de réchauffement », c'est-à-dire dans un petit espace clos où l'on envoie de l'air chaud, à 37- 40 °C (figure 8). À ce stade, on doit toujours utiliser un appareil qui réchauffe l'air plutôt qu'une lampe chauffante dont la chaleur est trop intense. On vérifie la température rectale toutes les 30 minutes pour éviter que l'agneau n'atteigne une température plus élevée que la normale, c'est-à-dire qu'il ne souffre pas d'hyperthermie. Lorsque sa température rectale atteint 37 °C, l'agneau doit quitter la boîte de réchauffement. On lui donne du colostrum par sonde gastrique. On le ramène ensuite à sa mère ou, s'il est encore faible, on le place dans une case de « postcure » (figure 9). Ramener l'agneau à sa brebis seulement s'il est assez vigoureux pour téter sans aide. La section postcure comporte des cases individuelles pour les agneaux. Au-dessus de chacune est suspendue un lampe à rayons infrarouges.


Boîte de réchauffement.

Figure 8. Boîte de réchauffement.

 

Unité postcure.

Figure 9. Unité postcure.

 

Colostrum

Dès que la température rectale de l'agneau atteint 37 °C, on doit « réactiver » son système de production de chaleur. Pour cela, on lui donne du colostrum par sonde gastrique à raison de 50 mL/kg de poids corporel. En général, la brebis ne fait pas de difficulté à accueillir l'agneau après ce traitement. Le colostrum de brebis est naturellement le meilleur, mais on peut aussi utiliser du colostrum de vache. On recueille et on congèle le colostrum par unités de 500 mL. La décongélation doit se faire au bain-marie à 35 °C, jamais au four à micro-ondes, car cela dénature les protéines complexes du colostrum. Contre l'hypothermie, en toutes circonstances, la prévention est le meilleur remède. Une bonne alimentation de la brebis gestante, des cases d'agnelage bien aménagées, la surveillance attentive de la brebis et de l'agneau au moment de l'agnelage, et au besoin l'assistance à la brebis, sont les méthodes les plus sûres pour éviter de perdre des agneaux par hypothermie.


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