L'hypothermie chez l'agneau nouveau-né
La présente fiche technique fait partie d'une série de trois
fiches intitulées Les interventions à l'agnelage, L'hypothermie
chez l'agneau nouveau-né, et Les soins de l'agneau nouveau-né,
qui portent sur la survie des agneaux à la naissance. Il est conseillé
de les consulter ensemble.
Table des matières
- Introduction
- Production de chaleur (thermogénèse)
- Reconnaître l'hypothermie
- Traitement
- Colostrum
Introduction
De nombreux agnelets succombent dans les heures qui suivent la naissance,
non de maladie, mais d'hypothermie (refroidissement). C'est particulièrement
vrai en Ontario, où de nombreux éleveurs font en sorte que
les brebis mettent bas au plus froid de l'hiver de façon à
mettre les agneaux en marché pour Pâques. Mais même
les agnelets nés en mai, au pré, peuvent être victimes
d'hypothermie (figure 1). On peut éviter la perte
de nombreux agnelets si l'on soigne les brebis comme il se doit de la
conception à la mise bas, et si l'on prodigue à son petit
les soins périnatals qui s'imposent.

Figure 1.
Des balles de paille constituent un bon abri pour les agneaux au pré.
Pour maintenir sa température corporelle, l'agneau nouveau-né
doit produire autant de chaleur qu'il en dégage dans l'environnement.
S'il n'y arrive pas, sa température corporelle se met à
baisser et, si on ne lui porte pas secours, la mort s'ensuit. La vitesse
à laquelle l'agneau perd sa chaleur est fonction de plusieurs facteurs
externes :
- Le rapport superficie/poids du corps. Un agneau de petit format a
proportionnellement à son poids une plus grande superficie corporelle
(figure 2). Par conséquent, il se refroidit
plus vite qu'un agneau de plus gros format. Ce risque est plus élevé
pour les agneaux nés triples ou quadruples.
- L'isolation fournie par la toison. Certains agneaux naissent avec
un toison plus épaisse que d'autres; il suffit de comparer un
agnelet de la race North Country Cheviot à un agneau de race
charolaise. Une fois l'agneau ressuyé, la toison plus épaisse
lui donnera plus d'isolation thermique et il perdra moins de chaleur.
- Le temps mis par la brebis après la mise bas avant de commencer
à lécher l'agneau pour le sécher. Les agneaux nés
de brebis primipares ou les derniers agneaux d'une naissance multiple
sont les plus vulnérables à cet égard.

Figure 2.
Effet du vent, de la température extérieure et de l'humidité
sur la perte thermique chez l'agneau nouveau-né. [D'après
Alexander, G. (1962), Australian Journal of Agricultural Research,
13, 82-99.]
Équivalent
Des Textes
- Les courants d'air. Les agneaux nés dans un local
balayé par un courant d'air ou nés dehors sans protection
contre le vent auront une déperdition thermique accélérée.
- La température ambiante. Un agneau se refroidit d'autant plus
vite que la température ambiante est froide.
L'agneau produit chaleur et énergie en utilisant ses réserves
de graisse, surtout du tissu adipeux brun (formé in utero), en
présence d'oxygène. Le processus est initié par la
consommation de colostrum. Il est donc indispensable que l'agneau tète
la brebis dans les quelques minutes qui suivent sa naissance.
L'éleveur peut agir sur plusieurs de ces facteurs :
- En sélectionnant la race ou le croisement qui convient à
son type de conduite d'élevage, par exemple l'agnelage en bergerie
par opposition à l'agnelage au pré en mai;
- En hiver, les agnelages doivent avoir lieu dans une bergerie bien
aérée mais sans courant d'air.
- Le berger doit être présent pendant l'agnelage pour surveiller
les brebis et s'assurer que tous les agneaux sont séchés
et allaités le plus tôt possible après la naissance.
Cela suppose probablement de recourir à une certaine forme de
synchronisation des oestrus à la saison de reproduction, pour regrouper
les agnelages sur une courte période et réduire les besoins
en main-d'oeuvre.Le poids de l'agneau à la naissance est influencé
par la taille du placenta dès le début de la gestation.
En veillant à ce que les brebis aient une bonne alimentation dès
les premiers stades de la gestation, on peut assurer un bon développement
du placenta.
Production de chaleur (thermogénèse)
Pour maintenir sa chaleur corporelle après la naissance, l'agneau
doit produire de la chaleur en brûlant ses réserves d'énergie.
Ces réserves sont formées principalement des dépôts
de gras brun que le foetus a accumulés pendant la gestation. Sous
l'action de l'oxygène apporté par la respiration, ces dépôts
sont transformés en énergie et en chaleur. Ce phénomène
de thermogénèse est déclenché par un constituant
du colostrum de la brebis. Les réserves de graisse sont limitées
et doivent être complétées par un apport suffisant
de lait de la part de la brebis; il est donc indispensable que l'agneau
tète régulièrement sa mère durant les premières
journées qui suivent la naissance. C'est pendant la deuxième
moitié de la gestation, par l'intermédiaire du placenta,
que l'agneau constitue les réserves de gras dont il aura besoin
à la naissance. L'alimentation de la brebis est critique au cours
de cette période. Non seulement le foetus doit fabriquer ces réserves,
mais aussi il se développe rapidement. Une mauvaise alimentation
de la brebis se solde par la naissance d'un agneau petit et faible, qui
a stocké peu de gras interne. Cet agneau, qui est donc déjà
à risque, est faible : il ne se met pas rapidement à téter
et il peut aussi être lent à se mettre à respirer.
N'absorbant pas assez d'oxygène et manquant de colostrum et du
facteur déclencheur qu'il contient, sa production de chaleur et
d'énergie sera lente; l'agnelet ne va pas tarder à souffrir
d'hypothermie. Cela se produira dans les cinq premières heures
de sa vie.Au bout de douze heures ou plus, l'agneau est à nouveau
vulnérable. Dès la naissance, son mécanisme de thermogénèse
a fonctionné, mais maintenant il a épuisé ses réserves
de gras. Comme il n'est pas capable de remplacer ses réserves en
tétant sa mère, sa production de chaleur ralentit et il
souffre de nouveau d'hypothermie. Cette fois, c'est à cause du
manque de nourriture : soit que l'agneau n'a pas assez de lait parce que
sa mère allaite un autre petit, soit que la mère a une mammite
chronique et n'a pas beaucoup de lait, soit qu'elle-même a été
insuffisamment nourrie pendant la fin de sa gestation.
Reconnaître l'hypothermie
La seule façon précise de connaître la gravité
de l'hypothermie est de prendre la température rectale de l'agneau
(tableau 1). On utilise un thermomètre qui mesure
des températures corporelles inférieures à la normale
(de nombreux thermomètres cliniques ne descendent pas assez bas).
La plupart des thermomètres électroniques mesurent des températures
basses et sont plus robustes pour l'emploi en bergerie que les modèles
traditionnels en verre et au mercure. Plus la température rectale
est basse, plus grave est l'hypothermie.
Quand un agneau est faible et amorphe et qu'il ne semble pas vouloir
téter, il est conseillé de prendre sa température
rectale. Plus vite on peut venir à son secours, meilleures sont
les chances de réchapper l'agneau. La température rectale
normale d'un agneau nouveau-né est de 39 - 40°C.
Traitement
La base du traitement d'un agneau en état d'hypothermie consiste
à le réchauffer et à lui fournir une source d'énergie
pour que sa thermogénèse redémarre. Le traitement
varie selon le degré d'hypothermie indiqué par la température
rectale (figure 3).
Figure 3. Premiers
soins en cas d'hypothermie.
Équivalent
Des Textes
Hypothermie bénigne
La température rectale de l'agneau est entre 37°C et 39°C.
L'agneau est faible, mais il peut encore se tenir debout. Il faut le rentrer
à l'abri, le sécher et lui donner du colostrum par sonde
gastrique.
Tableau 1. Aspect et comportement d'un
agneau nouveau-né souffrant d'hypothermie.
|
Âge (h)
|
Cause
|
Aspect et comportement
|
|
35°C
|
30°C
|
25°C
|
20°C
|
< 20°C
|
|
0-5
|
La mise bas a été
laborieuse
L'agneau est immature |
Faible, mais peut se tenir debout
|
Couché
|
Coma
|
Coma profond
|
Mort
|
|
12+
|
Taux faible de production de chaleur
|
Couché
|
Coma et mort
|
|
|
|
(D'après F.A. Eales 1983, « Hypothermia in Newborn
Lambs », tiré de Diseases of Sheep, W.B. Martin,
éditeur)
Il est relativement simple d'installer une sonde gastrique. L'opérateur,
assis, tient l'agneau fermement sur ses cuisses. Il passe le tube par
le côté de la bouche dans l'espace entre le devant de la
gueule et les dents de côté (figure 4).
En poussant doucement, il enfonce la sonde dans l'oesophage jusqu'à
l'estomac (figure 5). En règle générale,
la sonde descend sans problème. Si l'on rencontre une résistance
ou si l'agneau tousse, c'est que la sonde est passée dans la trachée.
Il faut la retirer immédiatement. Le versement accidentel de colostrum
dans les poumons entraîne la mort de l'agneau par pneumonie d'aspiration.

Figure 4. Comment insérer une
sonde gastrique.

Figure 5.
Agneau avec sonde gastrique dans l'estomac.

Figure 6.
Sonde en place, prête à recevoir la seringue de colostrum.
Les agneaux petits, pesant moins que 1,5 kg (3 lb) à la naissance,
n'ont parfois pas assez de réserves de graisse pour déclencher
la production de chaleur, même avec du colostrum. Comme source d'énergie
on peut leur donner une solution de dextrose à 20 % par sonde
gastrique (figure 6).L'agneau peut demeurer avec la
brebis dès l'instant qu'elle aussi est sous abri. Il convient de
surveiller l'agneau pour vérifier qu'il tète. Quand l'agneau
a de nouveau une température rectale normale, on peut le reconduire
avec sa mère dans le troupeau.
Hypothermie grave
Lorsque la température rectale est tombée au-dessous de
37°C, il faut prendre des mesures plus radicales. Il y a deux parties
dans ce traitement :
- Inverser l'hypoglycémie;
- Réchauffer l'agneau.
Il ne faut pas donner de colostrum à l'agneau tant qu'il n'a pas
été ranimé, c'est-à-dire tant que sa température
rectale n'est pas remontée au-dessus de 37°C.
- Inverser l'hypoglycémie
L'agneau qui souffre d'hypothermie a un faible taux de glucose sanguin.
On doit lui injecter par voie intrapéritonéale une solution
titrant 20 % de dextrose, à raison de 10 mL/kg de poids corporel.
Le point de l'injection se trouve à environ 2 cm (1 po) au-dessous
de l'ombilic et à 2 cm (1 po) sur le côté par rapport
à l'axe médian (figure 7). On utilise
une grosse seringue (60 cc) et une aiguille de calibre 20 ou moins,
de 1 pouce de longueur, que l'on enfonce selon un angle de 90o
par rapport à la paroi ventrale. La première fois, on
devrait demander l'aide d'un vétérinaire. Les organes
internes seront refoulés par l'aiguille et ne subiront pas de
dommage. Seulement les agneaux qui sont en état d'avaler peuvent
être alimentés par sonde gastrique.

Figure 7.
La seringue montre le point de l'injection intrapéritonéale.
Comment préparer la solution de dextrose à 20 %
Calculer la quantité totale de solution requise et multiplier
ce volume par 0,4 pour savoir combien de solution à 50 %
qu'il faut utiliser. Exemple :5 kg x 10 mL/kg = 50 mL nécessaire
de solution à 20 %. 50 mL x 0,4 = 20 mL de solution
à 50 %. Aspirer cette quantité dans la seringue.
Combler la différence avec de l'eau bouillante. La température
de la solution sera voisine de la température corporelle.
- Réchauffer l'agneau
Il faut en outre réchauffer l'agneau lentement pour qu'il retrouve
sa température normale. La meilleure façon de s'y prendre
est de placer l'agneau dans une « boîte de réchauffement »,
c'est-à-dire dans un petit espace clos où l'on envoie de
l'air chaud, à 37- 40 °C (figure 8).
À ce stade, on doit toujours utiliser un appareil qui réchauffe
l'air plutôt qu'une lampe chauffante dont la chaleur est trop intense.
On vérifie la température rectale toutes les 30 minutes
pour éviter que l'agneau n'atteigne une température plus
élevée que la normale, c'est-à-dire qu'il ne souffre
pas d'hyperthermie. Lorsque sa température rectale atteint 37 °C,
l'agneau doit quitter la boîte de réchauffement. On lui donne
du colostrum par sonde gastrique. On le ramène ensuite à
sa mère ou, s'il est encore faible, on le place dans une case de
« postcure » (figure 9). Ramener
l'agneau à sa brebis seulement s'il est assez vigoureux pour téter
sans aide. La section postcure comporte des cases individuelles pour les
agneaux. Au-dessus de chacune est suspendue un lampe à rayons infrarouges.

Figure 8.
Boîte de réchauffement.

Figure 9. Unité postcure.
Colostrum
Dès que la température rectale de l'agneau atteint 37 °C,
on doit « réactiver » son système de production
de chaleur. Pour cela, on lui donne du colostrum par sonde gastrique à
raison de 50 mL/kg de poids corporel. En général, la
brebis ne fait pas de difficulté à accueillir l'agneau après
ce traitement. Le colostrum de brebis est naturellement le meilleur, mais
on peut aussi utiliser du colostrum de vache. On recueille et on congèle
le colostrum par unités de 500 mL. La décongélation
doit se faire au bain-marie à 35 °C, jamais au four à
micro-ondes, car cela dénature les protéines complexes du
colostrum. Contre l'hypothermie, en toutes circonstances, la prévention
est le meilleur remède. Une bonne alimentation de la brebis gestante,
des cases d'agnelage bien aménagées, la surveillance attentive
de la brebis et de l'agneau au moment de l'agnelage, et au besoin l'assistance
à la brebis, sont les méthodes les plus sûres pour
éviter de perdre des agneaux par hypothermie.
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