Chiens de berger et les soins à leur donner en hiver


Fiche technique - ISSN 1198-7138  -  Imprimeur de la Reine pour l'Ontario
Agdex : 430
Date de publication : 03 juin 2010
Commande no. 10-034
Dernière révision : 8 décembre 2016
Situation :
Rédacteur : Barry Potter - Spécialiste de l'élevage/MAAARO; Craig Richardson - Spécialiste des soins des animaux/MAAARO; Christoph Wand - Bovin, ovin et nutritionniste de chèvre/MAAARO

Table de matières

  1. La vie d'un chien de berger
  2. Caractéristiques des chiens de berger
  3. Composer avec le froid, let vent et la pluie
  4. Abri
  5. Nourriture
  6. Durée de service
  7. Conclusion
  8. Bibliographie

Les chiens de berger sont des chiens spécialement élevés pour vivre avec les troupeaux qu'ils gardent afin de réduire la prédation. Depuis des centaines d'années, ces animaux robustes vivent dehors à longueur d'année avec les moutons, résistant à la rigueur du climat. Ils utilisent le même abri que les moutons et sont nourris davantage en hiver. De ce fait, les chiens de berger n'ont pas besoin de niche, mais ils ont besoin de soins particuliers lorsqu'ils gardent un troupeau de brebis en hiver. Leur présence auprès des moutons assure au troupeau la protection requise contre les loups, les coyotes et d'autres chiens.

La Vie d'un chien de berger

Un chien de berger s'attache au troupeau avec lequel il vit et cherche normalement à rester auprès des brebis. Les bergers disent que le chien pense qu'il est un mouton. Les chercheurs croient que le chien de berger traite les moutons comme s'il s'agissait de chiens, et que les moutons traitent le chien comme s'il s'agissait d'un autre mouton. Le troupeau de moutons et les chiens réagissent à leur comportement alimentaire et signal d'alarme mutuels. Les comportements résultant de la sélection de certaines caractéristiques opérée durant des siècles sont tels que les chiens de berger sont moins portés à tuer un mouton et qu'ils sont prédisposés à suivre le troupeau.

Un chien de berger travaille 24 heures sur 24, à l'affût de tout intrus. Souvent, la simple présence du chien dans les parages ou un aboiement sonore amène un prédateur à abandonner les vues qu'il pouvait avoir sur le troupeau. Les races de chiens utilisées comme chiens de berger, telles que les pyrénéens, les bergers de Maremme, les komondors et les chiens d'Akbash, ont la capacité d'agir indépendamment des bergers tandis qu'ils surveillent les moutons. Ce sont des animaux rustiques et, même en cas de fortes intempéries, peuvent bien ne pas vouloir se mettre à l'abri dans une niche ou une bergerie. Ils préfèrent dormir dans un endroit où ils ont une bonne vue de leurs environs et des moutons. Les études sur l'agriculture pastorale ont montré que généralement, de nuit, les chiens se tiennent à 200 m au plus de la nourriture, de l'eau et des gîtes de nuit des chiens et du troupeau. Selon Lorna et Raymond Coppinger, pionniers de la recherche sur les chiens de berger, le comportement des chiens de berger efficaces se caractérise notamment par « l'absence d'instinct à traquer et à poursuivre, et un étonnant mélange de comportement juvénile, maternel et paradeur à l'égard des moutons. »

Caractéristiques des chiens de berger

Les chiens de berger sont censés être attentifs aux animaux qu'ils gardent. Pour être efficace, un chien de berger doit être :

  • fiable - il ne met pas en danger les moutons qu'il doit protéger.
  • attentif - il reste auprès du troupeau et n'erre pas.
  • protecteur à l'égard du troupeau.

Selon une fiche technique du ministère américain de l'agriculture (USDA), les bergers ont avantage à posséder un chien de berger pour :

  • ne pas perdre de moutons au profit des prédateurs;
  • réduire leur travail en n'ayant pas à parquer les moutons la nuit pour éviter la prédation;
  • être alertés de problèmes survenant dans le troupeau ou dans la ferme;
  • optimiser l'utilisation des pâturages et agrandir potentiellement le troupeau;
  • ne pas trouver leur troupeau ravagé par les chiens domestiques, ce qui est très traumatisant pour un berger.

Composer avec le froid, le vent et la pluie

Les professeurs Ray et Lorna Coppinger ont étudié 1 000 chiens de berger sur une période de 10 ans et ont mis en oeuvre le projet Livestock Dog Project. Selon Ray Coppinger, l'aptitude des chiens à dormir dehors dépend de leur poids. Les gros chiens ont moins de mal à composer avec le froid de nos hivers que la chaleur de nos étés. Les chiens sont peu aptes à émettre de la chaleur, mais aptes à conserver leur chaleur. Les moutons peuvent avoir besoin d'un abri, comme d'une grange ou de bosquets durant les tempêtes de pluie hivernales. Les chiens de berger, par contre, ont généralement une couche extérieure de longs poils plats résistant au froid et ne laissant pas pénétrer la pluie, et une épaisse sous-couche « duveteuse » de poils gardant la chaleur. Les chiens à oreilles courtes et pelage rugueux avec sous-couche peuvent supporter de plus basses températures que des chiens à pelage lisse, à charpente de lévrier. Cependant, selon le professeur Coppinger, c'est la masse corporelle qui détermine vraiment la résistance au froid chez les chiens. À environ - 32° C, les chiens de taille moyenne (moins de 12 kg) commencent à se prémunir contre le froid en tremblant ou en accélérant leur métabolisme (brûlant de l'énergie pour produire de la chaleur). Les chiens de plus grande taille, tels que les chiens de berger pesant environ 45 kg, peuvent supporter des températures encore plus basses avant de réagir au froid.

De grands éleveurs de l'Ouest américain qui font paître les moutons en terrains libres (c'est-à-dire sans clôtures) installent des niches dans les pâturages d'été pour fournir aux chiens un poste de garde et d'alimentation. Ils placent une pierre à lécher à l'arrière de la niche pour attirer les moutons vers cette zone, afin que la niche devienne le point de socialisation pour les moutons et les chiens, ce qui aide à réduire l'errance.

Les répondants à l'enquête ontarienne sur les chiens de berger, effectuée en 2003 par l'entremise du groupe de travail du groupement Large Flock Operators (LFO), ont indiqué que les chiens d'un certain âge cherchaient à s'abriter de la pluie froide. D'autres ont indiqué que leurs chiens dormaient à l'extérieur des bergeries ouvertes, tandis que les moutons dormaient à l'intérieur. Parmi les membres du LFO qui ont participé à l'enquête, ceux qui fournissaient une niche à leurs chiens de berger ont dit que les chiens n'utilisaient jamais ces niches et qu'ils dormaient toujours dehors.

Abri

Les brebis à toison développée qui sont en bonne santé et correctement nourries peuvent passer l'hiver dehors sans accès à un abri. Les moutons et les chiens de berger ont besoin d'un abri du vent pour les journées très froides et venteuses. Un brise-vent peut être constitué de buissons entourant le champ qui bloquent le vent ou de buissons situés dans le champ et où les moutons peuvent se réfugier pour s'y abriter. Les clôtures brise-vent en bois ressemblant à de hautes barrières pare-neige, ou partiellement faites d'une toile brise-vent poreuse, peuvent offrir aux moutons et au chien un abri adéquat contre le vent.

Les moutons peuvent aussi se protéger mutuellement du vent. Lorsque le flanc d'un mouton exposé au vent se refroidit, le mouton se fraye alors un passage vers le milieu du troupeau. Les chiens de berger en font de même, se faufilant au centre du troupeau lorsqu'ils veulent se mettre à l'abri du vent. Ils s'allongent près de la clôture du champ, se servant des arbustes et des amas de neige comme abris. On a vu des chiens s'allonger sur des balles de foin dans un râtelier. Si des balles rondes de foin sont déroulées pour nourrir le bétail, les chiens s'allongeront sur le foin.

Nourriture

Selon les propriétaires de chiens de berger ayant participé à l'enquête, les bergers augmentaient la quantité de nourriture offerte aux chiens en période de froid intense ou ils augmentaient la teneur en matières grasses ou le contenu énergétique de leur alimentation durant les mois d'hiver, ou ils faisaient les deux. Certains éleveurs de moutons disposent de nourrisseurs automatiques pour les chiens, ce qui permet à ces derniers de décider s'ils ont besoin davantage de nourriture et quand ils en ont besoin. Étant donné que ces chiens préfèrent souvent rester dehors par tous les temps, il se peut que leur métabolisme s'accélère en réaction aux fortes intempéries, ce qui les amène à devoir manger davantage. Un fabricant d'aliments pour chiens suggère que, une fois que la température a atteint le point où le chien de berger se met à trembler ou cherche à éviter le froid, il lui faut 7,5 % de nourriture en plus pour toute nouvelle baisse de température de 5,5° C.

Lorsque des coyotes harcèlent un troupeau et « énervent » les chiens de berger, les chiens perdent souvent du poids. Certains bergers modifient leur alimentation durant ces périodes de l'année pour leur donner une nourriture plus riche au plan énergétique. Le National Research Council a indiqué, dans son document intitulé Nutrient Requirements for Dogs (besoins nutritifs des chiens) que « les besoins liés au travail et aux conditions environnementales difficiles rendent (...) la planification systématique pour suppléer à ces besoins variés non réaliste. On recommande par conséquent d'approvisionner en nourriture [....] un animal à condition physique réduite [...] le signe évident d'une déficience énergétique simple se traduit par une perte de poids généralisée. » En d'autres termes, un chien qui perd du poids a besoin davantage de nourriture ou d'une alimentation à plus fort contenu énergétique.

Tout spécialement en cas de temps rigoureux, vous devez surveiller la condition physique de votre chien de berger. Certains bergers le font tous les jours, d'autres procèdent à des relevés formels de l'état de leurs chiens plusieurs fois par an. Pour cela, placez les deux pouces sur la colonne vertébrale du chien et laissez descendre vos doigts le long de la cage thoracique. Vous devez être en mesure de sentir les côtes du chien - le chien de berger ne doit pas être gras. Si vous n'arrivez pas à sentir l'arête de chaque côte, il se peut que le chien soit trop gros. Lorsque vous regardez l'échine de votre chien, vu du dessus, vous devriez être en mesure de discerner sa taille clairement définie derrière les côtes. Vu de côté, l'abdomen doit paraître rentré.

Durée de service

La longévité des chiens d'utilité dépend de leur durée de vie et de leur aptitude à bien surveiller un troupeau. Le Livestock Dog Project dirigé par le couple Coppinger a montré que 11 % des chiens étudiés étaient peu attentionnés à l'égard des troupeaux et que 57 % d'entre eux avaient blessé ou tué des têtes de bétail. Plus un chien reste longtemps à la ferme, et plus il sera rentable pour le berger. Le coût d'achat, les frais de dressage et les mois de jeunesse improductifs seront ainsi amortis sur une période bien plus longue. Lorenz et ses collègues(1986) ont rapporté que les chiens qui n'étaient pas fiables montraient souvent un comportement joueur plus fréquent et qu'ils avaient tendance à être suralimentés et à avoir un surpoids. Il se peut que cette disposition à jouer « davantage » reflète une alimentation trop riche en calories.

Conclusion

Les chiens de berger ont des capacités adaptatives et peuvent apporter des modifications à leurs habitudes à mesure que les conditions du milieu dans lequel ils se trouvent changent. En Ontario, les chiens de berger ne sont pas en laisse et ont la possibilité de faire des choix et de modifier leur microclimat à mesure des besoins. En utilisant le même abri que les moutons qu'ils protègent, un chien bien nourri, en bonne condition physique, n'a pas besoin d'une niche traditionnelle.

Bibliographie

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National Research Council Subcommittee on Dog Nutrition. Nutrient Requirements of Dogs, édition révisée, The National Academies Press, 1985.

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Richardson, C. Questionnaire Ontario Large Flock Operators Livestock Guardian Dog, ministère de l'Agriculture, de l'Alimentation et des Affaires rurales de l'Ontario, 2003.

U.S. Department of Agriculture. Animal and Plant Health Inspection Service. Livestock Guarding Dog Fact Sheet.


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