La teneur en protéines des rations modernes pour ovins


Fiche technique - ISSN 1198-7138  -  Imprimeur de la Reine pour l'Ontario
Agdex : 430
Date de publication : Février 2003
Commande no. 03-020
Dernière révision : 10 février 2010
Situation :
Rédacteur : Christoph Wand - spécialiste de la nutrition des bovins de boucherie, des ovins et des caprins/MAAARO

Table of Contents

Introduction

En raison de l'évolution qui s'est produite dans le secteur ovin de l'Ontario, il apparaît nécessaire de reconsidérer la façon dont les producteurs répondent aux besoins en protéines des brebis reproductrices et des agneaux de boucherie. Les facteurs qui exercent une grande influence sur le secteur ovin sont notamment :

  • Le rôle croissant de l'amélioration génétique axée sur la prolificité et les systèmes d'agnelage accélérés avec désaisonnement. Les besoins des brebis utilisées dans ces systèmes et les problèmes de production qui en résultent sont encore mal définis et traités dans les articles scientifiques consacrés à ce domaine.
  • Le National Research Council (NRC) n'a pas mis récemment à jour les tables sur les besoins alimentaires des ovins (Nutrient Requirements of Sheep), bien que la production ovine ait nettement progressé et que des publications nouvelles de cet organisme (p. ex., Nutrient Requirements of Beef Cattle et Nutrient Requirements of Dairy Cattle), concernant d'autres ruminants, contiennent de l'information transposable au secteur ovin.
  • Les préoccupations concernant l'utilisation des protéines d'origine animale. Devant la nécessité de sauvegarder la confiance des consommateurs dans les produits de viande, les fabricants d'aliments du bétail et les éleveurs ont dû réévaluer l'emploi des produits animaux issus des usines d'équarrissage comme source de protéines (acides aminés) de grande qualité.
  • La vigilance croissante qui s'exerce sur l'excrétion des éléments nutritifs par les animaux d'élevage, pour en limiter les répercussions sur l'environnement.

Assimilation de l'azote et des protéines par l'organisme de l'animal

Les protéines sont des molécules complexes ayant comme unités constitutives les acides aminés, eux-mêmes principalement constitués d'azote (N). Les ruminants possèdent la propriété singulière de fabriquer des protéines à partir de diverses formes d'azote solubles dans l'eau. Ils peuvent donc valoriser des matières alimentaires qui seraient toxiques pour d'autres espèces d'animaux d'élevage. Ce sont les bactéries du rumen qui accomplissent la synthèse des protéines en utilisant l'azote (même celui de protéines vraies ou de leurs constituants, les acides aminés) et l'énergie disponibles dans le rumen pour fabriquer des acides aminés puis des protéines bactériennes. Évacuées du rumen avec le liquide ruminal, ces protéines bactériennes deviennent la principale source de protéine du ruminant nourri de fourrages. Les sources d'azote se divisent essentiellement en 4 catégories qui, cependant, d'une publication à l'autre, portent des noms différents.

Protéine brute digestible dans le rumen (PBDR) - protéine alimentaire dégradable dans le rumen (PADR)1.

  1. Azote non protéique (ANP) digestible dans le rumen - Sources brutes d'azote soluble. Au nombre de ces sources se trouvent notamment l'urée ou l'ammoniac (incorporé à l'aliment ou recyclé à l'intérieur de l'organisme) et la protéine brute (PB) issue de la fermentation de l'ensilage, processus qui transforme une bonne part de la protéine vraie en cette forme d'azote non protéique (ANP). Cette dernière source d'azote ne doit pas représenter plus du tiers de la teneur en PB de la ration. En utilisant cet ANP, les microbes sont capables de fixer l'azote sous forme d'acides aminés et, de là, sous forme de protéines microbiennes.
  2. Azote protéique digestible dans le rumen - Une protéine qui se prête à une décomposition ou « dégradation » rapide dans le rumen et qui sert de source alimentaire aux bactéries du rumen pour la fabrication de leurs propres protéines microbiennes.

Protéine absorbable dans l'intestin grêle (PAI) - Protéine alimentaire soustraite à la dégradation ruminale (PASDR)

Les spécialistes s'accordent de plus en plus à dire que ce que les animaux assimilent sont des acides aminés et non de la « protéine brute ». Il demeure néanmoins pertinent de parler de protéine brute quand il est question de la capacité du rumen à fabriquer et à modifier la protéine tirée d'autres sources azotées et protéiques. En revanche, comme certaines protéines alimentaires arrivent intactes dans l'intestin, leur composition en acides aminés est très pertinente et, de ce fait, le concept de la PAI est de plus en plus utilisé. La PAI est la protéine qui n'est pas absorbable au niveau du rumen, mais qui peut être décomposée par les enzymes dans l'estomac véritable du ruminant et dans son intestin grêle. Les protéines de cette catégorie ont été soit légèrement chauffées (p. ex. graines de soya torréfiées), soit extraites de tissus animaux (p. ex. la farine de poisson), ce qui les rend inutilisables par les microbes, mais utilisables par l'animal. Un bon nombre des acides aminés qui constituent ces protéines « indégradables dans le rumen » sont rares dans les protéines microbiennes. Divers autres termes servent à les désigner, par exemple, « protéines alimentaires soustraites à la dégradation ruminale » ou « protéines non absorbables dans le rumen ». Chez les animaux à haut niveau de production, il est recommandé que la PAI représente de 25 à 35 % de la protéine brute totale.

3. Protéine non digestible - Matière azotée non digestible

Cette fraction de l'aliment se retrouve dans les fèces sans avoir été utilisée par l'animal.

Idéalement, la protéine brute d'une ration doit apporter à l'animal les trois catégories de protéines décrites ci-dessus pour que l'apport en acides aminés soit équilibré. Il est souvent avantageux de supplémenter la ration avec des protéines qui ne sont pas digestibles dans le rumen pour s'assurer d'une couverture complète des besoins en acides aminés des animaux à haut niveau de production.

Remplacement des protéines animales

Des produits tels que la farine de viande et d'os ont été utilisés efficacement et sans risque sanitaire chez les brebis et les agneaux de boucherie, en tant que suppléments riches en protéines non digestibles dans le rumen. Mais comme l'utilisation de ces protéines animales est dorénavant très surveillée et qu'il est interdit de servir certaines farines animales aux ruminants, les fabricants d'aliments et les éleveurs s'intéressent au remplacement de ces farines par des protéines végétales pour assurer aux consommateurs des aliments salubres.

Le concept des acides aminés limitants est utilisé avec succès depuis un certain temps déjà chez les espèces monogastriques. Il apparaît que chez les ruminants à qui on sert des rations typiques (maïs et fourrages), les acides aminés limitants sont au premier rang la méthionine et au second, la lysine. Une ou plusieurs des sources de protéines végétales de leur ration doivent donc contenir ces deux acides aminés. On trouvera dans le tableau 1 une liste d'aliments à teneur élevée en méthionine et/ou en lysine. Le tableau montre clairement que des aliments tels que la farine de poisson et la farine de sang (qui ne font pas partie des farines animales interdites pour les ruminants) ont leur place dans les rations pour ruminants. Sauf situation particulière où ces farines sont expressément exclues (p. ex. cahier des charges d'un élevage d'animaux sous label), leur bannissement n'est exigé ni par la loi ni par la biologie du ruminant. Un certain nombre d'ingrédients de source végétale peuvent, du fait de leur composition en acides aminés, être substitués à des protéines animales et fournir la méthionine et la lysine dans les rations « végétales à 100 % ». Par contre, il est nécessaire d'évaluer avec soin les protéines végétales. Par exemple, un aliment peut avoir une teneur élevée en méthionine, mais une teneur totale en PAI insuffisante. Qui plus est, l'utilisation à forte dose d'un aliment donné peut poser des problèmes à cause de son manque de palatabilité, de facteurs antinutritionnels ou du risque de troubles métaboliques.

D'autres options plus rarement employées pour répondre aux besoins en acides aminés limitants sont celles offertes par les acides aminés protégés contre la dégradation ruminale, les protéines dites « tannées ». Pour l'instant, elles sont d'un coût prohibitif, mais leur rôle pourrait croître si l'utilisation des farines animales devait être bannie.

Excès de protéine alimentaire

Les ovins sont des ruminants et possèdent donc la propriété de recycler l'azote alimentaire et l'azote métabolique. Pour opérer ce recyclage, ils réabsorbent l'urée du sang et la sécrètent dans leur salive durant la rumination. Comme cette fonction de valorisation de l'azote semble légèrement plus développée chez les ovins que chez les bovins, on est en droit de présumer que les ovins peuvent mieux tolérer des rations pauvres en azote que les bovins. Et de fait une étude a montré que l'on pouvait servir à des agneaux des taux fluctuants de PB sans que leur rendement diffère de façon appréciable par rapport à celui d'animaux dont la ration contenait en permanence la même teneur moyenne en PB. On sait depuis longtemps qu'une consommation excessive d'azote alimentaire peut avoir un effet toxique. Ainsi, il semble probable qu'un taux élevé d'azote uréique dans le sang soit une des causes de fertilité sous-optimale chez la vache laitière. Étant donné qu'en Ontario la majorité des brebis désaisonnées passent la période qui précède l'agnelage sur des pâturages de très bonne qualité, les taux insatisfaisants de fertilité affichés par le cheptel ovin de la province est peut-être à mettre sur le compte de leur taux d'azote uréique sanguin trop élevé. Il est facile de constater que la supplémentation en protéine est excessive dans le cas des brebis gardées au pâturage avant l'agnelage ou pendant l'allaitement quand on formule la ration en suivant les recommandations du NRC ou en utilisant le Programme de formulation des rations pour ovins (ministère de l'Agriculture, de l'Alimentation et des Affaires rurales de l'Ontario, 2001, Version 2.0.1). Ces deux sources recommandent uniquement un supplément énergétique et de préférence avec une source pauvre en PB, le maïs entier étant à privilégier.

Les quantités excessives d'effluents azotés pose désormais un problème pour l'environnement. Un des moyens les plus efficaces et les plus économiques pour réduire les quantités d'azote excrétées par le troupeau ovin consiste à éviter de distribuer inutilement de la protéine. Dans cette optique, il est préférable de donner des protéines de grande qualité (mieux équilibrées), mais en quantité moindre, que de donner plus de protéines de seconde qualité qui ne sont pas équilibrées ou qui sont constituées d'azote non protéique.

Résumé

Pour se conformer aux recommandations ou aux exigences concernant la protéine brute (PB) dans les élevages ovins modernes, il ne faut pas se contenter de distribuer beaucoup de protéine brute ou de matière azotée alimentaire. Il faut formuler les rations des ovins en respectant un certain nombre de principes :

  • Un tiers de la protéine alimentaire doit être une protéine non digestible dans le rumen (protéine de grande qualité) pour les brebis prolifiques (durant la gestation et au début de la lactation) et les agneaux de boucherie.
  • Les protéines animales peuvent être remplacées par des protéines végétales à condition d'être sélectionnées avec soin en fonction de leur teneur en acides aminés. On doit distribuer les protéines végétales avec prudence, car certaines peuvent poser des problèmes de palatabilité ou de digestibilité.
  • On doit couvrir, non dépasser, les besoins en protéines de l'animal, sauf circonstances particulières exigeant des apports plus élevés.
  • L'excès de protéine est préjudiciable au bon rendement de l'animal, car celui-ci est obligé de dépenser de l'énergie pour l'éliminer.
  • Un taux élevé d'azote uréique dans le sang semble être une cause de fertilité sous-optimale.
  • L'excès de matière azotée alimentaire entraîne la production d'un fumier trop riche en azote, surtout en ammoniac.

Références Bibliographiques

National Research Council. 1985. Nutrient Requirements of Sheep: Sixth Revised Edition. National Academy Press.

National Research Council. 1996. Nutrient Requirements of Beef Cattle: Seventh Revised Edition. National Academy Press.

National Research Council. 2001. Nutrient Requirements of Dairy Cattle: Seventh Revised Edition. National Academy Press.

Nous remercions le Secrétariat d'État pour sa contribution financière à la réalisation de la présente fiche technique.

Tableau 1. Liste partielle des aliments riches en méthionine et/ou en lysine

Aliments riches en méthionine

Denrée

Méthionine
(en % de la PAI )

Farine de poisson

2,84

Riz (grains)

2,20

Tourteau de graines de tournesol

2,15

Avoine/ensilage
d'avoine

2,12

Gluten de blé

2,09

Déchets de boulangerie

1,77

Ensilage d'orge

1,73

Drèches de brasserie (humides)

1,70

Tourteau de canola

1,40

Seigle (grains)

1,33

Ensilage de luzerne

1,22

Aliments riches en lysine
Denrée Lysine
(en % de la PAI )

Farine de sang

9,34

Farine de poisson

7,13

Tourteau de
canola

6,67

Foin/pâture de légumineuses

6,02

Tourteau de soya

5,80

Soya torréfié

5,77

Graines de soya entières

5,06

Enveloppes de soya

4,54

Pâture mixte

4,43

Riz (grains)

4,30

Tourteau de graines de tournesol

4,29

 

Adaptation de données tirées de Nutrient Requirements of Beef Cattle, 7th Revised Edition. 1996 (NRC, 1996). Le tableau présente les aliments dans lesquels la méthionine et la lysine constituent respectivement au moins 1,75 % et 4,0 % de la PAI. On y fait figurer des protéines d'origine animale pour l'intérêt de la comparaison. Paraissent en caractères gras les aliments qui contiennent le plus des deux acides aminés.

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