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Les
troubles métaboliques chez la brebis en fin de gestation et en
début de lactation
Table des matières
- Le concept de transition
- Troubles courants de la brebis prolifique en
période de transition
- Formulation des rations et gestion
- Recommandations générales concernant
les rations
Le concept de transition
Aux yeux de nombreux universitaires et spécialistes
de la nutrition animale, la recherche sur les besoins alimentaires de
la « vache en période de transition » représente
l'ultime défi à relever dans le domaine de la nutrition
des bovins laitiers. Cette période de transition commence vers
la fin de la gestation et se poursuit durant quelques semaines au début
de la lactation. Beaucoup considèrent qu'elle couvre les 2 à
3 semaines précédant le vêlage et les 2 à
3 semaines suivantes. Dans ce court laps de temps, la vache se voit
imposer des changements brutaux :
- les difficultés propres à la fin de la gestation et
la réduction de sa capacité d'ingestion
- la mise bas elle-même
- le déclenchement de la lactation
- les fluctuations de la prise alimentaire et de l'appétit,
- le changement de régime alimentaire (passage d'un régime
de gestation à un régime de lactation),
- les fluctuations des taux hormonaux.
Ce qui vaut pour la vache en période de transition
vaut aussi pour la brebis prolifique, car il ne fait pas de doute que
cette période pose des problèmes nutritionnels d'une aussi
grande complexité. La brebis reproductrice en période
de transition partage de nombreux points communs avec la vache laitière,
sauf que, dans son cas, la transition commence de 1 semaine à
10 jours plus tôt. La période s'étend donc, chez
la brebis prolifique, sur les 4 semaines précédant
l'agnelage et les 2-3 semaines suivantes. Les réserves qui sont
mobilisées par la vache laitière sont comparables, par
leur ampleur, à celles qui se produisent chez la brebis en fin
de gestation. La brebis puise à un rythme accéléré
sur ses réserves corporelles en protéines et minéraux,
tout comme le fait la vache laitière, sauf qu'au lieu d'excréter
ces nutriments sous forme de solides laitiers, elle les dépose
dans les tissus foetaux. Néanmoins, pour l'une comme pour l'autre,
cela revient à une exportation de nutriments hors du « soi ».
Troubles courants de la brebis prolifique en
période de transition
Toxémie de gestation - Cétose de la brebis
Le terme « toxémie de gestation »
est employé dans l'industrie ovine pour désigner le trouble
métabolique que les vétérinaires, les universitaires
et les spécialistes de la nutrition des ruminants appellent acétose,
cétose ou acétonémie. Ce trouble se caractérise
par l'odeur douceâtre de « pomme reinette » qui est
perceptible dans le souffle des animaux affectés et par une chute
de la prise alimentaire. L'odeur douceâtre est causée par
l'élévation du taux de bêta-hydroxy butyrate, une
substance révélatrice d'un dysfonctionnement du métabolisme
des acides gras (dégradation des graisses) assuré par
le foie. Ce trouble se déclare quand le foie ne parvient plus
à remplir sa fonction parce que la brebis prolifique mobilise
ses gras corporels de façon très intense pour assurer
le développement de ses fœtus.
Tandis que la plupart des troubles métaboliques
s'observent chez la vache laitière immédiatement après
le vêlage, la cétose de la brebis apparaît dans les
dernières semaines ou les derniers jours de la gestation. Cette
précocité s'explique par le fait que les besoins nutritionnels
atteignent chez la brebis leur niveau le plus élevé avant
la mise bas, à cause du développement rapide des fœtus.
En règle générale, la cétose frappe les
brebis qui sont trop grasses (état de chair de 3,5 ou plus) quand
elles arrivent en fin de gestation, de même que les brebis dont
le régime alimentaire est insuffisant pour assurer le développement
de plusieurs fœtus. C'est un accident grave car il hypothèque
la santé et la survie des agneaux, ainsi que la productivité
et la survie de la mère.
Prévention
La meilleure stratégie est de veiller à
ce que le trouble ne survienne pas, ce qui implique le respect de plusieurs
principes.
- Reconnaître que la fin de la gestation est de toutes les périodes
de la vie de la brebis celle où il est impératif de
couvrir correctement ses besoins nutritionnels. Formuler les rations
avec la plus grande minutie, en tenant compte de la qualité
des fourrages et de la quantité ingérée. Donner
aux brebis en fin de gestation les soins de grande qualité
qu'elles méritent.
- Identifier les brebis qui sont les plus susceptibles d'avoir les
plus grosses portées. Ce travail peut se faire sur la base
de leurs portées précédentes, de leurs traits
génétiques ou par des échographies. Le dénombrement
des fœtus chez chaque brebis vous permet :
- de donner de meilleurs soins aux brebis productives. Vous devez
tenir compte de la réduction probable du volume occupé
par le réseau-rumen et donc de la capacité d'ingestion,
mais permettre à la brebis d'augmenter sa consommation d'éléments
nutritifs. En règle générale, cela signifie que
vous devez donner aux brebis prolifiques une ration de plus grande
densité nutritive (aliments moins encombrants mais très
nutritifs).
- de regrouper les brebis moins prolifiques, par exemple, celles qui
ne portent qu'un ou deux agneaux, pour leur servir une ration adaptée
à leurs besoins.
- Faire en sorte qu'en fin de gestation (3-5 semaines avant l'agnelage),
les brebis aient un état de chair situé dans la fourchette
idéale de 3,0-3,5. Leur état de chair doit demeurer
à l'intérieur de cette plage bien qu'il doive s'élever
légèrement, sans dépasser 3,5.
- Le vétérinaire peut éventuellement recommander
d'incorporer des ionophores à la ration en fin de gestation.
Les travaux réalisés chez les vaches laitières
amènent à conclure que le risque de cétose diminue
chez celles à qui on administré des ionophores.
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Traitement
Faire appel au vétérinaire pour qu'il
pose le bon diagnostic et définisse les protocoles de traitement
contre la toxémie de gestation. Le traitement au propylène
glycol est le plus souvent recommandé et s'administre suivant
les recommandations du fabricant. Après le traitement visant
à rétablir le métabolisme normal, évaluer
l'état nutritionnel des brebis souffrant de toxémie et
corriger le taux énergétique de la ration. Pour cela,
il faut concilier deux nécessités, celle de passer à
une nouvelle ration le plus vite possible et celle d'opérer cette
transition de façon suffisamment graduelle pour que le rumen
et le métabolisme s'adaptent au changement.
Besoins d'entretien élevés (interaction
génétique)
Bon nombre de brebis prolifiques ont plus de gras interne
par rapport au gras de couverture que les brebis des races traditionnelles.
Dans les systèmes d'agnelage d'hiver avec tonte des brebis, la
diminution de l'isolation thermique et l'élévation du
métabolisme basal de ces animaux font augmenter leurs besoins
d'entretien; cela oblige le producteur à leur fournir plus d'énergie
pour éviter d'exacerber les problèmes de toxémie
évoqués plus haut.
- Soyez prêt à accroître de 5 à 10 %
la valeur énergétique de la ration des brebis prolifiques
pour compenser les pertes causées par leur exposition aux froids
extrêmes (p. ex. brebis laissées dehors en février,
avec un abri minimal contre le vent).
- Selon les écrits scientifiques sur la nutrition des ovins,
les brebis tondues ras peuvent consommer jusqu'à 45 %
plus d'énergie que les brebis conservant leur toison. Il faut
garder cela à l'esprit quand on tond les brebis avant l'agnelage,
sous peine de voir leur état de chair se détériorer
rapidement.
État de chair insuffisant
L'état de chair insuffisant est un facteur important
qui prédispose la brebis à plusieurs problèmes
pendant la période de transition. Dans les systèmes d'agnelage
désaisonné et/ou accéléré, les brebis
maigres mettent plus longtemps à venir en chaleur (manifester
l'œstrus) que les brebis dont l'état de chair est passable ou
moyen.
Acidose
Plus il faut augmenter la quantité de grain
de la ration pour atteindre le point idéal d'équilibre
énergétique, plus on augmente le risque d'acidose. Quand
la part du grain représente environ 50 % de la ration et
que le volume du rumen est réduit à cause de la place
prise par les fœtus, la masse du grain se trouve amplifiée par
rapport au volume du rumen, ce qui accroît le risque d'acidose.
- Soignez les brebis en transition avec plus de prudence que n'importe
quel autre groupe d'animaux!
- Fractionnez la ration de grain en donnant des repas plus fréquents,
mais moins importants (suivre les lignes directrices du Programme
de formulation des rations pour ovins [MAAO, Version 2.0.1]) - la
quantité de grain distribuée en deux repas ne doit pas
dépasser 30 % de la MS.
- 40 % - 3 repas par jour
- 50 % - 4 repas par jour
- 55 % - 5 repas par jour
- Attention : l'amidon des grains traités (broyés, concassés,
etc.) est beaucoup plus rapidement assimilable!
- Des rations totales mélangées (RTM) seraient idéales.
Fièvre de lait (pré-agnelage)
La fièvre de lait s'est déclarée
quelquefois chez des brebis fortes productrices. Toutefois, c'est avant
l'agnelage qu'elle se déclenche, pendant le stade où les
fœtus constituent rapidement leurs matières osseuses. L'ampleur
des dépenses en calcium (Ca) qui se produit alors chez la brebis
est comparable à celle de la vache laitière au début
de la lactation. Chez la vache, il est maintenant admis que des taux
excessifs de potassium (K) représentent un facteur de risque.
Les foins de fléole et de luzerne en particulier sont souvent
riches en potassium, et le sont encore plus s'ils ont été
fortement fertilisés avec de la potasse. Éviter les aliments
riches en potassium durant la gestation. D'autres sortes de foin ont
des teneurs moins élevées en potassium.
Insuffisance du colostrum en qualité et en
quantité
Il a été clairement prouvé chez
d'autres espèces de ruminants que des apports insuffisants en
protéines, en énergie et en vitamines ont tous des effets
préjudiciables sur la qualité et la quantité du
colostrum. Qui plus est, le colostrum contient des taux extrêmement
élevés de vitamines A et D, qui sont toutes deux prises
sur les réserves de la brebis.
Veillez à ce que les rations soient équilibrées
et à ce que les brebis s'alimentent suffisamment; surveillez-les
et notez sur un registre celles qui manifestent des problèmes
de colostrum.
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Formulation des rations et gestion
Observez les similitudes entre les 2 rations montrées
dans le tableau 1. Pourtant, en réalité, les besoins
de la brebis allaitante sont environ 30 % plus élevés
que ceux de la brebis gestante. À cause de la compression de
son rumen par ses multiples fœtus, la brebis gestante peut réduire
sa prise alimentaire de 20 à 30 % par rapport à la
brebis allaitante. En conséquence, il est possible de regrouper
les brebis prolifiques dont les dates prévues d'agnelage sont
rapprochées (à l'intérieur d'un intervalle de 2
semaines) et de leur distribuer les mêmes quantités de
grain, sans se préoccuper que certaines viennent d'agneler et
que d'autres ne l'ont pas encore fait. Par ailleurs, après leur
première mise bas, la plupart des agnelles continuent leur croissance.
Pour se simplifier la tâche, on peut alimenter ces agnelles comme
si elles avaient un fœtus de plus qu'en réalité. Sur le
même principe, on gagne à alimenter les agnelles qui sont
maigres (état de chair inférieur à 3), durant les
trois dernières semaines de leur gestation, comme si elles avaient
un fœtus de plus par demi-point d'état de chair au-dessous de
3. Par exemple, une brebis en croissance qui entame la fin de sa deuxième
gestation avec un état de chair de 2,5, et chez qui l'échographie
a révélé des jumeaux, recevra la même ration
qu'une brebis qui porte 4 fœtus.
Recommandations générales concernant
les rations
La protéine brute (PB) utilisée seule
n'est pas un bon indicateur de la qualité des fourrages. Par
exemple, un excellent foin ou pâture de graminées peut
avoir une teneur en PB de 18-20 %, alors qu'une luzerne de maturité
comparable et donc de même niveau énergétique peut
avoir une teneur en PB de 25-28 %.
La brebis prolifique est un animal très spécialisé
dont le niveau de productivité et la santé dépendent
beaucoup de la qualité de l'alimentation et de la gestion. Les
brebis qui traversent la période de transition entourant l'agnelage
sont le groupe d'animaux qui exigent la plus grande attention si l'on
veut s'assurer du rendement immédiat et à long terme des
mères et de leur progéniture. Cette période de
transition débute 4 semaines avant l'agnelage et se termine 2
à 3 semaines après. Il faut garder à l'esprit les
points essentiels suivants :
- les races prolifiques n'ont pas toujours une aussi grande résistance
à l'hiver que les races plus rustiques
- les brebis fraîchement tondues doivent recevoir une ration
plus énergétique
- les brebis doivent recevoir des fourrages de très bonne digestibilité
si l'on veut qu'elles s'alimentent suffisamment et parviennent à
couvrir leurs besoins en éléments nutritifs indispensables.
Il faut :
- distribuer les concentrés en plusieurs fois, par petites
quantités
- surveiller les quantités d'aliments ingérées
et les comportements alimentaires
- fournir suffisamment d'énergie (UNT) ou d'énergie
nette (EN), de protéine, de Ca, de P, de vitamine E et de sélénium
- utiliser une source de protéine non digestible dans le rumen
(digestible dans l'intestin grêle), et éviter des teneurs
trop élevées en PB
- donner pratiquement la même ration avant le vêlage et
après
- éviter les fourrages contenant des teneurs excessives en
potassium (K)
- dispenser aux brebis prolifiques des soins de très grande
qualité, à l'exemple de ceux qui sont donnés
à l'élite des vaches laitières d'aujourd'hui.
Tableau 1. Besoins nutritionnels approximatifs des brebis
en fin de gestation (ration par tête par jour au cours des 3-4
dernières semaines de gestation)
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Rations pré-agnelage (gestation)
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Rations de post-agnelage (lactation)
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bon fourrage à volonté (1re
coupe)
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foin de 2e coupe à volonté
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680 g (1,5 lb) ou plus de grain/jour
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750 g (1,65 lb) ou plus de grain/jour*
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70-75 % d'unités nutritives totales
(UNT)
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70-75 % d'UNT
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15-17 % de protéine
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16 % de prot.éine
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0,8 % de calcium, 0,3 % de phosphore
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0,75 % de calcium, 0,3 % de phosphore
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100 UI de vitamine E,
0,2 ppm de sélénium (Se)/jour
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100 UI de vitamine E, 0,2 ppm de Se/jour
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* à moins que l'on s'accommode
d'une baisse de l'état de chair/de la lactation
On suppose que les brebis portent 3 ou 4 agneaux puis
les allaitent. Une formulation complète et précise des
rations doit être effectuée à l'aide du Programme
de formulation des rations pour ovins (Sheep Ration Formulation Program),
version 2.0.1.
Nous remercions le Secrétariat d'État
pour sa contribution financière à la réalisation
de la présente fiche technique.
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Pour plus de renseignements :
Sans frais : 1 877 424-1300
Local : 519 826-4047
Courriel : ag.info.omafra@ontario.ca
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