Les troubles métaboliques chez la brebis en fin de gestation et en début de lactation


Fiche technique - ISSN 1198-7138  -  Imprimeur de la Reine pour l'Ontario
Agdex : 433
Date de publication : 02/03
Commande no. 03-018
Dernière révision : 11 février 2010
Situation : Fiche technique originale
Rédacteur : C. Wand - Spécialiste de la nutrition des bovins de boucherie, des ovins et des caprins/MAAARO


Table des matières

  1. Le concept de transition
  2. Troubles courants de la brebis prolifique en période de transition
  3. Formulation des rations et gestion
  4. Recommandations générales concernant les rations

Le concept de transition

Aux yeux de nombreux universitaires et spécialistes de la nutrition animale, la recherche sur les besoins alimentaires de la « vache en période de transition » représente l'ultime défi à relever dans le domaine de la nutrition des bovins laitiers. Cette période de transition commence vers la fin de la gestation et se poursuit durant quelques semaines au début de la lactation. Beaucoup considèrent qu'elle couvre les 2 à 3 semaines précédant le vêlage et les 2 à 3 semaines suivantes. Dans ce court laps de temps, la vache se voit imposer des changements brutaux :

  • les difficultés propres à la fin de la gestation et la réduction de sa capacité d'ingestion
  • la mise bas elle-même
  • le déclenchement de la lactation
  • les fluctuations de la prise alimentaire et de l'appétit,
  • le changement de régime alimentaire (passage d'un régime de gestation à un régime de lactation),
  • les fluctuations des taux hormonaux.

Ce qui vaut pour la vache en période de transition vaut aussi pour la brebis prolifique, car il ne fait pas de doute que cette période pose des problèmes nutritionnels d'une aussi grande complexité. La brebis reproductrice en période de transition partage de nombreux points communs avec la vache laitière, sauf que, dans son cas, la transition commence de 1 semaine à 10 jours plus tôt. La période s'étend donc, chez la brebis prolifique, sur les 4 semaines précédant l'agnelage et les 2-3 semaines suivantes. Les réserves qui sont mobilisées par la vache laitière sont comparables, par leur ampleur, à celles qui se produisent chez la brebis en fin de gestation. La brebis puise à un rythme accéléré sur ses réserves corporelles en protéines et minéraux, tout comme le fait la vache laitière, sauf qu'au lieu d'excréter ces nutriments sous forme de solides laitiers, elle les dépose dans les tissus foetaux. Néanmoins, pour l'une comme pour l'autre, cela revient à une exportation de nutriments hors du « soi ».

Troubles courants de la brebis prolifique en période de transition

Toxémie de gestation - Cétose de la brebis

Le terme « toxémie de gestation » est employé dans l'industrie ovine pour désigner le trouble métabolique que les vétérinaires, les universitaires et les spécialistes de la nutrition des ruminants appellent acétose, cétose ou acétonémie. Ce trouble se caractérise par l'odeur douceâtre de « pomme reinette » qui est perceptible dans le souffle des animaux affectés et par une chute de la prise alimentaire. L'odeur douceâtre est causée par l'élévation du taux de bêta-hydroxy butyrate, une substance révélatrice d'un dysfonctionnement du métabolisme des acides gras (dégradation des graisses) assuré par le foie. Ce trouble se déclare quand le foie ne parvient plus à remplir sa fonction parce que la brebis prolifique mobilise ses gras corporels de façon très intense pour assurer le développement de ses ftus.

Tandis que la plupart des troubles métaboliques s'observent chez la vache laitière immédiatement après le vêlage, la cétose de la brebis apparaît dans les dernières semaines ou les derniers jours de la gestation. Cette précocité s'explique par le fait que les besoins nutritionnels atteignent chez la brebis leur niveau le plus élevé avant la mise bas, à cause du développement rapide des ftus. En règle générale, la cétose frappe les brebis qui sont trop grasses (état de chair de 3,5 ou plus) quand elles arrivent en fin de gestation, de même que les brebis dont le régime alimentaire est insuffisant pour assurer le développement de plusieurs ftus. C'est un accident grave car il hypothèque la santé et la survie des agneaux, ainsi que la productivité et la survie de la mère.

Prévention

La meilleure stratégie est de veiller à ce que le trouble ne survienne pas, ce qui implique le respect de plusieurs principes.

  • Reconnaître que la fin de la gestation est de toutes les périodes de la vie de la brebis celle où il est impératif de couvrir correctement ses besoins nutritionnels. Formuler les rations avec la plus grande minutie, en tenant compte de la qualité des fourrages et de la quantité ingérée. Donner aux brebis en fin de gestation les soins de grande qualité qu'elles méritent.
  • Identifier les brebis qui sont les plus susceptibles d'avoir les plus grosses portées. Ce travail peut se faire sur la base de leurs portées précédentes, de leurs traits génétiques ou par des échographies. Le dénombrement des ftus chez chaque brebis vous permet :
  • de donner de meilleurs soins aux brebis productives. Vous devez tenir compte de la réduction probable du volume occupé par le réseau-rumen et donc de la capacité d'ingestion, mais permettre à la brebis d'augmenter sa consommation d'éléments nutritifs. En règle générale, cela signifie que vous devez donner aux brebis prolifiques une ration de plus grande densité nutritive (aliments moins encombrants mais très nutritifs).
  • de regrouper les brebis moins prolifiques, par exemple, celles qui ne portent qu'un ou deux agneaux, pour leur servir une ration adaptée à leurs besoins.
  • Faire en sorte qu'en fin de gestation (3-5 semaines avant l'agnelage), les brebis aient un état de chair situé dans la fourchette idéale de 3,0-3,5. Leur état de chair doit demeurer à l'intérieur de cette plage bien qu'il doive s'élever légèrement, sans dépasser 3,5.
  • Le vétérinaire peut éventuellement recommander d'incorporer des ionophores à la ration en fin de gestation. Les travaux réalisés chez les vaches laitières amènent à conclure que le risque de cétose diminue chez celles à qui on administré des ionophores.

Traitement

Faire appel au vétérinaire pour qu'il pose le bon diagnostic et définisse les protocoles de traitement contre la toxémie de gestation. Le traitement au propylène glycol est le plus souvent recommandé et s'administre suivant les recommandations du fabricant. Après le traitement visant à rétablir le métabolisme normal, évaluer l'état nutritionnel des brebis souffrant de toxémie et corriger le taux énergétique de la ration. Pour cela, il faut concilier deux nécessités, celle de passer à une nouvelle ration le plus vite possible et celle d'opérer cette transition de façon suffisamment graduelle pour que le rumen et le métabolisme s'adaptent au changement.

Besoins d'entretien élevés (interaction génétique)

Bon nombre de brebis prolifiques ont plus de gras interne par rapport au gras de couverture que les brebis des races traditionnelles. Dans les systèmes d'agnelage d'hiver avec tonte des brebis, la diminution de l'isolation thermique et l'élévation du métabolisme basal de ces animaux font augmenter leurs besoins d'entretien; cela oblige le producteur à leur fournir plus d'énergie pour éviter d'exacerber les problèmes de toxémie évoqués plus haut.

  • Soyez prêt à accroître de 5 à 10 % la valeur énergétique de la ration des brebis prolifiques pour compenser les pertes causées par leur exposition aux froids extrêmes (p. ex. brebis laissées dehors en février, avec un abri minimal contre le vent).
  • Selon les écrits scientifiques sur la nutrition des ovins, les brebis tondues ras peuvent consommer jusqu'à 45 % plus d'énergie que les brebis conservant leur toison. Il faut garder cela à l'esprit quand on tond les brebis avant l'agnelage, sous peine de voir leur état de chair se détériorer rapidement.

État de chair insuffisant

L'état de chair insuffisant est un facteur important qui prédispose la brebis à plusieurs problèmes pendant la période de transition. Dans les systèmes d'agnelage désaisonné et/ou accéléré, les brebis maigres mettent plus longtemps à venir en chaleur (manifester l'strus) que les brebis dont l'état de chair est passable ou moyen.

Acidose

Plus il faut augmenter la quantité de grain de la ration pour atteindre le point idéal d'équilibre énergétique, plus on augmente le risque d'acidose. Quand la part du grain représente environ 50 % de la ration et que le volume du rumen est réduit à cause de la place prise par les ftus, la masse du grain se trouve amplifiée par rapport au volume du rumen, ce qui accroît le risque d'acidose.

  • Soignez les brebis en transition avec plus de prudence que n'importe quel autre groupe d'animaux!
  • Fractionnez la ration de grain en donnant des repas plus fréquents, mais moins importants (suivre les lignes directrices du Programme de formulation des rations pour ovins [MAAO, Version 2.0.1]) - la quantité de grain distribuée en deux repas ne doit pas dépasser 30 % de la MS.
  • 40 % - 3 repas par jour
  • 50 % - 4 repas par jour
  • 55 % - 5 repas par jour
  • Attention : l'amidon des grains traités (broyés, concassés, etc.) est beaucoup plus rapidement assimilable!
  • Des rations totales mélangées (RTM) seraient idéales.

Fièvre de lait (pré-agnelage)

La fièvre de lait s'est déclarée quelquefois chez des brebis fortes productrices. Toutefois, c'est avant l'agnelage qu'elle se déclenche, pendant le stade où les ftus constituent rapidement leurs matières osseuses. L'ampleur des dépenses en calcium (Ca) qui se produit alors chez la brebis est comparable à celle de la vache laitière au début de la lactation. Chez la vache, il est maintenant admis que des taux excessifs de potassium (K) représentent un facteur de risque. Les foins de fléole et de luzerne en particulier sont souvent riches en potassium, et le sont encore plus s'ils ont été fortement fertilisés avec de la potasse. Éviter les aliments riches en potassium durant la gestation. D'autres sortes de foin ont des teneurs moins élevées en potassium.

Insuffisance du colostrum en qualité et en quantité

Il a été clairement prouvé chez d'autres espèces de ruminants que des apports insuffisants en protéines, en énergie et en vitamines ont tous des effets préjudiciables sur la qualité et la quantité du colostrum. Qui plus est, le colostrum contient des taux extrêmement élevés de vitamines A et D, qui sont toutes deux prises sur les réserves de la brebis.

Veillez à ce que les rations soient équilibrées et à ce que les brebis s'alimentent suffisamment; surveillez-les et notez sur un registre celles qui manifestent des problèmes de colostrum.

Formulation des rations et gestion

Observez les similitudes entre les 2 rations montrées dans le tableau 1. Pourtant, en réalité, les besoins de la brebis allaitante sont environ 30 % plus élevés que ceux de la brebis gestante. À cause de la compression de son rumen par ses multiples ftus, la brebis gestante peut réduire sa prise alimentaire de 20 à 30 % par rapport à la brebis allaitante. En conséquence, il est possible de regrouper les brebis prolifiques dont les dates prévues d'agnelage sont rapprochées (à l'intérieur d'un intervalle de 2 semaines) et de leur distribuer les mêmes quantités de grain, sans se préoccuper que certaines viennent d'agneler et que d'autres ne l'ont pas encore fait. Par ailleurs, après leur première mise bas, la plupart des agnelles continuent leur croissance. Pour se simplifier la tâche, on peut alimenter ces agnelles comme si elles avaient un ftus de plus qu'en réalité. Sur le même principe, on gagne à alimenter les agnelles qui sont maigres (état de chair inférieur à 3), durant les trois dernières semaines de leur gestation, comme si elles avaient un ftus de plus par demi-point d'état de chair au-dessous de 3. Par exemple, une brebis en croissance qui entame la fin de sa deuxième gestation avec un état de chair de 2,5, et chez qui l'échographie a révélé des jumeaux, recevra la même ration qu'une brebis qui porte 4 ftus.

Recommandations générales concernant les rations

La protéine brute (PB) utilisée seule n'est pas un bon indicateur de la qualité des fourrages. Par exemple, un excellent foin ou pâture de graminées peut avoir une teneur en PB de 18-20 %, alors qu'une luzerne de maturité comparable et donc de même niveau énergétique peut avoir une teneur en PB de 25-28 %.

La brebis prolifique est un animal très spécialisé dont le niveau de productivité et la santé dépendent beaucoup de la qualité de l'alimentation et de la gestion. Les brebis qui traversent la période de transition entourant l'agnelage sont le groupe d'animaux qui exigent la plus grande attention si l'on veut s'assurer du rendement immédiat et à long terme des mères et de leur progéniture. Cette période de transition débute 4 semaines avant l'agnelage et se termine 2 à 3 semaines après. Il faut garder à l'esprit les points essentiels suivants :

  • les races prolifiques n'ont pas toujours une aussi grande résistance à l'hiver que les races plus rustiques
  • les brebis fraîchement tondues doivent recevoir une ration plus énergétique
  • les brebis doivent recevoir des fourrages de très bonne digestibilité si l'on veut qu'elles s'alimentent suffisamment et parviennent à couvrir leurs besoins en éléments nutritifs indispensables.

Il faut :

  • distribuer les concentrés en plusieurs fois, par petites quantités
  • surveiller les quantités d'aliments ingérées et les comportements alimentaires
  • fournir suffisamment d'énergie (UNT) ou d'énergie nette (EN), de protéine, de Ca, de P, de vitamine E et de sélénium
  • utiliser une source de protéine non digestible dans le rumen (digestible dans l'intestin grêle), et éviter des teneurs trop élevées en PB
  • donner pratiquement la même ration avant le vêlage et après
  • éviter les fourrages contenant des teneurs excessives en potassium (K)
  • dispenser aux brebis prolifiques des soins de très grande qualité, à l'exemple de ceux qui sont donnés à l'élite des vaches laitières d'aujourd'hui.

Tableau 1. Besoins nutritionnels approximatifs des brebis en fin de gestation
(ration par tête par jour au cours des 3-4 dernières semaines de gestation)

Rations pré-agnelage (gestation)

Rations de post-agnelage (lactation)

bon fourrage à volonté (1re coupe)

foin de 2e coupe à volonté

680 g (1,5 lb) ou plus de grain/jour

750 g (1,65 lb) ou plus de grain/jour*

70-75 % d'unités nutritives totales (UNT)

70-75 % d'UNT

15-17 % de protéine

16 % de prot.éine

0,8 % de calcium, 0,3 % de phosphore

0,75 % de calcium, 0,3 % de phosphore

100 UI de vitamine E, 0,2 ppm de sélénium (Se)/jour

100 UI de vitamine E, 0,2 ppm de Se/jour

* à moins que l'on s'accommode d'une baisse de l'état de chair/de la lactation

On suppose que les brebis portent 3 ou 4 agneaux puis les allaitent. Une formulation complète et précise des rations doit être effectuée à l'aide du Programme de formulation des rations pour ovins (Sheep Ration Formulation Program), version 2.0.1.

Nous remercions le Secrétariat d'État pour sa contribution financière à la réalisation de la présente fiche technique.

Pour plus de renseignements :
Sans frais : 1 877 424-1300
Local : 519 826-4047
Courriel : ag.info.omafra@ontario.ca