Alimentation des ovins : matériel et méthodes


Fiche technique - ISSN 1198-7138  -  Imprimeur de la Reine pour l'Ontario
Agdex : 430/50
Date de publication : 02/03
Commande no. 03-014
Dernière révision : 10 février 2010
Situation : Nouveau
Rédacteur : Christoph Wand - spécialiste de la nutrition des bovins de boucherie, des ovins et des caprins/MAAARO

Table des matières

  1. Règles de base
  2. Comment planifier le système de distribution
  3. Choisir le matériel de mélange et de distribution de la ration
  4. Complémentation des brebis élevées à l'herbe
  5. Conclusion

Introduction

Le choix du matériel et de la méthode de distribution des aliments se fait en fonction de plusieurs critères : l'efficacité du travail, la nature des rations à distribuer, certains facteurs ayant trait au troupeau comme la longueur d'auge nécessaire et l'effectif à nourrir, les biens d'équipement dont on dispose déjà et ceux que l'on devra acquérir.

Règles de base

La distribution du fourrage est le goulot d'étranglement. Le fourrage est le plus important constituant de la ration à cause de son volume, de son poids et du temps nécessaire à sa manutention. L'efficacité de sa distribution doit donc être l'objectif primordial.

  • Une seule personne doit pouvoir distribuer le fourrage dans un système sans aide supplémentaire.
  • Les couloirs d'affouragement où l'on peut circuler pour servir l'aliment sont les installations les moins exigeantes en temps et en travail.
  • La distribution (du fourrage seulement) ne devrait pas prendre plus de 8 secondes par brebis, durée calculée depuis le lieu de stockage jusqu'à la fin de la distribution. Ainsi, pour nourrir 100 brebis, il faut compter 800 secondes, soit 13 minutes et 20 secondes.
  • Les concentrés doivent être servis encore plus vite que les fourrages. Par brebis, vous devriez compter 1 seconde ou moins pour la distribution proprement dite et quelques secondes de plus pour les manipulations annexes (p. ex. remplissage du chariot ou des seaux utilisés).
  • Les brebis taries (besoins d'entretien) sont le groupe d'animaux qui exigent proportionnellement le moins de temps (distribution et autres soins).

Optez pour des méthodes de distribution sécuritaires. Évitez d'avoir à marcher ou à circuler avec du matériel au milieu des animaux pendant la distribution du fourrage ou du concentré. Ce genre de situations augmente le risque de blessure pour le berger comme pour les ovins, et diminue l'efficacité. Le tableau 1, Dimensions minimales des aires de séjour et d'alimentation en élevage ovin, indique les espaces à prévoir, par animal, pour assurer la sécurité et un bon accès à la nourriture.

Tableau 1. Dimensions minimales des aires de séjour et d'alimentation en élevage ovin.

Logement

Brebis et béliers

Agneaux à l'engrais

Parc d'engraissement

 

sol à revêtement dur

15 pi2 par tête

6 pi2 par tête

sol nu* 70 pi2 par tête 30 pi2 par tête

Bergerie à façade ouverte

superficie 15 pi2 par brebis gestante
10 pi2 par brebis tarie
6 pi2 par tête
hauteur sous le plafond 9 pi minimum 9 pi minimum

Plancher à claire-voie**

superficie par animal

7 pi2 4 pi2
% de la superficie en caillebotis 100 100
largeur des fentes 3/4 po 5/8 po
largeur des lattes 2-3 po 2-3 po

Cases d'agnelage (sol plein)

 

case de récupération seulement 4 pi x 4 pi minimum

 

case d'agnelage et de récupération 4 pi x 5 pi minimum  

Râtelier

longueur par tête

16 po (alimentation en groupe) 12 po (alimentation en groupe)
6 po (libre-service) 4 po (libre-service)
hauteur à la gorge 12 po (races de petit format) 10 po (races de petit format)
15 po (races de gros format) 12 po (races de gros format)

Stockage des aliments

 

foin 3 lb/tête/jour (races de petit format) 2 lb/tête/jour
5 lb/tête/jour (races de gros format) 1/2 lb/tête/jour (entretien)
grain 1/3 lb/tête/jour 1 à 2 1/2 lb/tête/jour (finition)

Stockage de la litière

3/4 lb/tête/jour 1/4 lb/tête/jour

Eau

superficie 1 pi2 /40 têtes 1 pi2/40 têtes

* Les parcs d'engraissement à sol nu devraient être réservés aux régions où les précipitations annuelles sont inférieures à 20 pouces. Il faut aménager en outre, le long de chaque auge, une allée bétonnée d'au moins 6 pieds de large, ou de largeur suffisante pour qu'on puisse la nettoyer en utilisant le tracteur. Donner à l'allée bétonnée une pente d'un demi-pouce par pied de distance de l'auge.

** Pour les brebis, les béliers ou les agneaux, on peut remplacer les planchers à claire-voie (caillebotis) par un grillage en métal déployé aplati de calibre 10, à mailles de 1 po sur 2 po. Pour retenir la litière dans les cases d'agnelage, on peut recouvrir le grillage avec un panneau plein.

Source : Données adaptées tirées du plan M-4000, Bergerie, Service de plans Canada

Comment planifier le système de distribution

Calculez les quantités d'aliments dont vous avez besoin annuellement. Tenez compte de tous les types de rations qui sont susceptibles d'être servis. Le tableau 2, Composition des rations pour ovins habituellement servies au cours d'une année de production, présente un exemple de plan. Vous devrez commencer par déterminer la forme sous laquelle se présente le fourrage. Balles ou vrac? Ensilage ou foin sec? Supposons que vous utilisiez des balles, sont-elles grosses ou petites, rondes ou carrées? De la forme du fourrage dépendront le type de matériel et la méthode de distribution à employer. Le fourrage est considéré comme le principal aliment des ovins, sauf pour ce qui est des agnelets.

Tableau 2. Composition des rations pour ovins habituellement servies au cours d'une année de production.

Animal Composition des rations types Présentation du concentré
Catégorie Sous-catégorie Critères généraux Teneur en fourrage (%) Teneur en grain (%) RTM Servi à l'auge1 Servi par terre2
Agneaux jusqu'à 65 lb pré-sevrage/1er âge
17-18 % PB
80-85 % UNT
0-40 100-60 ü X X
65 lb + croissance/finition
15-16 % PB
78-82 % UNT
0-30 100-70 ü ü 15-16 % PB
82 % UNT et +
Sujets de remplacement agnelles 14-17 % PB
65-68 % UNT
65 35 ü ü 9-14 % PB
80 % UNT et +
jeunes mâles
14-17 % PB
65-68 % UNT
70 30
ü
ü
9-14 % PB
80 % UNT et +
Brebis entretien   100 0 s/o s/o s/o
alimentation intensive (en vue de la lutte) 10-15 % PB
68-70 % UNT
85 15 ü ü 9-13 % PB
80 % UNT et +
fin de gestation* 15-18 % PB
68-75 % UNT
85-60 15-40 ü * 9-14% PB*
80 % UNT et +
lactation* 14-17 % PB
70-80 % UNT
70-50 30-50
ü
*
9-14% PB*
80 % UNT et +
Béliers entretien   100 0 s/o s/o s/o
engraissement 10-15 % PB
68-70 % UNT
85 15 ü ü 9-13 % PB
80 % UNT et +
lutte
10-15 % PB
68-70 % UNT
85
15
ü
ü
9-13 % PB
80 % UNT et +

1Servi à l'auge - La totalité de la ration de grain est versée en une fois dans l'auge, p. ex. au seau.
2Servi par terre - La totalité de la ration de grain est servie en une fois, mais répandue sur le sol.
*Risque d'acidose

Certaines des permutations les plus courantes en matière de concentrés et de rations sont indiquées dans le tableau 3, Choix d'aliments pour le concentré, selon la méthode de distribution. La gamme d'ingrédients suggérés pour chaque ration vous aidera à déterminer les besoins en aliments et en matériel de distribution. Pour les besoins de la présente fiche technique, nous supposerons qu'il s'agit d'un troupeau de brebis prolifiques soumises à un système d'agnelage accéléré. Dans ce système, les animaux peuvent être confinés en bergerie ou parqués dehors.

Mélasse - On recommande d'ajouter de la mélasse dans les rations pour agneaux pour stimuler la consommation. La mélasse humide est préférable, mais la mélasse sèche suffit.

Complémentation minérale - Toutes les rations doivent être enrichies en minéraux. On peut servir les minéraux en libre-service, ou sous forme de bouchons (moulées), ou encore de prémélanges que l'on incorpore à la ration. À cause de la tendance des minéraux à se désagréger avec les fractions fines de la ration, on ne peut opter pour les prémélanges que lorsque l'aliment est servi dans une auge ou un distributeur, à moins d'utiliser un liant (par exemple la mélasse).

Protéine brute (PB) et unités nutritives totales (UNT) - Les teneurs en PB et en UNT dans la ration donnée en complément sont fonction de la qualité de la pâture. Il faut donc connaître la valeur fourragère de chaque pâture où sont élevés des ovins.

Maïs ou céréales à paille - Dans la plupart des cas, le choix du grain se fait d'après le coût. En règle générale, le maïs est moins riche en protéine et plus riche en énergie (9 % PB et 90 % UNT) que l'orge (12 % PB et 82 % UNT) et l'avoine (11 % PB et 73 % UNT). À eux deux, le coût du grain et la qualité du pâturage dictent le choix du grain à utiliser dans la ration de complément et la suppression éventuelle d'un ingrédient du mélange.

On ne peut calculer les quantités des ingrédients de la ration que si l'on connaît la composition nutritionnelle de la fraction fourrage de la ration.

Le tableau 3 indique plusieurs des ingrédients parmi lesquels choisir quand on veut atteindre les teneurs en protéine brute et en énergie qui sont recommandées dans les suppléments destinés à diverses catégories d'agneaux et de moutons. Chaque ration doit être formulée de manière à répondre aux besoins propres au groupe d'animaux considéré.

Tableau 3.  Choix d'aliments pour le concentré, selon la méthode de distribution.

Distribution à l'auge

Distribution sur la pâture et le sol

Tourteau de soya, minéraux, maïs entier, petites céréales entières, céréales traitées, sous-produits

ou

Supplément en bouchons, maïs entier, petites céréales entières

Tourteau de soya en bouchons, maïs entier (petites céréales entières). Remarque - supplément minéral en libre-service

ou

Maïs entier (petites céréales entières). Remarque - supplément minéral en libre-service

ou

Supplément en bouchons, maïs entier (petites céréales entières)


Choisir le matériel de mélange et de distribution de la ration

La préparation des aliments à la ferme est une option vers laquelle se tournent beaucoup de producteurs dès que leur élevage prend une certaine importance. Pour savoir si c'est une option effectivement économique, on utilise la démarche suivante :

  1. Calculer le coût d'une ration « fermière » avec les permutations d'ingrédients envisagées. Se renseigner sur ce que coûte une ration comparable dans le commerce. Retrancher le coût de la ration fermière du coût de la ration commerciale.
  2. Si la différence de coût est en faveur de la ration préparée à la ferme, faire un calcul estimatif du tonnage annuel qui serait préparé. Plus le tonnage est élevé, plus c'est rentable. L'utilisation du mélangeur pour plusieurs groupes d'animaux différents est avantageuse.
  3. Calculer le coût du matériel qui doit être acheté pour préparer l'aliment à la ferme (ne pas inclure le matériel déjà utilisé pour les aliments complets achetés dans le commerce) : cellules de stockage des denrées, vis sans fin, cellules de stockage de l'aliment préparé, chariots distributeurs, appareil mélangeur. Voici certaines des installations qui peuvent être envisagées :
    • Les mélangeurs à ration totale mélangée (RTM) - Pour distribuer une ration incorporant l'ensilage, le foin et le grain. Les mélangeurs à RTM existent en version mobile ou à poste fixe. Ils fonctionnent en mode discontinu (préparation de cuvées distinctes d'aliment). Ils doivent être complétés par des installations de distribution spécialisées (auges ou couloirs d'affouragement dans lesquels on peut circuler dans le cas d'un mélangeur mobile; transporteur à courroie ou chariot dans le cas d'un mélangeur fixe). Le temps de travail quotidien comprend la durée du remplissage, du mélange et de la distribution.
    • Broyeurs-mélangeurs-distributeurs tractés - Ce sont de gros appareils à fonctionnement discontinu qui peuvent hacher le foin sec et l'incorporer à une ration concentrée. Ils sont actionnés par la prise de force du tracteur. Étant équipés de leur propre vis de déchargement, ils permettent de remplir des réservoirs à un ou plusieurs endroits. Le temps de travail quotidien comprend la durée du remplissage, du mélange et de la distribution.
    • Mélangeurs volumétriques à poste fixe - Ces appareils sont équipés de doseurs volumétriques; les ingrédients sont stockés dans des trémies installées au-dessus du mélangeur et tombent par gravité dans des bacs séparés situés en haut de l'appareil. Les mélangeurs volumétriques produisent la ration voulue selon un débit constant, les ingrédients s'écoulant à mesure dans la cuve de mélange selon un débit prédéterminé. Chaque fois qu'un nouvel ingrédient est utilisé, le mélangeur volumétrique doit être étalonné de nouveau. En outre, il ne peut servir qu'à la préparation de rations concentrées. Le temps de travail quotidien comprend les vérifications des niveaux des trémies, le réglage de la minuterie et la distribution.
    • Cuves de mélange - Ces appareils fonctionnent sur le même principe que les mélangeurs volumétriques à poste fixe, mais n'ont pas d'organes motorisés. Le dosage des ingrédients repose sur leur débit à travers les goulottes d'amenée. Le mélange est donc probablement moins précis. En outre, ces cuves ne peuvent pas aplatir ou broyer des aliments et n'ont pas non plus de vis de déchargement autonome. Le temps de travail quotidien comprend la vérification des niveaux des trémies d'alimentation, la surveillance du mélange et la distribution.
  4. Décider de la durée appropriée pour l'amortissement du matériel à acheter. Cette durée doit correspondre à la durée de vie (5-10 ans).
  5. Multiplier la différence de coût par le tonnage fabriqué pendant toute la période d'amortissement. Cette somme est-elle au moins égale à la totalité des coûts (dont celui du travail supplémentaire) reliés à la préparation des rations à la ferme?

Complémentation des brebis élevées à l'herbe

De nombreux producteurs placent des mangeoires légères dans les pâtures pour y verser l'aliment au seau ou au sac. C'est une bonne façon de procéder quand on élève un petit nombre d'animaux, mais quand le troupeau est important, le travail et le risque physique qu'elle implique pour le berger en limitent habituellement les chances de succès et d'utilisation prolongée. On oublie souvent que la structure particulière de leur gueule permet aux moutons de ramasser les particules d'aliments tombées au milieu des herbes de la pâture. À condition que le mélange d'aliment soit déposé sur une surface propre (herbe, gazon ou neige propre) et que les grains soient entiers (ni moulus, ni broyés) ou agglomérés en bouchons, les brebis apprennent rapidement à en récupérer la plus petite miette. Voir la fiche technique du MAAARO intitulée Alimentation complémentaire pour les brebis élevées dehors toute l'année, commande no 02-046.

Conclusion

Pour choisir un système d'alimentation, on doit faire entrer en ligne de compte plusieurs facteurs dont les premiers sont l'efficacité du travail, la sécurité et le coût. Quand la méthode d'alimentation ou de supplémentation est rapide, efficace et sécuritaire, on a l'assurance que les animaux auront l'aliment qu'il faut au moment où il le faut. Les avantages qu'on en retirera sont des performances améliorées chez les animaux et la réussite de l'élevage.


Pour plus de renseignements :
Sans frais : 1 877 424-1300
Local : 519 826-4047
Courriel : ag.info.omafra@ontario.ca