Reproduction en contre-saison des ovins


Fiche technique - ISSN 1198-7138  -  Imprimeur de la Reine pour l'Ontario
Agdex : 430/35
Date de publication : 09/02
Commande no. 02-064
Dernière révision : 09/02
Situation : Fiche technique originale
Rédacteur : Delma Kennedy - Spécialiste, Programmes de génétique, de reproduction et de performance des moutons/MAAARO

 

Table of Contents

  1. Introduction
  2. Méthodes de reproduction en contre-saison des ovins
  3. Traitements hormonaux
  4. Facteurs de gestion influençant les performances reproductirces en contre-saison
  5. Conclusion

 

Introduction

La reproduction en contre--saison des ovins est de plus en plus pratiquée à mesure que les producteurs adoptent des programmes d'agnelage accéléré dans le but d'assurer un meilleur approvisionnement des marchés à longueur d'année.

La reproduction contrôlée des ovins repose sur la synchronisation de l'oestrus, de manière à ce que l'agnelage se produise à l'intérieur d'une période réduite. Elle permet aussi d'induire l'oestrus en dehors de la saison normale de reproduction, de manière à ce que les brebis puissent être fécondées au printemps dans le cadre des programmes d'agnelage accéléré et mettre bas à Noël, ce qui permet de commercialiser l'agneau durant l'hiver.

Chez les ovins, l'oestrus se produit à la fin de l'été et à l'automne au moment où les jours raccourcissent. À cette époque de l'année, le cycle sexuel des brebis dure environ 17 jours (la fourchette étant de 15 à 19 jours). Chez certaines races, le cycle et l'oestrus s'étendent sur une plus longue période. Certaines races et certaines femelles présentent un cycle sexuel à longueur d'année. Les races prolifiques et celles qui proviennent des régions situées plus proches de l'équateur ont tendance à avoir des cycles moins saisonniers.

Méthodes de reproduction en contre-saison

Races et sélection

La durée de la saison de reproduction varie énormément d'une race à l'autre. Pour une même race, la saison varie également, mais a tendance à se situer autour du jour le plus court. Les races affichant les saisons de reproduction les plus lon-gues ont plus de chances de se reproduire en contre-saison.

La sélection génétique est un moyen lent, mais permanent de modifier la saison de reproduction. Ce caractère génétique a une héritabilité faible (10 %), ce qui signifie qu'il est difficile et long de mettre au point un troupeau d'animaux ayant (naturellement) la faculté de se reproduire à longueur d'année. Afin d'élaborer un programme de sélection qui donne des résultats, il faut définir ce qu'on entend par reproduction en contre-saison.

  • La mise à la lutte doit-elle se faire en avril, en mai, en juin ou en juillet?
  • La brebis doit-elle toujours mettre bas en contre-saison pour être considérée comme une reproductrice en contre-saison?
  • La reproduction en contre-saison sexuelle doit-elle s'appliquer aux brebis primipares?
  • Combien de filles un bélier doit-il produire pour être con-sidéré comme un reproducteur d'élite en contre-saison?

L'autre aspect qui explique la lenteur du travail de sélection pour ce caractère tient au fait qu'il faut attendre que l'animal mette bas à son tour pour que le caractère soit exprimé.

Modification de la photopériode

Il est possible d'induire l'ovulation en contre-saison chez les brebis en modifiant la longueur du jour. Le fait de passer de jours longs à des jours courts déclenche l'oestrus. Il s'agit donc de créer une situation où, grâce à une modification de l'éclairage, les jours longs sont suivis de jours courts avant le début de la période de reproduction en contre-saison. Ce passage peut se faire graduellement ou abruptement.

Les races ne réagissent pas toutes de la même façon aux modifications de la photopériode, mais la plupart y réagis-sent. Les races dont la saison de reproduction est naturellement plus courte doivent être exposées à des jours longs et à des jours courts pendant plus longtemps. Il est recommandé que les brebis soient exposées à des jours longs pendant 8-12 semaines, puis exposées à des jours courts pendant 8-12 semaines avant la mise à la lutte. Si la période de reproduction en contre-saison tombe en juin, près des jours les plus longs de l'année, il est recommandé de fixer le nombre de semaines à 12 pour de meilleurs résultats. L'exposition à la photopériode modifiée s'applique autant aux béliers qu'aux brebis. L'exposition des béliers aux jours courts augmente la croissance testiculaire, l'activité repro-ductrice et la qualité de la semence.

Plusieurs facteurs de gestion doivent être observés quand on intervient sur la photopériode. La différence entre les jours longs et les jours courts doit être de 6 à 8 heures de lumière. Des éclats de lumière perturberont la perception de noirceur chez les brebis. Pour bien marquer le jour, il faut un éclairage d'au moins 100 lux. Pour conférer une impression de noirceur, l'intensité lumineuse ne doit pas dépasser 10 lux. Le moment de la mise à la lutte après le début des jours courts dépend de la race des brebis et de la période de l'année, mais ce moment tombe habituellement au moins 8 semaines après le début des jours courts. La période de jours courts doit prendre fin le plus tôt possible après l'enlèvement des béliers.

Si tous les protocoles sont rigoureusement observés, des taux de gestation de plus de 80 % peuvent être atteints si un intervalle post-partum d'au moins 70 jours a été respecté. Les brebis soumises à ce système afficheront plus de un cycle de chaleurs de la même manière que les brebis en saison. Si la photopériode est modifiée, il est important de tout faire pour que le programme réussisse, car chez les brebis qui ne se reproduisent pas en contre-saison (en réaction à une modification de la photopériode), le retour des chaleurs ne se fera que l'automne suivant, soit 8-12 semaines plus tard qu'il ne se serait fait normalement.

Pour déterminer les dates où exposer les brebis aux jours longs, le producteur doit faire le calcul en comptant à rebours à partir de la date de saillie souhaitée. Voici un exemple qui illustre les calculs à faire :

Date souhaitée du début de la mise à la lutte - 15 mai
Début des jours courts (8 semaines) - 15 mars
Début des jours longs (12 semaines) - 15 décembre

Traitements hormonaux

Deux méthodes permettent de modifier le cycle sexuel des brebis : les éponges intravaginales et l'acétate de mélengestrol (MGA).

Éponges intravaginales

Une éponge imprégnée de progestagène est insérée dans le vagin pendant 12-14 jours. Au moment du retrait de l'éponge, on administre à la brebis de la gonadotropine sérique (PMSG). Le bélier est introduit parmi les femelles 24 heures après le retrait des éponges alors que la plupart des brebis sont normalement en chaleurs. Toutes les brebis doivent être en chaleurs après 48 heures. L'efficacité de la méthode de l'éponge varie d'une ferme à l'autre et d'une saison à l'autre. Il y a des risques d'infection vaginale ou de blessures si l'opérateur n'est pas délicat et si le matériel utilisé n'est pas assaini convenablement. La méthode de l'éponge n'est pas recommandée pour les brebis primipares (agnelles), surtout en raison du risque de blessures. C'est une méthode qui convient surtout à la synchronisation de l'oestrus en vue de l'insé-mination artificielle (IA), étant donné que le moment de l'ovulation peut ainsi être prévu avec plus de précision.

On peut se procurer les éponges et la PMSG auprès d'un vétérinaire. Selon les producteurs, l'efficacité du traitement varie de 8 à 85 %. En moyenne, il amène un agnelage en contre-saison chez 50 à 60 % des brebis. La méthode de l'éponge ne donne qu'un seul oestrus synchronisé. Il n'est pas normal que les brebis traitées avec l'éponge présentent un second cycle en contre-saison.

MGA

L'acétate de mélengestrol est un additif alimentaire. Il est couramment utilisé dans les rations des génisses en parcs d'engraissement pour empêcher l'oestrus. Comme ce produit n'est pas homologué pour une utilisation chez les ovins, il doit être prescrit par un vétérinaire.

Le MGA est administré par voie orale à raison de 0,125 mg, deux fois par jour pendant 12-16 jours. Le MGA peut être formulé comme supplément destiné aux brebis ou intégré à la ration complète. Les deux doses doivent être administrées selon un intervalle le plus rapproché possible de 12 heures. Il est important de garder les taux d'hormone dans le sang le plus stables possibles. Comme avec les éponges, le traitement est suivi de l'administration de PMSG 5-10 heures après la dernière dose de MGA. Il est crucial d'administrer le MGA et la PMSG au bon moment si l'on veut que le traite-ment soit efficace. Les chaleurs apparaissent 2-2 ½ jours après la dernière dose de MGA. On introduit donc le bélier après 48 heures.

Comme pour la méthode de l'éponge, le MGA donne des résultats très variables, la fourchette d'efficacité étant de 10-85 %. L'efficacité moyenne correspond à la même fourchette que celle qu'on obtient avec la méthode de l'éponge, c.-à-d. de l'ordre de 50 à 60 %.

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Facteurs de gestion influençant les performances reproductirces en contre-saison

La conduite des brebis et les soins qui leur sont prodigués influencent beaucoup les performances reproductrices en contre-saison sexuelle. Les brebis doivent présenter un bon état corporel. Idéalement, elles doivent être en période de gain de poids au moment de la mise à la lutte. Offrir aux brebis une alimentation intensive avant et pendant la saison de reproduction. Le début et la durée de la période d'alimentation intensive dépendent de l'état corporel des brebis. Commencer deux semaines avant le traitement hormonal si les brebis sont maigres, ou en même temps que le traitement hormonal si les brebis présentent un bon état corporel. Maintenir ce régime pendant 2-4 semaines après la mise à la lutte, encore selon l'état corporel des brebis, et jusqu'à ce que celui-ci atteigne la cote de 3-3,5.

Minimiser ou éviter les facteurs de stress et les manipulations durant le traitement, la lutte et pendant un mois suivant l'accouplement. Dans la mesure du possible, la mise à la lutte des brebis primipares doit se faire séparément de celle des brebis adultes, parce que, d'une part, les béliers préfèrent monter les brebis plus âgées et, d'autre part, parce qu'à la suite d'un traitement hormonal, les chaleurs mettent plus de temps à se manifester chez les brebis primipares.

Il est important par ailleurs de veiller à la qualité des soins et de la conduite des béliers. Une alimentation déficiente peut réduire la taille des testicules et les réserves de sperme au moment même où à la fois la taille et les réserves sont déjà plus petites. La production de spermatozoïdes prend 7-8 semaines. Par conséquent, il faut commencer à enrichir la ration de suppléments 8 semaines avant la mise à la lutte afin d'accroître les réserves de sperme. Chez les béliers, il y a des variations saisonnières dans la production de sperme, la qualité du sperme et la libido. Les élévations de température corporelle attribuables au temps chaud peuvent provoquer chez eux une infertilité temporaire, d'où l'importance de tondre les béliers deux mois avant la lutte et de retirer toute la laine du scrotum. Un autre point très important consiste à veiller à ce que le bélier soit en pleine forme pour la reproduction en contre-saison. Les béliers ne peuvent pas fertiliser autant de brebis en contre-saison. Il est recommandé de respecter le ratio de un bélier pour cinq brebis lorsque la lutte doit avoir lieu en contre-saison, surtout si l'on a eu recours à des traitements hormonaux et que les chaleurs sont synchronisées. Il est possible de décaler les traitements hormonaux de manière à ne pas épuiser les béliers.

Conclusion

Indépendamment de la méthode de reproduction en contre-saison utilisée, les performances reproductrices sont étroitement liées à la qualité de la conduite à la fois des brebis et des béliers. La race du troupeau influencera la saison naturelle de reproduction et la faculté qu'ont les animaux de réagir aux méthodes de reproduction accélérée. La modification de la photopériode, les éponges et le MGA sont tous des outils pouvant assurer la réussite d'un pro-gramme de reproduction en contre-saison.

Pour plus de renseignements :
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