La rage chez les chevaux
Table des matières
- Introduction
- Nombre de cas de rage signalés en Ontario
pendant les années 1988 à 2000
- Cas de rage chez les chevaux
- Tableau 1 : Nombre de cas de rage survenus chez
des chevaux depuis 1988
- Souches de rage
- Rage du renard arctique
- Rage du raton laveur
- Rage des chauves-souris
- La lutte contre la rage du renard en Ontario
- Prévention et traitement
- Vaccination des chevaux
- Sommaire
- Références
Introduction
Chez les chevaux, la rage est une zoonose sporadique mais
très souvent mortelle causée par un virus (Lyssavirus).
Cette maladie atteint à la fois les animaux et les humains; en
Ontario, elle persiste chez les animaux sauvages, notamment le renard
roux et la mouffette rayée. Tous les animaux à sang chaud
peuvent être touchés par la rage mais, au Canada, elle est
le plus souvent transmise par les renards, les mouffettes et les chauves-souris.
Les différentes espèces ne sont pas toutes également
sensibles. Les renards, les rats et les coyotes y sont extrêmement
sensibles; les bovins, les lapins et les chats y sont très sensibles;
les chiens, les moutons et les chèvres modérément
sensibles; et les opossums le sont peu, peut-être même pas
du tout (1). Le virus se propage presque toujours par la salive présente
dans la morsure d'un animal infecté. Plus rarement, la rage peut
aussi se transmettre lorsque des virus présents dans la salive
se retrouvent dans des blessures ou sur une muqueuse comme celle de la
bouche, de la cavité nasale ou des yeux (1).
La maladie persiste dans les populations d'animaux sauvages de l'ensemble
des États-Unis, du Canada, du Mexique et d'autres pays. Les animaux
sauvages qui ont la rage peuvent perdre toute peur de l'homme, se montrer
agressifs ou manquer de coordination. Des animaux qui sont normalement
nocturnes peuvent devenir actifs en plein jour. Au cours des 50 dernières
années, moins de 10 humains ont contracté la rage au Canada.
Au cours des mois de septembre et d'octobre 2000, cinq cas de rage humaine
ont été signalés aux États-Unis et au Canada.
Au pays, la victime la plus récente de la maladie était
un jeune québécois de neuf ans qui est décédé
en octobre 2000; on pense qu'il a été mordu par une chauve-souris
(2). Chaque année, la rage coûte des millions de dollars
aux gouvernements et aux contribuables nord-américains (diagnostic,
enquêtes relatives aux morsures d'animaux, traitement des humains
qui sont entrés en contact avec des animaux enragés, dédommagement
pour les pertes de bétail, coûts de quarantaine, recherche
et vaccination). Aux États-Unis, un seul traitement postérieur
à l'exposition coûte de 1600 à 2800 $ US. L'Ontario
est le point chaud de la rage en Amérique du Nord. La figure 1
montre le nombre de cas de rage signalés au cours des 12 dernières
années (3).
Nombre de cas de rage signalés en Ontario
pendant les années 1988 à 2000
Depuis 1989, année du début du programme de vaccination
des animaux sauvages en Ontario, l'incidence de la rage est tombée
à son niveau le plus bas depuis 1961. Pendant les années
1980, dans la province, la moyenne était de 2000 cas par an. À
la fin de 1998, on ne comptait plus que 78 cas, dont 34 cas chez des mouffettes,
29 chez des chauves-souris, neuf chez des bovins et seulement quatre chez
les renards (3). Ce changement radical survenu au cours des huit ou neuf
dernières années s'est accompagné d'une forte réduction
du danger d'infection pour les humains, les animaux de compagnie et le
bétail, mais le risque n'a pas été totalement éliminé.
Cas de rage chez les chevaux
Aucun cheval n'a été atteint de 1997 à 2000; en
l'an 2000, on a diagnostiqué trois cas de rage chez des chevaux
qui vivaient dans les comtés de Bruce, Grey et Huron. Au début
de l'année 2001, on a signalé un cas dans le comté
de Dufferin. Le tableau 1 montre le nombre de cas de rage survenus chez
des chevaux depuis 1988 (3).
Tableau 1. Nombre de cas de rage survenus
chez des chevaux depuis 1988
| Année |
Nombre de chevaux atteints de la rage |
| 1988 |
17 |
| 1989 |
7 |
| 1990 |
20 |
| 1991 |
8 |
| 1992 |
13 |
| 1993 |
9 |
| 1994 |
2 |
| 1995 |
5 |
| 1996 |
2 |
| 1997 |
0 |
| 1998 |
0 |
| 1999 |
0 |
| 2000 |
3 |
| 2001 |
1 jusqu'à
présent |
Les chevaux sont souvent exposés parce qu'ils sont curieux; ils
s'approchent volontiers d'un animal sauvage au comportement étrange
et risquent alors de se faire mordre sur le museau, la face ou le bas
de jambes. Chez le cheval, les signes cliniques sont les suivants : comportement
agressif, ataxie (manque de coordination), parésie (paralysie partielle),
hyperesthésie (hypersensibilité aux stimuli), fièvre,
colique, boiterie et position couchée. L'animal malade finit généralement
par mourir au bout de quatre ou cinq jours, mais certains individus survivent
jusqu'à 15 jours. Les chevaux atteints de la rage mordent les autres
membres du troupeau et les personnes qui les côtoient (1), et ils
représentent donc un grave danger pour les humains.
Selon une étude effectuée aux États-Unis, la durée
moyenne de la période d'incubation d'un cheval infecté par
la rage est de 12,3 jours, et le délai moyen entre l'apparition
des premiers symptômes et la mort est de 5,5 jours. Les animaux
qui n'avaient pas été vaccinés au préalable
avaient une période d'incubation significativement plus courte
et mouraient plus vite. Le tremblement du museau était le symptôme
le plus fréquent et le plus souvent observé avant les autres
(81 %). Les autres symptômes communs étaient la difficulté
à avaler (71 %), la perte de coordination ou la paralysie (71 %)
et la faiblesse ou la somnolence (71 %). La forme « furieuse »
a été relevée chez 43 % des chevaux atteints, les
signes cliniques étant d'abord ceux de la forme « muette
» chez certains de ces individus. La forme paralytique n'a pas été
observée (4). Les chevaux qui présentent la forme «
furieuse » deviennent nerveux et méchants, ils mordent et
donnent des coups de pied, montrent les signes de blind staggers, font
des chutes brusques et mâchonnent parfois des parties de leur propre
corps ou divers objets (1).
Souches de rage
En Amérique du Nord, il existe trois souches de rage provenant
de différentes espèces porteuses, soit le renard arctique,
le raton laveur et la chauve-souris. Les trois souches sont tout aussi
mortelles les unes que les autres pour les espèces porteuses, les
autres animaux et peut-être les humains.
Rage du renard arctique
Cette souche de rage provient des régions arctiques et s'est propagée
le long de la côte québécoise de la baie d'Hudson
et de la baie James au cours des années 1950. Le nombre de cas
a atteint un maximum dans la région de Cochrane en 1955. Aucun
nouveau cas ne s'est produit dans le Nord-Est de l'Ontario jusqu'en 1991
et 1992. Cette forme de rage a progressé vers le sud et, depuis
1959, elle a toujours été présente dans le Sud de
la province, où on a signalé plus de cas de rage animale
que dans tous les autres états ou provinces d'Amérique du
Nord (1, 3). Au cours des 12 dernières années, les points
chauds de la rage étaient, par ordre décroissant, les comtés
de Grey, Wellington, Simcoe, Bruce, Middlesex, Lambton et Waterloo. Le
programme de vaccination des animaux sauvages administré par le
ministère des Richesses naturelles a pratiquement permis d'éliminer
la forme propre au renard arctique, ce qui est très encourageant.
Cependant, les mouffettes constituent encore un réservoir pour
cette souche.
Dans le Nord-Est de l'Ontario, aucun cas n'avait été signalé
depuis le début des années 1950, mais les collectivités
agricoles ont connu des poussées sporadiques depuis 1990. En automne
2000, le district de Cochrane était devenu un point chaud avec
35 cas de rage signalés (3, 5).
Rage du raton laveur
La variante de rage du raton laveur, qui a été découverte
pour la première fois en Floride dans les années 1940, représente
une nouvelle menace pour l'Ontario. Depuis cette époque, elle se
propage vers le nord en se rapprochant lentement, et elle est maintenant
bien établie dans l'état de New York, sur l'autre rive de
la rivière Niagara. En Ontario, le premier cas a été
découvert en juillet 1999 au nord de Brockville. Jusqu'à
présent, 49 cas ont été signalés dans les
comtés de Leeds, Grenville et Frontenac; on compte également
un cas dans chacun des comtés de Renfrew et de Peterborough (3).
Rage des chauves-souris
Les chauves-souris sont porteuses d'une forme de rage qui leur est propre.
En Ontario, comme les chauves-souris sont de petite taille et se nourrissent
d'insectes, elles ne sont pas touchées par le programme de vaccination.
Dans le Sud de l'Ontario, normalement, on confirme chaque année
l'existence de 15 à 45 cas de chauves-souris atteintes par la rage
(6).
La lutte contre la rage du renard en Ontario
En 1989, l'Unité de recherche sur la rage du ministère
des Richesses naturelles, conjointement avec les chercheurs de Connaught
Laboratories et des universités Queen's, McMaster, de Toronto et
de Guelph, ont entrepris de s'attaquer à la source du problème.
Des recherches ont donc été effectuées sur l'immunisation
des renards sauvages. L'immunisation d'un grand pourcentage des populations
de l'espèce porteuse de la rage permettra peut-être d'éliminer
complètement cette forme de maladie (3).
On a donc mis en place un programme de pose d'appâts. Actuellement,
on emploie un volume de 1,8 millilitre de vaccin antirabique scellé
dans un petit emballage à bulle de plastique caché dans
un appât (mélange de gras, de cire et de substance aromatisante).
Le vaccin contre la rage contient un virus vivant. Par conséquent,
il est assez fragile et doit être absorbé par la bouche;
s'il est libéré dans l'estomac, il est détruit.
Trois avions Twin Otter sont spécialement équipés
pour larguer les appâts. La navigation se fait à l'aide d'une
technologie de pointe faisant appel à des satellites et à
des ordinateurs, ce qui permet de disperser des millions d'appâts
à une densité uniforme et déterminée à
l'avance. Le nombre d'appâts ainsi dispersés est vérifié
informatiquement et enregistré systématiquement pour éviter
le gaspillage. Depuis le début des années 1990, le ministère
des Richesses naturelles a largué de un à deux millions
d'appâts-vaccins dans le Sud de l'Ontario. On a lancé un
programme semblable pour lutter contre la rage du raton laveur. Par contre,
aucun appât ne permet d'assurer une vaccination fiable chez les
mouffettes. La lutte contre la rage des chauves-souris, qui sont insectivores,
présente des difficultés plus sérieuses.
Prévention et traitement
Il n'existe aucun traitement efficace contre la rage. Lorsque les premiers
signes cliniques apparaissent, la maladie est mortelle. La meilleure stratégie
est donc d'éviter toute exposition au virus. Si un animal entre
en contact avec un autre animal qu'on soupçonne d'avoir la rage,
ou s'il est mordu par lui, appelez immédiatement un vétérinaire
ou l'Agence canadienne d'inspection des aliments (ACIA). Dans le cas d'une
personne qui aurait été mordue par un animal, lavez la plaie
ou la surface exposée avec de l'eau savonneuse, enlevez les vêtements
qui pourraient être contaminés et appelez immédiatement
votre médecin, ou bien consultez le service d'urgence de l'hôpital
le plus près de chez vous.
Faites vacciner vos chevaux, vos animaux de compagnie et votre bétail,
surtout si des chats errants vivent dans vos bâtiments de ferme.
La vaccination contre la rage est peu coûteuse et permet de protéger
efficacement votre bétail, vos animaux de compagnie et vous-même
contre cette maladie.
Observez les animaux sauvages de loin (ratons laveurs, mouffettes, renards).
Ne les touchez pas, ne les nourrissez pas et évitez de les attirer
par négligence. Placez vos poubelles en lieu sûr et mettez
les couvercles dessus. N'approchez pas des animaux qui ont un comportement
inhabituel. N'adoptez jamais d'animaux sauvages, ne les amenez jamais
chez vous et ne tentez pas de soigner ceux qui sont malades. Apprenez
aux enfants à ne jamais approcher ni toucher des animaux inconnus,
qu'ils soient sauvages ou domestiques, même s'ils semblent confiants
(7).
Vaccination des chevaux
Pour les chevaux, les fabricants des deux vaccins antirabiques vendus
au Canada, RABVAC 3 (Ayerst) et RM IMRAB 3 (Merial) recommandent d'administrer
une seule dose de deux millilitres à l'âge de trois mois,
puis une nouvelle dose à l'âge d'un an suivie d'un rappel
annuel. Merial recommande d'administrer RM IMRAB 3 par injection intramusculaire
ou sous-cutanée. Ayerst recommande uniquement d'administrer RABVAC
3 par injection intramusculaire. Aucun de ces deux vaccins n'a de contre-indication
concernant les juments gravides (8). Les vaccins contre la rage ne peuvent
être vendus qu'à des vétérinaires accrédités.
Sommaire
- Il faut surtout retenir que cette maladie est facilement atypique.
- Faites vacciner vos animaux de compagnie (chats, chiens et chevaux).
- Ne vous approchez pas des animaux sauvages et ne les touchez pas.
- Ne vous approchez pas des chiens et des chats qui ont un comportement
inhabituel et ne les touchez pas.
- N'attirez pas les animaux sauvages en laissant des déchets
de table ou de la nourriture pour animaux à l'extérieur.
- Signalez aux autorités sanitaires toute morsure ou toute exposition
possible.
- Faites tester les animaux morts, malades ou pouvant être atteints
de la rage.
- Demandez à votre vétérinaire s'il est souhaitable
de vacciner les autres types de bétail dont vous avez la charge
(moutons, bovins et chèvres).
- La rage est une maladie à signalement obligatoire. Si vous
pensez qu'un animal peut avoir la rage ou qu'il a peut-être été
exposé à cette maladie, la loi vous oblige à le
signaler. Dans ce cas, appelez le bureau de l'Agence canadienne d'inspection
des aliments (ACIA) le plus près de votre domicile, dont vous
trouverez le numéro dans les pages bleues de l'annuaire téléphonique.
Un inspecteur de l'agence donnera suite à tous les appels.
- Pour plus de renseignements, voyez les sites Internet de l'Agence
canadienne d'Inspection des aliments ou du ministère des Richesses
naturelles de l'Ontario.
Références
- Radostits OM, Gay CC, Blood DC, Hinchcliff KW. Rabies. In: Veterinary
Medicine. 9th ed. Philadelphia, PA: W. B. Saunders Co. Ltd., 2000: 1201-1208.
- Krebs JW, Rupprecht CE, Childs JE. Rabies surveillance in the United
States during 1999. JAVMA. 1999; 217 (12):1799-1811.
- Pinto D. Direction du développement et du transfert des connaissances
scientifiques, ministère des Richesses naturelles de l'Ontario,
http://www.mnr.gov.on.ca/mnr/rabies/aware.html.
- Hudson LC, Weinstock D, Jordan T, Bold-Fletcher NO. Clinical presentation
of experimentally induced rabies in horses. Zentralbl Veterinarmed [B]
1996; 43 (5, Jul):277-285.
- MacInnes C. Outbreak North 2000. The Rabies Reporter. 2000; 11 (3):7-9.
- MacInnes C. Human death from rabies in Quebec: First in Canada. The
Rabies Reporter. 2000; 11 (3):3.
- Centers of Disease Control and Prevention http://www.cdc.gov/ncidod/dvrd/rabies/introduction/intro.htm.
- Bayley AJ. Compendium of Veterinary Products 6th ed. North American
Compendiums Ltd., Hensall, ON, 1999.
Liens connexes
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