Structure et fonction du système
digestif des chevaux
Les chevaux ont les mêmes exigences en matière d'énergie,
de protéines, de vitamines et de minéraux que les autres
animaux, mais la conformation et le fonctionnement de leur système
digestif diffèrent. En fait, ce dernier se situe entre le système
digestif des ruminants et celui des non-ruminants.
Les non-ruminants (comme les humains, les porcs, les chiens) digèrent
les hydrates de carbone, les protéines et les gras grâce
à l'action des enzymes. Chez les ruminants (comme les bovins,
les moutons et les cerfs), des bactéries contenues dans leur
préestomac permettent de digérer les fibres par fermentation
et les enzymes sont utilisées pour poursuivre la digestion
dans l'intestin grêle.
Chez les chevaux, toute la digestion se fait à l'aide d'enzymes
et se déroule dans l'intestin antérieur à l'avant
du caecum. De 52 à 58 % des protéines brutes sont ainsi
digérées et presque tous les hydrates de carbone solubles
(à l'exception des fibres). (1) De plus, la digestion bactérienne
ou microbienne des fibres se produit dans le caecum et le colon où
d'importantes quantités d'acides gras volatils sont produites
par fermentation pour être absorbées par la suite. Ce
double système permet au cheval de digérer les hydrates
de carbone simples tels que l'amidon des grains dans l'intestin antérieur.
Les fibres comme les écales d'avoine, les cosses de soya, la
pulpe de betterave, le foin et les fourrages sont digérées
dans l'intestin postérieur.
Afin que la digestion enzymatique et microbienne des aliments soit
efficace, le cheval a besoin de dents saines pour broyer les aliments
et permettre aux enzymes et aux bactéries de s'attaquer aux
parois cellulaires des plantes consommées. Les dents des chevaux
doivent être examinées dans le cadre de leur examen médical
annuel afin que l'on puisse vérifier si elles s'usent normalement
et peuvent broyer adéquatement les aliments.
Le volume de l'estomac d'un cheval n'est d'environ que de 8 à
15 litres (huit pintes ou deux gallons). Il est donc assez difficile
de comprendre qu'un cheval puisse manger d'aussi grandes quantités
de nourriture et boire autant d'eau. Mais l'estomac peut se vider
en 12 minutes et le rythme de transit jusqu'à l'intestin grêle
est d'environ 1 pi/min. La durée du transit de l'ingestion
jusqu'au caecum est d'environ une heure et demie. Le petit volume
de l'estomac du cheval et le passage rapide des aliments dans le tube
digestif expliquent pourquoi les chevaux mangent presque continuellement.
Le rythme de transit de foin aggloméré ou de galettes
de foin est plus rapide que celui du foin en vrac. Diverses études
sur la durée totale du transit indiquent qu'il faut de deux
à trois jours entre le moment où la nourriture est consommée
et celui où elle est évacuée dans les excréments.
Le gros intestin du cheval adulte représente plus de la moitié
du volume total du tube digestif. Il joue un rôle majeur dans
la digestion microbienne des aliments et constitue un important réservoir
d'eau.
Coliques
Chez le cheval mature, la sortie et l'entrée du caecum (d'une
capacité d'environ 26 à 36 litres ou 7 à 9 gallons
ne sont distantes que de cinq centimètres (deux pouces). Cette
courte distance peut être problématique étant
donné que la circulation des aliments se fait dans les deux
sens à cet endroit. Le caecum peut donc être une zone
de coliques qui se manifestent lorsqu'un cheval passe d'un régime
de qualité médiocre à des aliments qui se digèrent
rapidement.
Les bactéries qui sont le plus utiles à la digestion
des régimes riches en fibres seront remplacées par une
population de bactéries mieux adaptées à transformer
des fibres de qualité et faciles à digérer en
produits solubles. Lorsque du foin qui se digère facilement
pénètre dans le caecum, les populations microbiennes
se multiplient ce qui augmente la fermentation. Le fourrage grossier
provoquera une forme d'occlusion à la sortie du caecum, entraînant
une accumulation de gaz et des douleurs associées aux coliques.
Cette situation explique pourquoi on recommande de modifier l'alimentation
des chevaux sur une période d'une à deux semaines.
Il est fréquent que l'ingestion d'aliments peu digestibles
crée une surcharge dans le caecum et le colon. Une consommation
d'eau insuffisante, ou le manque d'exercice, vont également
prédisposer les chevaux à cette surcharge. Afin de prévenir
la surcharge du colon, il faut également prévoir d'une
à deux semaines pour passer d'une ration de qualité
facile à digérer à une ration moins digestible.
Cette période permet à la microflore gastro-intestinale
de s'adapter aux nouveaux aliments. Les fourrages grossiers de qualité
médiocre ne devraient pas être donnés aux chevaux
puisqu'ils augmentent les risques de surcharge du colon.
Fourbure
Les plants jeunes et luxuriants qui poussent rapidement sont pauvres
en fibres et peuvent contenir de 22 à 25 % de protéines
et autant d'hydrates de carbone hautement digestibles. Des changements
soudains dans la qualité de l'alimentation entraînent
des modifications rapides de la flore bactérienne et la disparition
brutale des bactéries moins utilisées. La mort de vastes
populations de bactéries provoquera le dégagement de
grandes quantités d'endotoxines produites par les bactéries.
Les chevaux mis directement au pâturage après avoir été
nourris au foin tout l'hiver peuvent souffrir de fourbure en raison
du changement soudain de la ration par des aliments hautement digestibles.
Les conditions climatiques, telles que des précipitations abondantes
et du temps chaud, peuvent aussi favoriser une croissance rapide des
plantes, comme le trèfle blanc, qui sont riches en protéines
digestibles et en énergie et pauvres en fibres.
Ingestion
Les chevaux consomment normalement chaque jour de 2 à 2,5
% de leur poids vif en matière sèche. On estime cependant
que les chevaux au pâturage 24 heures par jour peuvent consommer
jusqu'à 3,3 % de leur poids vif en matière sèche.
Plus la matière sèche et la proportion d'éléments
nutritifs provenant des grains augmentent, plus les chevaux réduisent
leur ingestion de matière sèche totale. De plus, l'incorporation
soudaine de grains dans la ration des chevaux augmente la concentration
de lactate et abaisse le pH du caecum et du colon de 6,7 à
6,3. Cette conséquence est manifeste lorsque la teneur en grains
de la ration représente plus de 30 % de l'ingestion de matière
sèche. (2) Des changements soudains dans l'alimentation, comme
donner une ration supplémentaire de grains aux chevaux, avant
un événement quelconque, peuvent entraîner une
accumulation importante d'acide lactique.
Recommandations
- Les chevaux sont des herbivores et au moins 50 % de leur ingestion
de matière sèche devrait provenir de fourrages de
bonne qualité (ex. : foin, pâturage).
- Étaler les changements d'alimentation sur des périodes
de 7 à 14 jours et éviter de " bourrer "
les chevaux de grains avant un événement quelconque.
- Les poulains et les chevaux encore en croissance ne peuvent pas
obtenir tous les éléments nutritifs dont ils ont besoin
uniquement à partir du foin.
- Les chevaux doivent accès à de l'eau propre et fraîche
en tout temps.
- Demander au vétérinaire d'examiner les dents des
chevaux lors de l'examen annuel.
References
- Digestive System of the Horse and Feeding Guidelines, Horse Industry
Handbook, American Youth Horse Council, 1993
- De Fombelle et al., Effect of the Hay: Grain Ratio on Digestive
Physiology and Microbial Ecosystems in Ponies, Equine Nutrition
and Physiology Symposium, 1999.