Le monde visuel du cheval

Table des matières

  1. Introduction
  2. Anatomie de l'œil et champ visuel
  3. Concentration et adaptation
  4. Acuité visuelle
  5. Perception de la profondeur
  6. Vision des couleurs
  7. Vision nocturne
  8. Conclusions
  9. Référence

Introduction

Nous avons tendance à attribuer des qualités humaines sensorielles à nos animaux. Il est donc naturel de supposer que le monde visuel du cheval ressemble beaucoup au nôtre. En fait, ce n'est peut-être pas le cas. Bien que les fonctions de base de l'œil du cheval ressemblent à celles de la plupart des mammifères, elles diffèrent en ce qui concerne le détail et leur façon de voir. Nous récapitulerons ici certains des aspects principaux de la vision du cheval. L'article de Brian Timney et de Todd Macuda (2001) présente une étude plus approfondie de ce que les chevaux voient et entendent.

Figure 1. Le monde visuel du cheval pourrait être assez différent du nôtre.

Figure 1. Le monde visuel du cheval pourrait être assez différent du nôtre.

Anatomie de l'œil et champ visuel

Le cheval a les yeux plus grands que presque tous les mammifères. Leur diamètre atteint deux fois celui des hommes. Les yeux sont disposés latéralement, mais ils projettent vers l'avant. Cela leur donne une vue panoramique du monde. Chaque œil a un champ de vision horizontal d'approximativement 190o et un champ vertical de 180o. Mise ensemble, la disposition des deux yeux leur donne un champ de vision presque complètement sphérique. Cependant, ils ont deux angles morts étroits, un directement derrière la tête et l'autre juste devant et sous le nez. On doit être conscient de ces angles morts au moment d'approcher un animal, particulièrement de l'arrière. Quand on passe derrière lui, il est essentiel de lui parler pour lui faire savoir qu'on est là. Parce que leurs yeux voient vers l'avant, les chevaux ont un champ de vision binoculaire se chevauchant ce qui peut les aider à voir en profondeur (Figure 2).

Figure 2. Champ visuel du cheval
(Dessin de Gerrit Rietveld)

Figure 2. Champ visuel du cheval

Concentration et adaptation

Pendant longtemps, on a cru que les chevaux ne pouvaient pas changer la forme de la lentille de leurs yeux pour les ajuster et voir différentes distances. On a cru qu'ils avaient " une rétine enflée " où les différentes parties de la rétine étaient à différentes distances de la lentille. On croyait que la mise au foyer se produisait en haussant et en baissant la tête, comme l'homme le fait avec les verres bifocaux. Cependant, de récentes recherches ont montré que la rétine n'est pas enflée et que les chevaux ont vraiment une capacité limitée d'accommoder en changeant l'épaisseur de leurs lentilles.

Acuité visuelle

L'acuité, la capacité de voir les plus petits détails, dépend de la taille de l'œil et de la densité des récepteurs visuels individuels (les tiges et les cônes). Chez le cheval, même si les récepteurs ne sont pas aussi nombreux que chez l'homme, la grandeur des contribue probablement à leur acuité visuelle qui est meilleure que chez la plupart des mammifères. Un cheval a une acuité visuelle du 2/3 de celle de l'homme moyen (c'est-à-dire, 20/30 contre 20/20).

Perception de la profondeur

Les gens utilisent des données tant monoculaires que binoculaires pour porter jugement sur la distance bien que les sensations binoculaires donnent l'information la plus précise. Le sens de profondeur " réelle " que nous obtenons des vieux stéréoscopes et des films 3 D compte sur ces données binoculaires. À cause de leurs yeux latéraux, on a avancé que les chevaux pourraient seulement utiliser des sensations de profondeur monoculaires, comme la taille relative ou la perspective. Cependant, leurs champs binoculaires qui se chevauchent permettent une vision stéréoscopique. Par surcroît, des études ont montré qu'ils sont dotés de stéréopsie, soit d'une vision tridimensionnelle (Figure 3). Leurs yeux ne sont pas aussi précis que ceux des hommes, mais leur stéréo-acuité est suffisante pour leur permettre de très bien juger la hauteur et la distance quand ils doivent franchir des barrières.

Figure 3. Champs visuels monoculaire et binoculaire du cheval

Figure 3. Champs visuels monoculaire et binoculaire du cheval

Vision des couleurs

On croit à tort que les animaux les plus domestiqués ne voient pas les couleurs. C'est faux. Et ce, même si leur distinction des couleurs n'est pas aussi bonne que la nôtre. La capacité de voir les couleurs dépend de la présence de plusieurs sortes de récepteurs coniques sur la rétine. La plupart des gens possèdent trois sortes de cônes qui leur permettent de voir une gamme de couleurs. Il manque à certaines personnes l'un de ces types de cônes. Par contre, ils peuvent toujours voir les couleurs, mais ils confondront par exemple entre les rouges, les verts et les bruns. Les chevaux ont seulement deux types de cônes, donc ils voient probablement le monde de la même manière qu'un homme qui ne peut distinguer entre le rouge et le vert. Ils peuvent facilement distinguer le rouge ou le bleu du gris, mais trouvent beaucoup plus difficile de distinguer entre le vert et le jaune. Les verts et les jaunes ont probablement l'air semblable, mais ils auront l'air plus pâle ou plus sombre l'un que l'autre. Le monde du cheval n'est sera pas aussi coloré que le nôtre, mais il ne voit pas en noir et blanc. La couleur est importante parce qu'elle nous permet de distinguer des objets de l'arrière-plan. Une vision déficiente des couleurs réduit cette capacité. Ainsi, le cavalier peut aisément voir un lapin assis ou un oiseau, qui seront invisibles pour le cheval, à moins qu'ils ne se déplacent.

Vision nocturne

Les tiges et les cônes sont les récepteurs dans l'œil. Les cônes servent dans la lumière vive et les tiges seulement quand la lumière est très faible. Les personnes ont environ 20 cônes pour chaque tige, tandis que chez les chevaux la proportion est de 9:1. Cependant, les chevaux ont un avantage sur l'homme dans une lumière terne parce qu'ils ont aussi un tapetum lucidum, une couche réfléchissante à l'arrière de l'œil qui fait rebondir vers l'arrière la lumière qui pourrait autrement être perdue, pour qu'elle puisse être absorbée par les tiges. C'est le Tapetum qui donne " l'éclat à l'œil " lorsque les phares d'une voiture croisent le regard d'un cheval la nuit. Bien qu'aucune étude officielle n'ait été faite, il est presque certain que les chevaux peuvent voir dans une certaine mesure lorsqu'il fait très sombre, sans pouvoir discerner les détails. Dans la lumière du jour, les tiges cessent de travailler; ainsi, quand un cheval doit entrer dans un van, cela peut lui sembler comme un trou noir. Il le percevra comme une caverne sombre et n'aura aucune idée de ce qui se cache à l'intérieur. C'est important pour les manipulateurs de considérer à quoi le van peut sembler pour le cheval au moment de le persuader d'entrer.

Conclusions

Il est impossible de voir par les yeux d'une autre personne (ou d'un animal), mais il est possible d'arriver à une compréhension de ce qu'ils peuvent voir en cherchant à comprendre leurs systèmes visuels. On peut supposer que la plupart des gens voient le monde de plus ou moins la même façon parce que nous avons le même appareil visuel. Mais le monde visuel d'un cheval, avec ses grands yeux, son champ de vision panoramique et sa rétine différemment organisée, ne sera pas tout à fait le même que le nôtre. Pour ceux qui travaillent avec des chevaux, il est important de garder ce fait en tête. Par exemple, beaucoup de propriétaires de chevaux remarquent qu'un animal s'effrayera devant un objet quand il le passe dans une direction, mais non en revenant dans la direction opposée. Il n'y a aucun fondement anatomique pour cette séparation d'information entre les deux yeux, mais il est vrai que chaque œil a une vue tout à fait différente du monde. Le cerveau du cheval doit combiner cette information d'une façon qui ne serait pas appropriée au système visuel humain. De même, la position de la tête d'un animal lors du dressage peut être telle qu'il ne voit pas clairement les objets directement devant lui, parce qu'ils sont dans leur angle mort sous le nez. Au moment de le former et de l'entraîner, gardez à l'esprit que le cheval a ses limites. Si nous comprenons davantage la façon dont ils perçoivent leur environnement avec leurs cinq sens, il sera beaucoup plus facile pour nous de développer des programmes d'entraînement efficaces pour eux.

Référence

Timney B, Macuda T. Vision and hearing in horses. J Amer Vét Med Assoc 2001; 218(10) : 1567-1574


Auteur : Brian Timney - Faculté de sciences sociales/ Université Western Ontario; Bob Wright - Santé animale et bien-être/MAAARO
Date de création : 01 mars 2007
Dernière révision : 01 mars 2007

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