La broncho-pneumonie du poulain (ou Pneumonie à Rhodococcus equi)


Fiche technique - ISSN 1198-7138  -  Imprimeur de la Reine pour l'Ontario
Agdex : 460/666
Date de publication : 12/96
Commande no. 96-212
Dernière révision : 12/96
Situation : Nouveau
Rédacteur : J.F. Prescott

Table de matières

  1. Écologie de l'organisme pathogène
  2. Immunité contre la broncho-pneumonie chez les chevaux
  3. Tableau clinique
  4. Traitement des poulains atteints de broncho-pneumonie
  5. Conclusions

Rhodococcus equi (de son ancien nom Corynebacterium equi) est une bactérie qui détermine chez le poulain une pneumonie persistante. Dans certains élevages, en particulier chez les éleveurs-reproducteurs, cette maladie s'installe à demeure sous forme enzootique. La broncho-pneumonie du poulain peut obliger l'éleveur à des dépenses considérables en diagnostics et en traitements, sans compter qu'elle peut entraîner la mort des sujets atteints. On peut toutefois limiter ce genre de préjudices lorsqu'on comprend mieux l'écologie de l'organisme qui en est la cause. Or, la broncho-pneumonie du poulain semble prendre de l'ampleur, car elle frappe de plus en plus de poulains dans les élevages où elle est enzootique, même si le nombre d'élevages infectés a diminué.

Selon une étude récente de l'Ontario Veterinary College (Ordre des vétérinaires de l'Ontario), l'infection à Rhodococcus equi est incriminée dans 10 % des examens post-mortem de poulains et de 45 % de tous les cas de pneumonie. Ces chiffres risquent cependant de ne pas traduire la vérita­ble incidence de cette maladie en Ontario. Même si elle semble épargner la majorité des écuries, dans celles où elle est enzootique, tous les poulains peuvent devenir assez malades pour nécessiter un traitement.

Écologie de l'organisme pathogène

Rhodococcus equi est un organisme terricole résistant qui est très répandu dans la nature. Ses besoins nutritionnels, qui sont simples, sont comblés parfaitement par les constituants du fumier animal, que ce soit du crottin de cheval, du fumier de bovin, du lisier de porc et même de la fiente de poulet. La multiplication de R. equi est à craindre partout où il y a du crottin de cheval. La température joue également un rôle important dans sa prolifération, laquelle est optimale à 30°C. En Ontario, durant l'été très chaud de 1988, la bactérie n'a pas fait des victimes uniquement dans les fermes d'élevage. Lorsqu'elle bénéficie de la température idéale, chaque bacté­rie peut se multiplier jusqu'à 10 000 fois en quelques jours dans un endroit contaminé par du crottin de cheval.

Il semble y avoir une relation directe entre le nombre de Rhodococcus equi présents dans l'environnement des jeunes poulains et le nombre de cas de broncho-pneumonie. Comme la bactérie entre dans les poumons par les voies respiratoires, les environnements poussiéreux contaminés par du fumier (situation fréquente en été dans les aires d'exercice des fermes équines) sont des foyers d'infection pouvant entraîner la mort. L'équivalent d'une cuillerée à table de terre poussiéreuse soulevée par une jument - et projetée éventuellement dans les naseaux de son poulain endormi - peut contenir un million de ces bactéries. La méthode idéale de prévention de la broncho-pneumonie du poulain consiste à programmer les poulinages en janvier (époque de l'année où les bactéries sont gelées dans le sol).

Rhodococcus equi peut aussi se multiplier dans l'intestin du jeune poulain jusqu'à y atteindre des niveaux dangereux. La flore bactérienne normale de l'intestin se développe de la naissance à l'âge de douze semaines. Pendant cette période, le poulain qui vit dans un milieu où la population de R. equi est anormalement élevée est susceptible de contracter l'infection. Les poulains infectés peuvent parfois excréter jusqu'à 10 000 bactéries par gramme de crottin. Au bout de douze semaines, la bactérie cesse de se multiplier dans l'intestin du poulain et sa population diminue rapidement. Il faut certainement voir dans la faculté qu'a la bactérie de se multiplier chez le poulain et non chez le cheval adulte la raison de l'évolution progressive de l'infection dans les fermes d'élevage. Les bactéries que l'on trouve dans l'intestin des poulains âgés ont été ingérées avec l'herbe.

Ces caractéristiques permettent de mieux comprendre pourquoi la broncho-pneumonie du poulain devient très grave dans certains élevages et que chaque année des poulains en sont victimes. On sait peu de choses sur la sensibilité de cette bactérie aux produits de désinfection, sinon qu'elle est faible. Étant donné que les sols en béton ne sont pas cou­rants dans les fermes équines, les méthodes de désinfection sont souvent difficiles à appliquer dans les boxes ou les stalles, voire impossibles dans les aires d'exercice. Mais dans les parties de la ferme fréquentées par les poulains, on sait qu'il est possible de réduire efficacement les niveaux de bactéries en évacuant régulièrement le crottin et en s'ar­rangeant pour limiter la poussière.

Il est également important de veiller à ce que les parcs aient un bon couvert végétal et qu'ils ne soient pas surpâturés au point de se transformer en carrières de sable.

Immunité contre la broncho-pneumonie chez les chevaux

L'incidence de la maladie atteint son maximum chez les poulains âgés de six à douze semaines, période où l'immunité colostrale a déjà fortement diminué et où la production d'anticorps n'a pas encore commencé. Il est donc important de voir à ce que les poulains absorbent autant de colostrum que possible - et donc d'anticorps maternels - dès la naissance.

À l'avenir, les scientifiques parviendront peut-être à dé­couvrir des moyens de stimuler la production d'anticorps chez la jument ou chez le poulain pour que ce dernier soit protégé pendant cette période de sa vie où il est appa­remment très vulnérable. Pendant les quatre premiers mois de sa vie, il faut protéger le poulain contre les risques de lé­sions pulmonaires graves causées par l'inhalation de la bactérie R. equi. On ne sait pas pourquoi, comparativement aux jeunes d'autres espèces (comme les porcelets ou les veaux), les poulains sont si sensibles à la bactérie, mais ils cessent d'être réceptifs après l'âge de cinq à six mois. On peut supposer que la majorité des poulains produisent des anticorps contre l'organisme sans qu'ils aient extériorisé la maladie. L'acquisition de l'immunité naturelle semble être lente chez le jeune poulain et ne lui suffit pas à se défendre en cas d'exposition massive à la bactérie. Il n'existe pour l'instant aucun vaccin contre la broncho-pneumonie à R. equi et il semble improbable qu'on assiste à la découverte d'un vaccin efficace dans un avenir rapproché. D'une part les mécanismes de l'immunité du poulain contre la broncho-pneumonie sont encore mal élucidés, d'autre part les vaccins qui stimulent l'immunité à médiation cellulaire qu'on croit être particulièrement importante dans ce phénomène sont de fabrication difficile.

Tableau clinique

La maladie se manifeste habituellement chez le poulain âgé de quatre à douze semaines. La détection clinique de la maladie à ses débuts demande une expérience considérable. La maladie commence par des bruits diffus dans les bron­ches, souvent accompagnés de toux, qui s'accentuent et se transforment ensuite en sifflement. Ces symptômes peuvent être localisés à une très petite région du poumon. La fièvre se manifeste au bout d'un ou deux jours, associée à une accélération du rythme respiratoire (plus de 40 mouvements respiratoires à la minute). Chez les poulains non soignés, la respiration s'effectue avec des râles sous-crépitants progressifs que l'on peut entendre partout dans le poumon, ainsi que des bruits inspiratoires audibles sans stéthoscope. La figure 1 représente un poumon d'un poulain gravement atteint.

Poumon d'un poulain mort de la broncho-pneumonie à Rhodococcus equi. Les gros abcès, si caractéristiques de la maladie, ont probablement mis de trois à quatre semaines à se développer. Un traitement antibiotique efficace pendant cette même durée aurait pu sauver le poulain.

Figure 1. Poumon d'un poulain mort de la broncho-pneumonie à Rhodococcus equi. Les gros abcès, si caractéristiques de la maladie, ont probablement mis de trois à quatre semaines à se développer. Un traitement antibiotique efficace pendant cette même durée aurait pu sauver le poulain.

La maladie a souvent évolué à un stade critique avant que quelqu'un ne détecte que quelque chose va très mal. Elle a cela de particulier qu'en dehors de la fièvre, elle ne semble pas affecter l'état général du poulain. Celui-ci demeure vif et enjoué et tète sa mère avec appétit. La maladie peut aussi se développer insidieusement dans un élevage pendant de nom­breuses années et, avant que quelqu'un ait pu s'en rendre compte, l'organisme pathogène s'y est multiplié à l'excès.

Les signes cliniques de la broncho-pneumonie du poulain ne diffèrent pas particulièrement de ceux des autres types de pneumonie. Ils peuvent toutefois être facilement reconnus dans les élevages où elle est enzootique par les personnes qui ont eu l'occasion de se familiariser avec elle. La meilleure façon de dépister l'infection est de faire isoler la bactérie pathogène à l'aide de techniques de culture bactérienne, service qui peut être demandé à un vétérinaire.

Il y a lieu de soupçonner la broncho-pneumonie à Rhodo­coccus equi dans les élevages où plusieurs poulains âgés de quatre à douze semaines présentent une légère fièvre et de la toux, alors qu'ils semblent bien portants. Plus un élevage est contaminé par la bactérie, plus les poulains en sont affectés jeunes. Lorsqu'une jument appartenant à une ferme non infectée est envoyée avec son poulain dans une ferme très infectée pour y être saillie, le poulain risque de revenir avec la maladie. Le manque d'expérience du personnel de la ferme non infectée et l'évolution sournoise de la broncho-pneumonie chez le poulain expliquent que la maladie passe souvent inaperçue jusqu'à ce qu'il soit trop tard. Les propriétaires de juments poulinières ont tout avantage à se rensei­gner sur la situation sanitaire de l'étalonnerie avec laquelle ils font affaire à l'égard de Rhodococcus equi.

Illustration schématique de Rhodococcus equi. Les bactéries Rhodococcus equi sont représentées par des rectangles noirs à l'intérieur d'une cellule phagocytaire du poumon d'un poulain. La plupart des médicaments antibactériens ont du mal à agir contre ces bactéries puisqu'elles sont à l'abri dans les cellules phagocytaires. L'immunité est lente à se développer.

Figure 2. Illustration schématique de Rhodococcus equi. Les bactéries Rhodococcus equi sont représentées par des rectangles noirs à l'intérieur d'une cellule phagocytaire du poumon d'un poulain. La plupart des médicaments antibactériens ont du mal à agir contre ces bactéries puisqu'elles sont à l'abri dans les cellules phagocytaires. L'immunité est lente à se développer.

Traitement des poulains atteints de broncho-pneumonie

Les poulains atteints nécessitent un traitement de longue durée à cause de la persistance de la bactérie à l'intérieur des abcès pulmonaires et de la tendance aux récidives de la maladie parce que l'immunité contre l'infection pulmonaire est faible. Des travaux récents ont montré l'efficacité d'un traitement associant deux antibiotiques, l'érythromycine et la rifampine. Ces médicaments coûteux peuvent être administrés par voie orale, ce qui est un avantage certain sur les autres traitements. Ils pénètrent dans les cellules phagocytaires (celles qui digèrent les corps étrangers) où se trouve Rhodococcus equi et ne sont pas toxiques quand on les admi­nistre pendant de longues périodes. Il faut continuer à admi­nistrer cette association médicamenteuse pendant au moins une semaine après la guérison, laquelle sera déterminée cliniquement par une radiographie ou par le titrage du fibrino­gène dans le sang. D'autres médicaments, comme la gentamicine ou le triméthoprime-sulfaméthoxazole, sont efficaces mais doivent être injectés. En raison de sa toxicité, la genta­micine ne peut pas être administrée longtemps aux poulains souffrant de la maladie. Quoi qu'il en soit, la méthode qui consiste uniquement à soigner les poulains malades dans les élevages où elle est enzootique est aussi inefficace qu'elle est coûteuse.

Conclusions

Le diagnostic et le traitement de la broncho-pneumonie à Rhodococcus equi chez les poulains continuent à poser des difficultés aux vétérinaires. Les propriétaires de chevaux, surtout les éleveurs-reproducteurs, peuvent cependant contribuer à éliminer la maladie en comprenant mieux l'écologie de l'organisme pathogène et notamment :

  • pourquoi il se multiplie à des niveaux dangereux dans les fermes d'élevage;
  • pourquoi l'infection se manifeste en été;
  • les mesures visant à réduire le risque que les poulains réceptifs inhalent les bactéries dans leurs poumons;
  • pourquoi la bactérie se multiplie rapidement dans les élevages qui concentrent un grand nombre de poulains;
  • pourquoi la maladie devient enzootique dans certains élevages.

Moyennant un agencement rationnel de l'écurie et des soins appropriés aux animaux, il est possible de tenir en échec cette maladie au développement sournois.


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