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Anémie infectieuse des équidés

Fiche technique - ISSN 1198-7138  -  Imprimeur de la Reine pour l'Ontario
Agdex : 460/663
Date de publication : 12/96
Commande no. 96-144
Dernière révision : 12/96
Situation : Nouveau
Rédacteur : R.G. Wright - Scientifique vétérinaire - élevage des chevaux et d'animaux non traditionnels/MAAARO

Table de matières

  1. Extension de la maladie
  2. Transmission du virus de l'aie
  3. Caractéristiques du virus de l'aie
  4. Tableau clinique
  5. Traitment et prévention
  6. Réglementation
  7. Test de coggins
  8. Prophylaxie

L'anémie infectieuse des équidés (AIE), surnommée en Amérique du Nord la fièvre des marais, est une maladie virale qui peut atteindre tous les membres de la famille des équidés, dont les chevaux, les mulets et les ânes. Le virus, agent de la maladie, possède cette particularité de pouvoir infecter le cheval à vie. L'animal atteint souffre d'accès intermittents de la maladie (entraînant parfois la mort), suivis de périodes de rémission durant lesquelles il peut sembler en bonne santé.

Extension de la maladie

La maladie a été diagnostiquée dans de nombreuses régions du monde. Elle semble donc exister sur toute la planète.

Canada

Au Canada, la maladie a été signalée pour la première fois au Manitoba en 1881. La figure 1 donne la répartition géographique des cas répertoriés au Canada de janvier 1976 à décembre 1981 (sujets réagissant au test de Coggins servant au dépistage de l'AIE). Ces chiffres proviennent du programme actuel de dépistage qui offre aux propriétaires qui le souhaitent la possibilité de faire tester leurs chevaux. L'AIE étant une maladie à déclaration obligatoire, tous les cas sus­pects doivent être signalés à Agriculture et Agroalimentaire Canada.

Régions où l'anémie infectieuse des équidés est enzootique (1976 - 1981).

Figure 1. Régions où l'anémie infectieuse des équidés est enzootique (1976 - 1981).

Voici par ordre décroissant de concentration les cinq régions à enzootie élevée (où l'AIE est constamment présente au sein du cheptel chevalin) : le nord-ouest de l'Alberta, le centre de la Saskatchewan, les cantons de l'Est au Québec, la vallée de l'Outaouais et le centre-ouest du Manitoba. Des cas sporadiques ont été détectés dans toutes les régions du Canada, la plupart du temps à l'occasion d'un dépistage demandé par le propriétaire. En 1987, sur plus de 90 000 chevaux qui ont subi le test de Coggins au Canada, 353 ont été classés sujets réagissants. De ces 353 sujets, 266 venaient d'un même foyer situé au Manitoba et la plupart avaient un rapport avec les élevages axés sur la production d'urine de jument gravide. Plus récemment, des cas se sont déclarés à Hamilton en Ontario (1988). En Ontario, entre 36 000 et 39 000 chevaux font annuellement l'objet d'un test de Coggins et, parmi ceux-ci, de 10 à 20 sujets sont classés réagissants.

États-Unis

L'anémie infectieuse des équidés se manifeste sporadi­quement dans la majeure partie des États-Unis, sauf au sud, dans la région dite « ceinture des insectes », qui commence à hauteur du Golfe du Mexique. La figure 2 indique les États où, annuellement, 50 chevaux ou plus ont réagi positivement au test de Coggins.

Anémie infectieuse des équidés. États où 50 équidées ou plus ont réagi positivement au test de coggins en 1986.

Figure 2. Anémie infectieuse des équidés. États où 50 équidées ou plus ont réagi positivement au test de coggins en 1986.

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Transmission du virus de l'aie

Le virus de l'AIE se propage mécaniquement, en d'autres termes, il faut qu'un vecteur transporte le sang où il se cache d'un animal infecté à un animal réceptif. Ce vecteur peut être un insecte, des seringues infectées, des aiguilles ou des instruments chirurgicaux. Le virus a la propriété de traverser la barrière placentaire et d'infecter le foetus. En outre, un étalon présentant les symptômes de l'AIE peut infecter des juments indemnes de cette maladie pendant les saillies.

a. Insectes vecteurs

La transmission mécanique du virus de l'AIE peut être assurée par des insectes suceurs de sang : les taons ou « mouches à cheval » et les « mouches à chevreuil » (tabanidés), les mouches piquantes des étables (Stomoxys), les moustiques et peut-être aussi certains moucherons comme les brûlots. Pour qu'il y ait transmission, il faut que le taon (le vecteur) se trouve à commencer un repas de sang sur un cheval infecté et, après avoir été chassé par celui-ci, à finir son repas sur un cheval réceptif. L'intervalle entre les deux piqûres doit être relativement court. Du fait de leur taille et de leur vol bruyant, les taons et autres tabanidés se signalent à l'attention de leurs victimes; leur piqûre ou morsure étant très douloureuse, celle-ci est fréquemment interrompue. Des recherches ont permis de constater que l'insecte peut transmettre l'AIE jusqu'à 30 minutes après avoir piqué un cheval infecté, mais non après quatre heures.

Les taons ont probablement un rayon d'action pouvant atteindre 6 kilomètres (4 miles); en conséquence, au Canada, une quarantaine permanente signifie l'isolement total de l'animal dans une écurie à l'épreuve des insectes.

b. Barrière placentaire

Il semble que le virus soit capable de traverser la barrière placentaire et de causer l'infection du foetus. Le risque d'infection du foetus est maximal chez les juments qui manifestent des accès d'AIE aiguë pendant la gestation. Ces juments avortent ou donnent naissance à un poulain vivant « séropo­sitif », éventuellement vecteur du virus. La réaction du foetus varie certainement selon le moment de la gestation où se produit l'infection.

c. Autres vecteurs et facteurs influant sur la trans­mission du virus

Le commerce des chevaux et l'emploi inconsidéré d'aiguilles hypodermiques non destinées à être jetées après un usage, de râpes à dents, d'ouvre-bouche, de tordnez et de sondes oesophagiennes, sont autant de facteurs qui contri­buent à la propagation du virus de l'AIE. La période la plus dangereuse est l'automne, époque où beaucoup d'animaux changent de mains.

Caractéristiques du virus de l'aie

Le virus de l'AIE est un virus à action lente appartenant au groupe des lenti-rétrovirus. Les rétrovirus causent la leucémie chez les chats, les souris et les bovins, l'arthrite, la pneumonie et les maladies neurologiques chez les petits ruminants, et le syndrome de la déficience immunodéficitaire acquise (SIDA) chez l'homme. Les virus de ce type se localisent et se multiplient dans les macrophages de nombreux organes, en particulier dans la rate, le foie, les reins et les ganglions lymphatiques, y vivant en parasites passifs jus­qu'au moment de leur activation. Lorsque celle-ci se déclen­che, les macrophages parasités se mettent à reproduire le virus, se rompent et libèrent les virus qui partent coloniser d'autres cellules, d'où le caractère cyclique de la maladie et la succession d'accès symptomatiques et de rémissions.

Le principal obstacle qui s'oppose à la découverte d'un vaccin contre l'AIE réside dans la variabilité antigénique du virus de l'AIE; en clair, la structure protéique du virus varie d'un cas à l'autre, ce qui complique la production des anticorps correspondants à chaque cas. Par conséquent, un vac­cin ne peut être efficace que s'il immunise le cheval contre toutes les variantes de la maladie à laquelle il peut être exposé. Cependant des recherches se poursuivent activement en vue d'élaborer un vaccin anti-AIE. Étant donné la mobilisation des chercheurs devant la menace posée par le SIDA et l'intérêt que présente le virus de l'AIE comme modèle, on peut s'attendre à des progrès importants dans la mise au point d'un vaccin.

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Tableau clinique

Consécutivement au premier contact avec le virus, les chevaux peuvent être en proie à un accès aigu de fièvre et d'hémorragies après 7 à 30 jours d'incubation. Mais rares sont ces cas de fièvre initiale qui sont détectés par les propriétaires. Le cas d'AIE plus classique est celui des chevaux dont l'infection est chronique et qui manifestent des accès périodiques de fièvre, une perte de poids, de l'apathie, un affaiblissement progressif, de l'anémie et de l'oedème. Ces symptômes réapparaissent de façon cyclique toutes les deux semaines.

Les autres symptômes qui peuvent se produire pendant le cours évolutif de la maladie sont les suivants : perte d'appétit, miction fréquente, diarrhée, faiblesse, paralysie de l'arrière-train, pâleur des muqueuses, jaunissement de la conjonctive, pétéchies (petites lésions hémorragiques) sublinguales, accélération du rythme cardiaque et de la respiration. Les juments gravides peuvent avorter.

Le déclenchement de ces symptômes est souvent associé à un stress, par exemple, un travail intense, la chaleur, la course, la gestation ou l'administration de stéroïdes. Les animaux chez qui la maladie est très difficile à soupçonner sont les porteurs asymptomatiques. Comme ils ne présentent aucun signe clinique pouvant évoquer l'AIE, seul un examen de leur sang révèle l'infection.

Il arrive que des chevaux apparemment en bonne santé, mais porteurs du virus, n'extériorisent jamais aucun symptôme de la maladie. Ces animaux porteurs sont une source constante d'infection.

Traitment et prévention

On ne connaît pas de traitement capable de débarrasser l'organisme du virus. Jusqu'ici, aucun vaccin n'a donné de résultats satisfaisants contre l'AIE.

La mesure de prévention fondamentale est le dépistage et l'isolement des chevaux infectés. Un programme d'éradication totale supposerait un dépistage systématique chez tous les membres de la population équine, l'euthanasie ou la mise en quarantaine totale permanente de tous les sujets infectés dans des locaux inaccessibles aux insectes.

Réglementation

L'AIE est une maladie à déclaration obligatoire justi­ciable des mesures prescrites par la Loi sur les maladies et la protection des animaux administrée par le ministère cana­dien de l'Agriculture et de l'Agroalimentaire. Un programme de dépistage de l'AIE, auquel les propriétaires sont libres de participer ou non, a été mis en place dès 1972. Des vétéri­naires privés agréés par le Ministère effectuent des prises de sang et soumettent les échantillons à des laboratoires d'ana­lyses accrédités. Tous les résultats d'analyses sont communi­qués au Ministère qui se charge alors d'enquêter sur les sujets présentant des réactions positives ou atypiques au test de Coggins.

Chaque fois qu'on soupçonne un cheval d'être infecté, un vétérinaire d'Agriculture et Agroalimentaire Canada prend le cas sous son entière responsabilité. Il avise le propriétaire de l'animal qu'il peut, s'il le souhaite, faire effectuer gratuite­ment une deuxième analyse. Lorsque celle-ci se révèle posi­tive, les locaux où loge l'animal sont placés sous quarantaine. Le cheval est marqué, à froid, de la lettre « R » sur une région tondue de l'épaule droite. Le propriétaire a alors le choix entre :

  1. faire euthanasier l'animal chez lui, avec indemnisation;
  2. faire euthanasier l'animal dans un établissement agréé, avec indemnisation;
  3. placer l'animal en quarantaine permanente, sans indemnisation.

Test de coggins

Le test de Coggins est une épreuve d'immunodiffusion sur gélose (épreuve IDG) facile à mettre en oeuvre pour diagnostiquer l'AIE chez les équidés. Il consiste à mettre en évidence les anticorps anti-AIE dans le sang de l'animal.

Cela suppose donc des prélèvements de sang chez les animaux dont on désire confirmer le bon état sanitaire ou chez qui on soupçonne la maladie. Le sérum est la com­posante du sang qui est analysée.

Des réactions faussement positives au test de Coggins sont observées dans le sérum de poulains qui ont consommé du colostrum de juments infectées, mais elles sont souvent attribuables à des anticorps maternels, lesquels disparaissent au bout de quatre à six mois. Ces poulains sont donc soumis systématiquement à un nouveau test, lorsqu'ils ont plus de six mois, dans le but de confirmer si les anticorps détectés avaient été acquis passivement (anticorps maternels) ou acti­vement.

Des réactions faussement négatives au test de Coggins s'observent chez des chevaux qui ont été infectés, mais dont l'organisme n'a pas fabriqué d'anticorps. Lorsqu'un cheval souffre d'un accès aigu d'AIE, le niveau de virémie présent est suffisant pour lier les anticorps du sérum; ceux-ci ne peu­vent alors être mis en évidence par le test de Coggins, ce qui entraîne des réactions faussement négatives.

De façon générale, le test de Coggins contribue à enrayer la propagation de l'AIE et à limiter le nombre de chevaux infectés dans notre pays.

Prophylaxie

Les propriétaires de chevaux peuvent contribuer à limiter la propagation de l'AIE en prenant les précautions suivantes :

  1. Soumettre leurs chevaux à un test de Coggins pour l'AIE une fois par an.

  2. Exiger un certificat attestant des réactions négatives au test de Coggins pour tous les chevaux amenés chez des pensionneurs ou inscrits à des expositions, des concours ou des courses.

  3. Ne pas permettre aux chevaux d'entrer en contact étroit avec des congénères de condition sanitaire douteuse.

  4. Prendre des mesures pour éliminer les insectes piqueurs et les moustiques dans le voisinage de l'écurie.

  5. Utiliser des aiguilles hypodermiques à usage unique pour prévenir la propagation du virus.

  6. Nettoyer et stériliser tous les instruments en les faisant bouillir pendant quinze minutes avant de les réutiliser.

  7. Éviter d'utiliser le même équipement, comme les brides, les selles, les brosses et les bandages, d'un cheval à l'autre.

  8. Se défaire des sujets réagissant positivement au test de Coggins conformément aux instructions d'Agriculture et Agroalimentaire Canada; nettoyer et désinfecter l'écurie et son périmètre immédiat.


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Pour plus de renseignements :
Sans frais : 1 877 424-1300
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Courriel : ag.info.omafra@ontario.ca