Entretien du cheval soins des pied - Partie II


Fiche technique - ISSN 1198-7138  -  Imprimeur de la Reine pour l'Ontario
Agdex : 460/20
Date de publication : 08/90
Commande no. 90-183
Dernière révision : 08/90
Situation : Nouveau
Rédacteur : R.G. Wright - Scientifique vétérinaire - élevage des chevaux et d'animaux non traditionnels/MAAARO

Table des matières

  1. Le parage conserve l'équilibre du pied
  2. Maintenir d'aplomb du pied
  3. Parage de correction
  4. Causes courantes de la boiterie 

Le parage conserve l'équilibre du pied

Bien qu'il ne soit pas nécessaire de l'effectuer aussi fréquemment que le nettoyage, le parage du sabot revêt une grande importance. L'intervalle normal entre les parages est de quatre semaines environ pour des chevaux gardés en stalle ou en enclos. Par contre, les chevaux fournissant un travail intensif ou gardés au pâturage ne requièrent un parage qu'aux six semaines environ.

Le but principal du parage est de conserver au pied sa forme et sa longueur normales. La plupart des personnes s'occupant de chevaux devraient être en mesure d'effectuer elles-mêmes le nettoyage, le déferrage et le parage des pieds avant l'arrivée du maréchal-ferrant (Figure 1).

Nettoyer le pied quotidiennement. Utiliser le cure-pieds d'un mouvement allant de la four­chette et du talon vers la pince.

Figure 1. Nettoyer le pied quotidiennement. Utiliser le cure-pieds d'un mouvement allant de la four­chette et du talon vers la pince.

On doit s'assurer que la base du pied puisse se poser d'aplomb au sol et que les parois intérieures et extérieures du sabot soient gardées de la même longueur. La hauteur nor­male de la face antérieure du sabot et du paturon est de 7,5 cm (3 po), celle du quartier, de 5 cm (2 po), et celle du talon, de 2,5 cm (1 po).

Avec des tenailles coupantes, on retranche d'abord de la muraille du sabot la corne superflue. Ensuite, on adoucit et on égalise la base du pied à l'aide d'une râpe. Il faut s'assurer que chaque coup de râpe soit amorcé au talon et dirigé vers la pince pour éviter la création de rugosités sous la muraille (Figure 2).

Après les tenailles coupantes, employer la râpe pour finir d'égaliser le pied. Prendre soin de garder les deux parois de la même longueur.

Figure 2. Après les tenailles coupantes, employer la râpe pour finir d'égaliser le pied. Prendre soin de garder les deux parois de la même longueur.

La ligne blanche visible sous le sabot constitue la marque externe du tissu podophylleux ou feuilleté compris entre la muraille et l'os du pied (3e phalange). Normalement, la sole a une épaisseur uniforme sur toute la surface du pied. De ce fait, il faut parer la sole de façon à lui garder sa forme na­turelle, car un parage trop prononcé pourrait résulter en un amincissement et une sensibilité extrêmes de certaines par­ties.

Le parage de la sole vise à maintenir la pression sur la muraille du sabot plutôt que sur les parties sensibles situées au centre du pied. Il faut enlever de la sole tous les tissus morts et écaillés, mais épargner ceux vivants, identifiables à leur élasticité (Figure 3).

Après le nivelage du sabot, abaisser la sole afin que la muraille supporte le poids du cheval.

Figure 3. Après le nivelage du sabot, abaisser la sole afin que la muraille supporte le poids du cheval.

Ne pas tailler la fourchette à l'excès; elle doit toucher le sol à chaque pas. En fait, la taille se résume au retrait des tissus morts et au maintien d'une rainure adéquate et uni­forme le long de la ligne séparant la sole et la fourchette.

Après le râpage de la surface d'appui en un plan uniforme et de longueur convenable, il faut arrondir le rebord de la muraille si le cheval n'est pas ferré de nouveau. Cette opéra­tion empêche l'éclatement et l'écaillement de la corne du pied heurtant les pierres, les souches ou d'autres obstacles.

Maintenir d'aplomb du pied

Maintenir l'angle approprié de la muraille du sabot par rapport à l'appui au sol et à l'inclinaison du paturon. Des fers laissés en place trop longtemps altèrent l'alignement du pied et du paturon, et il peut en résulter de la boiterie. Dans la mesure du possible, l'angle de la muraille du sabot devrait s'approcher de celui formé par l'épaule et le paturon, soit un angle de 45 à 54 degrés.

Puisque la muraille du sabot est plus étroite au talon qu'à la pince, le talon s'use en premier, que le cheval soit ferré ou non. L'usure des talons déplace une part supérieure de la pression exercée sur les pieds vers les tendons du membre. En quatre à six semaines, un angle de ferrage de 50 degrés peut baisser à 46 ou 47 degrés. Il en résulte une forte altération du mouvement du pied et une tension anormalement élevée sur les tendons et les ligaments.

À mesure que le sabot pousse, les parois du talon dépas­sent les limites du fer. Enfin, lorsque le fer s'appuie sur les barres du talon, le pied risque fort de développer des bleimes. Des fers dont on a négligé l'ajustement depuis long­temps peuvent même amener le cheval à se claquer les ten­dons en galopant. Le parage et l'ajustement réguliers des fers sont des opérations essentielles qui permettront d'éviter de tels problèmes.

En plus de différer d'une race à l'autre, l'aplomb des pieds montre de grandes variations entre les chevaux de la même race. En général, les races de chevaux « Western » ont des paturons plus abrupts et forment un angle plus grand avec le plan du sol que les autres. À moins que des corrections du sabot ne s'imposent comme c'est le cas du forger et du croiser, le parage doit garder au pied son angle naturel, car tout changement d'angle créerait un stress anormal sur une région ou une autre de la colonne osseuse du membre.

Faire un parage modéré des talons pour promouvoir leur expansion et empêcher leur contraction. L'objectif premier est une taille assez fréquente pour éviter le fendillement et l'usure inégale prédisposant à des anomalies des pieds et des membres. Avec un peu de pratique, la plupart des proprié­taires de chevaux pourront parer sans aide les pieds dont l'aplomb est acceptable. Toutefois, pour les chevaux nécessitant un parage correctif, il est préférable de faire appel au maréchalferrant afin de ne pas aggraver un défaut existant des pieds ou des membres.

Parage de correction

Les défauts d'aplomb les plus fréquents des membres an­térieurs et postérieurs se traduisent par des chevaux dits ca­gneux (pieds tournés vers l'intérieur) ou panards (pieds tour­nés vers l'extérieur). Les autres défauts de conformation qu'améliore le parage sont : les talons hauts, les genoux argnés ou brassicourts, les genoux effacés ou creux, les jarrets coudés et de légères déviations de l'os du canon. Un parage soigné peut aussi corriger quelques vices d'allure tels que ceux manifestés par les chevaux qui forgent, croisent, butent et effleurent.

Les points les plus importants de l'entretien des pieds sont la régularité, la fréquence, la propreté et l'usage de bon­nes mesures correctives.

  • Le croiser — la pince du pied antérieur frappe le pied postérieur du même côté, au niveau de la couronne ou au-dessus de celle-ci.
  • Le forger — vice d'allure du trot selon lequel la pince du pied postérieur vient heurter la base du pied antérieur du même côté, au moment où celui ci se soulève.
  • Cagneux — vu de face, l'animal pointe ses pinces vers l'intérieur.
  • Panard — vu de face, l'animal pointe ses pinces vers l'extérieur.
  • Le buter — vice d'allure amenant le cheval à heurter une partie de la face intérieure d'un membre avec le pied ou le fer du pied opposé.
  • Genoux brassicourts — le genou est dévié vers l'avant.
  • Genou creux — le genou (carpe) dévie vers l'arrière, plaçant ainsi une tension excessive sur les ligaments.
  • Jarret coudé — vu de profil, l'angle de la pointe du jar­ret est anormalement petit, de sorte que le cheval se tient sous lui à partir des jarrets.
  • Effleurer ou atteintes — termes généraux se référant à des coups légers, spécialement lorsque le cheval bute ou for­ge.

Causes courantes de la boiterie 

La présente section aborde quelques éléments de base concernant l'identification, les causes, le traitement et les conséquences des défauts courants entraînant la boiterie. Autant que possible, les renseignements sont présentés dans une forme pratique et dans un langage accessible au profane. Toutefois, pour que l'information soit exacte, il a fallu avoir recours à certaines notions d'anatomie, de physiologie et de conformation du cheval. Consulter les figures 2 et 3, de la fi­che "Entretien du cheval, soins des pieds — Partie I."

Selon le diagnostic émis, on prescrira un traitement particulier pour corriger la boiterie. Dans certains cas, le diag­nostic sera fondé sur un simple examen physique par le vétérinaire. D'autres diagnostics, plus difficiles, nécessiteront des tests radiologiques spéciaux effectués dans un hôpital d'enseignement vétérinaire. Les traitements possibles varient du simple repos jusqu'à de complexes interventions chirurgi­cales, en passant notamment par le parage et le ferrage cor­ectifs, les médicaments anti-inflammatoires, les bandages, les douches froides, l'acupuncture et la stimulation électrique. Il ne faut pas oublier que la solution à tout problème de boi­terie repose d'abord sur la justesse du diagnostic et que le vétér­inaire a l'expertise en ce domaine.

La plupart des cas de boiteries, en particulier celle con­cernant les membres antérieurs, touchent la région inférieure au boulet. Pour les membres postérieurs, le jarret est souvent affecté. Dans tous les cas, rechercher d'abord la cause au niveau du pied, puis remonter graduellement la patte.

Cailloux au pied

Il s'agit d'un problème inattendu survenant habituellement lorsque l'animal est au travail, en particulier sur les routes gravelées. Des cailloux se logent souvent entre le fer et la fourchette, causant ainsi un malaise considérable. On doit enlever immédiatement ces cailloux afin de réduire au mini­mum les blessures causées au pied.

Contusion de la sole

C'est une blessure causée directement à la partie plate du sabot (sole) par des cailloux, un terrain irrégulier ou un coup. Un ferrage inadéquat peut aussi en être la cause. Habituellement, le repos et le ferrage correctif suffisent pour résoudre un tel problème. Dans le cas contraire, il faut consulter le vétérinaire.

Bleimes

Les bleimes résultent de contusions affectant la partie de la sole comprise entre la barre et la muraille du sabot. Elles sont souvent dues à une ferrure inadéquate ou trop ancienne. Les bleimes appartiennent à l'un des deux types. On traite les bleimes simples, dites « sèches », en supprimant la pres­sion anormale : enlever le fer, curer le pied en profondeur et re­mettre un fer 3/4, ou encore laisser le cheval au repos et sans fers, si possible. Pour leur part, les bleimes infectées sem­blent « humides » et du pus s'en écoule. Dans un tel cas, le vétérinaire doit être consulté.

Piqûre au pied

Les piqûres au pied sont fréquentes et peuvent causer une boiterie grave pouvant entraîner l'incapacité permanente ou même la mort si elles ne sont pas traitées convenablement. Comme toute autre plaie servant de voie de pénétration aux bactéries, elles constituent un grave danger d'infection pré­disposant à certains troubles, tel le tétanos, et requièrent conséquemment l'intervention vétérinaire. La plaie peut for­mer des abcès en moins de deux jours. Il est souvent diffi­cile de déterminer l'endroit précis de la piqûre par simple examen visuel : une rénette ou couteau à sabot, un vérifica­teur de sabot et des radiographies peuvent faciliter la locali­sation et l'évolution de la blessure. La gravité des lésions dépend de la région affectée du pied, du genre d'objet res­ponsable de la piqûre et de la présence éventuelle d'infec­tions secondaires. Pour toutes les plaies de ce type, seule la visite immédiate du vétérinaire permettra d'établir la gravité des blessures et d'éviter des torts subséquents.

Seimes — fissures du sabot

Les seimes, fissures du sabot comprises entre la couronne et la pince, résultent surtout du parage négligé et de la sécheresse de la corne. La blessure des tissus générateurs de corne, situés au niveau de la couronne, peut également cau­ser de telles fissures s'allongeant vers la pince depuis le haut du sabot. Une boiterie grave apparaîtra si des bactéries s'infiltrent dans les fissures et s'étendent aux tissus sensibles du pied, y causant ainsi l'infection. Il faut d'abord nettoyer et traiter la fissure, puis pratiquer un parage et un ferrage ap­propriés pour apporter quelque soulagement jusqu'à ce que la muraille du sabot repousse (environ 1 cm par mois). Les maréchauxferrants et les vétérinaires obtiennent d'excellents résultats en enduisant de fibre de verre ou de plastique la muraille du sabot. En général, on empêche la formation de fissures par le parage périodique des sabots et en évitant le dessèchement et le durcissement de la corne. Le trempage régulier des pieds du cheval dans l'eau ou dans la boue per­met habituellement à la corne des sabots de conserver toute sa souplesse. Bien qu'ils en favorisent l'hydratation, les onguents pour les pieds ne doivent être appliqués que sur des sabots desséchés. L'huile de « pied de boeuf » est excellente pour le traitement des sabots secs.

Pourriture de la fourchette

La pourriture est une infection bactérienne de la four­chette et de la sole des chevaux gardés dans des conditions insalubres. Les pieds affectés dégagent une odeur repous­sante, et de la fourchette suinte un exsudat noirâtre. L'infection non traitée résulte en boiterie si elle atteint les tissus sen­sibles du pied. Le nettoyage et le parage adéquats du pied, ainsi que l'hygiène, élimineront la cause de l'infection. Le traitement consiste à curer et à parer le pied, puis à le désin­fecter avec une solution de phénol ou d'iode. On peut aussi panser le pied avec du coton imbibé d'une solution à 15 % de sulfapyridine de sodium.

Fourbure ou laminite

La fourbure est une inflammation du podophylle, tissu re­liant la muraille du sabot et l'os du pied (3e phalange). Les causes de la fourbure sont variables et souvent obscures. Parmi les plus reconnues, on retrouve :

  • la suralimentation en grain;
  • l'ingestion d'eau froide après un exercice;
  • la rétention placentaire;
  • l'embonpoint (en particulier chez les poneys de race Shetland);
  • l'immobilité prolongée des chevaux gardés sur un pâ­turage luxuriant (surtout ceux de trèfle ou de luzerne).

Quelle qu'en soit la cause, les symptômes sont similaires. En début de maladie et au stade aigu, tant le sabot que la couronne deviennent chauds; le plus souvent, le cheval sue et refuse de marcher. Comme les membres antérieurs lui cau­sent habituellement le plus de douleur, le cheval est « campé du devant » (membres antérieurs poussés vers l'avant) et « sous lui du derrière » (membres postérieurs avancés sous son corps). Dans les cas où les quatre membres sont atteints, le cheval rapproche ses quatre pattes sous le corps, comme s'il tentait de se tenir en équilibre sur un baril.

La fourbure chronique se caractérise par des sillons fort prononcés à la surface de la muraille et par l'affaissement de la sole (sa courbure s'affaiblit). Dans les cas graves, il arrive que l'os du pied transperce la sole. Le cheval affecté peut passer la majeure partie de son temps en position couchée. En cas de fourbure chronique, le cheval en mouvement fera des efforts marqués pour poser son talon en premier.

Le traitement précoce de la fourbure varie selon la cause. Dès qu'on soupçonne une affection de fourbure, il est très important d'appeler sans tarder le vétérinaire. Jusqu’à ce que celui-ci arrive, il convient d’exercer le cheval avec modération.

Grâce à des soins de pieds convenables, les chevaux at­teints de fourbure chronique mais légère peuvent servir à la plupart des travaux.

Maladie naviculaire

La maladie naviculaire désigne une boiterie des pieds an­térieurs due à une blessure causée à l'os naviculaire. Cette boiterie très courante frappe surtout les races portant des vices de conformation (génétiques). Tous les vices de conformation tels les paturons abrupts, les épaules trop droites et les pieds trop petits affectent le mécanisme d'amortissement des chocs des membres antérieurs et prédisposent le cheval à la maladie naviculaire. Pour cette raison, l'exercice intensif du cheval sur une piste dure augmente sa probabilité d'être atteint de la maladie. Les chevaux qui en souffrent boitent généralement des deux membres antérieurs. Ils ont tendance à pointer les pieds en alternance, c'est-à-dire à s'appuyer sur chaque pied avancé à tour de rôle, afin d'alléger la pression exercée sur chacun et de réduire la douleur. Au début de la maladie, la mise au repos du cheval peut chasser les symp­tômes, mais la boiterie recommence dès la reprise des activi­tés. À mesure que l'affection progresse, les pieds affectés s'atrophient, leurs parois deviennent plus abruptes, les talons se contractent, la fourchette rapetisse et le cheval essaie de réduire la douleur causée par la marche en s'appuyant sur la pince au lieu du talon. Un ferrage correctif, des analgésiques et une névrectomie (sectionnement des nerfs desservant le talon) prolongent l'utilité du cheval. Pour être justes, le diagnostic et le traitement doivent reposer sur un examen radiologique de l'os naviculaire du sabot du cheval. Toutefois, à l'heure actuelle, on ne dispose d'aucun traitement satisfaisant pour cette affection.