La leptospirose et l'uvéite récidivante du cheval


Fiche technique - ISSN 1198-7138  -  Imprimeur de la Reine pour l'Ontario
Agdex : 663
Date de publication : 07/00
Commande no. 00-066
Dernière révision : 07/00
Situation : Fiche technique originale
Rédacteur : Dr Bob Wright - scientifique vétérinaire, Élevage des chevaux et animaux non traditionnels/MAAARO

Table des matières

  1. Introduction
  2. Diagnostic
  3. Traitement
  4. Références bibliographiques

Introduction

De temps en temps, les propriétaires et les vétérinaires observent chez les chevaux une affection qu'ils appellent uvéite récidivante du cheval, ophthalmie périodique ou encore cécité crépusculaire. Pour les propriétaires de chevaux, l'affection se manifeste chez l'animal par des yeux endoloris. Elle est la conséquence d'un traumatisme ou d'une affection de la cornée ou de l'uvée (membrane de l'oeil formée par l'iris, le corps ciliaire et la choroïde). Le diagnostic différentiel prend en ligne de compte la blessure traumatique, l'infection parasitaire par Onchocerca cervicalis, l'irritation par les mouches faciales et l'uvéite provoquée par les leptospires. Shapiro et Stevenson ont récemment signalé des cas d'avortement et d'uvéite récidivante associés à des infections par les leptospires dans l'Est ontarien.1, 2

Les leptospires sont des bactéries mobiles de l'ordre des spirochètes. Ils appartiennent à plusieurs types et groupes sérologiques au nombre desquels pomona, grippotyphosa, hardjo, bratislava, canicola et icterohaemmorhagiae concernent plus particulièrement l'uvéite. Les leptospires sont très communs chez les animaux domestiques et sauvages et peuvent aussi infecter les humains. Dans des régions en particulier, il existe un ou plusieurs hôtes de maintien qui constituent un réservoir continuel d'infection. Les leptospires se transmettent à des hôtes occasionnels par l'intermédiaire des matières infectées rejetées dans l'environnement par un hôte de maintien. Ils peuvent envahir un hôte occasionnel par les muqueuses et/ou les plaies de la peau et infecter divers organes.3 Les hôtes de maintien peuvent être des animaux sauvages tels que les cervidés, les ratons laveurs et les rongeurs.

Jusqu'ici, les chercheurs pensaient que l'uvéite récidivante était une réaction immunologique et une séquelle d'une infection à Leptospira pomona qui s'était produite des mois ou des années avant.4 Or, une récente étude allemande qui a porté sur 130 chevaux atteints d'uvéite a réussi à isoler des leptospires dans les yeux de 27 % de ces animaux. Ces isolats appartenaient aux groupes sérologiques grippotyphosa (n = 31) et australis (n = 4). Cette découverte est remarquable car la mise en évidence de ces bactéries est très difficile.5

Les signes cliniques s'effacent souvent pour réapparaître après un certain temps. Les attaques graves peuvent aboutir à la kératopathie en bandelette (calcification de la cornée), à la cécité permanente, à l'atrophie de l'oeil et/ou au glaucome. Le cheval présente des signes de douleur très vive aux yeux - un blépharospasme sévère (clignements spasmodiques), une photophobie (sensibilité à la lumière) et un larmoiement. L'oeil est souvent difficile à examiner en raison de sa contraction en position fermée partielle ou totale. Souvent, les praticiens anesthésient l'oeil par blocage du nerf auriculo-palpébral pour faire une meilleure évaluation.

Chez la jument gestante, les leptospires peuvent se localiser dans l'utérus/placenta et, de là, dans le foetus, entraînant sa mort. Les avortements chez la jument sont très souvent associés à une infection à L. pomona. Le cheval est probablement un hôte occasionnel de L. pomona. On pense que L. bratislava s'est « adapté à l'hôte » dans le cas du cheval, autrement dit qu'il peut exister chez cet animal sans causer de maladie, et que le cheval est probablement un hôte de maintien.

Diagnostic

Le diagnostic de la leptospirose est généralement posé par exclusion. Les vétérinaires prélèvent des paires de sérums à trois semaines d'intervalle comme outil essentiel à leur diagnostic. Toutefois, l'infection à Leptospira associée à l'uvéite peut s'être produite plusieurs mois auparavant. Une multiplication par quatre du titre des Leptospira dans les paires de sérums fournit un diagnostic de présomption. Les titres positifs peuvent être détectables durant toute la vie de l'animal atteint.6 Dans les cas récents d'uvéite récidivante trouvés dans l'Est ontarien, les titres de L. pomona et L. Bratislava, dépassaient la dilution 1/1 500. Dans un des cas, le titre de L. pomona était 1/20 480.2

Au nombre des facteurs de risque, on a évoqué l'inondation des pâturages ou l'absorption d'eau venant de sources contaminées. En outre, la race Appaloosa semble être plus prédisposée à contracter l'uvéite et à souffrir en conséquence d'une perte de vision plus grave.6

Il n'y a aucun vaccin contre les leptospires qui est homologué pour emploi chez les chevaux. Selon le Dr Ann Dwyer, les vaccins homologués pour les bovins n'agiraient pas chez les chevaux et pourraient même être néfastes.6 Il est conseillé de ne pas laisser les chevaux boire dans les drains municipaux et les mares, car ces points d'eau sont facilement contaminés par les animaux sauvages.

Traitement

On utilise souvent les stéroïdes, sous forme topique ou subconjonctivale, pour réduire l'inflammation causée par l'uvéite. Il faut cependant être prudent, car ils peuvent causer une ulcération de la cornée. L'atropine (1 %-4 %) dilate l'iris et soulage les spasmes ciliaires, le blépharospasme, le larmoiement et la photophobie. On peut utiliser la cyclosporine s'il y a ulcération de la cornée et que les stéroïdes sont contre-indiqués.7 Les antibiotiques sont indiqués seulement quand on est en présence d'une infection aiguë ou d'infections bactériennes secondaires.4 Cependant, maintenant qu'il a été démontré que les leptospires sont présents dans les yeux des chevaux atteints d'uvéite, la voie est ouverte à des études visant à établir les meilleures façons de traiter cette maladie tenace.5

On peut s'adresser à son vétérinaire pour toute question concernant la prévention et le traitement de la leptospirose.

Références bibliographiques

  1. Shapiro, J.L., Prescott, J.F. Equine abortions in eastern Ontario due to leptospirosis. Canadian Veterinary Journal 1999; 40: 350-351.
  2. Stevenson, D., Laboratoire d'hygiène vétérinaire, Kemptville, communication personnelle.
  3. Bolin, C.A. Clinical signs, diagnosis, and prevention of Bovine Leptospirosis. Australian Association of Clinical Veterinarians 1998; Sydney.
  4. Rebhun, W.C. Diagnosis and treatment of equine uveitis. Journal of the American Veterinary Medical Association 1979; 175 (8): 803-808.
  5. Brem, S., Gerhards, H., Wollanke, B., Meyer, P., Kopp, H. 35 Leptospira isolated from the vitreous body of 32 horses with recurrent uveitis. Berliner Muenchener Tieratrzliche Wochenschrift 1999; oct.-nov., 112 (10-11): 390-3 (en allemand).
  6. Dwyer, A.E. Association of leptospiral seroreativity and breed with uveitis and blindness in horses: 372 cases (1986-1993). Journal of the American Veterinary Medical Association 1995; 207 (10): 1327-1331.
  7. Gratzek, A.T., Kaswan, R.L., Martin, C.L., Champagne, E.S., White, S.L. Ophthalmic cyclosporine in equine keratitis and keratouveitis: 11 cases. Equine Veterinary Journal 1995; 27(5): 327-333.

Nous remercions le Secrétariat d'État pour sa contribution financière à la réalisation de la présente fiche technique.


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