Élevage de chevreaux laitiers mâles


Fiche technique - ISSN 1198-7138  -  Imprimeur de la Reine pour l'Ontario
Agdex : 435/23
Date de publication : Mai 2017
Commande no. 17-014
Dernière révision : Mai 2017
Situation :
Rédacteur : Jillian Craig - Spécialiste des petits ruminants/MAAARO

Table des matières

Introduction

Les chevreaux mâles sont souvent considérés comme un sous-produit de l'industrie laitière caprine. L'élevage de chevreaux mâles peut cependant s'avérer une entreprise rentable, que les chevreaux proviennent de l'exploitation laitière du producteur ou qu'ils aient été achetés de l'extérieur. La présente fiche technique contient de l'information qui aidera les producteurs à élever et à commercialiser des chevreaux mâles en bonne santé, et notamment des renseignements sur le colostrum, l'alimentation lactée, le sevrage, le logement et les pratiques de gestion optimales en matière de santé animale.

Des études semblent démontrer que la consommation de viande caprine pourrait augmenter si cette dernière était davantage offerte dans les supermarchés1, ce qui signifie donc que l'élevage de chevreaux laitiers mâles pourrait représenter un débouché intéressant. Les chevreaux mâles font partie intégrante de la production laitière caprine. Un éleveur laitier caprin qui a pris la décision de ne pas élever de chevreaux mâles doit trouver un acheteur qui souhaite les élever. Il est également important de leur fournir la quantité voulue de colostrum de qualité dans le délai prescrit et leur procurer des soins appropriés après la naissance.

Colostrum

Le colostrum est indispensable à la survie des chevreaux. Il s'agit d'une excellente source d'énergie qui contient les anticorps nécessaires pour les protéger contre les maladies, ainsi que d'autres facteurs immunitaires. Le colostrum devrait être donné aux chevreaux le plus tôt possible après la naissance, étant donné que la capacité à absorber les anticorps diminue rapidement. Idéalement, la première administration de colostrum devrait avoir lieu au cours de la première heure suivant la naissance. La quantité de colostrum fourni est également très importante.

Rations de colostrum à donner aux chevreaux :

  • 50 mL de colostrum/kg (5 % de poids vif) à la première administration;
  • plus de trois rations additionnelles dans les 24 heures suivant la naissance, 200 mL de colostrum/kg (20 % de poids vif).

On doit peser les chevreaux afin de s'assurer qu'ils reçoivent une quantité adéquate de colostrum.

Exemple d'administration de colostrum

Pour un chevreau de 3 kg, donner les quantités suivantes :

  • 150 mL de colostrum (50 mL/kg), idéalement au cours de l'heure suivant la naissance (pas plus de 6 h après la naissance);
  • 3 rations additionnelles de 600 mL de colostrum (200 mL/kg) au cours des 24 heures suivant la naissance.

Les producteurs qui achètent des chevreaux mâles devraient s'informer auprès de la ferme d'origine au sujet des protocoles relatifs à l'administration de colostrum. Les fermes d'origine devraient vendre des chevreaux qui ont déjà reçu la quantité voulue de colostrum de qualité durant le délai prescrit.

Alimentation lactée

Il existe un certain nombre de systèmes et de méthodes pour nourrir les chevreaux, de l'alimentation au seau aux distributeurs automatiques de lait qui mesurent et mélangent l'aliment d'allaitement sur une base régulière. Le choix du système dépend du nombre de chevreaux à élever, des circonstances particulières et des préférences du producteur. Quel que soit le système choisi, l'assainissement est d'une importance critique.

Suivre les instructions pour le mélange données par l'entreprise qui fournit l'aliment d'allaitement le cas échéant. Le mélange de lait trop froid peut compromettre l'uniformité du mélange des gras. Le mélange de lait trop chaud provoque une dénaturation des protéines. Le lait frais (6 °C à 10 °C) empêche les chevreaux de boire de grandes quantités de liquide à la fois, ce qui réduit les problèmes digestifs. Suivre les recommandations de l'entreprise qui fournit l'alimentation d'allaitement en ce qui a trait aux températures.

Il est préférable d'offrir du lait à volonté surtout pour des raisons de santé et pour diminuer les problèmes de digestion. L'utilisation de lait acidifié peut réduire la quantité de bactéries présente dans le lait si ce dernier est offert à volonté durant toute la journée.

Il est important d'agiter le lait, car le gras se dépose avec le temps?; il est donc recommandé de mélanger ou de brasser le lait à plusieurs reprises durant la journée. Ce sont souvent des restrictions de nature économique qui dictent les quantités maximales et minimales d'aliment d'allaitement à offrir. Fehr et Hervieu (1975) ont observé qu'il n'était pas recommandé d'utiliser moins de 7 kg d'aliment d'allaitement en poudre par chevreau2.

Alimentation

Offrir une ration de démarrage aux chevreaux dans la première semaine d'âge. La ration devrait être très appétissante et facile à digérer. Demander au nutritionniste de proposer une ration équilibrée pour les chevreaux.

Offrir du fourrage grossier aux chevreaux après leur première semaine afin de favoriser le développement du rumen. Donner de l'eau aux chevreaux dans les 24 premières heures de leur naissance, et veiller à ce qu'elle soit toujours propre et fraîche ainsi qu'à température ambiante.

Sevrage

Pour réussir le sevrage, il faut que les chevreaux aient déjà commencé à manger un peu de nourriture solide (environ 150 à 200 g/jour). La ration doit être très appétissante et facile à digérer. Les chevreaux devraient boire de l'eau fraîche et propre et savoir où la trouver.

Le choc du sevrage est moins prononcé chez les chevreaux qui sont sevrés en tenant compte du poids plutôt que de l'âge. Selon une étude effectuée à l'Université Langston, le sevrage réussit mieux quand les chevreaux sont sevrés à 9 kg (20 lb) de poids vif. Lorsque le sevrage se fait en fonction de l'âge, selon cette même étude, les chevreaux devraient être âgés d'au moins huit semaines pour être sevrés. On estime que le sevrage en fonction du poids permet aux chevreaux moins en santé ou sous-alimentés de ne pas être sevrés trop tôt, ce qui leur donne plus de temps pour se développer3. De manière générale, on peut dire que les chevreaux peuvent être sevrés lorsque leur poids atteint 2,5 fois le poids à la naissance.

Surveiller de près l'évaluation de l'état de chair et la prise alimentaire durant cette période afin de s'assurer que la transition et l'adaptation vers l'alimentation solide et l'abreuvement en eau se font adéquatement.

Logement

Le logement est un aspect majeur de l'élevage des chevreaux, en raison de sa contribution à réduire le stress, les maladies et le taux de mortalité. Voici quelques points dont il faut tenir compte à ce sujet4 :

  • Bonne ventilation exempte de courants d'air avec une humidité relative de 60 à 80 %.
  • Densité de logement pour les chevreaux de moins de 30 kg (66 lb) : 0,3 à 0,5 m2/tête (3,3 pi2/tête à 5,5 pi2/tête).
  • Densité de logement pour les chevreaux de plus de 30 kg (66 lb) : 0,7 à 0,9 m2/tête (8 pi2/tête à 10 pi2/tête).
  • Litière propre et sèche.
  • Enclos faciles à nettoyer et à désinfecter entre les lots.
  • Mangeoires qui ne se renversent pas afin de réduire le gaspillage et la saleté.
  • Nettoyage fréquent des enclos.
  • Éclairage approprié.
  • Échelle de températures idéales pour les chevreaux de moins de trois mois : 10 à 18 °C?; de plus de trois mois : 6 à 16 °C.
  • Sources complémentaires de chaleur (au besoin) pour éviter les refroidissements par temps plus froid.

Santé

Garder si possible les lots d'origine différente dans des endroits séparés. Si cela n'est pas possible, surveiller étroitement les chevreaux. Repérer les animaux malades, administrer le traitement requis et les garder à l'écart dans un enclos spécial. Retracer la source de la maladie ou du taux de mortalité élevé auprès des fermes d'origine; ce point est important, car le statut sanitaire des fermes peut être en cause. Le protocole d'administration du colostrum peut être plus rigoureux sur certaines fermes que d'autres?; il est donc important d'en discuter avec le fournisseur au moment de l'achat des chevreaux. Comparer annuellement les taux de mortalité et de maladie entre les différents lots et entre les fermes où l'on s'approvisionne (le cas échéant). Apporter les changements qui s'imposent dans le processus d'approvisionnement.

Travailler de concert avec le vétérinaire du troupeau pour établir un protocole de santé pour les chevreaux mâles et discuter des problèmes de santé qui pourraient surgir comme la pneumonie, le météorisme, la coccidiose, la maladie du rein pulpeux, l'entérotoxémie, la diarrhée néonatale et le syndrome du chevreau mou.

Commercialisation

Il est bon de s'informer tôt des possibilités et débouchés en matière de commercialisation lorsqu'on commence à élever des chevreaux pour la viande. Poser des questions pour savoir à quelle période de l'année et à quel poids il est préférable de mettre les chevreaux en marché. Il est bon de savoir à quelles périodes on les commercialisera avant de les acheter : durant toute l'année, sur une base saisonnière ou pour les fêtes des marchés ethniques. Étudier les variations de prix durant l'année et parler aux acheteurs dans les encans ou les abattoirs pour se faire une idée des périodes de prix élevés et de bas prix durant l'année.

Il est important aussi de connaître le poids et le stade de finition voulus. S'informer auprès des transformateurs et des autres acheteurs potentiels qui peuvent donner des renseignements utiles à ce sujet. Ainsi, certains transformateurs recherchent un chevreau bien fini dont le poids vif est de 27 kg (60 livres) alors que d'autres peuvent préférer d'autres poids et stades de finition. Les prix vont dépendre du poids et du stade de finition voulus.

Les chèvres se reproduisent de manière saisonnière durant les périodes de jours courts. Pour une grande proportion de l'industrie laitière caprine, les mises bas ont lieu de janvier jusqu'à la fin d'avril. C'est pourquoi la majorité des chevreaux mâles sont habituellement offerts en vente pour engraissement au printemps. De manière générale, des chevreaux dont le poids vif est de 36 kg (80 lb) peuvent être finis en cinq ou six mois, ce qui veut dire que de nombreux chevreaux sont mis en marché à l'automne. Selon le poids cible souhaité, les chevreaux peuvent être commercialisés à différentes périodes. Les rations pour chevreaux peuvent également être formulées pour soit accélérer leur croissance, soit la ralentir afin que leur mise en marché coïncide avec une fête particulière. Certains producteurs laitiers caprins ont recours à la reproduction en contre-saison pour profiter de primes sur le prix du lait. Dans ce cas, les chevreaux mâles peuvent être offerts à l'automne.

Lorsqu'on élève des chevreaux mâles, il est important de consigner leur poids, les gains journaliers moyens, le poids à la mise en marché, les rations données et la durée de l'élevage jusqu'à la mise en marché. Cette information permet de disposer de points de comparaison pour les années à venir et facilite la préparation d'un plan de commercialisation pour les chevreaux mâles.

Conclusion

Pour réussir l'élevage et la mise en marché de chevreaux mâles sur le marché de la viande, il est important de leur donner du colostrum de qualité le plus tôt possible après la naissance; la quantité recommandée est de 50 mL/kg de poids vif (5 % du poids vif) à la première ration, avec 200 mL de colostrum/kg (20 % de poids vif) répartis sur trois rations additionnelles durant les 24 heures qui suivent la naissance. On doit donner aux chevreaux une ration de démarrage ayant une palatabilité et une digestibilité élevées dès que possible et leur donner accès à de l'eau propre et à du fourrage grossier. Les chevreaux doivent être logés dans un endroit bien aéré, mais exempt de courants d'air. Ils peuvent être sevrés à 9 kg de poids vif (20 lb) ou quand leur poids atteint 2,5 fois le poids à la naissance.

Établir le poids cible souhaité et surveiller la croissance et la santé des chevreaux. Les chevreaux malades devraient être placés dans un enclos à l'écart pour être traités. Noter les taux de mortalité; en discuter avec le vétérinaire du troupeau afin d'établir un plan pour réduire les décès. Comparer annuellement les taux de mortalité et de maladie entre les différents lots et entre les fermes d'approvisionnement (le cas échéant). Le fait de connaître les taux de mortalité et de maladies aidera à prendre de bonnes décisions en ce qui a trait aux achats, aux pratiques d'élevage et à la commercialisation. Enfin, rechercher dès le début les débouchés commerciaux afin de planifier les périodes de mise en marché, le poids des chevreaux et leur stade de finition au moment de les vendre.

Pour en savoir davantage sur la période d'allaitement, visiter le site Web du MAAARO à ontario.ca/elevages et rechercher « Nutrition of the Young Goat : Birth to Breeding » (en anglais seulement).

Références

1Integrity Intellectual Property Inc (and Associates). Understanding the Ethnic Market Opportunities for Veal, Goat, Lamb and Rabbit. Financé par Ontario Goat, Ontario Sheep Marketing Agency, Ontario Veal, Ontario Rabbit et Cultivons l'avenir 2, 2015.

2O'Brien, A. Nutrition of the Young Goat: Birth to Breeding, MAAARO, Imprimeur de la Reine pour l'Ontario, mars 1998.

3Lu, C.D., et Potchoiba, M.J. Milk Feeding and Weaning of Goat Kids - A Review, Small Ruminant Research, 1, (105-112), Elsevier Science Publishers B.V, 1988.

4Ontario Goat. Best Management Practices for Commercial Goat Production, version 1.0, août 2014.

Cette fiche technique a été rédigée par Jillian Craig, spécialiste des petits ruminants, MAAARO, Lindsay.


Pour plus de renseignements :
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