Les répercussions de la
pluie sur la qualité des fourrages
Voici ce qui arrive à la qualité de vos cultures fourragères
lorsque le temps est anormalement pluvieux.
La difficulté de faire les foins entre deux averses de pluie pendant
l'été 2008 a certainement causé bien des frustrations
aux producteurs. La valeur nutritive et la valeur fourragère des
cultures s'en sont aussi ressenties.
Si la pluie a retardé votre récolte, comme cela s'est produit
dans de nombreuses exploitations, vous constaterez peut-être certains
changements dus à la maturité avancée de la luzerne
:
- taux accrus de cellulose au détergent neutre (NDF) (environ
0,9 % d'augmentation par jour de retard de la récolte);
- taux accrus de fibres au détergent acide (FDA) (environ 0,7
% d'augmentation par jour et augmentation de la lignine);
- baisse de protéines (environ 0,5 % par jour);
- baisse de calcium causée par la maturité et une plus
forte teneur en herbe.
Si le foin a été exposé à la pluie, voici
d'autres changements physiques :
- défoliation accrue causée par un endommagement physique
(les feuilles sont riches en protéines et pauvres en fibres);
- décomposition accrue des protéines en azote non protéique
(la décomposition est rapide lorsque les taux d'humidité
sont supérieurs à 60 %);
- baisse des taux de glucides solubles qui réduisent la vitesse
de fermentation;
- lessivage des minéraux hydrosolubles;
- chute de 30 à 50 % du rendement en matière sèche;
- hausse de la teneur en fibres.
À peine cinq ou six jours suffisent pour que les valeurs idéales
de votre foin de luzerne à 20 % de protéines brutes, 30
% de FDA et 40 % de NDF se détériorent et se fixent à
17, 34 et 45 % respectivement. Lorsque vous avez récolté
une culture fourragère de qualité inférieure, vous
n'avez pas d'autre choix que de la servir. Cependant, vous devez faire
certains rajustements sur les plans de l'alimentation et de la gestion
pour tirer le meilleur parti de ce que vous avez. Voici donc une liste
de quelques vérifications à effectuer :
- Analysez tous les fourrages avant de les servir et équilibrez
les rations plus souvent.
- Inspectez les fourrages secs et les ensilages fermentés pour
déceler tout endommagement par la chaleur.
- Sachez où vous avez stocké les aliments de qualités
différentes. Réservez le fourrage de meilleure qualité
pour les vaches très productives ou en début de lactation,
ou pour les périodes de l'année où le nombre de
vaches fraîches est plus élevé.
- Si le foin est de piètre qualité, servez de 15 à
25 % plus d'aliments que vous ne le feriez en temps normal. Laissez
les vaches faire le tri et choisir les meilleurs morceaux.
- Si vous servez une ration totale mélangée (RTM) avec
une longueur de hachage réglable, hachez le foin un peu plus
fin pour améliorer l'ingestion et la digestibilité. Assurez-vous
cependant de conserver une longueur suffisante des fibres.
- Servez plus d'ensilage de maïs ou d'ingrédients riches
en fibres, tels que des enveloppes de soya, de la pulpe de betterave,
des drêches de brasserie ou des graines de coton.
- Planifiez d'acheter plus d'aliments protéiques. Pensez à
des produits de remplacement tels que des drêches de distillerie,
de la farine de gluten de maïs, du tourteau de canola ou encore
du soya brut.
- Traitez votre maïs ensilé avec de l'ammoniac pour augmenter
la protéine facilement assimilable.
- Réglez le type ou la quantité de mélange minéral
en fonction de la baisse des taux de calcium.
- Surveillez l'apparition de moisissures dans les aliments ou la formation
de mycotoxines. En cas de doute, abstenez-vous de servir ces aliments.
- Envisagez de servir deux RTM. Utilisez les fourrages de qualité
inférieure dans la RTM des plus faibles productrices.
- Servez des aliments à base de levures ou de cultures de levure
pour augmenter le nombre de bactéries qui digèrent la
cellulose dans le rumen.
Avec des fourrages de moins bonne qualité, il faut pratiquer une
gestion plus attentive et précise, mais ces petits détails
pourraient vous aider à mieux surmonter les frustrations du métier.
La version anglaise de cet article a paru dans le numéro de novembre
2008 du magazine Ontario Milk Producer, à la chronique intitulée
Ruminations.