L'initiative canadienne de lutte contre la paratuberculose (maladie de Johne)

Pour s'assurer que les produits laitiers canadiens proviennent de troupeaux exempts de la maladie de Johne et dont les vaches ne sont pas à risque d'infection, l'Initiative canadienne de lutte contre la paratuberculose a conçu en 2007 un programme à la ferme. De nos jours, la participation des vétérinaires et des éleveurs est primordiale au succès du programme dans les provinces qui se sont engagées envers le programme.

Grâce à un financement du gouvernement fédéral, l'Initiative canadienne a rassemblé un groupe d'experts à l'échelle nationale pour concevoir un programme à la ferme, semblable aux initiatives qui ont connu le succès dans d'autres pays comme l'Australie, les Pays-Bas et les États-Unis. Le programme canadien mise principalement sur deux orientations, ou deux volets. Le volet gestion favorise la gestion de changements au sein troupeau pour prévenir l'infection. Le volet état sanitaire mise sur une évaluation intensive et des restrictions de mouvement des animaux, pour que ces troupeaux obtiennent la certification attestant leur faible risque de développer la paratuberculose.

Après avoir mis au point les détails du programme et rédigé le manuel d'exploitation, les représentants provinciaux sont rentrés pour implanter la stratégie nationale à l'échelle provinciale. Aucun financement national n'est offert spécifiquement à cet effet. Pour lancer le programme à l'échelle de chaque province, chaque groupe provincial contre la paratuberculose doit trouver son financement auprès des organisations de producteurs et, le cas échéant, des gouvernements fédéral ou provinciaux.

Ces quatre dernières années, certaines provinces sont allées de l'avant avec l'implantation du programme, alors que d'autres ont suivi un rythme plus lent. Bien que la plupart des groupes de producteurs laitiers provinciaux souhaitent vivement la mise en place d'un tel programme, la vitesse et la façon d'y arriver reflètent surtout les manières différentes de se procurer le financement en vue de prévenir la maladie. Voyons plus en détails les divers programmes de lutte contre la paratuberculose partout au Canada.

L'Alberta en tête de liste
Ayant lancé dès 2001 une initiative bénévole, l'Alberta possède le plus ancien programme de lutte contre la paratuberculose de toutes les provinces canadiennes. Même s'il a perdu un peu de son élan de départ et que de nombreux troupeaux ne participent plus, Alberta Milk a donné son appui à un nouveau programme qui pourra éventuellement recruter les troupeaux précédemment enregistrés. Cette nouvelle composante pourrait certifier certains troupeaux à faible risque selon un protocole d'épreuves standardisées chaque année.
Jusqu'ici, l'Alberta est la seule province qui songe à incorporer un programme de suivi de l'état sanitaire des troupeaux pour lutter contre la paratuberculose. En vertu de ce programme, les troupeaux seraient évalués sur quatre niveaux en rapport avec la maîtrise de la maladie. Ils seront soumis à un protocole dont chaque étape es progressivement plus rigoureuse, et ne devront accepter aucun animal de l'extérieur du troupeau ou ne prendre que ceux provenant de troupeaux d'un niveau similaire ou supérieur. Le parcours du niveau 1 au niveau 4- le plus élevé-s'effectue sur une période d'au moins deux ans.

Le volet état sanitaire du programme comprend une évaluation et des essais annuels pour que le troupeau puisse rester au niveau atteint. On espère que ce volet du programme saura attirer les propriétaires de troupeaux à faible risque de la maladie de Johne, qui souhaiteraient commercialiser des semences sur la base de leur état sanitaire en rapport avec la maladie.

L'Ontario obtient un solide soutien de la part des producteurs

En Ontario, les producteurs ont apporté un solide soutien et ont financé le programme volontaire de lutte contre la paratuberculose mis en œuvre en janvier 2010. Voici les éléments du programme à la ferme :

  • évaluer toutes les vaches du troupeau laitier avec une épreuve sérologique, ou un essai du lait ELISA DHI CanWest;
  • remplir annuellement un plan de gestion et d'évaluation des risques (PGER) avec le vétérinaire du troupeau;
  • éliminer les vaches dont les résultats sont élevés (de 1,0 et plus à l'analyse ELISA) pour l'enlèvement de cadavres d'animaux, enfouissement ou compostage.

Les producteurs participants reçoivent un remboursement de 8 $ par vache ayant passé l'évaluation et 500 $ par vache aux résultats élevés qui sont éliminées. Pendant la première année, l'inscription au programme complet se chiffrait à environ 70 pourcent des troupeaux admissibles.

Le gouvernement du Québec met sur pied son propre programme
Au Québec, le gouvernement provincial a mis sur pied et dirige un programme légèrement différent. La première année, les troupeaux inscrits ont participé à une analyse des risques, similaire au PGER de l'Ontario, avec le vétérinaire du troupeau.

Le gouvernement paie 75 pourcent du temps du vétérinaire et le producteur les 25 pourcent qui restent, une consultation pouvant durer jusqu'à deux heures est financée. Dans la deuxième année et les suivantes, le producteur effectue le suivi selon les recommandations du vétérinaire et commence les analyses.

L'analyse de six échantillons environnementaux, d'échantillons de fumier de l'étable des vaches, de cultures ou d'analyses ELISA du lait pouvant aller jusqu'à 60 vaches, est nécessaire chaque année. Le programme subventionne les analyses au prix de 15 $ par culture au lieu du prix régulier de 25 $, et de 8 $ par épreuve ELISA du lait. Le programme paie aussi 75 pourcent du prix de la visite annuelle d'une heure du vétérinaire.

Pour participer au programme, les producteurs doivent convenir de garder les vaches avec des résultats d'analyse positifs ou de les envoyer seulement à l'abattage ou à un laboratoire; ils s'engagent à ne vendre aucun animal dont les résultats sont positifs à d'autres producteurs. Le gouvernement consigne les déplacements de ces animaux au moyen du numéro d'identification de l'animal du programme Agri-Traçabilité Québec (ATQ).

Ce printemps, 16 pourcent des troupeaux laitiers du Québec ont participé au programme de lutte à la paratuberculose. On prévoit des plans de promotion du programme cette année. La participation au programme reste volontaire.

LA C.-B. offre les analyses
L'hiver dernier, la Colombie-Britannique a complété un projet visant les analyses et ce printemps la province a commencé à offrir des épreuves de détection de la paratuberculose aux producteurs de bovins laitiers et de boucherie au laboratoire de diagnostic provincial. L'initiative de la C.-B. endosse aussi les évaluations menées à la ferme par des vétérinaires pour mettre en évidence les changements de gestion du troupeau nécessaires.

Les provinces atlantiques travaillent de concert

L'initiative contre la paratuberculose de l'Atlantique, soutenue par les associations de producteurs des quatre provinces atlantiques, devrait commencer en juin. Ce programme offrira aussi de l'aide financière pour les analyses et les consultations vétérinaires à la ferme. Plus de détails suivront sous peu.

Des différences minimes
Il pourrait sembler que les provinces prennent des directions un peu différentes dans leur implantation des programmes de lutte à la paratuberculose, toutefois les éléments de base de toutes ces initiatives restent semblables. Les programmes sont à participation volontaire, malgré le soutien financier fourni pour compenser les coûts des analyses de détection de la maladie de Johne, les services vétérinaires ou les deux, pour encourager les producteurs à participer.

Tous les programmes comprennent des évaluations. Que les programmes exigent des épreuves des vaches ou des échantillons environnementaux, l'objectif reste le même : identifier si un troupeau est à risque d'être atteint de la paratuberculose et quantifier si la maladie de Johne constitue probablement un problème mineur ou grave.

Mieux encore, tous les programmes appuient fortement la consultation producteur vétérinaire ou l'approche PGER. Les spécialistes de la maladie de Johne à l'échelle provinciale restent convaincus que les recommandations pour limiter la propagation de la maladie de Johne à la ferme ne doivent être effectuées que par quelqu'un qui :

  • sait ce qui entre en ligne de compte avec la maladie et connaît les analyses à effectuer;
  • est familier avec le troupeau;
  • est en mesure d'évaluer les installations de la ferme;
  • comprend les compétences de gestion du producteur et les buts recherchés;
  • peut donner la priorité aux changements suggérés par rapport à d'autres obligations à la ferme.

Quoique l'implantation s'effectue de façon indépendante dans chaque province, les différences sont assez superficielles quand elles sont examinées plus attentivement. Chaque programme repose sur des bases scientifiques reconnues et un suivi en continu. Chaque programme comporte d'excellentes chances de succès si les producteurs et les vétérinaires continuent d'y participer.

La participation est primordiale. Tous ces programmes poursuivent le but ultime suivant : que l'industrie laitière nationale puisse affirmer que tous les troupeaux canadiens font partie d'un programme de lutte reconnu contre la paratuberculose et y participent activement pour limiter la propagation de la maladie. Nous voulons que les produits laitiers canadiens proviennent de fermes où la prochaine génération de vaches proviendra de nos propres génisses qui ont été élevées sans être à risque d'infection par la paratuberculose.

Le texte précédent est paru dans la rubrique Ruminations de la revue Milk Producer Magazine en juin 2011.


Auteur : Dr. Ann Godkin - Veterinary Scientist/MAAARO
Date de création : 02 décembre 2011
Dernière révision : 02 décembre 2011

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