Stratégies nutritionnelles pour réduire la quantité de nutriments dans le fumier de bovin laitier

L'azote (N) et le phosphore (P) sont deux éléments qui préoccupent les producteurs laitiers en ce qui a trait à la quantité de nutriments qui interviennent dans leurs opérations. Ces éléments font partie intégrante des composantes nutritionnelles importantes pour une efficacité de production optimale, parmi lesquelles on retrouve la lactation, la croissance et l'entretien. Il y a des stratégies efficaces de gestion nutritionnelle de ces nutriments qui permettent d'en réduire la quantité dans le fumier tout en maintenant la production globale du troupeau.

À la base, le niveau de protéine brute des aliments est fixé par le niveau d'azote qu'ils contiennent. Dans un régime, la protéine brute fournit des acides aminés et d'autres formes d'azote qui concourent à la fermentation en soi et facilite la production de lait. Un excès d'azote dans le régime de vaches laitières s'avérera inefficace et, la plupart du temps, sera rejeté dans l'urine sous forme d'urée. Il s'agit d'une utilisation inefficace de protéines d'une grande valeur, sans compter que cela fait augmenter la quantité d'azote dans le fumier de façon excessive.

La protéine alimentaire, onéreuse, possède des avantages réduits quant à la production de lait; ainsi, en rajouter n'est pas toujours la solution et en réduire la quantité au-dessous des niveaux recommandés peut se traduire par une diminution de la production de lait. La clé de la gestion nutritionnelle de l'azote? Profiter des occasions de réduire la quantité d''aliments azotés, car actuellement, de nombreuses moulées laitières en contiennent des niveaux au-delà de ce qui est recommandé dans les régimes alimentaires.

L'alimentation régulière constitue une stratégie utilisée afin de s'attaquer à ce problème au sein des troupeaux laitiers. En ce moment, la meilleure stratégie afin de minimiser la quantité d'azote dans le fumier consiste à définir les besoins de la vache et de créer des régimes et ainsi répondre à ces besoins de façon plus précise. Les chercheurs recommandent d'analyser les fourrages et de souvent tester la matière sèche. Les fourrages de haute qualité représentent une abondante source de protéines et de glucides qu'il est important d'équilibrer à l'aide d'aliments concentrés qui les complètent de façon adéquate.Cette approche minimisera les excès de protéines dans le régime et se traduira par des rations qui correspondent mieux aux besoins nutritionnels.

En tant que stratégie de gestion, on peut également regrouper les vaches de façon précise selon les besoins nutritionnels. Prenez en compte un groupe dont les rations mixtes totales (RMT) sont fixées à une production de 35 kg/jour de lait. Ainsi, la production de lait de nombreuses vaches de ce groupe sera moindre et, par conséquent, il y a de fortes chances qu'elles consomment un excès d'azote. Habituellement, la vache ne transforme en lait que de 25 à 30 % du régime alimentaire N et, si on augmente la dose, cela s'avère encore moins efficace.

Une étude de la University of Maryland sur l'utilisation de l'azote uréique de lait (AUL) dans le but d'améliorer la nutrition des vaches laitières a démontré les avantages de la réduction des excrétions d'azote. Les résultats mensuels d'AUL et les directives de gestion qu'ont reçues les agriculteurs qui ont pris part à l'étude ont conduit 44 % des producteurs à revoir les rations de leurs vaches. Les participants à l'étude ont obtenu des niveaux d'AUL plus bas (0,52 mg par jour de moins) que les autres fermes de la région. Les chercheurs ont calculé que les 472 fermes de l'étude épargneraient 126 tonnes d'azote par année des sources d'approvisionnement en eau.

Dans la gestion des nutriments, le phosphore représente un défi plus facile à relever que l'azote. Cependant, le phosphore contenu dans le fumier peut avoir des conséquences graves sur l'environnement s'il n'est pas géré de façon adéquate. Pour les fermes laitières, la solution simple consiste à moins nourrir les animaux. Une récente étude a démontré que la préparation des moulées laitières aux États-Unis contenaient de 0,45 à 0,5 % d'azote en fonction de la matière sèche. Les plus récentes recommandations (2001) du CNRC pour le bovin laitier proposent des niveaux environ 25 % plus bas.

De nombreuses raisons expliquent pourquoi on maintient les niveaux au-dessus de ce que proposent les nouvelles recommandations. Il était pratique que la ration recèle un facteur sécurité qui permette une variation du niveau des nutriments. En outre, la croyance selon laquelle le niveau d'azote doit demeurer élevé afin d'obtenir une bonne performance de reproduction doit faire place à l'évidence suivante : nourrir les vaches en respectant les niveaux recommandés n'a aucun effet sur la reproduction. L'avantage de ramener les niveaux de phosphore habituels aux niveaux exigés n'est pas négligeable : une baisse de 30 à 35 % de la quantité de phosphore dans le fumier. Pour les producteurs de lait, cela signifierait des économies quant aux suppléments de phosphore du régime, une productivité continue et une meilleure approche de la gestion des quantités de nutriments.


Auteur : Tom Wright - Spécialiste de la nutrition des bovins laitiers/MAAARO
Date de création : juin 2003
Dernière révision : juin 2003

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