De nouvelles recherches suggèrent
des périodes sèches plus courtes
Plus de lait dans le réservoir
Il est temps de remettre les traditions en question et de revoir les
recommandations actuelles sur la durée idéale de la période
sèche pour nos troupeaux laitiers. Une étude menée
en Floride et récemment publiée vient appuyer d'autres recherches
en suggérant que des périodes sèches plus courtes
pourraient bien s'avérer meilleures.
Actuellement, la recommandation est de tarir les vaches 50 ou 60 jours
avant la date prévue de leur prochain vêlage. Ce conseil
se base sur de nombreuses études ayant analysé les registres
d'amélioration des troupeaux laitiers il y a de ça 20 ou
30 ans. Ces études démontraient que les vaches ayant des
périodes sèches de plus de 60 jours ou de moins de 45 jours
produisaient ensuite moins de lait que ce qui était prévu
à partir de leur précédente lactation.
Même si ces renseignements s'avèrent utiles, ce n'est pas
là une preuve concluante que les vaches ont besoin d'une période
sèche de 45 jours. Il est impossible de savoir pourquoi les vaches
avaient des périodes sèches plus longues ou plus courtes
parce que les raisons du choix des dates de tarissement n'ont pas été
données. Puisque 50 à 60 jours étaient la norme à
l'époque dans l'industrie laitière, le groupe en dehors
de ces cadres incluait probablement de nombreuses vaches ayant des problèmes.
Par exemple, le groupe ayant été tari plus de 60 jours
aurait inclus les vaches taries plus tôt à cause de nouvelles
infections mammaires. Si ces infections persistent, il est évident
qu'elles affecteront la production lors de la prochaine lactation. Les
vaches ayant des périodes sèches de moins de 45 jours incluaient
des animaux dont la miss bas de jumeaux avait eu lieu plus tôt que
prévu ou qui avaient subi un avortement peu avant le terme en raison
d'une maladie, affectant du fait la production.
La recommandation moderne quant à l'alimentation pendant la période
sèche de 60 jours est de mettre les vaches sur un régime
pour vaches taries et pauvre en énergie pour les premiers 30 jours,
le tout suivi d'un autre 30 jours de rations à plus haute teneur
en énergie en vue du vêlage. Les trois changements de rations
et les trois changements de groupe social sur une courte période
sont peut-être en partie responsables de la plus faible quantité
d'aliments ingérés rapportée dans les jours entourant
le vêlage.
Le fait d'avoir deux groupes de vaches taries et deux régimes distincts
à gérer ajoute aussi à la tâche et à
la complexité de la gestion du troupeau.
Une période sèche plus courte permettrait peut-être
de tarir les vaches dans un état corporel convenable et directement
dans le groupe de préparation au vêlage. Les bénéfices
nutritionnels potentiels d'un seul régime pour vaches taries ont
été signalés dans la chronique Ruminations en Mai
2003.
Une étude de M.S. Gulay et de ses collègues de la University
of Florida portait sur des vaches en santé de l'université
dont la période sèche avait été délibérément
plus courte. Pour l'étude, les 84 vaches Holstein avaient été
assignées au hasard à l'un des trois groupes de traitement.
L'un des groupes a été tari 60 jours avant la date prévu
du vêlage et les vaches ont reçu des rations de début
tarissement pendant 30 jours, puis des rations de préparation au
vêlage jusqu'à la mise bas. Les vaches des deux autres groupes
ont été traites jusqu'à 30 jours avant la date prévue
du vêlage, pour ensuite le mettre directement sur un régime
de préparation au vêlage. On a aussi traité l'un de
ces groupes avec un médicament spécial destiné à
accélérer les changements survenant dans le pis au moment
du tarissement.
Lors de la lactation suivante, les chercheurs ont découvert que
les vaches soumises à une période sèche de 30 jours
ingéraient une plus grande quantité d'aliments durant le
premier mois de lactation et maintenait de meilleures notes d'état
corporel que les vaches taries pendant 60 jours. La production de lait
pendant les premières 10 semaines et tout au long de la lactation
était la même pour tous les groupes. Cependant, le mois supplémentaire
de lactation à la fin de la lactation précédente
a donné un supplément de 510 kilogrammes de lait par vache
pour les deux groupes de vaches qui n'avaient été taries
que pendant 30 jours.
Trois autres études ont obtenu des résultats semblables
:
- Lors de tests hollandais au cours desquels 36 vaches ont été
soumises à des périodes sèches de 60 ou 30 jours,
les vaches soumises à une période sèche plus longue
ont produit 123 kg de lait de plus par vache lors de la lactation suivante.
C'est 483 kg de moins par vache que le supplément produit pendant
les 30 jours de lactation supplémentaires pour le groupe soumis
à une période sèche plus courte.
- Lors d'un autre test en Floride, les vaches taries pendant 30 jours
ont produit 9112 kg de lait pendant la lactation suivante, ce qui n'est
pas différent statistiquement des 8897 kg produit par les vaches
soumises à une période sèche de 60 jours.
- Au Wisconsin, R.R. Grummer et R. Rasini ont étudié trois
groupes de vaches. Un groupe soumis à une période sèche
de 56 jours, dont 28 sur un régime de début de tarissement
et 28 sur un régime à haute teneur en énergie en
préparation au vêlage. Un deuxième groupe a été
soumis à une période sèche de 28 jours et au même
régime de préparation au vêlage et un troisième
groupe n'a pas été tari, mais a été soumis
au régime de préparation au vêlage pendant quatre
semaines. Les vaches n'ayant pas été taries ont produit
cinq kg de lait de moins par jour pendant les 10 premières semaines
de la lactation suivante, mais aucune différence n'a été
notée entre les groupes soumis à une période sèche
de 28 et de 56 jours. La quantité d'aliments ingérés
était plus grande au moment du vêlage pour les vaches soumises
à des périodes sèches plus courtes, et les résultats
préliminaires suggèrent que ces vaches ont aussi repris
leur cycle et conçu plus tôt.
Les vaches ont besoin d'une période sèche. Des études
physiologiques démontrent que les changements survenant dans le
pis en vue de la prochaine lactation prennent environ trois semaines à
se faire. Malgré cela, la recommandation actuelle est que la période
sèche la plus appropriée pour une vache laitière
moderne est de 45 à 60 jours. Des études récentes
démontrent que nous avons de bonnes raisons de remettre en question
cette recommandation et suggèrent qu'une période sèche
de 30 à 35 jours n'a aucun effet négatif sur la production.
En fait, une période sèche plus courte pourrait même
augmenter la production par lactation.
Votre ferme est-elle une bonne candidate pour des périodes sèche
plus courtes?
Il nous faut expérimenter sur le terrain pour confirmer les mérites
des périodes sèches plus courtes. Si vous souhaitez en faire
l'expérience, votre troupeau doit respecter les critères
suivants :
- la plupart des vaches doivent être dans un état corporel
convenable et avoir un bon rendement en fin de lactation;
- la ferme doit avoir des registres de reproduction exacts et démontrer
qu'elle peut garder les vaches dans le groupe de préparation
au vêlage pour le nombre de jours prévu ;
- vous devez avoir un excellent registre de traitement de la mammite
et être disposé à écarter le lait des vaches
au vêlage hâtif;
- le rendement de la main-d'uvre pour la traite devrait être
suffisant pour justifier le temps nécessaire à la traite
des vaches en lactation tardive et il doit y avoir un bénéfice
clair à tirer de l'élimination du groupe de début
de tarissement.
Lorsque ces conditions sont respectées, des périodes sèches
de 35 à 40 jours et le fait d'avoir un seul groupe de vaches taries
peut augmenter la quantité de lait dans votre réservoir,
améliorer les prises alimentaires des vaches fraîches, en
plus de diminuer le nombre de groupe à gérer et à
nourrir dans l'étable.
Bibliographie : Gulay, M.S., M.J. Hayen, K.C. Bachman,
T.Belloso, M. Liboni, and H.H. Head, 2003,Milk production and feed intake
of Holstein cows given short (30-d) or normal (60-d) dry periods, J. Dairy
Sc. 86:2030-2038 Lotan, E. and J.H. Alder, 1976. Observations on the effect
of shortening the dry period on milk yield, body weight, and circulating
glucose and FFA levels in dairy cows. Tijdschrift Diergeneeskunde 101:77-82
Bachman, K.C., 2002. Milk production of dairy cows treated with estrogen
at the onset of a short dry period. J. Dairy Sc. 85:797-803Grummer, R.R.,
and R. Rasani, 2003. In Proceedings of the Dairy Health Management Certificate
Program, 2003 Annual Update Meeting, Ontario Veterinary College, University
of Guelph.
Cet article est paru dans la chronique Ruminations de la revue Ontario
Milk Producer, édition Juillet 2003.