Le boom de l'éthanol

Il est évident que la flambée de popularité de l'éthanol en Amérique du Nord explique en grande partie la hausse des coûts du maïs, de l'orge et du blé fourragers. Mais ce boom pourrait aussi fournir indirectement des sources de protéines et d'énergie à moindre coût.

Des politiques gouvernementales canadiennes et américaines, visant à promouvoir l'utilisation d'éthanol pour remplacer en partie l'essence ou y être ajouté, ont contribué à la montée en flèche de la popularité du produit. De nouvelles usines d'éthanol sont en construction ou en voie de l'être des deux côtés de la frontière.

Selon une estimation de l'industrie américaine, la demande de maïs pour les usines américaines d'éthanol atteindra 140 millions de tonnes par année en 2010, soit environ la moitié des 300 tonnes qui sont récoltées chaque automne. Cette quantité de maïs peut produire annuellement 50 millions de tonnes de drêches de distillerie sèches. Il faut donc s'attendre à ce que ce type d'ingrédient se retrouve aussi sur les marchés canadiens de l'alimentation animale.

Un rapport du département américain de l'Agriculture (USDA), paru l'été dernier, signalait que chaque boisseau de maïs utilisé pour la production d'éthanol donne environ 17 livres de drêches sèches de distillerie, contenant 13 pour cent d'humidité. Une livre de ce sous-produit a la même valeur nutritive qu'une demi-livre de maïs et une demi-livre de tourteau de soya.

Outre la drêche sèche de distillerie, les sous-produits de la production d'éthanol comprennent les drêches humides de maïs distillerie du, la farine de gluten de maïs et le gros gluten de maïs. La drêche de maïs de distillerie provenant de l'industrie de l'éthanol contient entre 30 et 36 pour cent ou plus de protéine brute sur une base de matière sèche. Le rapport de 2001 du Conseil national de recherches signale que la drêche de maïs de distillerie contient 29,7 pour cent de protéine brute.

La dégradation de la plupart des amidons et des sucres facilement assimilables du maïs utilisé dans la production d'éthanol est probablement déjà complétée au cours du processus de fermentation. Le pourcentage de protéine qui persiste dans les drêches de maïs est proportionnellement plus élevé que dans le maïs original et les quantités de protéines digestibles dans l'intestin grêle y sont plus élevées.

Quelle quantité de drêches de maïs de distillerie peut être incorporée à la ration des vaches laitières? Des chercheurs de l'université du Dakota Sud ont comparé les effets de rations composées de 10 et 20 pour cent de drêches sèches et de drêches humides de maïs sur les vaches laitières.

Les vaches qui consommaient ces quantités de drêches de distillerie étaient plus productives et leur lait était de meilleure qualité que les vaches nourries avec les rations témoins exemptes de drêches. La matière grasse et les concentrations de protéines étaient plus élevées dans le lait des vaches nourries avec des drêches humides de maïs.

Dans le cadre d'une autre étude, réalisée dans le Dakota Sud, on a comparé l'effet sur la production de lait de rations dans lesquelles on a remplacé le maïs et le tourteau de soya par des drêches de distillerie humides. Les rations des deux groupes de vaches Holstein étaient composées d'une base d'ensilage de maïs et de luzerne, et soit du maïs et du soya, soit du maïs et des drêches de distillerie humides (voir le tableau 1).

Les résultats ont démontré que la prise alimentaire diminuait de 10 pour cent, sans que la production de lait soit toutefois modifiée. Les réserves énergétiques des vaches étaient cependant moindres lorsqu'elles étaient nourries avec des drêches de distillerie humides.

Lorsque les ingrédients des moulées ont été analysés, on a observé que l'énergie contenue dans les drêches de maïs était de 10 à 15 pour cent supérieure à ce qu'avait rapporté le CNR en 2001. C'est peut-être ce qui explique pourquoi la production est restée au même niveau chez les vaches dont les formulations de rations étaient préparées selon les valeurs théoriques.

Étant donné que certaines études ont démontré qu'une ration contenant plus de 20 pour cent de drêches de maïs humides peut faire baisser la prise alimentaire, il faut se montrer vigilant lorsque la ration contient moins de 50 pour cent de matière sèche. Il faudra peut-être aussi vérifier la formulation si on augmente la proportion de drêches de maïs. La teneur en protéines serait alors sous les limites acceptables. Par ailleurs, les drêches de maïs sont tout de mêmes faibles en lysine, l'acide aminé le plus limitatif dans les rations laitières riches en maïs.

L'utilisation de drêches de distillerie sèches ou humides dans l'alimentation animale dépend surtout des pratiques utilisées dans l'exploitation ainsi que de la proximité d'une source d'approvisionnement en drêches de maïs sèches ou humides. Les drêches humides perdent leur fraîcheur et leur appétence après cinq à sept jours, par temps chaud, mais elles peuvent rester en bon état jusqu'à trois semaines, si elles sont gardées au frais.

Les drêches humides contiennent habituellement autour de 70 pour cent d'humidité. Elles risquent cependant de geler, par temps très froid, ce qui complique la manutention et les mélanges avec d'autres ingrédients. L'humidité des rations totales mélangées risque alors d'être excessive surtout en présence d'ensilage de maïs et d'ensilage préfané.

Les drêches de distillerie sèches et les ingrédients secs sont plus faciles à manipuler. Ils sont plus chers cependant, puisqu'on doit les sécher.

La farine de gluten de maïs et le gros gluten de maïs sont également des sous-produits de la production d'éthanol. La farine de gluten de maïs est un supplément très protéiné qui contient 60 pour cent de protéine brute. On peut l'incorporer à d'autres sources de protéines. La teneur en énergie du gros gluten de maïs, qui contient 25 pour cent de protéine brute, est acceptable si l'on tient compte du prix des autres ingrédients.

Voir la fiche technique, Comparaison des valeurs nutritives d'aliments pour ruminants, sur le site Web du ministère de l'Agriculture, de l'Alimentation et des Affaires rurales de l'Ontario, pour plus d'informations sur les valeurs nutritives des sous-produits de l'éthanol. La fiche fournit aussi une évaluation des coûts associés à l'utilisation de ces produits. 

Tableau 1. Comparaison de rations contenant du maïs et du soya avec les rations contenant du maïs et des drêches de distillerie humides
 

Pourcentage de maïs
et de soya
dans la ration

Pourcentage de drêches
de maïs humides
dans la ration

Ensilage de maïs
31,4
31,4
Luzerne (foin)
18,4
18,4
Maïs roulé
30,7
17,0
Tourteau de soya
16,7
  
Drêches de maïs humides
 
31,2

 Cet article a déjà été publié, en version originale anglaise, dans la chronique Ruminations de la revue The Milk Producer Magazine, février 2007.

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Auteur : Barry Potter - Spécialiste en productions animales/MAAARO
Date de création : 06 septembre 2007
Dernière révision : 06 septembre 2007

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