Risque d'intoxication au nitrate et de formation de gaz d'ensilage associé à l'utilisation de maïs affecté par la sécheresse et qui est destiné à l'ensilage, à l'affouragement en vert ou au pâturage

Des périodes prolongées de temps sec sans pluie peuvent être une source de stress majeur pour les plants de maïs. Lorsque cela se produit au stade de formation de la panicule mâle et de la pollinisation, la formation de l'épi et le rendement en grains peuvent être considérablement affectés. Lorsque la situation s'aggrave, les feuilles brunissent et les plants peuvent sembler desséchés et " morts ". Certains producteurs tentent de récupérer ce maïs en l'utilisant comme fourrage pour le bétail, soit sous forme d'ensilage, d'affouragement en vert ou de pâturage. Dans certaines conditions, ce maïs peut contenir de fortes concentrations de nitrate (NO3) qui risquent de provoquer une intoxication mortelle du bétail et peuvent être fatales aux humains sous forme de gaz d'ensilage. Le risque est particulièrement élevé au cours des 5 à 7 jours qui suivent une pluie mettant fin à une importante période de sécheresse.

Conditions environnementales à l'origine des concentrations élevées de nitrate

Les nitrates s'accumulent dans les plants de maïs en présence de grandes quantités dans le sol de nitrates facilement assimilables (à la suite d'apports importants d'azote ou de fumier ou d'enfouissement de plants de légumineuses) et lorsque des facteurs environnementaux compromettent la capacité des plants à les métaboliser pour leur croissance. Il est difficile de prévoir avec certitude à quel moment il y aura des concentrations élevées de nitrate. L'accumulation de nitrate est souvent plus marquée à la suite d'une pluie qui met fin à une période prolongée d'une sécheresse majeure. Après une pluie, la transformation normale des nitrates en protéine végétale reprend après quelques jours lorsque le plant peut de nouveau métaboliser les nitrates du sol assimilables, et les concentrations de nitrate dans les plants redeviennent alors plus normales. Les risques d'excès de nitrate sont plus importants durant les 5 à 7 jours suivant une pluie qui met fin à une période de sécheresse prolongée. On doit donc éviter de récolter ou de faire brouter les plants durant cette période qui est beaucoup plus à risque que la période de sécheresse comme telle.

Une fertilisation à trop forte teneur en azote peut également causer des concentrations élevées de nitrate. Les autres événements climatiques qui peuvent faire augmenter ces dernières sont la grêle, le gel, les temps nuageux, bien que ce soit beaucoup plus rare. Il est vrai que le maïs est la culture fourragère qui est le plus susceptible de causer des intoxications au nitrate, mais on peut aussi retrouver des concentrations élevées de nitrate dans le sorgho, l'herbe de soudan et les céréales. Des mauvaises herbes comme le chou gras, les amarantes et d'autres peuvent aussi accumuler des nitrates. Bien que rares, les incidents associés à des teneurs élevées en nitrate se produisent parfois.

Intoxication au nitrate

Dans le rumen, les nitrates (NO3) sont transformés en nitrites (NO2) qui sont à leur tour convertis en ammoniac et puis en acides aminés. Des concentrations élevées de nitrite perturbent la capacité de l'hémoglobine sanguine à transporter l'oxygène. Les symptômes d'intoxication au nitrate comprennent notamment, un halètement excessif, un battement cardiaque rapide et faible, des difficultés respiratoires, des tremblements musculaires, la perte d'équilibre et la mort. Les muqueuses peuvent devenir bleues et le sang prend une couleur chocolat. Dans la plupart des cas, l'animal s'affaisse et meurt subitement, dans les trois heures suivant l'apparition des premiers symptômes. En cas de soupçon d'intoxication au nitrate, garder l'animal calme et l'installer confortablement, puis appeler le vétérinaire immédiatement. Les animaux qui sont moins gravement atteints peuvent être apathiques et présenter des symptômes plus discrets. Les cas subaigus ou chroniques peuvent provoquer une diminution de l'appétit, des problèmes reproducteurs (incluant l'avortement) et de faibles rendements.

Réduction de la quantité de nitrates par fermentation

On peut réduire la quantité de nitrates de 25 à 65 % en laissant fermenter adéquatement l'ensilage. La réduction moyenne est d'environ 40 %. Laisser fermenter l'ensilage pendant au moins trois à cinq semaines avant de le donner aux animaux. Si le maïs récolté est trop humide ou trop sec, il ne fermentera pas adéquatement et la teneur en nitrate restera plus élevée que la normale.

La concentration de nitrates est beaucoup plus élevée dans le tiers inférieur de la tige. Si on craint la présence de fortes teneurs en nitrate, relever la barre de coupe afin de laisser une plus grande partie de la tige dans le champ, ce qui aura toutefois pour effet de réduire encore davantage le volume de récolte une année où l'on a grandement besoin des fourrages. Pour maximiser les rendements et prévenir les risques associés aux nitrates, il est conseillé de récolter les plants lorsqu'ils atteignent la hauteur normale de coupe, de les entreposer sous forme d'ensilage, de faire analyser des échantillons du fourrage pour leurs concentrations en nitrate et d'ajuster en conséquence les teneurs dans les rations alimentaires.

Prudence pour faire pâturer ou donner comme fourrage vert

Face à une pénurie de fourrages, il est possible pour certains producteurs d'utiliser le maïs à ensilage endommagé par la sécheresse comme pâture ou de le faire consommer comme fourrage vert, à la condition de procéder avec une grande prudence. Il est difficile de prédire les concentrations en nitrate. Les risques d'intoxication au nitrate dans les plants de maïs offerts sous forme de fourrage vert ou au pâturage sont beaucoup plus élevés dans les cinq à sept jours qui suivent une pluie que durant la période de sécheresse comme telle. On doit donc éviter de donner ces plants sous forme de fourrage vert ou de les faire brouter durant cette période. Les concentrations en nitrate dans le plant fluctuent chaque jour, et il est donc difficile d'évaluer ce risque changeant. Les teneurs en nitrate sont normalement plus élevées dans la partie inférieure du plant que près du sommet. Si le fourrage vert n'est pas consommé par les animaux sur-le-champ, il y a respiration et transformation des nitrates en nitrites, ce qui accroît les risques. L'échantillonnage au champ et l'analyse en laboratoire pour les concentrations en nitrites peuvent être utiles, mais rappelons cependant que les concentrations en nitrates dans ces plantes sont fluctuantes. Dans un pâturage, ce maïs à haute teneur en nitrate est probablement la seule source de nourriture. Il est très risqué de mettre au pâturage des animaux qui ont faim dans un champ de maïs rabougri et dépourvu de rafles après une pluie qui suit une période de sécheresse.

Analyse des concentrations et gestion des fourrages

L'analyse des cultures lors de la récolte donne une idée générale de la concentration relative de nitrates, mais non de la concentration de nitrates présente dans l'ensilage donné aux animaux. Le meilleur moment pour déterminer la concentration de nitrates est la fin de la fermentation.

Prélever un échantillon représentatif et communiquer avec le laboratoire pour connaître le protocole d'expédition. Il est important de prévenir les pertes de nitrate dans l'échantillon, alors on recommande habituellement de congeler l'échantillon et de l'envoyer dans la journée alors qu'il est encore congelé. Si l'analyse de laboratoire montre une forte concentration de nitrates, faire analyser l'eau et les autres fourrages pour établir l'ingestion totale de nitrate, car l'eau peut aussi contenir d'importantes quantités de nitrate.

Il existe une certaine confusion quant à la façon dont les laboratoires rapportent et utilisent les concentrations en nitrate, il faut donc s'assurer d'interpréter la bonne méthode. Les concentrations de nitrate (NO3) devraient être de 4,4 fois supérieures à celles de l'azote des nitrates (NO3N). Les concentrations peuvent aussi être rapportées en " ppm " ou en pourcentage.

En règle générale, les concentrations en NO3-N devraient être inférieures à 1000 ppm (concentration de NO3 inférieure ou égale à 0,44 %) pour ne pas présenter de danger. Si les concentrations sont supérieures à 4000 ppm de NO3N (supérieures ou égales à 1,76 % de NO3), il ne faut pas donner le fourrage aux animaux. Entre ces deux valeurs, le risque dépend de la quantité de fourrage donnée au bétail et de l'espèce animale en cause. L'Université du Wisconsin conseille un apport total d'azote des nitrates dans la ration (incluant les quantités provenant de l'eau) de moins de 1 gramme par 45 kg (100 lb) de poids vif.

Lorsqu'on formule les rations, il faut diluer le maïs d'ensilage à haute teneur en nitrate et se montrer vigilant. Le risque est plus élevé chez les animaux jeunes, et chez les femelles allaitantes et gestantes. Les animaux en santé sont moins à risque. En effet, les animaux peuvent s'adapter avec le temps à des teneurs plus élevées en nitrate; on doit donc introduire graduellement les aliments qui en contiennent. Les grains et les concentrés contiennent habituellement peu de nitrate.

Un apport adéquat de glucides non structuraux (GNS) dans le rumen facilite la transformation des nitrates en ammoniac, ce qui réduit les risques d'intoxication. En répartissant l'ingestion quotidienne en plus petites portions, on réduit aussi les risques.

Gaz d'ensilage

Tout fourrage contenant de fortes quantités de nitrates représente un risque accru de production de gaz d'ensilage. Les gaz d'ensilage peuvent être mortels! Le dioxyde d'azote (NO2 ) est un gaz asphyxiant dangereux dont la production commence presque aussitôt que des végétaux sont entassés dans le silo. Chez l'humain, une brève exposition à ce gaz suffit pour endommager gravement les tissus pulmonaires et même provoquer une mort subite. Ce gaz a une odeur caractéristique d'eau de Javel et peut être visible sous la forme d'un brouillard brun rougeâtre. Comme il est plus lourd que l'air, il tend à s'accumuler juste au-dessus de l'ensilage. Il peut aussi descendre dans la chute du silo et se répandre dans les salles d'alimentation. Éviter d'entreposer de l'ensilage susceptible de présenter des teneurs élevées en nitrate dans les silos-tours. Reporter la récolte afin d'atténuer les risques associés à la présence excessive de nitrate, ou utiliser un silo horizontal ou un silo boudin pour ce type de maïs d'ensilage.

Observer les précautions et les méthodes. Consulter aussi la fiche technique de la Farm Safety Association de l'Ontario sur les dangers des gaz d'ensilage (www.farmsafety.ca/public/factsheets/silo_gas_dangers.pdf) (en anglais seulement).


Auteur : Joel Bagg - spécialiste de la culture des fourrages/MAAARO
Date de création : 9 août 2001
Dernière révision : 28 mai 2014

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