Question d'équilibre - Des recherches montrent que nous sacrifions la fertilité pour les caractères de productionNous avons toujours cru que la différence entre une bonne et une
mauvaise reproduction pouvait être attribuable à sa gestion.
Nous commençons maintenant à voir la preuve que la fertilité
des vaches laitières baisse génétiquement. Plusieurs
études ont permis de constater que la reproduction est négativement
corrélative au niveau de production, à l'état des
attributs corporels, à l'angularité et à la taille
corporelle. On constate que la sélection, surtout d'un caractère
unique pour la production, a réduit la fertilité des vaches. Une recherche récente récapitulant certaines tendances
de reproduction chez les troupeaux du " Dairy Herd Improvement "
de l'Ohio (DHI) par exemple, permet de conclure que le rendement global
reproductif de l'état a chuté au cours des années
1990. L'intervalle entre les vêlages a augmenté de 15 jours
pendant cette période. L'écart entre les jours de mise à
bas et de conception était semblable, le nombre de services par
conception a augmenté et le taux de conception a régressé,
de 50 à 47 pour cent. Il y avait, cependant, quelques contradictions dans les données
mesurées en Ohio. L'intervalle de vêlage (IV) était
plus élevé de sept jours chez les troupeaux à faible
production que chez les troupeaux à production élevée.
On a également mesuré quelques différences selon
la taille des troupeaux; l'IV était un peu plus long chez les petits
troupeaux de tailles moyennes que chez les grands troupeaux. Ces derniers,
même s'ils éprouvent une conception légèrement
moins élevée, ont vu leurs vaches vêler plus tôt. Les intervalles de vêlage observés par Canwest DHI (anciennement Ontario DHI) et l'organisme chargé de mesurer la production laitière au Québec, Programme d'Analyse des troupeaux laitiers du Québec (PATLQ), font état de tendances semblables au cours des 10 dernières années. L'IV a augmenté de près de deux jours par an (voir le tableau). Intervalles de vêlage annoncés
À l'Université de Guelph, le docteur Larry Schaeffer et
ses collaborateurs ont mis sur pied une étude de trois ans qui
se penche sur les aspects génétiques du rendement chez les
troupeaux laitiers canadiens. Cette étude permettra aux fermiers
laitiers canadiens de bénéficier de la mise en commun du
système d'enregistrement du lait national, de Vision 2000 et du
système d'échange de données. Les chercheurs comme
Schaeffer peuvent maintenant lier l'information nécessaire pour
analyser le rendement productif des vaches même si on ne conserve
les données sur la production que depuis 1998. Les résultats préliminaires de Schaeffer incluent l'âge
lors de la première saillie de la génisse qui passe de 509
jours (16,7 mois) en 1998 à 504 jours (16,5 mois) en 2002. Les
génisses ont un meilleur rendement reproducteur que les vaches
laitières. Le taux de conception à la première saillie
(TCPS) et celui après 56 jours sont plus élevés chez
les génisses en général. Le nombre de saillies par
conception et l'intervalle entre la première saillie et la conception
sont plus bas. Les mesures de fertilité ont tendance à s'affaiblir
selon le nombre de lactation. On mesure également de légères
diminutions entre la première, la seconde et la troisième
lactation. Semblablement à l'étude d'Ohio, les données préliminaires
de Guelph suggèrent une légère diminution annuelle
du TCPS et du taux de conception après 56 jours. Le nombre de "
saillies par conception " a augmenté, tout comme l'intervalle
de " première saillie par conception " entre 1998 à
2000. L'intervalle entre le vêlage et la première saillie
et celui entre le vêlage et la conception ainsi que les journées
ouvertes ne fournissent aucune direction évidente. La période d'attente volontaire est en grande partie responsable
de ces mesures. C'est un résultat des décisions des propriétaires,
et cela peut refléter des changements de priorités de gestion
de troupeau plutôt que des changements de la fertilité des
vaches. Une étude de Brian Van Doormaal, pour le compte du Réseau
laitier canadien (RLC), sur le taux de non-retour à 56 jours au
Canada (soit la mesure utilisée pour évaluer la fertilité
des taureaux en cas d'insémination artificielle) se penche sur
des facteurs comme l'âge, le nombre de lactation, la saison et l'année.
Le taux moyen de premières inséminations réussies
pour les génisses vierges était 79,3 pour cent (taux de
non-retour à 56 jours). C'est 12 pour cent plus élevé
que le taux pour les vaches laitières de deux ans, qui s'établit
à une moyenne 67,2 pour cent en moyenne. La fertilité décroît
légèrement avec l'âge chaque année entre la
deuxième et la neuvième année. Il y a eu une légère
baisse du taux de non-retour avec le temps soit de 68 à 67 pour
cent. Des données canadiennes portent à croire que la fertilité de la vache laitière décline, bien qu'il ne s'agisse pas d'une chute aussi prononcée qu'aux États-Unis. Cependant, il est assez évident que nous devons être inquiets et devrions soutenir de nouvelles analyses pour mieux les facteurs et les liens génétiques. La reproduction est un phénomène complexe. Beaucoup de
facteurs comme l'environnement, la nutrition, la santé, la période
de temps, la fertilité du taureau et la génétique
influencent le succès. La gestion de troupeaux modernes de vaches
laitières mène à une production plus élevée
et, dans beaucoup de troupeaux, à une période d'attente
volontaire plus longue après le vêlage, avant que les vaches
ne soient réinséminées. Essentiellement, une période
plus longue de lactation sied bien au schème de gestion chez les
vaches à production élevée. Ce qui donne l'aspect
d'une fertilité moins élevée. Nous devons trier les
différences entre les stratégies de gestion intentionnelles
et les pertes coûteuses liées à la santé, à
la nutrition ou aux facteurs génétiques. Les caractères reproducteurs ont tendance à posséder
une faible hérédité. Ce facteur, lié à
notre incapacité de très bien évaluer les caractères
reproducteurs, signifie que nous nous sommes concentrés sur la
nutrition et la gestion pour améliorer ou au moins maintenir le
rendement reproductif. Les résultats des études de Guelph
et du RLC montrent que la fertilité des génisses est beaucoup
plus élevée que celle des vaches laitières. Cela
pourrait porter à conclure qu'il y a beaucoup à gagner à
mieux gérer les vaches laitières et à compenser les
demandes de production élevée. Cela ne veut pas dire que
nous pouvons ignorer des facteurs génétiques et compenser
avec une nutrition optimale et une saine gestion à l'infini comme
l'analyse des dossiers de la DHI semble vouloir le montrer. Plusieurs études aux États-Unis et au Royaume-Uni montrent
que la production a une corrélation génétique négative
avec le rendement reproducteur. Bien que nous ayons fait des progrès
immenses en matière de génétique pour les caractères
de production, la fertilité a diminué. On suggère,
que pour chaque augmentation de 1 000 kilogrammes de la production de
lait, le nombre de journées moyennes ouvertes augmente de huit
jours. Le but de la sélection génétique doit être
un équilibre entre gains optimaux en production et pertes minimales
de fertilité. On doit aussi considérer le niveau de consanguinité. Plus
il augmente, plus on observe un effet négatif ou décroissant
sur le rendement, particulièrement pour les caractères de
santé et de reproduction. Quelques éleveurs voient le croisement
comme la solution à ce problème. Il pourrait sûrement
profiter aux petits troupeaux. Cependant, si la fertilité est négativement
corrélée à la production et que la production est
le facteur de revenu le plus important chez les troupeaux de vaches laitières,
ce problème doit être résolu. Si le niveau de production
des métis monte inévitablement, la réduction de la
fertilité deviendra également un facteur. La baisse de la fertilité des vaches laitières ne peut
pas être aussi catastrophique que certains le suggèrent.
Les facteurs de gestion dans les industries laitières modernes
peuvent contribuer à augmenter les intervalles de vêlage.
Néanmoins, puisque les recherches suggèrent fortement une
baisse de la fertilité des vaches laitières, notre industrie
doit aborder cet enjeu.
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