Décodage génétique des bovinsUn nouvel outil de sélection puissant peut prédire le potentiel génétique des veaux de nos troupeaux peu après leur naissance.
Le génome d'un organisme, dans ce cas celui d'un bovin laitier,
renferme les renseignements héréditaires encodés
dans son ADN. La sélection génomique, couplée à
des méthodes de sélection et d'évaluation de haute
technicité, devrait grandement améliorer l'efficacité
et l'exactitude des programmes d'amélioration génétique.
Les laboratoires d'amélioration génétique américains
et canadiens, les installations et les centres d'insémination artificielle
(IA), ont permis le développement de valeurs génomiques
d'élevage estimées (VGÉE). On s'attend que ces dernières
révolutionnent les programmes d'élevage de bovins laitiers
en changeant la façon dont sont sélectionnées les
taureaux et les vaches. Ce sont les dernières nouvelles issues de la récente réunion
du Comité international pour le contrôle des performances
en élevage tenue à Niagara Falls, N.Y. Parmi les faits saillants
de la rencontre il faut noter deux rapports importants, l'un du docteur
George Wiggans sur le travail de collaboration des partenaires de l'industrie
canadienne et américaine pour mettre au point la sélection
génomique, et l'autre du docteur Larry Schaeffer de l'Université
de Guelph, sur comment utiliser cette technologie dans un programme de
sélection d'IA. Ces deux rapports offrent des réponses aux
principales questions que se posent les éleveurs de bovins laitiers.
La génomique, c'est de la sélection ?La sélection génomique utilise l'information sur le patrimoine génétique d'un animal individuel pour évaluer sa valeur reproductive. Les chercheurs ont mis au point des analyses par balayage du génome entier au moyen d'une puce à ADN qui peut identifier jusqu'à 54 000 infimes parcelles d'information génétique. Chaque parcelle d'information s'appelle un polymorphisme de nucléotide simple (PNS). Que sont les PNS ?Les PNS sont comme des marqueurs qui indiquent les types de variation génétique communs. Ils peuvent être bénéfiques, nuisibles ou n'avoir aucun effet connu. Le génome bovin possède des millions de PNS. Plus on en
identifie, mieux nous multiplions nos connaissances sur la génétique
des bovins laitiers en général. Même si les 54 000
PNS identifiés à ce jour ne se sont pas tous révélés
utiles dans le génotypage des bovins laitiers, beaucoup d'entre
eux nous aident maintenant à prédire si nous sélectionnons
un animal avec les caractères que nous souhaitons. Comment fonctionne la sélection ?La première étape de ce processus qui en compte deux compare
le patrimoine génétique d'un grand nombre de sujets ayant
des caractères communs dans la population bovine laitière
globale, parmi lesquels la production laitière, la facilité
de mise bas, les traits du type et ainsi de suite. À la deuxième étape l'information des PNS que l'on
trouve dans le génome de chaque animal sert à prédire
sa valeur reproductive. Des programmes informatiques ajoutent tous les
effets sur un caractère donné identifié avec les
divers PNS, et le tous est combiné avec la moyenne parentale utilisée
dans le système d'évaluation génétique traditionnel
pour calculer une VGÉE globale. Aussi exacte que les épreuves de progéniture?Dans le projet du département de l'agriculture américain,
les VGÉE ont été évaluées sur 5 825
taureaux et vaches, puis comparées à leurs valeurs reproductives
réelles en 2008 pour déterminer l'exactitude des VGÉE.
Cette évaluation a été effectuée pour les
caractères reproductifs ainsi que ceux liés au type fonctionnel
et au vêlage. Une VGÉE aurait un facteur de fiabilité se situant entre
la moyenne parentale et l'épreuve de progéniture traditionnelle.
La fiabilité relative de la moyenne parentale se situe entre 25
et 40 %, selon le caractère et la quantité d'information
disponible sur les parents. Au Canada, un taureau nouvellement éprouvé/mis
à l'épreuve peut présenter une fiabilité entre
80 et 85 %, et les épreuves des taureaux avec un grand nombre de
filles auront un niveau de fiabilité de l'ordre de 95 %. Les nouvelles VGÉE combinent l'information génotypique
d'animaux individuels avec les moyennes parentales, auxquelles s'ajoute
toute information d'épreuve individuelle si elle est disponible.
Quand le département de l'agriculture américain a ajouté
l'information génotypique et les moyennes parentales, les VGÉE
des taureaux ont montré une fiabilité entre 63 et 75 %.
Ces degrés de fiabilité pourraient être quelque peu
surestimés et se révéler moindres quand le programme
sera à plus grande échelle. Nous ne pouvons nous fier sur les VGÉE autant que sur les épreuves
de progéniture hautement confirmées/avérées,
mais celles-ci sont beaucoup plus précises que les moyennes parentales.
Chez les femelles, une VGÉE est probablement beaucoup plus exacte
que toute évaluation génétique actuelle pour toutes,
à l'exception de quelques vaches. Le fait qu'elle puisse être
effectuée à un assez jeune âge est avantageux. . Quels en sont les avantages ?La sélection génomique présente deux avantages,
la vitesse et un coût moindre. On peut obtenir peu après la naissance d'un veau les génotypes
pouvant potentiellement servir à l'IA ou devenir la mère
d'un taureau. S'il est combiné aux moyennes parentales pour créer
les VGÉE, le processus peut accélérer les tendances
génétiques de 30 à 50 %, selon la précision
des VGÉE et la mesure dans laquelle l'industrie s'en servira. L'analyse par balayage du génome entier d'un sujet coûte
de 250 $ à 300 $, comparée à l'épreuve de
progéniture d'un seul taureau qui s'élève à
40 000 $. On pourrait soumettre à cette analyse un grand nombre
de jeunes géniteurs dont quelques-uns seraient choisis pour passer
des épreuves de progéniture. On pourrait ainsi rehausser
potentiellement le taux de gain génétique, à un coût
de beaucoup inférieur à celui du programme d'épreuves
de progéniture actuel. Une plus grande fiabilité des VGÉE peut améliorer
la sélection qui à son tour améliore les caractères
qui ont une faible héritabilité comme la santé, la
condition physique et la fertilité. Et l'élevage en consanguinité ?Comme la sélection génomique peut mieux précisément
identifier les géniteurs supérieurs les meilleurs à
un jeune âge, elle peut contribuer à des taux plus élevés
d'élevage en consanguinité. Les programmes d'élevage
visent d'ordinaire l'atteinte de la meilleure génétique
le plus vite possible. Par ailleurs, la sélection génomique utilisée comme
méthode de tri à grande échelle permettrait d'identifier
les vaches et les taureaux de haut mérite génétique
que les modèles d'évaluation animale plus traditionnels
laissent de côté. Et les gènes individuels considérés comme importants ?La sélection à l'échelle génomique a rendu
caduque l'approche d'identification de gènes individuels comme
ayant une incidence positive ou négative sur un caractère
important d'un point de vue économique. Des gènes multiples
contrôlent la plupart de ces caractères et agissent de façon
cumulative. Les gènes individuels qui sont identifiés comme importants,
s'ils sont inclus dans la sélection génomique étendue,
peuvent contribuer à l'exactitude globale des VGÉE. Le fait
d'identifier un plus grand nombre de ces gènes dans les années
à venir pourrait probablement améliorer la fiabilité
dans le futur. Incidence sur les programmes d'insémination artificielle ?Les VGÉE offrirait l'avantage de présélectionner
des taureaux avant de les soumettre à des épreuves de progéniture,
ce qui augmente le taux de gain génétique. Toutefois, ils
seraient encore soumis au même délai d'attente pour effectuer
une évaluation de progéniture (valeur d'élevage estimé)
avant d'être utilisé dans la population. Une nouvelle approche plus audacieuse pourrait procéder au génotypage
de 2 000 jeunes taureaux et plus, mais un nombre réduit seulement
serait soumis à l'épreuve de progéniture à
l'âge d'un an. Plutôt que 400 taureaux, seulement 200 seraient
soumis à l'épreuve de progéniture, et ils seraient
tirés d'un bassin de population beaucoup plus large que maintenant.
De même, quelques-uns de taureaux présentant le meilleur
génotype deviendraient les géniteurs de fils avant d'être
soumis à l'épreuve de progéniture. Cette méthode
assurerait de 30 à 50 % plus de gain génétique qu'un
système d'épreuve de progéniture traditionnel à
environ un moindre coût, sinon le même. Aurons-nous encore besoin de dossiers ?Nous aurons encore besoin de dossiers pour identifier les géniteurs
d'IA vraiment supérieurs. Les épreuves de progéniture
se poursuivront puisqu'elles sont plus fiables que les VGÉE, mais
on soumettra un moins grand nombre de taureaux aux épreuves de
progéniture. Il faudra un grand nombre de dossiers pour les caractères d'une
grande importance économique afin de continuer d'évaluer
les effets des PNS pour produire des VGÉE plus précises
à l'avenir. Et les vaches ?Une VGÉE améliore la fiabilité lorsqu'on estime
la valeur reproductive véritable de la plupart des vaches. En général,
sauf pour quelques vaches exceptionnelles, nous disposons de moins d'information
pour estimer le vrai mérite génétique des vaches
que pour les taureaux soumis à l'épreuve de progéniture.
Le génotypage des femelles peu après la naissance pourrait
fournir des valeurs reproductives relativement fiables. Les géniteurs d'IA intéressés aux mères à taureaux procéderont probablement au génotypage d'un grand nombre de femelles prometteuses. Si vous êtes en possession de femelles commercialisables qui ne sont pas du type recherché présentement par les reproducteurs en IA, une solution possible serait le génotypage, qui coûte moins de 250 $ par animal.
Cet article a été initialement publié dans la chronique " Ruminations " de la revue " The Milk Producer Magazine " d'août 2008.
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