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Le mystère du colostrum
Le colostrum produit par les vaches confère aux veaux l'immunité naturelle dont ils ont besoin, mais il peut aussi leur transmettre des maladies. Les substituts commerciaux du colostrum permettent de réduire les risques de contamination de cette nature, mais on ne connaît pas encore parfaitement les quantités optimales de ces produits ni leurs effets à long terme sur la productivité. Pour que la relève d'un troupeau soit saine et productive, il est essentiel que les veaux consomment un colostrum (premier lait) de bonne qualité dans les heures qui suivent leur naissance. Ils absorbent ainsi des facteurs immunitaires essentiels (appelés immunoglobulines) produits par leur mère. En 1993, le US National Dairy Heifer Evaluation Project concluait que les éleveurs laitiers devaient améliorer leur gestion du colostrum. Selon les résultats de ce projet, chez 40 % des génisses laitières, 1 à 2 jours après la naissance, le taux d'immunoglobuline G (IgG) ne dépassait pas le seuil de 10 mg/ml de sérum sanguin qui constitue la limite acceptable. Ces animaux n'avaient donc pas une protection immunitaire optimale, ce qui les rendait vulnérables aux pathogènes. Le colostrum contient des éléments nutritifs et des immunoglobines qui sont bénéfiques, mais il peut également contenir des bactéries pathogènes comme E. coli, Salmonella et Mycobacterium avium paratuberculosis, l'agent de la maladie de Johne. C'est ce qui explique l'intérêt suscité par les produits de remplacement du colostrum maternel. On peut s'en servir pour compléter les quantités de colostrum produites lorsque celles ci sont insuffisantes, ou pour le remplacer complètement dans le but d'éliminer tout risque de transmission de maladies par cette voie. Les recherches ont montré que les substituts commerciaux devaient contenir au moins 100 g d'IgG par portion pour permettre aux veaux d'atteindre le seuil souhaitable de 10 mg/ml de sérum. Ces produits doivent également contenir des protéines, des minéraux et des vitamines comme ingrédients standard. Des chercheurs de l'Université du Minnesota ont récemment publié les résultats d'une étude comparative d'un substitut commercial et de colostrum maternel. La recherche portait sur 12 élevages laitiers commerciaux de 190 à 1 550 têtes situés au Minnesota et au Wisconsin. Pendant l'étude, les élevages n'ont pas modifié leur mode de gestion de l'administration de colostrum. Dans chaque exploitation, les jeunes génisses étaient divisées en deux groupes, soit celles qui consommaient du colostrum maternel et celles qui recevaient un substitut. Dans chaque élevage, le nombre de repas et leur horaire étaient identiques pour les deux groupes. Cependant, les pratiques habituelles différaient d'un élevage à l'autre (nombre de repas de colostrum et quantités administrées). Dans 5 des 12 exploitations, les animaux recevaient un repas de 3,8 l de colostrum, puis un substitut de lait. Dans 6 autres, ils recevaient 2 repas de colostrum, soit un de 3,8 l et un second de 1,9 l environ 8 heures plus tard. Dans 1 élevage, ils recevaient 2 repas de 1,9 l de colostrum. Le substitut de colostrum était préparé conformément aux instructions du fabricant, et chaque portion contenait 125 grammes d'IgG mélangés à 2 l d'eau chaude. Dans les élevages où les animaux recevaient un second repas, on leur offrait un supplément de colostrum, chaque portion contenant 45 grammes d'IgG mélangés dans 1,9 l de substitut de lait. Des techniciens se sont rendus dans chacun des 12 élevages et ont prélevé des échantillons de sang des veaux âgés de 1 à 8 jours, ainsi que des échantillons de colostrum. Voici quelles sont les principales conclusions de cette étude :
La principale différence relevée entre les concentrations d'IgG dans le sérum des deux groupes est liée à la dose reçue; en effet le colostrum maternel contient plus d'IgG que le substitut commercial. C'est ce qui explique que, dans le groupe ayant reçu le substitut, on trouve un pourcentage si élevé d'animaux n'ayant pas absorbé des quantités insuffisantes d'immunoglobulines. Les chercheurs effectuent également un suivi de ces mêmes animaux dans le cadre d'une étude à long terme portant sur la transmission de la maladie de Johne, la longévité et la rentabilité économique. Ils font également remarquer que ces sujets ont peut être consommé du colostrum maternel étant donné qu'ils n'ont pas été séparés de leur mère immédiatement. Il se peut que cela n'ait pas un effet significatif sur leur état immunitaire, mais cela pourrait compliquer l'évaluation de leur état de santé à venir. Il faudra effectuer d'autres évaluations à la ferme portant sur la propreté du colostrum et les quantités de substitut commercial qui sont nécessaires pour assurer un régime alimentaire adéquat. Cependant, cette étude a permis de montrer que l'administration de colostrum maternel était encore la méthode de référence. L'étude à long terme permettra d'obtenir des données précieuses concernant l'emploi des substituts commerciaux de colostrum ainsi que ses effets sur la transmission de la maladie de Johne et la rentabilité économique.
*ETP : Échec du transfert passif, défini comme étant l'absorption par le veau, à partir du colostrum, d'une quantité d'immunoglobulines ne permettant pas d'atteindre le seuil de 10 mg d'IgG/ml de sérum sanguin. Référence :Swan, H., S. Godden, R. Bey, S. Wells, J. Fetrow, and H. Chester-Jones.
2007. Passive transfer of Immunoglobulin G and preweaning health in Holstein
calves fed a commercial colostrum replacer. J. Dairy Sci. 90: 3857-3866. Cet article a paru pour la première fois dans la chronique Ruminations de la revue The Milk Producer, numéro de novembre 2007. Pour plus de renseignements : Sans frais : 1 877 424-1300 Local : 519 826-4047 Courriel : ag.info.omafra@ontario.ca |
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