Utilisation de la note d'état corporel dans la conduite du troupeau laitier


Fiche technique - ISSN 1198-7138  -  Imprimeur de la Reine pour l'Ontario
Agdex : 410/20
Date de publication : 03/95/
Commande no. 94-054
Dernière révision : 08/2012
Situation : Fiche technique originale
Rédacteur : Le personnel du MAAARO

Table des matières

  1. Introduction
  2. Période de tarissement
  3. Début de lactation
  4. Milieu de lactation
  5. Fin de lactation
  6. Génisses primipares

Introduction

Il y a six époques clés dans le cycle de production annuelle des vaches laitières où l'état corporel ou état de chair de la vache doit être évalué, c'est-à-dire vers le milieu de la phase de tarissement, au vêlage et après environ 45, 90, 180 et 270 jours de lactation. Ces époques correspondent aux moments précis où l'on doit prendre des décisions importantes relativement à l'alimentation, à la mise à la reproduction et à la gestion sanitaire des vaches. On trouvera dans la présente fiche technique les objectifs particuliers concernant l'état corporel à chaque stade du cycle de lactation.

Période taries

La note d'état corporel idéale pour la vache sèche est de 3,5. Pour obtenir un niveau de santé et de performance satisfaisant au début de la prochaine lactation, la note d'état corporel devrait se situer entre 3 et 4.

Il est bien admis que les bovins refont leurs réserves de graisse plus efficacement durant la lactation que durant la période sèche. Parfois cependant, il arrive que la vache doive être tarie avant d'avoir atteint une note d'état corporel acceptable. L'exploitant aura alors tout avantage à continuer de servir aux vaches sèches trop maigres une ration qui leur permettra de se remettre en bon état de chair. Il est clair qu'une bonne maîtrise du programme d'alimentation, alliée à l'examen fréquent des animaux, est nécessaire pour obtenir une amélioration de l'état corporel sans surengraisser la vache sèche.

Une ration faite de foin de graminées à brins longs, de qualité moyenne, s'est révélée le régime idéal pour la vache tarie. Les fourrages de qualité énergétique et protéique supérieure, comme l'ensilage de mals ou l'ensilage mi-fané de luzerne, doivent être servis avec modération si l'on veut prévenir un gain de poids excessif. Pour obtenir le gain de poids recherché, un complément à haute teneur en fibres et à basse teneur en protéine, contenant les doses voulues de protéines, de minéraux et de vitamines pourrait être servi en quantités contrôlées pour compléter la ration de foin.

La restriction de la prise d'énergie alimentaire durant la période sèche, utilisée dans le but d'enlever aux vaches trop grasses leur excès d'embonpoint, ne semble pas avoir d'effets négatifs graves sur les performances subséquentes des vaches.

Début de lactation

La vache doit être examinée fréquemment durant le début de la lactation. C'est en effet à ce stade que l'état corporel, en tant que miroir des réserves en énergie de l'animal, a le plus d'effet sur l'état de santé, sur la productivité et sur la fécondité des vaches laitières.

La vache trop grasse au vêlage, avec une note d'état corporel de plus de 4, est plus vulnérable au syndrome de la vache grasse: vêlage difficile, rétention placentaire, métrite, mammite, déplacement de la caillette, cétose et fièvre vitulaire. Son système immunitaire n'est habituellement pas en mesure de faire face aux stress de la mise bas et son appétit est insuffisant pour répondre à la demande du début de la lactation.

A l'inverse, la vache peut entrer en lactation avec des réserves énergétiques insuffisantes et une note d'état de chair inférieure à 3. Cela lui vaudra, certes, moins de problèmes de santé au vêlage, mais en revanche ses performances ultérieures de production et de reproduction seront en dessous des attentes.

Comme le montre la figure 1,

Courbes énergétiques types pour la vache laitière en lactation

la production laitière de la vache moyenne atteint son sommet dans les quatre à six premières semaines de la lactation, tandis que le sommet de sa prise alimentaire ne se produit qu'entre la neuvième et la onzième semaines, plus ou moins. Cette situation met la vache en déficit énergétique pendant plusieurs mois au début de la lactation, c'est-à-dire que sa prise d'énergie alimentaire est moindre que la quantité d'énergie exportée dans le lait. Pour compenser ce manque, la vache doit utiliser ses réserves de graisse (énergie tissulaire).

La vache qui commence sa lactation trop maigre n'a pas assez de réserves énergétiques, de sorte que son plateau de lactation sera plus bas. Le niveau du plateau de rendement laitier a un impact direct sur le rendement total de la lactation chez les vaches adultes. Chaque kilo de lait en plus par jour produit au sommet de la lactation signifiera 200 kg de plus, approximativement, pour l'ensemble de la lactation. Un êtat corporel trop bas au vêlage se répercute aussi sur le dosage du lait en matière grasse. Au début de la lactation, une forte proportion des précurseurs de la matière grasse du lait proviennent des réserves de graisses de l'animal.

Une vache adulte moyenne vêlant dans l'état corporel voulu (note de 3,5 ou, au maximum, 4) et en bonne santé peut perdre entre l/2 et 1 kg de tissu par jour au cours des 60 à 80 premiers jours de la lactation.

Un kilo de tissu corporel (essentiellement la graisse) peut fournir 4,92 mégacalories d'énergie (ENL). Comme le lait à 3,5 % de matière grasse contient environ 0,69 mégacalorie d'énergie par kilo, un kilo de graisse tissulaire peut donc générer assez d'énergie pour produire 7,1 kg de lait. La perte de 70 kg de graisse chez une vache adulte se traduit par une production de près de 00 kg de lait, en plus de la production générée par la prise d'énergie alimentaire.

Durant les deux premiers mois de la lactation, la vache adulte moyenne perd entre l/2 et 1 point de note d'état corporel, pour se stabiliser à une note voisine de 3 vers la dixième semaine. Vers le 90e jour, elle commence à rattraper les pertes subies au début de la lactation. A ce moment, l'accroissement de l'ingestion énergétique peut enfin suffire à l'exportation d'énergie dans le lait, qui commence tout juste à diminuer. Ce stade coincide avec l'époque optimale pour le retour de l'activité oestrienne normale, la mise à la reproduction et la conception.

L'expérience pratique et la recherche montrent que les vaches qui prennent du poids (en bilan énergétique positif) au moment de la mise à la reproduction ont un taux de conception plus elevé que celles qui perdent du poids. Une note de 2,5 à 3,5 révélerait un état corporel suffisant pour que l'animal donne de bonnes performances de reproduction.

Les vaches très fortes productrices peuvent descendre à une note d'état corporel voisine de 2,5 avant de se stabiliser, ayant ainsi perdu jusqu'à 1,5 kg de graisse tissulaire par jour. Cela se produit généralement au quatrième mois de la lactation. L'expression de l'oestrus (chaleurs) et la fertilité peuvent être inhibées, ce qui retarde la conception. Les vaches bonnes productrices qui n'accusent que peu ou pas de pertes d'état en début de lactation sont très vraisemblablement d'excellentes valorisatrices des aliments. A l'inverse, celles qui prennent-de l'embonpoint à ce stade sont très probablement de médiocres productrices.

Un taux d'ingestion énergétique trop bas en début de lactation peut provoquer une mobilisation excessive des graisses corporelles, soit plus de 1,5 à 2,0 kg par jour. Cela accroît les risques d'accumulation de graisse dans le foie de la vache et peut mener à la cétose, à une plus grande sensibilité aux maladies, au retard du retour des chaleurs et à une baisse de la fécondité.

L'alimentation des vaches en début de lactation doit donc être conduite avec soin pour que l'ingestion de matière sèche soit maximale et que la digestibilité de la ration soit la meilleure possible. Il faut que l'apport en protéine soit convenable pour stimuler la prise alimentaire et fournir les éléments nutritifs (acides aminés) nécessaires à la production du lait. Les réserves protéiques dans lesquelles la vache peut puiser sont limitées.

Les vaches en début de lactation consomment environ 10 % de moins de matière sèche que les vaches du même niveau de production en milieu de lactation. Pour cette raison, un apport protéique suffisant pour répondre aux besoins de la période de pleine lactation signifie que la teneur en protéine de la ration doit se situer entre 18 et 20 % de la matière sèche. L'idéal c'est que 40 % des protéines ingérées échappent à la dégradation dans le rumen et soient digérées dans l'intestin. Elles devraient renfermer les acides aminés qui constituent un facteur limitant pour l'élaboration du lait.

On peut réaliser un compromis en fournissant à la vache qui vient de vêler de grandes quantités de grains (amidon), très digestibles et rapidement fermentescibles comme source d'énergie, tout en leur donnant suffisamment de fourrages grossiers pour entretenir les fonctions de rumination et de synthèse des matières grasses.

La ration doit être conçue de façon à fournir de 72 à 75 % d'unités nutritives totales (UNT) ou 1,61 à 1,67 mégacalorie par kg d'énergie nette pour la lactation (ENL). Les niveaux de fibres de la ration complète devraient se situer entre 19 et 21 % de lignocellulose (FDA) et entre 25 et 28 % de fibres au détergent neutre (FDN). Au moins 21 % de la matière sèche de la ration complète doit être constitué de FDN d'origine fourragère. Une partie du fourrage devrait être présentée sous forme de foin afin de stimuler l'activité du rumen.

Les concentrations de minéraux et de vitamines de la ration doivent être équilibrées en fonction des normes recommandées actuellement.

Voici maintenant quelques pratiques de conduite de l'alimentation qui aideront à maximiser la prise alimentaire (matière sèche), à prévenir les risques de perte d'appétit chez les animaux et à réduire la dépendance des vaches envers leurs réserves de graisses:

  • offrir à la vache sèche une ration de prévêlage, faite de grains, pendant deux semaines pour la porter à un maximum de 1 % du poids corporel au moment du vêlage,
  • alimentation-défi: servir le grain et le complément protéique à la vache qui vient de vêler en augmentant graduellement les quantités jusqu'au maximum recommandé selon la formulation de la ration. Ce maximum serait atteint normalement vers la troisième semaine de lactation,
  • servir le concentré en repas de moins de 4 kg, mais plus fréquents, par exemple quatre fois par jour,
  • servir des fourrages de la plus haute qualité disponible,
  • suivre l'ordre de distribution: fourrage avant grain, grain avant complément protéique, si possible en ménageant un intervalle de temps entre chacun pour obtenir ia meilleure digestibilité de la ration,
  • augmenter la fréquence des repas (distributions) lorsqu'il y a risque de détérioration rapide des aliments.
  • garder auges et abreuvoirs propres et exempts de tout objet dangereux,
  • hacher les fourrages en fractions de grosseur voulue (plus de 1 cm) et broyer le concentré en particules aussi grosses que possible afin de stimuler les fonctions du rumen ainsi que la consommation,
  • utiliser de la mélasse pour améliorer l'ingestion des aliments non appétents ou pulvérulents,
  • utiliser des tampons comme le bicarbonate de soude, à raison de 0,75 à 1 % de la quantité de matière sèche totale, pour améliorer la digestibilité et la consommation des rations à forte proportion de concentré,
  • ajouter à la ration de 0,5 à 0,75 kg/j de graisse protégée contre la dégradation ruminale, afin d'accroître la densité énergétique tout en réduisant la dépendance à l'amidon comme principale source d'énergie alimentaire. Quand on ajoute de la graisse à la ration, il faut relever les concentrations de calcium et de magnésium, respectivement à 1 et 0,3 %, et veiller à fournir suffisamment de protéines tannées, c'est-à-dire non dégradables dans le rumen, et de fibres fonctionnelles.

L'adjonction de 6 à 12 g de niacine durant la période d'alimentation de prévêlage ainsi que durant le début de la lactation aidera les vaches fortes productrices qui vêlent dans l'état corporel voulu ou dans un état d'embonpoint plus poussé à mieux utiliser leurs réserves de graisse et les graisses d'origine alimentaire.

Milieu de lacation

Vers le 180e jour de lactation, l'évaluation de l'état corporel devrait confirmer que les vaches recommencent à refaire les réserves qu'elles avaient perdues au début de la lactation. La note d'état corporel devrait alors être près de 3 chez les plus fortes productrices du troupeau et entre 3 et 3,5 pour les productrices moyennes. Les vaches dont la production est en dessous de la moyenne auront alors peut-être déjà dépassé la note de 3,5, de sorte que leur alimentation devra être suivie de près si l'on veut éviter qu'elles engraissent trop. Le diagnostic de gravidité de toutes les vaches remises à la reproduction devrait avoir également été confirmé à ce stade de la lactation.

Fin de lactation

L'examen de l'état corporel fait après environ 270 jours de lactation devrait trouver la moyenne des vaches à une note d'état corporel de près de 3,5. A cette phase, les faibles productrices ont tendance à devenir trop grasses, montrant des notes de 4 ou plus. Ce cas se produit souvent dans les élevages où l'on sert de grosses quantités d'ensilage de maïs et où on ne restreint pas l'accès des bêtes aux concentrés. Les vaches auxquelles ont distribue du grain dans la salle de traite devraient disposer d'assez de temps pour ingérer leur portion sans rien laisser pour les vaches qui les suivent. Dans les étables à stabulation entravée, il peut être nécessaire de placer des séparations dans l'auge pour éviter que les vaches ne grapillent les restes de leurs voisines immédiates.

Le surengraissement s'observe aussi dans les élevages conduits en stabulation libre à logettes où l'on sert aux vaches une ration totale mélangée, notamment, lorsque les lots de vaches ne sont pas correctement groupés selon le stade de production. Il devrait y avoir au moins 4, peut-être même 5 groupes pour éviter un engraissement excessif, soit: début de lactation, milieu de lactation, fin de lactation, premier vêlage et tarissement.

Dans les troupeaux à larges intervalles entre vêlages qui prolongent les phases de basse production ou de tarissement, de nombreuses vaches deviennent trop grasses. Il faut alors améliorer la conduite de la reproduction.

Les vaches à production très forte et persistante comme les génisses primipares conduites selon des intervalles entre vêlages normaux auront peut-être du mal à atteindre la note de 3,5 tant qu'elles sont en lactation. Il peut être nécessaire de continuer à leur donner du grain durant la période sèche pour leur permettre de refaire complètement leurs réserves caloriques.

Génisses primipares

La note d'état corporel idéale d'une génisse qui vêle pour la première est d'environ 3. Quand la note dépasse 3,5, on peut avoir des vêlages plus difficiles.

Les génisses primipares ont besoin d'un régime un peu différent de celui de leurs compagnes plus âgées. En effet, elles arrivent au vêlage avec 100 à 150 kg de poids corporel de moins. Leur ration quotidienne de concentré doit être corrigée en conséquence pour maintenir le rapport fourrage concentré correct et ainsi prévenir les troubles associes à un mauvais fonctionnement de l'appareil digestif.

La courbe de lactation de la génisse primipare ne montre pas le pic précoce qu'on constate chez les vaches plus âgées. Aussi, le bilan énergétique négatif qui se produit en début de lactation n'impose pas des demandes aussi exigeantes à leurs réserves de graisse corporelle.

La lactation des génisses de premier vêlage est plus persistante que celle des vaches plus âgées. La baisse de production qu'on observe habituellement en milieu de lactation n'est que de 4 % en moyenne par mois, alors qu'elle est de 8 % chez les vaches plus vieilles. En fin de lactation, le rendement des primipares tombe à raison de 6 à 8 % par mois, contre une chute de 10 à 14 % chez les autres vaches adultes. Cette plus grande persistance signifie que la génisse ne peut pas affecter une proportion aussi forte de l'énergie ingérée que ses compagnes plus âgées à la restitution de ses réserves de graisse.

Les génisses de premier et de deuxième vêlage ont, en plus, un besoin d'énergie additionnel important - la croissance - durant la deuxième moitié de la lactation et durant la période sèche. En effet, elles doivent prendre de 50 à 100 kg durant chacune des deux premières lactations pour atteindre leur poids adulte.

Pour s'assurer que ces vaches reçoivent les compléments nutritionnels dont elles ont besoin pour la croissance, on recommande de façon régulière de leur servir une ration plus riche en concentré. Dans la seconde moitié de la lactation, elles devraient avoir 10 % (primipares) et 20 % (génisses de deuxième vêlage) de plus de concentré que les quantités calculées pour les besoins de la lactation et du gain d'état corporel.

Sans ce surcroît nutritionnel, on risque de causer l'épuisement de la génisse. De nos jours, les vaches de calibre génétique supérieur peuvent produire d'énormes quantités de lait, même à la première lactation. Si on ne leur accorde pas l'attention spéciale qu'elles requièrent, elles risquent l'entamer la deuxième lactation avec un retard de croissance ou avec des réserves énergétiques insuffisantes.

Dans la courbe de lactation des vaches adultes, représentative d'une deuxième lactation, il est indispensable que les réserves énergétiques tissulaires soient suffisantes si l'on veut obtenir le rendement de croisière souhaité, de même qu'une synthèse de matière grasse satisfaisante. Le développement corporel est un facteur déterminant de l'ingestion de matière sèche. Un manque de croissance restreindra l'amélioration des taux d'ingestion requis pour entretenir des rendements de lait plus élevés.

A cause d'un mauvais régime de conduite, la génisse de calibre génétique supérieur pourrait afficher de médiocres performances (épuisement) dans la deuxième lactation et risquerait à tort d'être mise à la réforme.

Une bonne maîtrise du bilan énergétique tout au long de la lactation et du cycle de reproduction de la vache laitière peut significativement améliorer sa rentabilité.

La fiche technique du MAAO Indice de l'état de chair des bovins laitiers, AGDEX 414/10 renferme des illustrations des diverses notes d'état corporel.

 

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