La
gestion de précision dans le secteur laitier et l'avenir de la production
laitière en Ontario
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Gestion de précision en production laitière
On
assiste à l'émergence d'un nouveau modèle alternatif de production
laitière exploitant la main d'uvre de façon efficace. La traite
robotisée, un exemple de " gestion de précision ", constitue
un volet de cette tendance à l'automatisation qui permet de réduire
de beaucoup les besoins en main d'uvre. Par son caractère volontaire,
elle laisse aux vaches plus de liberté et se prête bien au suivi
de leur bien être par la surveillance de leur activité, de leurs
pertes ou gains de poids et de l'état de santé de leur pis. À
partir des changements ainsi mesurés, le système réagit en
ajustant les rations alimentaires individuelles sans nécessiter l'apport
de main d'uvre habituellement requis par les soins individuels. Contrairement
aux systèmes mécanisés traditionnels qui nécessitent
de gros appareils desservant de grandes unités de production, la gestion
de précision fait appel à des outils munis de capteurs qui mesurent
les besoins des animaux, et à des appareils robotisés qui mettent
automatiquement en uvre les outils de gestion individuels. Ce type de technologie
permet à une famille de s'occuper d'un plus grand nombre de têtes
et d'augmenter le degré de précision des soins individuels; ainsi
des fermes de taille modeste ayant 100 à 250 têtes peuvent mieux
rentabiliser leur main-d'uvre et accroître la productivité
et la santé des animaux, ce qui les rend plus concurrentielles.
Dans
la société, cette évolution peut être perçue
comme bénéfique parce qu'elle est un atout pour de l'économie
rurale. Les technologies de précision contribuent également à
la sécurité alimentaire parce qu'elles facilitent l'identification
et la traçabilité de chaque animal, et parce qu'elles favorisent
son bien être par un meilleur suivi de son état de santé et
l'amélioration des soins individuels. Les techniques suivantes entrent
dans la grande catégorie des outils de gestion de précision en élevage
:
- systèmes d'identification par voie électronique (fréquences
radio) et logiciels connexes;
- systèmes de tri automatisés;
- systèmes
de traite robotisés;
- systèmes robotisés d'alimentation
des veaux;
- podomètres et appareils de surveillance de l'activité
pour la détection de la chaleur et de la boiterie, et pour le suivi de
l'état de santé;
- appareils de suivi de la rumination;
- analyseurs
d'allure ou de démarche pour la détection de la boiterie;
- capteurs
de contractions annonçant le vêlage;
- balances électroniques
pour l'évaluation des gains ou des pertes de poids corporel;
- capteurs
de température de l'oreille interne;
- systèmes automatisés
de distribution du fourrage;
- capteurs en ligne pour l'évaluation
de la qualité et de la composition du lait, de l'état de santé
et de l'état reproducteur.
La disponibilité de la main
d'uvre a atteint son plus bas niveau depuis 32 ans, et le secteur agricole
a accès à un bassin de personnel de plus en plus réduit.
La production laitière classique nécessite beaucoup de main d'uvre.
Selon le Programme d'analyse de la comptabilité des exploitations laitières
de l'Ontario, le nombre moyen d'heures rémunérées ou travaillées
par la famille est de 1,42 heure par hectolitre de lait produit. Si on l'évalue
à 31 $, c'est le coût de production le plus important, qui équivaut
à 40 % du revenu brut. Les exploitations les plus rentables déclaraient
une valeur de 0,72 heure par hectolitre, soit moins d'un tiers du chiffre déclaré
par les exploitations peu rentables (2,27 heures)
Gestion traditionnelle
Actuellement,
les fermes laitières familiales, au nombre de 4 000, jouent un rôle
vital dans les collectivités rurales de l'Ontario. Avec une moyenne de
50 à 70 têtes, elles sont perçues comme plus " écologiquement
durables " que les grosses exploitations, et elles créent moins de
conflits avec les autres formes d'utilisation des terres; de plus, elles répondent
mieux aux attentes du public en matière de soins aux animaux parce qu'elles
permettent qu'une attention soit portée au niveau individuel Mais cette
forme d'exploitation classique pourrait ne pas être économiquement
viable. Selon le Programme d'analyse de la comptabilité des exploitations
laitières de l'Ontario, les fermes très rentables étaient
beaucoup plus grosses que celles qui étaient peu rentables (120 têtes
contre 45) et avaient une production plus élevée par tête
(8 700 L contre 6 500 L). Il est probable que les accords commerciaux internationaux
accroîtront les pressions à la baisse des prix des produits laitiers,
de sorte qu'à l'avenir l'accroissement de la rentabilité sera crucial.
Mécanisation
Dans
le passé, ce sont les économies d'échelle et une mécanisation
de grande envergure qui ont permis d'améliorer le rendement de la main
d'uvre. Dans l'industrie laitière, et en particulier aux États
Unis, cela a mené à l'apparition de grands troupeaux et à
l'exploitation efficace de grandes salles de traite et de main-d'uvre non
qualifiée. Dans certaines entreprises de production laitière du
Midwest, on trait jusqu'à 3 000 têtes 3 fois par jour, souvent dans
des salles de traite rotatives de 60 à 70 stalles. Une telle gestion de
masse de grands troupeaux est rentable, mais elle réduit la qualité
des soins individuels. Avec la demande actuelle du marché, si l'Ontario
adoptait ce modèle, la population de vaches laitières estimée
à 330 000 têtes serait regroupée dans 100 très grosses
exploitations. Une alternative viable pourrait être la traite robotisée
et la gestion de précision pour les fermes laitières familiales
de 120 à 200 têtes.
Choix d'une technologie rentable
Comme
les technologies énumérées ici ne conviennent pas à
toutes les situations, les choix doivent se fonder sur une analyse des coûts
et des bénéfices effectuée à partir d'un budget partiel.
Coûts
et bénéfices de la robotisation de l'alimentation des veaux
Les
systèmes robotisés d'alimentation des veaux, qui conviennent à
des troupeaux allant jusqu'à 30 têtes, coûtent de 9 000 à
14 000 $ et permettent de remplacer la main d'uvre nécessaire au
travail de nourrissage par une automatisation complète. Ils enregistrent
la fréquence des visites et des repas, et ceux qui sont équipés
de balances et de thermomètres dans les tétines permettent le suivi
de la croissance et de la température corporelle. Les portions sont automatiquement
ajustées en fonction de l'âge, de la taille et de l'état de
santé de l'animal.
Lors d'une étude effectuée à
Allenwaite Farms, pour un troupeau de 40 à 50 veaux nourris individuelle-ment
au seau, les soins duraient en moyenne 7,7 minutes/veau/jour, contre 3,8 minutes/veau/jour
dans un élevage équipé d'un logement collectif et d'un système
d'alimentation robotisé. Dans une ferme de 10 veaux nourris au lait, cette
économie atteint 38 min/jour, soit 230 h/an. Si l'on suppose que les coûts
du logement, de la litière et des aliments sont les mêmes, un distributeur
d'aliments de 12 000 $ peut être financé à raison de 1 700
$/an à 7,5 % d'intérêt sur 10 ans. La consommation d'électricité,
l'entretien et les réparations entraînent des frais de 200 $/an environ,
mais le système d'alimentation entraîne une épargne de 100
$ en éliminant la nécessité d'acheter seaux, tétines,
etc., de sorte que le budget partiel net montre une dépense annuelle supplémentaire
de 1 800 $. On économise aussi 230 heures de travail à 7,83 $/h.
Si le coût de la main d'uvre est plus élevé ou si le
temps de travail ainsi libéré peut être investi rentablement
en soins prodigués à un plus grand nombre d'animaux, cette option
est rentable.
Les autres facteurs à considérer sont les effets
sur la santé et la croissance des veaux. La précision des portions
administrées, la fréquence accrue des repas ainsi que les possibilités
de suivi de la consommation et de surveillance du rendement ajoutent de la valeur
au système d'alimentation, mais celle ci est réduite par l'accroissement
des risques de maladie dans les logements collectifs.
Coûts et bénéfices
de la robotisationde la traite
Pour un troupeau de 120 vaches, l'achat
de deux systèmes de traite robotisés à un emplacement pour
60 têtes chacun représente un investissement de 400 000 $. Les études
effectuées sur le terrain en Ontario montrent que la traite robotisée
exige en moyenne 1 min/vache/jour de travaux liés à la traite et
au nettoyage, alors que pour des troupeaux de taille comparable, les salles de
traite exigent 3,28 min/vache/jour, soit un écart de 1 664 h/an pour un
troupeau de 120 vaches. Si l'investissement requis par la salle de traite, y compris
l'espace occupé par le bâtiment, est de 250 000 $, toutes choses
étant égales par ailleurs, et si l'on part des chiffres tirés
du premier exemple, l'investissement supplémentaire effectué pour
robotiser la traite permet d'économiser 12,75 $/h de main d'uvre.
En
pratique, une analyse détaillée révélerait des coûts
supplémentaires en entretien et en électricité, ainsi que
des bénéfices supplémentaires liés à l'assouplissement
des horaires de travail, mais il apparaît que la robotisation de la traite
peut être envisageable dans de nombreuses exploitations de l'Ontario
Résumé
Dans
les exploitations qui mettent en uvre la technologie de gestion de précision
à son plein potentiel, on montre qu'une ferme familiale comportant une
personne employée à temps plein et une aide à temps partiel
fournie par l'épouse ou des enfants d'âge scolaire peut avoir de
120 à 160 vaches sans recourir à de la main d'uvre extérieure
à la famille. Avec l'accroissement des coûts de main d'uvre,
les outils de gestion de précision qui permettent d'accroître l'efficacité
du personnel des fermes familiales gagneront encore en importance et en popularité.