Indices de mammite - facteurs combinés justifiant une intervention


Fiche technique - ISSN 1198-7138  -  Imprimeur de la Reine pour l'Ontario
Agdex : 414/662
Date de publication : Mai 2006
Commande no. 06-050
Dernière révision : Aôut 2012
Situation : nouveau
Rédacteur : V. Taylor - L'avance de programme d'assurance de qualité de lait/MAAARO

Table des matières

Introduction

L’observation d’un seul aspect de la santé du pis ne permet pas toujours de déceler les infections. Cette méthode ris­que de faire rater des occasions de traiter précocement les mammites et d’éviter ainsi d’alourdir les pertes. C’est plu­tôt en analysant un ensemble de facteurs qu’on parvient à cerner l’incidence de la mammite dans un troupeau, et à intervenir pour améliorer l’état de santé des pis, la qualité du lait et le bénéfice net.

La mammite clinique est relativement facile à diagnosti­quer à l’œil nu. La rougeur ou l’inflammation du pis et la présence de sang, de flocons ou de caillots dans le lait des premiers jets, ou encore l’aspect aqueux de ce lait sont des signes qui ne trompent pas. La mammite subclinique quant à elle est plus difficile à déceler.

Des chercheurs danois ont récemment analysé, à partir de huit paramètres ou caractéristiques du lait, des données recueillies pendant cinq ans sur la santé du pis. L’utilisa­tion de ces paramètres et la compréhension des condi­tions qui les influencent ont permis aux chercheurs de mieux décrire les mammites subcliniques et de mieux les déceler avant qu’elles n’atteignent le stade clinique. Les paramètres comprenaient :

  • la numération des cellules somatiques (NCS);
  • la production laitière (en kg);
  • la conductivité électrique du lait;
  • les concentrations de matières grasses et de protéines dans le lait;
  • les teneurs du lait en lactose et en citrate.

Les résultats de cette étude peuvent aider les producteurs à réaliser des économies au titre des traitements et à ré­duire les pertes résultant d’une chute de la production laitière.

Influences variables

La saison, le stade de lactation, le nombre de vêlages et l’apport énergétique de la ration totale mélangée (RTM) sont les principales variables qui ont influencé les para­mètres relatifs au lait utilisés dans l’étude.

Les chercheurs ont observé une augmentation des risques de mammite en fin de lactation, lorsque l’infection était déjà présente en début de lactation. Ils ont aussi dé­couvert que les risques augmentent à chaque lactation. Les risques de mammite ont en effet été deux fois plus élevés au deuxième vêlage qu’au premier, plus de deux fois plus élevés au troisième et plus de quatre fois plus élevés au quatrième.

Dans l’étude, les combinaisons alimentaires ont aussi joué un rôle dans l’incidence de la mammite clinique. Les chercheurs ont observé que les vaches auxquelles on servait une RTM à faible teneur énergétique ont présenté une plus forte incidence de mammite clinique que celles qui recevaient une RTM à forte teneur énergétique. Cette réalité était encore plus frappante après le deuxième vêlage ainsi qu’en début et en fin de lactation.

En tenant compte de ces variables, les chercheurs danois ont apporté des corrections de manière à traduire leur influence dans un scénario de pis sain pour chacun des paramètres. Les données corrigées ont ensuite été appliquées aux diffé­rents niveaux d’infection au sein du groupe.

Valeur de la NCS

En réaction à la présence d’une infection, le système immunitaire de la vache provoque une augmentation du nombre de cellules somatiques ou globules blancs. La NCS reste le meilleur indice d’une infection de la glande mammaire. Aux États-Unis, le National Mastitis Council parle de mammite subclinique quand le lait d’un quartier

affiche une NCS de 200 000 ou plus, la numération pour le lait d’un quartier normal se situant autour de 100 000. La mammite clinique est simplement un quartier produi­sant un lait anormal, indépendamment de la NCS.

La NCS observée en réaction à une infection par des organismes pathogènes majeurs et mineurs varie selon les antécédents de santé du pis. Comparativement aux organismes pathogènes mineurs qui infectent le pis pour la première fois, les organismes pathogènes majeurs peu­vent déclencher une réaction plus violente du système immunitaire dans le pis, réaction qui se traduira par une NCS plus élevée dans le lait. Si le pis a déjà souffert d’une mammite clinique, des organismes pathogènes mineurs, comme le staphylocoque négatif (quant à la coagulase), peuvent par contre amener une plus grande augmen­tation de la NCS que Staphylococcus aureus. Pour évaluer la santé du pis à chaque vêlage et en cours de lactation, il est indispensable de pouvoir compter sur des registres détaillés et à jour des traitements reçus par chaque animal.

Baisse de la production

La production laitière du troupeau constitue l’une des mesures les plus manifestement affectées par les mam­mites. En surveillant la production de chaque vache, on peut s’apercevoir que quelque chose ne va pas au niveau du pis ou de la santé générale de la vache si celle-ci commence à produire moins de lait.

L’étude montre clairement que les quantités de lait produites chutent de manière significative, jusqu’à 15–18 %, dès que les cas de mammite augmentent. Bien que la mammite subclinique ne produise pas d’effet aussi marqué, elle peut quand même faire baisser la production jusqu’à 5 %. Avec le temps, des mammites subcliniques non détectées peuvent nuire à la production du troupeau dans son ensemble.

Le staphylocoque négatif (quant à la coagulase), qui était l’organisme responsable de la mammite dans l’étude da­noise, ne cause normalement que de légères infections du pis. Quand elles sont persistantes, toutefois, ces infections peuvent abaisser de façon marquée la production laitière. Les infections par d’autres organismes pathogènes, tels que Staphylococcus aureus, Streptococcus agalactiae, E. coli et les organismes du genre Klebsiella, déclenchent des réactions plus vives, en abaissant la production de lait beaucoup plus rapidement que les organismes pathogènes mineurs.

Le rang de vêlage joue aussi un rôle dans la baisse de la production durant l’infection. À partir du deuxième vêlage, les mammites subcliniques peuvent donner lieu, chez les vaches atteintes, à une NCS plus élevée dans leur lait et à des pertes de production plus impor­tantes. La baisse de production s’accentue par ailleurs au fur et à mesure des étapes de la lactation. La baisse de production comparée au premier vêlage peut s’expliquer par la détérioration de la santé du pis attribuable à des anté­cédents de mammites dues à une exposition accrue aux infections.

Conductivité électrique

Les mammites peuvent endommager les cellules épithé­liales, qui constituent la couche externe de la glande mam­maire. Les dommages ainsi causés augmentent la quantité d’ions, notamment les ions sodium et les ions chlorure, qui sont libérés à l’intérieur de la glande mammaire. Ces ions peuvent modifier le potentiel électrique du lait sécrété.

La mesure des variations du potentiel électrique (ou de la conductivité) du lait des premiers jets peut révéler d’éven­tuelles mammites. Elle peut réduire l’intensité et la durée des traitements éventuellement nécessaires.

Dans l’étude danoise, on a mesuré la conductivité électrique du lait toutes les deux secondes au cours de la traite, à l’aide de capteurs intégrés à chaque conduite. Les chercheurs ont conclu que l’augmentation de la conduc­tivité dans les premiers jets était directement proportion­nelle à la gravité de l’infection du pis.

Dans une autre étude, on a provoqué une infection par Streptococcus uberis, un organisme causant une mammite environnementale, chez un groupe de vaches laitières. Chez plusieurs animaux du groupe, on a laissé la mammite dégénérer en mammite clinique. Il a fallu en moyenne dix jours pour traiter ces vaches jusqu’à un taux de guéri­son clinique de 100 % et un taux de guérison bacté­riologique de 94 %.

Par des mesures de la conductivité électrique, on a surveillé la qualité du lait des premiers jets chez les vaches du reste du troupeau. On soupçonnait systématiquement la présence de mammites subcliniques chez les vaches dès que leur lait, bien que d’aspect normal, affichait une conductivité électrique accrue. On soumettait alors ces vaches à une antibiothérapie intramammaire d’une durée de trois jours, de manière à garantir une guérison clinique et bactériologique.

Cette façon de procéder a permis de commercialiser le lait plus tôt que si l’on avait laissé les animaux développer des signes cliniques. Une intervention précoce a donc permis de gagner du temps et de réaliser des économies au titre des traitements.

Il reste qu’il ne faut pas se fier entièrement à la conduc­tivité électrique pour décider de la nécessité des traite­ments. Celle-ci doit être utilisée uniquement com­me méthode de détection rapide des infections. En effet, une étude a révélé que chez 50 % des vaches testées, la con­ductivité est restée inchangée malgré une augmenta­tion significative de la NCS. De plus, on a enregistré une augmentation réelle de la NCS chez moins de la moitié des vaches dont le lait présentait une conductivité accrue.

Voilà qui montre que la conductivité électrique n’est pas nécessairement révélatrice ni spécifique. En se fiant uni­quement à cette méthode, on risquerait de ne pas déceler des cas d’infection. On risquerait aussi de traiter des infections qui n’existent tout simplement pas, de se priver des sommes tirées de la vente du lait provenant des vaches traitées à tort en plus de dépenser inutilement en traitements antibiotiques.

La mesure de la conductivité électrique peut être problé­matique dans le cas des systèmes de traite automatisés. D’autres tests seraient nécessaires pour confirmer les cas de mammite dans l’éventualité d’une augmentation des niveaux de conductivité.

Teneurs en matières grasses et en protéines

Les teneurs en matières grasses et en protéines ont affiché des comportements différents de ceux qu’on avait prévus dans l’étude, en augmentant alors que les autres para­mètres diminuaient au fur et à mesure que l’infection s’aggravait.

Dans le cas des protéines brutes, une teneur accrue pour­rait être attribuée au flux de protéines sériques du sang entrant dans le lait, et à la baisse de la production laitière à un rythme plus rapide que la synthèse des protéines. De son côté, la caséine, une autre protéine, a vu sa teneur s’abaisser avec la diminution de la quantité de lait pro­dui­te. Les chercheurs croient que les protéines sériques ont suppléé la perte de caséine.

Quant aux teneurs en matières grasses, leur augmentation s’expliquerait par le fait que leur synthèse diminuerait à un rythme plus lent que la baisse de la production laitière.

Teneurs en lactose et en citrate

L’une des conséquences d’une infection au pis est la dété­rioration de la barrière sang-lait. Les dommages causés aux cellules épithéliales dans la glande mammaire ouvrent en effet des brèches dans les capillaires sanguins entre les cellules sécrétoires qui produisent le lait.

Le citrate et une partie du lactose présents dans le lait se diffusent dans ces capillaires, ce qui diminue leur concen­tration dans le lait. La concentration de lactose peut aussi être affectée par des dommages aux cellules sécrétoires à l’intérieur du pis. Les teneurs en lactose diminuent au fur et à mesure que la production diminue.

En surveillant les variations dans les concentrations des composantes du lait, il est possible d’évaluer la gravité des infections et les dommages aux tissus causés par la mam­mite. Afin d’utiliser ces pourcentages comme outils de surveillance de la mammite, il faut garder un registre détaillé de la composition du lait de manière à identifier les animaux chez qui les pourcentages sont constamment anormaux.

Importance des registres

Tous les paramètres mentionnés plus haut ne sont utiles que dans la mesure où l’on dispose de registres précis qui permettent de prévoir et de décrire l’état de santé du pis. Comme les infections antérieures ont des répercussions importantes sur la santé du pis, il est primordial que soient consignées par écrit les données sur l’alimentation, le rang de vêlage, la production laitière, la composition du lait et la santé du pis, afin que les décisions fondées sur ces paramètres et visant les traitements à administrer et les pratiques de gestion à adopter soient prises de façon éclairée.

Dans l’ensemble, l’étude danoise a établi un lien clair entre chacun des paramètres relatifs au lait et le bilan des mammites ainsi que l’état de santé des pis au sein du troupeau. Ces outils peuvent aider à surveiller et à détec­ter précocement les mammites, à réduire les pertes au niveau de la production, à améliorer la santé du troupeau et à économiser de l’argent.

Bibliographie

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Hillerton, J. Eric, Joanne E. Semmens. Comparison of Treatment of Mastitis by Oxytocin or Antibiotics Following Detection According to Changes in Milk Electrical Conductivity Prior to Visible Signs. Journal of Dairy Science. 82:93–98.

Sloth, K.H.M.N., N.C. Friggens, P. Lovendahl, P.H. Anderson, J. Jensen, K.L. Ingvartsen. Potential for Improving Description of Bovine Udder Health Status by Combined Analysis of Milk Parameters. Journal of Dairy Science. 86:1221–32.

 

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