Indices de mammite - facteurs combinés justifiant une intervention
Table des matièresLobservation dun seul aspect de la santé du pis
ne permet pas toujours de déceler les infections. Cette méthode risque
de faire rater des occasions de traiter précocement les mammites et
déviter ainsi dalourdir les pertes. Cest plutôt
en analysant un ensemble de facteurs quon parvient à cerner
lincidence de la mammite dans un troupeau, et à intervenir pour
améliorer létat de santé des pis, la qualité du lait et le bénéfice
net. La mammite clinique est relativement facile à diagnostiquer
à lil nu. La rougeur ou linflammation du pis et
la présence de sang, de flocons ou de caillots dans le lait des premiers
jets, ou encore laspect aqueux de ce lait sont des signes qui
ne trompent pas. La mammite subclinique quant à elle est plus difficile
à déceler. Des chercheurs danois ont récemment analysé, à partir de huit
paramètres ou caractéristiques du lait, des données recueillies pendant
cinq ans sur la santé du pis. Lutilisation de ces paramètres
et la compréhension des conditions qui les influencent ont permis
aux chercheurs de mieux décrire les mammites subcliniques et de mieux
les déceler avant quelles natteignent le stade clinique.
Les paramètres comprenaient :
Les résultats de cette étude peuvent aider les producteurs
à réaliser des économies au titre des traitements et à réduire les
pertes résultant dune chute de la production laitière. Influences variablesLes chercheurs ont observé une augmentation des risques de
mammite en fin de lactation, lorsque linfection était déjà présente
en début de lactation. Ils ont aussi découvert que les risques augmentent
à chaque lactation. Les risques de mammite ont en effet été deux fois
plus élevés au deuxième vêlage quau premier, plus de deux fois
plus élevés au troisième et plus de quatre fois plus élevés au quatrième. Dans létude, les combinaisons alimentaires ont aussi
joué un rôle dans lincidence de la mammite clinique. Les chercheurs
ont observé que les vaches auxquelles on servait une RTM à faible
teneur énergétique ont présenté une plus forte incidence de mammite
clinique que celles qui recevaient une RTM à forte teneur énergétique.
Cette réalité était encore plus frappante après le deuxième vêlage
ainsi quen début et en fin de lactation. En tenant compte de ces variables, les chercheurs danois ont
apporté des corrections de manière à traduire leur influence dans
un scénario de pis sain pour chacun des paramètres. Les données corrigées
ont ensuite été appliquées aux différents niveaux dinfection
au sein du groupe. Valeur de la NCSEn réaction à la présence dune infection, le système immunitaire de la vache provoque une augmentation du nombre de cellules somatiques ou globules blancs. La NCS reste le meilleur indice dune infection de la glande mammaire. Aux États-Unis, le National Mastitis Council parle de mammite subclinique quand le lait dun quartieraffiche une NCS de 200 000 ou plus, la numération pour
le lait dun quartier normal se situant autour de 100 000.
La mammite clinique est simplement un quartier produisant un lait
anormal, indépendamment de la NCS. La NCS observée en réaction à une infection par des organismes
pathogènes majeurs et mineurs varie selon les antécédents de santé
du pis. Comparativement aux organismes pathogènes mineurs qui infectent
le pis pour la première fois, les organismes pathogènes majeurs peuvent
déclencher une réaction plus violente du système immunitaire dans
le pis, réaction qui se traduira par une NCS plus élevée dans le lait.
Si le pis a déjà souffert dune mammite clinique, des organismes
pathogènes mineurs, comme le staphylocoque négatif (quant à
la coagulase), peuvent par contre amener une plus grande
augmentation de la NCS que Staphylococcus aureus. Pour évaluer
la santé du pis à chaque vêlage et en cours de lactation, il est indispensable
de pouvoir compter sur des registres détaillés et à jour des traitements
reçus par chaque animal. Baisse de la productionLa production laitière du troupeau constitue lune des
mesures les plus manifestement affectées par les mammites. En surveillant
la production de chaque vache, on peut sapercevoir que quelque
chose ne va pas au niveau du pis ou de la santé générale de la vache
si celle-ci commence à produire moins de lait. Létude montre clairement que les quantités de lait produites
chutent de manière significative, jusquà 1518 %,
dès que les cas de mammite augmentent. Bien que la mammite subclinique
ne produise pas deffet aussi marqué, elle peut quand même faire
baisser la production jusquà 5 %. Avec le temps, des mammites
subcliniques non détectées peuvent nuire à la production du troupeau
dans son ensemble. Le staphylocoque négatif (quant à la coagulase), qui était
lorganisme responsable de la mammite dans létude
danoise, ne cause normalement que de légères infections du pis. Quand
elles sont persistantes, toutefois, ces infections peuvent abaisser
de façon marquée la production laitière. Les infections par dautres
organismes pathogènes, tels que Staphylococcus aureus, Streptococcus
agalactiae, E. coli et les organismes du genre Klebsiella,
déclenchent des réactions plus vives, en abaissant la production
de lait beaucoup plus rapidement que les organismes pathogènes mineurs. Le rang de vêlage joue aussi un rôle dans la baisse de la production
durant linfection. À partir du deuxième vêlage, les mammites
subcliniques peuvent donner lieu, chez les vaches atteintes, à une
NCS plus élevée dans leur lait et à des pertes de production plus
importantes. La baisse de production saccentue par ailleurs
au fur et à mesure des étapes de la lactation. La baisse de production
comparée au premier vêlage peut sexpliquer par la détérioration
de la santé du pis attribuable à des antécédents de mammites dues
à une exposition accrue aux infections. Conductivité électriqueLa mesure des variations du potentiel électrique (ou de la
conductivité) du lait des premiers jets peut révéler déventuelles
mammites. Elle peut réduire lintensité et la durée des traitements
éventuellement nécessaires. Dans létude danoise, on a mesuré la conductivité électrique
du lait toutes les deux secondes au cours de la traite, à laide
de capteurs intégrés à chaque conduite. Les chercheurs ont conclu
que laugmentation de la conductivité dans les premiers jets
était directement proportionnelle à la gravité de linfection
du pis. Dans une autre étude, on a provoqué une infection par Streptococcus
uberis, un organisme causant une mammite environnementale, chez
un groupe de vaches laitières. Chez plusieurs animaux du groupe, on
a laissé la mammite dégénérer en mammite clinique. Il a fallu en moyenne
dix jours pour traiter ces vaches jusquà un taux de guérison
clinique de 100 % et un taux de guérison bactériologique de
94 %. Par des mesures de la conductivité électrique, on a surveillé
la qualité du lait des premiers jets chez les vaches du reste du troupeau.
On soupçonnait systématiquement la présence de mammites subcliniques
chez les vaches dès que leur lait, bien que daspect normal,
affichait une conductivité électrique accrue. On soumettait alors
ces vaches à une antibiothérapie intramammaire dune durée de
trois jours, de manière à garantir une guérison clinique et bactériologique. Cette façon de procéder a permis de commercialiser le lait
plus tôt que si lon avait laissé les animaux développer des
signes cliniques. Une intervention précoce a donc permis de gagner
du temps et de réaliser des économies au titre des traitements. Il reste quil ne faut pas se fier entièrement à la conductivité
électrique pour décider de la nécessité des traitements. Celle-ci
doit être utilisée uniquement comme méthode de détection rapide des
infections. En effet, une étude a révélé que chez 50 % des vaches
testées, la conductivité est restée inchangée malgré une augmentation
significative de la NCS. De plus, on a enregistré une augmentation
réelle de la NCS chez moins de la moitié des vaches dont le lait présentait
une conductivité accrue. Voilà qui montre que la conductivité électrique nest
pas nécessairement révélatrice ni spécifique. En se fiant uniquement
à cette méthode, on risquerait de ne pas déceler des cas dinfection.
On risquerait aussi de traiter des infections qui nexistent
tout simplement pas, de se priver des sommes tirées de la vente du
lait provenant des vaches traitées à tort en plus de dépenser inutilement
en traitements antibiotiques. La mesure de la conductivité électrique peut être problématique
dans le cas des systèmes de traite automatisés. Dautres tests
seraient nécessaires pour confirmer les cas de mammite dans léventualité
dune augmentation des niveaux de conductivité. Teneurs en matières grasses et en protéinesDans le cas des protéines brutes, une teneur accrue pourrait
être attribuée au flux de protéines sériques du sang entrant dans
le lait, et à la baisse de la production laitière à un rythme plus
rapide que la synthèse des protéines. De son côté, la caséine, une
autre protéine, a vu sa teneur sabaisser avec la diminution
de la quantité de lait produite. Les chercheurs croient que les
protéines sériques ont suppléé la perte de caséine. Quant aux teneurs en matières grasses, leur augmentation sexpliquerait
par le fait que leur synthèse diminuerait à un rythme plus lent que
la baisse de la production laitière. Teneurs en lactose et en citrateLe citrate et une partie du lactose présents dans le lait se
diffusent dans ces capillaires, ce qui diminue leur concentration
dans le lait. La concentration de lactose peut aussi être affectée
par des dommages aux cellules sécrétoires à lintérieur du pis.
Les teneurs en lactose diminuent au fur et à mesure que la production
diminue. En surveillant les variations dans les concentrations des composantes
du lait, il est possible dévaluer la gravité des infections
et les dommages aux tissus causés par la mammite. Afin dutiliser
ces pourcentages comme outils de surveillance de la mammite, il faut
garder un registre détaillé de la composition du lait de manière à
identifier les animaux chez qui les pourcentages sont constamment
anormaux. Importance des registresTous les paramètres mentionnés plus haut ne sont utiles que dans la mesure où lon dispose de registres précis qui permettent de prévoir et de décrire létat de santé du pis. Comme les infections antérieures ont des répercussions importantes sur la santé du pis, il est primordial que soient consignées par écrit les données sur lalimentation, le rang de vêlage, la production laitière, la composition du lait et la santé du pis, afin que les décisions fondées sur ces paramètres et visant les traitements à administrer et les pratiques de gestion à adopter soient prises de façon éclairée.Dans lensemble, létude danoise a établi un lien
clair entre chacun des paramètres relatifs au lait et le bilan des
mammites ainsi que létat de santé des pis au sein du troupeau.
Ces outils peuvent aider à surveiller et à détecter précocement les
mammites, à réduire les pertes au niveau de la production, à améliorer
la santé du troupeau et à économiser de largent. BibliographieBiggadike, H.J., I. Ohnstad, R.A. Laven, J.E. Hillerton. Detecting Mastitis Automatically. Proceedings of the British Mastitis Conference 2002, pp. 5862. Hillerton, J. Eric, Joanne E. Semmens. Comparison of Treatment
of Mastitis by Oxytocin or Antibiotics Following Detection According
to Changes in Milk Electrical Conductivity Prior to Visible Signs.
Journal of Dairy Science. 82:9398. Sloth, K.H.M.N., N.C. Friggens, P. Lovendahl, P.H. Anderson,
J. Jensen, K.L. Ingvartsen. Potential for Improving Description
of Bovine Udder Health Status by Combined Analysis of Milk Parameters.
Journal of Dairy Science. 86:122132. La présente fiche technique a été rédigée par Vanessa Taylor, chef du programme dassurance de la qualité du lait, MAAARO, Fergus. | Haut de la page | Pour plus de renseignements :Sans frais : 1 877 424-1300 Local : 519 826-4047 Courriel : ag.info.omafra@ontario.ca |
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