Dans cette section |
Le phosphore alimentaire chez les bovins laitiers - gestion des éléments nutritifs et protection de lenvironnement
Table des matières
ContexteLindustrie du bétail fait face à de nombreux défis environnementaux, et une pression accrue sexerce pour que les éleveurs gèrent plus efficacement les éléments nutritifs. Le phosphore (P) et son rôle en tant que polluant du milieu est très préoccupant. Le P provenant du fumier épandu en surface a le potentiel de saccumuler dans le sol si les doses appliquées dépassent ce que la culture est en mesure dassimiler. À cause de lérosion ou de la saturation du sol en phosphore suite à des applications répétées et excessives, le P peut entrer dans les eaux de surface, provoquant la croissance rapide des populations dalgues et nuisant à la survie et à la productivité dautres espèces aquatiques. Selon le tableau 4, Échelle des garanties en éléments nutritifs pour les aliments complets exemptés de lenregistrement du règlement de 1983 pris en application de la Loi relative aux aliments du bétail de lAgence canadienne dinspection des aliments, les besoins alimentaires minimaux en P dun bovin laitier représentent 0,30 % de lapport en matière sèche (AMS). Le NRC suggère que le P représente 0,330,38 % de la matière sèche alimentaire. Il nest toutefois pas rare que les éleveurs utilisent des teneurs allant jusquà 0,50,6 % de P dans les aliments destinés aux vaches très productrices. La recherche a montré quon peut réduire le P alimentaire dautant que 3040 % par rapport à la dose que certains éleveurs emploient présentement, sans sacrifier la production ou la qualité du lait. (Voir le lien au site Web dans les références.) Effets du phosphore alimentaire sur lépandage de fumierLes éleveurs devraient réduire la quantité de P excrétée dans le fumier pour gérer les éléments nutritifs de façon plus convenable. La nutrition joue un rôle clé et elle peut représenter lapproche la plus rentable pour réduire les rejets de P par les exploitations laitières. Si lon abaisse la teneur en P du régime, le P qui se retrouve dans le fumier sen trouve aussi diminué. Pour une vache en lactation qui produit en moyenne 9 100 kg de lait sur 305 jours et reçoit dans son alimentation 3,8 g de P/kg de la matière sèche (MS), il faut compter environ 0,71 ha (1,75 acre) de terre arable (culture mixte de luzerne/maïs/soya) pour recycler le P excrété dans le fumier. Si le P alimentaire passe de 3,8 g de P/kg de MS à 4,8 g de P/kg de MS, une vache nécessite une supplémentation de 8,1 kg de P par année. Par ailleurs, il faudrait 0,28 ha/vache ou 44 % de terre arable de plus pour recycler le P du fumier produit avec le même type de cultures (Powell et Satter, 2001). Du côté de la production, un sac de 25 kg de P dicalcique coûte environ 13 $. Par conséquent, en donnant 8,1 kg de P de moins par jour à 100 vaches, lépargne sélève à environ 420 $ par année. Une autre étude a montré que les vaches qui consomment un régime riche en phosphore de 0,56 % (112 g de P/j) peut excréter jusquà 49,6 g de P/j dans le fumier. Cela se traduit par 18,10 kg de P provenant du fumier chaque année. Par comparaison, les vaches laitières qui consomment un régime à 0,30 % (60 g de P/j) excrètent 22,7 % moins de P dans le fumier. En général, les chercheurs concluent que pour chaque g/j de diminution de lapport en P, il y a une réduction de 0,55 g/j du P excrété (Morse et al. 1992). Un abaissement de la teneur en P des aliments de 52 g/j/tête sur 305 jours pourrait représenter des économies de 825 $ pour un troupeau de 100 vaches laitières. | Haut de la page | Types de système dalimentation et utilisation des éléments nutritifsLorsque toutes les vaches en lactation reçoivent la même ration totale mélangée (RTM), les vaches consomment environ 7 % plus dazote (N) et de P, et elles excrètent 10 % plus déléments nutritifs dans le fumier. La surconsommation est due au fait que les éleveurs cherchent alors à combler les besoins en éléments nutritifs des vaches fraîches et des fortes productrices plutôt que ceux de groupes particuliers. Effectués judicieusement, le regroupement des vaches et la supplémentation raisonnée en P peuvent réduire les rejets de P dans lenvironnement et les factures daliments. Dordinaire, les vaches sont réparties en groupes selon leur production laitière, afin que toutes les vaches (fortes et faibles productrices) reçoivent la quantité correcte déléments nutritifs. Les vaches fraîches (0 à 3 semaines) sont capables de puiser 500600 g de P dans leur masse osseuse durant les premiers stades de la lactation, de sorte que leurs besoins sont plus faibles que ceux des fortes productrices. Les chercheurs recommandent une teneur en P alimentaire supérieure à 0,30 % pour les vaches à production laitière faible à moyenne (7 500 à 9 000 kg/lactation) et de 0,380,40 % pour les vaches à forte production de lait (> 10 000 kg/lactation). En général, les vaches fraîches peuvent recevoir un régime contenant aussi peu que 0,30 % de P tout en maintenant un bon rendement laitier, mais lorsquelles arrivent en fin de lactation, il faut augmenter le P alimentaire pour maximiser la production laitière. La quantité de P fournie par lalimentation et, par conséquent, le P qui se retrouve dans le fumier peuvent être réduits si lon alimente les bovins en fonction du stade de production auquel ils en sont rendus, faisant correspondre le P fourni avec la quantité requise. Cest là une approche raisonnée, contrairement à celles de donner des concentrations élevées de P alimentaire à toutes les vaches pendant toute la durée de la lactation. Certains éleveurs peuvent également regrouper les vaches selon leur âge ou leur rang de portée. Pour choisir la façon de regrouper un troupeau, on doit tenir compte de la main-duvre, de la taille et de la disposition de létable, ainsi que de la taille du troupeau. De plus, si lon donne une RTM au troupeau entier plutôt que de grouper lalimentation, il faut surveiller lindice de létat de chair pour établir la formulation de la ration. Comparaison du coût de systèmes dalimentation typesLe tableau 1 ne révèle aucune différence significative entre le coût des aliments pour 1 seul groupe de RTM et celui de plusieurs groupes de RTM. Une autre étude a montré que le revenu supplémentaire pouvait augmenter au-delà de la hausse du coût des aliments en raison des économies réalisées au niveau des concentrés. Les éleveurs qui utilisent des additifs alimentaires peuvent aussi trouver que le système dalimentation en plusieurs groupes est plus économique parce quils ciblent des groupes précis plutôt que le troupeau entier. Même la main-duvre supplémentaire peut en valoir la peine puisque quil ne faut quenviron 20 minutes pour préparer chaque mélange.
(Inspiré des données de la Ontario Dairy Herd Improvement (DHI), 2003) | Haut de la page | ÉpargneIl nest pas surprenant que, chaque année, la supplémentation en P coûte des millions de dollars inutilement à lindustrie laitière. Le tableau 2 montre laugmentation des coûts annuels des aliments en $US pour un troupeau de 100 vaches, lorsque lon donne une supplémentation en P supérieure à 0,40 %. Selon une autre étude, lalimentation contenant 0,55 % de P au lieu de 0,38 % pour 100 vaches Holstein produisant 8 390 kg de lait/vache/année pourrait faire gonfler la facture des aliments de 3 052 $US de plus par année (Anderson et Magdoff, 2001).
AMS = Apport de matière sèche (Inspiré de Knowlton et Kohn, 1999) Rations alimentaires à moindre coûtIl est difficile de viser le moindre coût et/ou lexcrétion réduite de P sans exercer des effets négatifs sur lexcrétion dazote (N). En moyenne, le fumier des bovins laitiers contient plus de N que de P par rapport aux besoins des cultures. Par conséquent, lorsquon établit la formulation dune ration en fonction de lexcrétion des éléments nutritifs, il faut dabord tenir compte de lazote, puisque le P a une importance secondaire. Mais on ne doit pas oublier que le P est lingrédient le plus cher de la ration laitière. Pour plus de détails sur lazote, consulter la fiche technique du MAAO intitulée Lalimentation des bovins laitiers en vue de réduire lexcrétion azotée, commande no 03-056. En général, les producteurs satisfont les besoins de leurs cultures en épandant du fumier et de lengrais pour prévenir lapplication excédentaire dun élément nutritif par rapport à un autre. Dans une exploitation laitière disposant dune superficie de terres suffisante, linclusion de cultures fourragères dans la rotation et lemploi de plantes couvre-sol permettent également de tirer profit des proportions variables des éléments nutritifs et de lépandage intermittent du fumier dans un champ. En bout de ligne, le principal objectif de la réduction des concentrations déléments nutritifs alimentaires est de diminuer le coût de production, lequel pourrait aussi présenter des avantages pour lenvironnement. Des chercheurs ont élaboré un modèle servant à équilibrer une ration alimentaire destinée aux vaches laitières en fonction du coût le plus bas possible et de lexcrétion minimum de P et de N dans le fumier. Les résultats montrent quil nest pas possible datteindre les trois objectifs simultanément. Toutefois, lexcrétion de P et de N peut être réduite moyennant une légère augmentation du coût. Le tableau 3 illustre les effets de léquilibre dune ration en vue de réduire les coûts sur lexcrétion de N et de P. | Haut de la page |
(Inspiré de Tozer et Stokes, 2001) ConclusionLes exploitations délevage peuvent avoir des répercussions néfastes sur lenvironnement. Des éléments nutritifs tels que le P, qui sont excrétés dans le fumier et qui sont épandus en trop grande quantité sur le sol, peuvent ruisseler dans les voies deau et polluer les eaux de surface. Le premier moyen dintervention visant à réduire les pertes de P dans les exploitations laitières passe par la nutrition. Les éleveurs donnent souvent le P à des teneurs supérieures aux recommandations, par mesure de sécurité. Toutefois, cette stratégie peut faire augmenter inutilement le coût de production, ainsi que le risque de torts causés à lenvironnement. Lalimentation en vue de satisfaire les besoins en éléments nutritifs sans les dépasser permet dabaisser les coûts des aliments. Un fumier contenant moins déléments nutritifs requiert une surface dépandage moindre. Cest là un facteur important dans les exploitations dont les ressources en terres agricoles sont limitées et dont les teneurs du sol en éléments nutritifs sont élevées. Leffet de la réduction du P alimentaire varie dune ferme à lautre en raison des différences au plan des pratiques culturales et des types de sols. Le fait de remplir un plan de gestion des éléments nutritifs en vue déquilibrer les besoins en N et en P des champs et dévaluer les dangers que représentent ces mêmes éléments nutritifs pour lenvironnement peut aussi aider à voir dans quelle mesure on doit concentrer ses efforts à élaborer un programme nutritionnel pour le troupeau du point de vue environnemental. Mis à part les risques liés à lenvironnement, ladoption de stratégies nutritionnelles améliorées en ce qui concerne le P peut réduire les coûts de production. | Haut de la page | Références
| Haut de la page | Pour plus de renseignements :Sans frais : 1 877 424-1300 Local : 519 826-4047 Courriel : ag.info.omafra@ontario.ca |
||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
Ce site est mis à jour
par le gouvernement de l'Ontario, Canada
© Imprimeur
de la Reine pour l'Ontario,
Dernière mise à jour :