Dans cette section

Améliorer l’assimilation de la protéine en contrôlant la teneur en azote uréique du lait

Fiche technique - ISSN 1198-7138  -  Imprimeur de la Reine pour l'Ontario
Agdex : 414/54
Date de publication : décembre 2003
Commande no. 03-118
Dernière révision : décembre 2003
Situation : Fiche technique originale
Rédacteur : Jodi Calberry - chef de programme/MAAARO

Table des matières

  1. Fréquence des mesures de l’AUL
  2. Coûts d’un dosage de l’AUL
  3. Résumé
  4. Références

La protéine est un élément nutritif indispensable pour tous les organismes végétaux et animaux. Elle est aussi la fraction la plus coûteuse de la ration servie aux bovins laitiers. Pendant sa digestion, la protéine est décomposée dans le rumen en éléments plus simples comme les peptides, les acides aminés et l’ammoniac. Alors que la vache peut absorber directement les peptides et les acides aminés au niveau de son intestin grêle pour couvrir ses besoins de croissance et de lactation, l’ammoniac est quant à lui utilisé par la flore ruminale (microbes peuplant le rumen) pour assurer son développement et synthétiser de la protéine (Van Soest, 1994).

La quantité d’azote (N) nécessaire à la flore ruminale varie suivant la quantité de glucides disponibles. Si l’aliment apporte plus de protéine que ce qui est nécessaire à la flore, l’ammoniac produit par la dégradation de la protéine devra être transformé en urée dans le foie et excrété dans l’urine. Si la ration apporte beaucoup d’énergie, la flore ruminale a de plus grands besoins en N et elle est alors capable d’assimiler l’ammoniac excédentaire (Van Soest, 1994).

Le juste équilibre entre la protéine et l’énergie — ou plus précisément entre la protéine dégradable dans le rumen et les glucides à fermentation rapide — permet à la vache d’assimiler au maximum la protéine de sa ration. Cela peut se traduire par une augmentation de la production, une baisse des coûts d’aliment et une diminution des effets sur l’environnement dus à l’azote rejeté dans le fumier.

Pour optimiser la santé et la fonction du rumen, il est généralement recommandé que les glucides non structuraux représentent 30–40 % de la ration (Nocek, 1997). Par contre, les recommandations concernant la part de la protéine brute (PB) dans la ration sont plus difficiles à établir. Il faut en effet adapter la quantité de PB à inclure dans la ration en fonction de plusieurs facteurs : quantité de lait produite par l’animal, taux protéique du lait, taux de croissance, taille de l’animal, teneur en énergie et type des ingrédients énergétiques, composition en acides aminés et dégradabilité de la protéine alimentaire. En règle générale, il faut augmenter la quantité de PB dans la ration quand les besoins en protéine dégradable dans le rumen (PDR) ne sont pas couverts (NRC, 2001).

| Haut de la page |

La mesure de la concentration de l’azote uréique (AU) est un moyen efficace pour déterminer si la protéine et l’énergie sont équilibrés dans la ration. Cette mesure peut se faire sur deux sortes d’échantillons : le lait ou le sang. Prélever du sang à un animal est un geste effractif, qui prend du temps, alors que pour mesurer l’azote uréique du lait (AUL), il suffit de prendre les échantillons de lait servant à la mesure de la matière grasse et des protéines.

La quantité d’ammoniac produite par un animal et, en conséquence, la concentration de l’AUL, varie selon le type de protéine alimentaire servie à l’animal. Les ingrédients de base tels que le foin de luzerne, le canola et l’avoine, qui sont rapidement dégradables dans le rumen, augmentent la production d’ammoniac. La concentration de l’azote uréique dans le lait tend à s’élever quand on sert ce type de protéine aux laitières. Les aliments qui sont dégradés plus lentement dans le rumen, comme les drêches de brasserie et de distillerie et la farine de gluten de maïs, produisent moins d’ammoniac, ce qui se traduit par une concentration moins élevée de l’azote uréique. Voir le tableau 1, Teneur en protéine brute des ingrédients alimentaires courants et rapidité de dégradation de la protéine, pour une analyse plus détaillée. L’équilibre entre la protéine dégradable et la protéine non dégradable dans le rumen est un facteur dont on doit tenir compte quand on formule la ration du point de vue de la protéine brute.

Selon l’Ontario Dairy Herd Improvement (DHI), la concentration de l’AUL doit normalement se situer entre 10 et 16 mg/dL. Quand elle se situe au-dessous de 10 mg/dL, c’est le signe qu’il faut probablement augmenter la protéine dégradable de la ration pour répondre aux besoins en N de la flore microbienne devant servir à la synthèse de la protéine. Les vaches répondront à cette augmentation de la protéine en donnant plus de lait. Quand la concentration d’AUL est supérieure à 16 mg/dL, cela peut vouloir dire soit que l’aliment contient trop de protéine dégradable ou totale, soit qu’il ne contient pas assez d’énergie. Il est important d’évaluer régulièrement l’aliment et la ration — si vous connaissez la composition nutritive de vos aliments, vous pouvez plus facilement déterminer si le déséquilibre est causé par la protéine ou par les glucides. L’équilibrage de la ration pour répondre aux besoins alimentaires améliorera la productivité ainsi que la rentabilité.

Outre les teneurs en protéine et en énergie de la ration, d’autres facteurs font varier la concentration de l’AUL : la saison, le mois, le numéro d’ordre de la lactation, le stade de lactation et le moment où l’échantillon est prélevé. Des chercheurs (Godden et coll., 2001) ont observé que les concentrations étaient plus élevées de juillet à septembre et chez les vaches qui en étaient à 60–150 jours de leur lactation. Les concentrations les plus basses étaient observées durant la première lactation ainsi que, durant les lactations suivantes, au cours des 60 premiers jours ou au-delà des 150 premiers jours. Le rythme auquel l’AUL baissait depuis le milieu de la lactation était plus élevé chez les vaches qui en étaient au moins à leur deuxième lactation (Godden et coll., 2001).

| Haut de la page |

Tableau 1. Teneur en protéine brute des ingrédients alimentaires courants et rapidité de dégradation de la protéine

Ingrédient

PB
(% MS)

Vitesse de dégradation (%/h)

Orge

12,4

22,7

Tourteau de soya (48 % PB)

53,8

7,5

Graines de soya entières torréfiées

43,0

9,3

Tourteau de tournesol

28,4

29,2

Canola (graines)

20,5

20,1

Tourteau de canola

37,8

10,4

Farine de gluten de maïs

65,0

2,3

Drêches de brasserie

29,2

4,7

Drêches de distillerie (maïs)

29,7

3,6

Maïs-grain

9,4

4,9

Maïs humide

9,2

5,1

Ensilage de maïs

8,8

4,4

Avoine

13,2

17,4

Blé

14,2

18,8

Foin de graminées

10,6

8,5

Ensilage de graminée

12,8

5,8

Foin de légumineuses

20,2

16,6

Ensilage de légumineuses

20,0

11,1

(Établi à partir de données du NRC, 2001)

Selon la fréquence et le moment des repas et le moment où vous échantillonnez le lait, la concentration de l’AUL peut varier. Les concentrations sont plus faibles le matin. En conséquence, si vous prenez des échantillons de la traite du matin et du soir, veillez à toujours le faire aux mêmes moments pour être sûr d’obtenir une image exacte des concentrations, ou bien prenez régulièrement des échantillons de manière à établir les données de base auxquelles vous pourrez vous référer ensuite. Comme les concentrations de l’AUL sont à leur niveau le plus élevé 2–6 heures après le repas, un accès continuel à l’aliment ou des repas plus fréquents peut éliminer l’écart entre les taux du matin et du soir (Godden et coll., 2001; Gustafsson et Palmquist, 1993).

Il ne faut pas oublier que les concentrations d’AUL peuvent aussi augmenter au printemps lorsque les vaches retournent au pâturage. Les pâturages constitués de luzerne et de graminées sont particulièrement riches en azote rapidement fermentescible.

La plupart des éleveurs surveillent la teneur en azote uréique du lait pour gérer l’alimentation de leurs vaches. Il en est quelques-uns qui pensent que c’est aussi un outil utile pour améliorer les performances de reproduction. En fait, contrairement à une idée répandue, il est peu probable que l’AUL soit d’une quelconque utilité à cet égard. Des recherches (Godden et coll., 2001) ont montré qu’on peut obtenir une bonne fertilité chez des vaches qui pourtant affichent des concentrations d’AUL très variables.

| Haut de la page |

Fréquence des mesures de l’AUL

Faites mesurer l’AUL au moins une fois par mois pour établir des données de référence fiables pour le troupeau. En outre, vous avez intérêt à le mesurer à nouveau :

  • quand vous modifiez la ration
  • quand vous changez un ingrédient
  • quand vous entamez un nouveau silo
  • quand vous envoyez les vaches au pâturage.

Actuellement, 73 % des agriculteurs ontariens utilisent les services du DHI et, de ce nombre, 18 % font mesurer l’AUL.

En règle générale, on doit prendre un échantillon du lait de chaque vache du troupeau. Si le troupeau est important, il est acceptable de prendre un échantillon collectif pour chaque groupe de vaches recevant la même ration. Dans ce cas, on doit échantillonner au moins 10 % des vaches. Certains producteurs peuvent opter pour un échantillon global prélevé dans la cuve réfrigérante plutôt que chez chaque vache. Ils doivent cependant être conscients de la valeur limitée de cet échantillon global, parce qu’à cause de leur régime alimentaire, les vaches fortes productrices ont des concentrations d’AUL élevées.

Coûts d’un dosage de l’AUL

Le coût du dosage de l’AUL varie selon les endroits. En Ontario, le prix était de 0,25 $ par dosage. Par exemple, si on a un troupeau de 50 vaches, le coût annuel d’un dosage de l’AUL dans le lait de chaque vache atteindrait 150 $, ce qui semble tout à fait raisonnable.

La protéine est un élément nutritif coûteux, qui est indispensable à la vache de même qu’à la flore ruminale, pour assurer la croissance et la production. Quand la ration contient de l’énergie en proportion convenable, les microbes peuvent utiliser efficacement l’ammoniac produit par la dégradation de la protéine alimentaire et ils peuvent synthétiser la protéine microbienne qui aidera la vache à couvrir ses besoins. Mais si la ration contient trop de protéine et que la production d’ammoniac excède les besoins des microbes, l’ammoniac excédentaire passera dans le sang. Il en résultera un gaspillage de protéine et de glucides, puisque l’animal devra dépenser de l’énergie pour détoxiquer l’ammoniac et le transformer en urée.

| Haut de la page |

Résumé

En fin de compte, l’AUL est un outil utile pour contrôler l’assimilation de la protéine par les bovins laitiers puisqu’il peut servir à révéler un déséquilibre entre la protéine et l’énergie. L’éleveur qui connaît les taux d’AUL de son troupeau peut plus facilement détecter les dérèglements nutritionnels, combler de façon plus précise les besoins en protéine tout en réduisant les coûts de l’aliment, et diminuer les effets indésirables de l’azote du fumier quand il est épandu en excès sur les terres.

Références

  1. Godden, S. M., Lissemore, K. D., Kelton, D. F., Leslie, K. E., Walton, J. S. et J. H. Lumsden. 2001. Factors associated with milk urea concentrations in Ontario dairy cows. J. Dairy Sci. 84:107-114.
  2. Godden, S. M., Kelton, D. F, Lissemore, K. D., Walton, J. S., Leslie, K. E. et J. H. Lumsden. 2001. Milk urea testing as a tool to monitor reproductive performance in Ontario dairy herds. J. Dairy Sci. 84:1397-1406.
  3. Gustafsson, A. H. et D. L. Palmquist. 1993. Diurnal variation of rumen ammonia, serum urea, and milk urea in dairy cows at high and low yields. J. Dairy Sci. 76:475-484.
  4. Nocek, J. E. 1997. Bovine acidosis: implications on lameness. J. Dairy Sci. 80:1005.
  5. National Research Council (NRC). 2001. Nutrient requirements of dairy cattle. Seventh revised edition. National Academy Press, Washington, DC.
  6. Van Soest, P. J. Nutritional ecology of the ruminant. Second ed. 1994. Cornell University Press. United States. 291–303

| Haut de la page |

Pour plus de renseignements :
Sans frais : 1 877 424-1300
Local : 519 826-4047
Courriel : ag.info.omafra@ontario.ca