L'acidose
ruminale chronique (arc) chez la vache laitière
Table des matières
- Introduction
- Qu'est-ce que l'arc?
- Quels sont les symptômes de l'arc?
- Comment diagnostiquer l'arc?
- Comment prévenir l'arc
Introduction
L'acidose ruminale chronique (ARC), aussi appelée acidose ruminale
subaiguë ou latente, est un trouble de la digestion bien reconnu
qui s'observe de plus en plus fréquemment dans la plupart des
troupeaux de vaches laitières. Les résultats d'études
sur le terrain révèlent une forte prévalence de
ce problème dans les troupeaux de vaches laitières fortes
productrices. Pour répondre aux besoins nutritionnels très
élevés de leurs animaux, les éleveurs doivent distribuer
un régime plus riche en grains et moins riche en fibres qui maximise
l'apport énergétique en début de lactation. Dans
les troupeaux laitiers affectés par l'ARC, on constate une diminution
de l'efficacité de la production laitière, une détérioration
de l'état sanitaire et une augmentation des mises à la
réforme prématurées. Les pertes imputables à
l'ARC peuvent atteindre des sommes vertigineuses. On estime que l'ARC
coûte au secteur laitier nord-américain entre 500 millions
et 1 milliard de dollars américains chaque année, la perte
étant de 1,12 dollar US en moyenne par jour et par vache affectée.
Devant ce problème, les producteurs laitiers et les spécialistes
de la nutrition des vaches laitières doivent mettre en oeuvre
des pratiques d'élevage et de gestion de l'alimentation qui préviennent
ou qui réduisent l'incidence de l'ARC, même dans les troupeaux
laitiers à très haute production où la proportion
de concentrés doit être élevée pour maximiser
l'ingestion d'aliments énergétiques.
Qu'est-ce que l'arc?
L'ARC est un trouble de la fermentation ruminale qui se caractérise
par des périodes prolongées de baisse du pH ruminal au-dessous
de 5,5-5,6. Le pH du liquide ou " suc " ruminal mesure l'état
d'acidité ou d'alcalinité du contenu ruminal. Le pH baisse
lorsque le milieu ruminal s'acidifie. Un pH situé entre 6,0 et
6,4 est optimal pour la fermentation dans le rumen et la digestion des
fibres bien que, même chez les vaches en bonne santé, il
puisse fluctuer et tomber au-dessous de 6,0 pendant de courts laps de
temps durant la journée. La baisse du pH ruminal résulte
de la dégradation des glucides alimentaires (p. ex. l'amidon),
en particulier ceux contenus dans les grains tels que le maïs et
l'orge. Les grains sont riches en glucides fermentescibles dont la digestion
rapide par les bactéries du rumen produit des acides gras volatils
(AGV) et de l'acide lactique. Dans des conditions d'alimentation normales,
les AGV sont rapidement absorbés par les papilles ruminales,
petits appendices en forme de doigts qui tapissent la paroi du rumen.
Une fois absorbés, les AGV passent dans le sang de la vache et
peuvent être utilisés pour produire le lait. La figure
1 montre le profil du pH ruminal mesuré durant une expérience
où l'on a servi des quantités limitées de grain
pour simuler l'ARC. Elle montre aussi le temps que met le rumen à
se rétablir après un épisode d'ARC (à remarquer
: le long intervalle entre le deuxième repas de grain et la remontée
du pH à 6,0).
Figure 1. Mesures du pH ruminal prises en continu
sur 24 heures, chez une vache Holstein. Les flèches montrent
l'heure où des repas de grain ont été servis pour
simuler expérimentalement l'ARC.

Pendant les accès d'ARC chez la vache laitière, la baisse
du pH est rarement causée par l'accumulation d'acide lactique
dans le rumen comme cela se produit chez les bovins engraissés
en parcs. L'ARC s'installe lorsque la production des AGV excède
la capacité des papilles ruminales à les absorber. Les
AGV en excès s'accumulent rapidement dans le rumen et entraînent
de ce fait la chute du pH. Au vêlage, le passage brusque d'un
régime grossier à base de fibres à un régime
de lactation enrichi de concentrés constitue l'une des causes
les plus fréquentes d'acidose chez la vache sortant du tarissement.
Quand ce passage se fait sans transition, les bactéries qui peuplent
le rumen et les papilles ruminales n'ont pas le temps de s'adapter à
la production accrue d'AGV et ceux-ci s'accumulent rapidement dans le
rumen. Une autre cause courante de l'ARC est la mauvaise formulation
de la ration ou un mélange inadéquat qui a pour conséquence
de réduire la teneur en fibre efficace de la ration au-dessous
des niveaux recommandés ou de fragmenter trop finement les ingrédients.
Ce genre de défauts amènent la vache à diminuer
son activité de rumination (régurgitation du contenu ruminal
et mastication), ce qui diminue la sécrétion de salive,
une substance tampon qui a la propriété d'atténuer
les variations du pH ruminal.
Quels sont les symptômes de l'arc?
La plupart du temps, la vache laitière qui souffre d'ARC n'extériorise
pas de symptômes cliniques spécifiques clairs. Souvent,
le signe clinique le plus commun est une diminution de l'appétit
ou une prise d'aliments irrégulière. Pendant un accès
d'ARC, la vache réduit sa consommation de façon à
abaisser l'acidité de son milieu ruminal. Elle se remet à
manger quand le pH ruminal est de nouveau supérieur à
5,6, d'où les fortes variations de consommation qui souvent passent
inaperçues, surtout dans les grands troupeaux où les vaches
sont logées et soignées en groupe. On peut souvent observer
d'autres signes de l'ARC comme :
- une diminution de la rumination (mastication des aliments régurgités)
- une légère diarrhée
- des bouses foisonnantes contenant des bulles de gaz
- la présence de grains non digérés ( ¼
po ou 6 mm) dans les bouses.
Après un certain temps, en général 3 à
6 mois après des poussées d'ARC, le troupeau laitier commence
à extérioriser les signes secondaires de la maladie :
accès de fourbure, perte de poids et mauvais état de chair
malgré une alimentation adéquate en énergie, et
abcès d'origine inexpliquée. Si on omet de les diagnostiquer,
les effets secondaires de l'ARC peuvent se solder par des taux élevés
de mises à la réforme. Face à des signes secondaires
dont l'explication n'est pas apparente, il y a lieu de soupçonner
l'ARC.
Comment diagnostiquer l'arc?
À l'échelle du troupeau, l'ARC peut être difficile
à diagnostiquer à cause des formes rudimentaires et subtiles
sous laquelle elle se présente. La baisse de la teneur en matière
grasse (taux butyreux) du lait est l'indice sur lequel repose habituellement
le diagnostic. En effet, lorsque le pH est faible, la digestion des
fibres dans le rumen devient moins efficace. Or, c'est à partir
des produits finals de la digestion des fibres que la vache assure la
synthèse des matières grasses de son lait. Comme en temps
normal, le lait d'une vache Holstein titre 3,5 % de gras, il y a lieu
de soupçonner qu'elle souffre d'ARC quand son taux butyreux chute
à moins de 3 %. Toutefois, la mesure du taux butyreux sur un
échantillon pris dans la citerne est souvent inefficace pour
diagnostiquer l'ARC à l'échelle du troupeau. Chacune des
vaches souffrant de l'ARC peut avoir un lait moins gras, mais une fois
ce lait mélangé à celui du troupeau, l'analyse
ne révèlera pas de baisse significative. Seul le dosage
du taux butyreux dans le lait des vaches souffrantes est un bon indicateur
de l'ARC.
Le seul outil fiable et précis pour diagnostiquer l'ARC est
la mesure du pH du liquide ruminal. Le prélèvement de
ce liquide à l'aide d'une sonde gastrique (passant par l'sophage)
a déjà été pratiqué à la ferme,
mais les résultats d'une analyse d'échantillons ainsi
recueillis sont souvent faussés à cause de la contamination
par la salive. Une méthode de prélèvement pouvant
être pratiquée à l'étable est la ruménocentèse,
parfois aussi appelée ponction percutanée, qui consiste
à enfoncer une aiguille (calibre 1, 5 po de long) dans le sac
ruminal ventral et à aspirer un échantillon de jus du
rumen dans une seringue de 10 mL. À cause de la nature effractive
de cette procédure, il est recommandé d'en confier l'exécution
à un vétérinaire compétent. Il est important
de choisir le bon moment où prélever l'échantillon
pour ne pas fausser l'interprétation des résultats (tableau
1).
Tableau 1. Moment recommandé pour prélever un échantillon de
liquide ruminal pour en mesurer le pH
| Mode d'alimentation |
Délai recommandé après le repas |
| RTM servie une fois par jour |
5-8 heures après le repas |
| Fourrages et concentrés servis séparément |
2-5 heures après la distribution des concentrés |
On ne devrait prélever des échantillons de liquide ruminal
que dans les 60 jours qui précèdent le vêlage, car
l'ARC survient essentiellement durant cette phase de la gestation. Étant
donné les amples variations qui s'observent normalement d'une
vache à l'autre, il faut prendre un échantillon chez au
moins 10 vaches de chaque groupe d'alimentation. Si plus de 30 % des
vaches échantillonnées ont un pH ruminal inférieur
ou égal à 5,5 ( 5,5), on considère que le groupe
entier souffre de l'ARC. Il faut alors revoir les pratiques d'alimentation
et de conduite des animaux pour déterminer si des modifications
s'imposent. Les valeurs de pH situées entre 5,6 et 5,8 sont considérées
à la limite de la fourchette optimale. Les valeurs égales
ou supérieures à 5,8 sont considérées comme
normales.
Comment prévenir l'arc
Lorsque les épreuves en laboratoire aboutissent à un
diagnostic d'ARC, il est important de corriger les pratiques d'alimentation
et de conduite de l'élevage pour réduire l'incidence de
ce trouble digestif. Le facteur qui déclenche le plus souvent
l'ARC chez la vache laitière est le passage brutal à un
régime riche en concentrés. La flore bactérienne
du rumen met environ 3 semaines à s'adapter à une ration
comportant une forte proportion de concentrés. Il est donc recommandé,
pendant cette période de 3 semaines, d'augmenter la ration de
concentrés par paliers progressifs, à intervalles de 5
à 7 jours, pour éviter l'apparition de l'ARC. Si la ration
est particulièrement riche en concentrés, il faut encore
plus longtemps (soit 4-6 semaines) aux papilles ruminales de s'allonger
suffisamment pour s'adapter à ce nouveau régime. À
quelques jours du vêlage, la ration des vaches taries doit déjà
contenir suffisamment de glucides pour qu'après le vêlage,
le passage à la ration de lactation occasionne des modifications
moins brutales dans le milieu ruminal.
Il faut formuler les rations avec le plus grand soin et faire particulièrement
attention à la teneur en fibres alimentaires. Le National Research
Council (NRC) des États-Unis (2001) recommande les critères
suivants en ce qui concerne la teneur en fibres des rations pour vache
en lactation : l'apport en cellulose (fibre) au détergent neutre
(NDF) doit représenter au minimum 27-30 % de la matière
sèche de la ration, 70-80 % de cette NDF devant être fournie
par les fourrages. Lorsqu'on couvre 70-80 % des besoins en NDF à
l'aide des fourrages, on a l'assurance que la ration contient suffisamment
de NDF efficace. Le concept de NDF efficace (NDFe) intègre principalement
la taille des particules (granulométrie), la digestibilité
et la densité de la ration. Les rations contenant des quantités
adéquates de NDFe stimulent la mastication et la rumination des
aliments régurgités, ce qui amène la vache à
sécréter plus de salive, une substance qui joue un rôle
de tampon dans le milieu ruminal. Un facteur de risque de l'ARC est
la teneur en glucides facilement fermentescibles, comme l'amidon, les
sucres et les pectines. Pour prévenir l'ARC, il est indispensable
d'équilibrer les proportions et les types de glucides non structuraux
(GNS), c'est-à-dire des glucides qui sont contenus dans les cellules
des végétaux et non dans leurs parois. Le NRC (2001) recommande
que les GNS constituent de 35 à 45 % de la matière sèche
d'une ration pour vache laitière. La vitesse à laquelle
les GNS sont digérés dans le rumen varie selon leur source
et il est donc utile de connaître les valeurs relatives de fermentescibilité
des GNS des céréales pour formuler les rations. Le risque
d'ARC s'élève quand on donne des aliments, comme l'orge
et le blé, dont les GNS sont très fermentescibles; par
ailleurs, certains traitements appliqués aux grains comme le
floconnage à la vapeur ou l'ensilage à haute teneur en
humidité, peuvent augmenter la vitesse de fermentation des GNS
dans le rumen. Pour limiter le risque d'ARC tout en maximisant la consommation
d'aliments énergétiques, il faut choisir des sources de
GNS qui s'équilibrent entre elles.
Des substances à effet tampon (p. ex. le bicarbonate de sodium
et le sesquicarbonate de sodium) sont couramment ajoutées aux
rations des vaches laitières pour aider à éviter
l'ARC. La recherche montre qu'elles relèvent effectivement le
pH ruminal. La dose recommandée de ces substances tampons est
de 0,75 % de la matière sèche de la ration. D'autres précautions
peuvent être prises contre l'ARC :
- éviter de mélanger trop longtemps ou trop finement
la RTM pour que les particules d'aliment ne soient pas trop petites
et que la teneur en NDFe ne soit pas réduite;
- faire en sorte que les ingrédients de la ration se séparent
le moins possible durant le mélange et la distribution de la
RTM;
- si l'on sert une RTM, surveiller les repas et faire en sorte que
les vaches trient le moins possible les ingrédients dans l'auge
ou le couloir d'alimentation;
- si l'on distribue des rations très riches en aliments concentrés,
éviter que des vaches en mangent beaucoup en un seul repas
ou qu'elles mangent de façon irrégulière. Pour
cela, assurer à toutes les vaches un bon accès à
l'aliment ou distribuer la ration concentrée en plusieurs fois
pour réduire la quantité prise en un repas;
- veiller à ce que les fourrages et l'ensilage soient hachés
à la bonne longueur.
L'acidose ruminale chronique est un trouble de la digestion qui passe
souvent inaperçu dans la plupart des troupeaux de laitières
fortes productrices et qui, de ce fait, entraîne des pertes économiques
dont on peut pourtant se dispenser. Grâce aux nouvelles connaissances
acquises dans le domaine de l'alimentation des vaches laitières,
il est en effet possible d'éviter ce trouble. L'éleveur
qui soupçonne que son troupeau laitier souffre d'accès
d'acidose ruminale chronique devrait collaborer étroitement avec
son vétérinaire et son spécialiste de la nutrition
animale pour en limiter l'incidence.
Nous remercions le Secrétariat d'État pour sa contribution
financière à la réalisation de la présente
fiche technique.
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Sans frais : 1 877 424-1300
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