Nitrates dans l'ensilage

Des nitrates peuvent s'accumuler dans les cultures à croissance rapide par temps sec. Ce problème touche surtout le maïs, mais on peut aussi retrouver des concentrations élevées de nitrate dans le sorgho, l'herbe du Soudan, le millet, les céréales et l'ivraie vivace d'Italie. Le risque d'accumulation de nitrate est plus élevé cette année en raison des conditions de croissance. De l'azote gazeux mortel présent dans les fourrages ayant une forte concentration de nitrate peut être produit pendant l'ensilage. Il faut donc éviter d'entrer dans les silos pendant au moins trois semaines après la récolte. Le fait de nourrir le bétail avec du fourrage ayant une forte concentration de nitrate peut causer une intoxication au nitrate. Celle-ci a des effets négatifs sur la santé des animaux et la productivité, mais il existe des moyens de gérer le risque.

Pourquoi une concentration élevée de nitrate pose-t-elle un problème?

Des oxydes d'azote (NO, NO2, N2O4) peuvent se former lorsque les nitrates se décomposent pendant l'ensilage. Le fourrage à forte teneur en nitrate peut faire augmenter les émissions de gaz, qui peuvent rapidement atteindre des concentrations mortelles. Les oxydes d'azote sont plus lourds que l'air, ont une couleur rougeâtre ou brun jaunâtre et dégagent une odeur caractéristique d'eau de Javel. Ils s'accumulent dans les endroits bas, notamment autour de la base d'un silo ou dans la salle d'alimentation sous une tour. Lorsqu'on procède à l'ensilage de fourrage qui peut contenir de fortes concentrations de nitrate, il faut éviter de pénétrer dans le silo pendant au moins trois semaines après la récolte. Si on doit y entrer pour couvrir l'ensilage ou le répartir de façon égale, il faut le faire tout de suite après le remplissage et laisser fonctionner le ventilateur lorsqu'il y a quelqu'un dans le silo.

Les nitrates (NO3-N) contenus dans le fourrage sont transformés en nitrites (NO2-N) dans le rumen. Habituellement, les nitrites sont rapidement convertis en ammoniac (NH3-N) par les bactéries du rumen, absorbés par le sang et évacués avec l'urine. Lorsque le fourrage contient une forte concentration de nitrate, les microbes du rumen ne peuvent pas gérer la production de nitrites. Ceux-ci forment de la méthémoglobine dans le sang, ce qui réduit la capacité de transporter l'oxygène. Parmi les symptômes d'une intoxication aiguë au nitrate chez les animaux figurent la perte d'équilibre, les vomissements, les difficultés respiratoires, la coloration bleu-gris des muqueuses et la mort (généralement dans les trois heures). L'intoxication chronique au nitrate se manifeste souvent par une réduction du gain pondéral, des avortements précoces et des naissances prématurées.

Quelles sont les conditions de croissance qui font augmenter la concentration de nitrate dans les récoltes?

Il y a plusieurs facteurs connus qui font augmenter le risque de concentration élevée de nitrate dans les cultures à croissance rapide et les mauvaises herbes.

  • Fertilisation élevée du sol en azote. Cela peut être attribuable aux engrais, à l'épandage de fumier, aux cultures de légumineuses enfouies ou à la luzerne détruite par le gel.
  • Grêle, gel ou longues périodes de temps nuageux. Dans ces conditions, les racines des plantes absorbent les nitrates, mais les feuilles sont incapables de transformer ces nitrates en acides aminés assez rapidement pour prévenir l'accumulation.
  • Périodes de temps sec suivies d'une averse de pluie. Les nitrates se déplacent avec l'eau du sol pour atteindre les racines. Par conséquent, une averse après une vague de sécheresse favorise l'absorption d'une grande quantité d'azote dans le plant. Il faut entre 5 et 7 jours pour que la culture métabolise tout ce nitrate. C'est donc la première semaine après une averse que les concentrations sont le plus élevées.

Même si les renseignements qui précèdent fournissent de bonnes bonnes lignes directrices, les conditions de croissance en 2019 ont compliqué les choses. Dans les champs où le lissage ou le compactage du sol au moment de la plantation a eu une incidence sur le développement des racines, la culture risque de subir un stress dû à l'humidité, et ce, même si le niveau de précipitation est normal. Dans les champs qui présentent des symptômes de stress dû à l'humidité, les nitrates risquent de s'accumuler après avoir été ravivés par la pluie.

Que peuvent faire les producteurs pour gérer les nitrates?

Une bonne fermentation peut réduire la concentration de nitrate de 25 % à 65 %. Il est important que la culture ait un taux d'humidité approprié selon le silo utilisé (tableau 1). Si la culture est trop humide ou trop sèche, la fermentation ne se fera pas correctement, et la concentration de nitrate demeurera élevée. Les grosses balles sont généralement trop sèches pour fermenter complètement. Il ne faut donc pas s'attendre à ce qu'elles réduisent la concentration de nitrate autant que la mise en silos. La concentration de nitrate est stable dans le foin sec; si elle est élevée au moment de la récolte, elle demeurera élevée.

Tableau 1. Taux d'humidité approprié pour les cultures à ensilage

Type de silo
Taux d'humidité
Pourcentage de matière sèche
Silo horizontal (silo-couloir)
65 % - 70 %
30 % - 45 %
Silo-boudin
65 % - 70 %
30 % - 45 %
Silo-tour
62 % - 67 %
33 % - 38 %
Silo-tour hermétique
55 % - 60 %
40 % - 45 %
Balles
50 % - 60 %
40 % - 50 %

Les nitrates s'accumulent surtout dans les parties inférieures du plant. Par conséquent, on recommande généralement de couper le plant plus haut pour réduire la concentration de nitrate dans le fourrage. Cependant, si les stocks de fourrage posent un problème, il vaudrait mieux faire la récolte à la hauteur de coupe normale, laisser la culture fermenter pendant au moins 3 à 5 semaines, puis effectuer une analyse en laboratoire pour vérifier la concentration de nitrate, de sorte que le fourrage puisse être dilué au besoin avant d'être donné aux animaux. Des lignes directrices pour l'interprétation des résultats de l'analyse en laboratoire sont données dans le tableau 2 ci-dessous.

L'analyse du fourrage est le seul moyen de savoir si la concentration de nitrate peut poser un problème. La plupart des laboratoires qui analysent les aliments et le fourrage offrent également des analyses visant à déterminer la concentration de nitrate. Il faut s'assurer que l'échantillon est représentatif des aliments et le congeler pour éviter que la concentration de nitrate ne change entre la ferme et le laboratoire. Les nitrates peuvent être désignés de différentes manières dans les résultats d'analyse : nitrate (NO3) ou azote des nitrates (NO3-N). De plus, les mesures peuvent être exprimées en pourcentage ou en partie par million (ppm).

Tableau 2. Lignes directrices sur la concentration de nitrate dans le fourrage selon la matière sèche dans les rations pour bovins

 
NO3-N (ppm)
NO3 (%)
Généralement sécuritaire
< 350
0,15
Généralement sécuritaire pour les femelles non gestantes. Limite de 50 % de la ration totale pour les femelles en gestation.
350-1 130
0,15-0,5
Limite de 25 %-50 % de la ration pour les femelles non gestantes. Ne pas donner à manger à des femelles gestantes.
1 130-2260
0,5-1,0
Ne pas donner à manger
> 2 260
>1,0

Adaptation de Glunk et autres 2015

Pour réduire le risque d'intoxication aiguë au nitrate, il faut nourrir les animaux plusieurs fois par jour au lieu de leur donner une seule grosse ration. Le bétail nourri une fois par jour a tendance à manger beaucoup lorsque le fourrage arrive; si la concentration de nitrate de la ration est trop élevée, il y a une augmentation importante du taux de méthémoglobine environ huit heures plus tard. Les ruminants qui sont nourris deux fois par jour consomment de plus petites portions, et leur taux de méthémoglobine augmente, mais de façon modérée, quatre heures après chaque repas.

Sources

Bagg, J. Risque d'intoxication au nitrate et de formation de gaz d'ensilage associé à l'utilisation de maïs affecté par la sécheresse et qui est destiné à l'ensilage, à l'affouragement en vert ou au pâturage, [En ligne], ministère de l'Agriculture, de l'Alimentation et des Affaires rurales de l'Ontario, 2012.

Glunk, E., K. Oslen-Rutz, M. King, D. Wichman et C. Jones. Nitrate Toxicity of Montana Forages, Montana State University Extension, 2015.

Yaremcio, B. Nitrate Poisoning and Feeding Nitrate Feeds to Livestock, ministère de l'Agriculture et des Forêts de l'Alberta, 1991.


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