Indice de conversion des aliments, rendement des bovins et effets sur l'environnement

Depuis longtemps, on explique les différents aspects du métabolisme énergétique global du bétail par analogie avec des machines. Comme celles ci, les animaux consomment un combustible (les aliments), ils donnent un produit (la carcasse) et, selon leur rendement, ils perdent de l'énergie, principalement sous forme de chaleur et de gaz. Plus les pertes énergétiques représentent une faible proportion de l'apport énergétique (prise alimentaire), plus le rendement énergétique de l'animal est élevé. Les différences de rendement énergétique peuvent avoir d'importantes répercussions économiques et environnementales.

Au centre de recherches sur les bovins de boucherie d'Elora, de l'Université de Guelph, on se sert d'équipement de pointe pour évaluer les différences métaboliques chez des bovins dont on connaît l'indice de conversion alimentaire. Les stalles individuelles sont surmontées de dispositifs qui échantillonnent les gaz en continu (Figure 1). Pendant que l'animal est retenu dans la stalle, des capteurs mesurent sa consommation d'oxygène ainsi que sa production de dioxyde de carbone et de méthane chaque seconde, ce qui permet de calculer sa production de chaleur métabolique (calorimétrie indirecte).

Bouvillons de parc d'engraissement dans des stalles individuelles
Figure 1. Bouvillons de parc d'engraissement dans des stalles individuelles pendant la mesure des gaz sur 24 h, centre de recherches sur les bovins de boucherie, Université de Guelph.

Le taux métabolique de l'animal a un effet prononcé sur l'indice de conversion des aliments. Le calorimètre indirect est l'appareil idéal pour l'évaluation du métabolisme des bovins. Il ne peut être employé directement dans les élevages commerciaux, mais dans les centres de recherche, il joue un rôle crucial dans la mise à l'essai de nouvelles méthodes d'évaluation qui pourraient s'appliquer aux troupeaux commerciaux. L'objectif ultime de ces recherches est de faire une évaluation complète de la mise en œuvre d'indicateurs de l'indice de conversion, comme la thermographie infrarouge, les paramètres du plasma sanguin (hormones et métabolites) et les traits de comportement.

La procédure expérimentale d'évaluation de ces indicateurs prévoit un test d'alimentation de 112 jours pendant lequel on mesure la prise alimentaire individuelle quotidienne, on pèse les animaux et on recueille des données par ultrasons tous les 28 jours. À la fin du test, à partir de ces résultats, on classe les bovins selon leur indice de conversion, et on sélectionne les individus qui se trouvent à chaque extrémité du classement pour la mesure des gaz. (Par exemple, sur 120 bouvillons, on sélectionnerait les 12 ayant le pire indice de conversion et les 12 ayant le meilleur.) On échantillonne alors les gaz produits par chacun de ces animaux pendant 24 heures passées dans le calorimètre. Simultanément, on prend des images infrarouges de huit différentes parties du corps (pieds, museau, yeux, flancs, etc.), et on prélève des échantillons de sang toutes les heures pour étudier l'évolution des taux d'hormones et de métabolites au cours de cette période. En outre, pendant ces 24 h, on équipe les animaux de podomètres pour mesurer le nombre de pas qu'ils font et le temps qu'ils passent debout ou couchés.

Les bouvillons en parc d'engraissement (principalement des croisements d'Angus et de Simmenal) ont reçu une ration de 80 % de maïs à haute teneur en eau, 12 % d'ensilage préfané, 5 % de tourteau de soya et 3 % de mélange de minéraux. Les résultats préliminaires montrent que pendant les 112 jours passés au parc d'engraissement, les bouvillons à indice de conversion élevé consommaient environ 3 kg d'aliments de moins par jour (à la distribution) que les animaux à faible indice de conversion. Cela correspond donc à quelque 336 kg d'aliments en moins par tête pour des bovins qui, à la fin de la période d'engraissement, atteignent un poids corporel identique et produisent une carcasse de même composition. L'économie réalisée représente une tonne d'aliment pour trois têtes de bovins à indice de conversion élevé. Les données calorimétriques sont encourageantes également, puisqu'elles montrent que les bouvillons à indice de conversion élevé constituent des " machines métaboliques " dont le rendement est nettement meilleur; en effet, ils produisaient environ 20 % de chaleur et 40 % de méthane de moins que les individus à faible indice de conversion. Bien entendu, la production de quantités moindres de méthane présente un grand avantage environnemental, mais elle explique aussi la meilleure rentabilité de ces bovins, parce chez ceux ci l'émission de méthane (un gaz combustible) constitue une importante perte énergétique.

Nous analysons actuellement ces résultats conjointement avec les données infrarouges et les paramètres sanguins. Dans un avenir rapproché, nous espérons trouver d'autres clés pour l'identification de bovins à meilleur rendement.

Nous remercions le personnel du centre de recherches sur les bovins de boucherie d'Elora pour l'aide qu'il nous a prodiguée au cours de ces essais laborieux, ainsi que nos nombreux volontaires (28 étudiants très actifs); nous remercions également le Conseil de recherche sur les bovins de boucherie, le ministère de l'Agriculture, de l'Alimentation et des Affaires rurales de l'Ontario et l'Ontario Cattlemen's Association de leur appui.

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