Programmes d'alimentation naturelle - Concepts pour modifier les régime dans les parcs d'engraissement

Les programmes " naturels " sont populaires

La popularité croissante en Amérique du Nord des régimes qui font attention à la santé crée des possibilités pour l'industrie des bovins. Il semble en effet y avoir de plus en plus d'intérêt pour le bœuf provenant d'animaux qui ont fait l'objet d'une intervention pharmaceutique minime. Bien que les avantages pour la santé de ce genre de produits par rapport au bœuf ordinaire puissent être discutables, il semble qu'il y ait des consommateurs qui soient prêts à payer plus cher pour obtenir ces produits. Puisqu'un des principes fondamentaux de la commercialisation est de répondre aux besoins des consommateurs, l'industrie devrait " alimenter " ce besoin. Ceci aidera à préserver ou à accroître la part du marché du bœuf au comptoir des viandes. Ceci peut se traduire par la possibilité de surprix pour les producteurs qui peuvent fournir ce produit.

Bien que les coûts de production puissent être plus élevés, un surprix sur le marché du détail peut assurer le succès de cette stratégie, en autant que les avantages financiers sont répartis sur toute la chaîne de production. Avant d'adopter un programme, voici quelques facteurs nutritifs dont il faudrait tenir compte pour mieux comprendre les répercussions de produire " au naturel ".

On dit adieu aux implants

Les implants sont interdits dans pratiquement tous ces programmes, ce qui réduit le potentiel de croissance musculaire global et peut même augmenter le partitionnement menant à l'acquisition de gras. Si on prend pour acquis que les implants de capacité moyenne (qui pourraient entraîner un gain de poids ou une conversion de l'alimentation en gain de poids d'environ 10 %) sont interdits, une perte de rendement de 10 % se traduit par quelque 10 % de jours de plus à l'engraissement. La ration pourrait être formulée avec un petit peu moins de protéines et un peu moins d'énergie aussi - une économie qui permettrait de compenser pour le rendement réduit. Ceci signifie que le surprix sur le poids vif doit être d'environ 2 % et un peu plus élevé pour les producteurs payés sur le rail. Des surprix additionnels convenus sur les carcasses peuvent être requis puisque certains implants sont reconnus comme augmentant le pourcentage d'apprêtage de 2 % à 5 %, selon la formulation, le sexe et le résultat final de l'implant. Toutefois, certains implants agressifs (comme ceux contenant de l'acétate de trenbolone) ont été impliqués dans des taux de coupe noire plus élevés et leur élimination réduira ce risque (ce qui constitue une autre économie).

Bétail dans un parc d'engraissement
Figure 1 : Bétail dans un parc d'engraissement

Disparition des ionophores!

Bien qu'ils ne soient pas absorbés en quantités appréciables par l'animal, les ionophores agissent comme des antibiotiques actifs dans le rumen où ils réduisent de manière sélective les populations de certains microbes. Les consommateurs ne veulent toutefois pas que des antibiotiques (quel qu'en soit le type) soient utilisés dans la production des viandes. Le partitionnement de l'énergie menant à l'acquisition de gras peut également être accru lorsque les ionophores sont enlevés à la suite du changement dans le partitionnement de l'énergie du rumen. L'enlèvement des ionophores réduira également la tolérance des rations contenant des céréales puisque les ionophores protègent contre l'acidose. Avec un risque plus élevé d'acidose, nous pouvons prédire un taux de mortalité marginalement plus haut (0,75 %) et les rations ont besoin d'un contenu fourrager plus important avec de l'ensilage de maïs pour réduire le contenu céréalier. Dans le cadre de ce scénario, un plus gros ensilage de maïs réduit le coût d'engraissement, en autant que le bétail peut l'utiliser efficacement. Le nombre de journées d'alimentation peut être accru de 8 % par suite de la perte de l'amélioration reconnue de l'efficacité provenant des ionophores. Le surprix visant à compenser ce facteur doit atteindre de 1 % à 3 %. Dans les rations où l'on doit utiliser du maïs grain humide ou des céréales finement moulues, les exploitants des parcs d'engraissement devraient examiner d'autres options que les ionophores pour contrôler l'acidose, comme des quantités plus élevées de foin sec moulu ou même une solution-tampon de bicarbonate de soude.

On se débarrasse des aiguilles

Un scénario sans antibiotique est possible si les producteurs ont des réseaux de distribution conventionnels dans le cadre desquels les animaux traités peuvent être commercialisés pour ne pas refuser la prestation de soins nécessaires. Ceci assure le bien-être des animaux tout en offrant un système " naturel ".

Urée

L'utilisation de l'azote non protéique est un moyen très économique de répondre aux besoins en protéines de plusieurs rations. Certains programmes naturels jugent que l'urée de provende est acceptable tandis que d'autres croient qu'il s'agit d'un produit chimique non naturel. Lorsqu'il est permis, ce produit peut être une bonne option, même dans les rations qui ont une haute teneur en protéines (comme les céréales à distillerie), spécialement plus tard dans la période d'alimentation lorsque l'azote soluble est limitée dans le régime.

En conclusion

Le surprix requis pour assurer un scénario dans le cadre duquel des producteurs conventionnels de jeunes bœufs doivent produire du bétail " naturel " est autour de 4 % à 7 %. Ceci exige l'abandon des ionophores, des implants et des antibiotiques. Les rations doivent être reformulées pour tenir compte de diverses questions, comme la grosseur des particules et le contenu céréalier, puisqu'elles sont reliées au contrôle de l'acidose. Les protéines dans les rations doivent également être recalculées pour en étudier les besoins (en fonction de l'enlèvement des implants) et les sources possibles de protéines, y compris l'urée. Finalement, il faut tenir compte du niveau d'énergie dans les rations pour éviter de surfinir les animaux en n'oubliant pas les effets de partitionnement de l'énergie des ionophores et des implants. Les producteurs devraient examiner la possibilité d'avoir une quantité de fourrage plus élevée dans une " ration naturelle ". Il est peut-être temps de regarder à nouveau les résultats d'une recherche qui avait été réalisée en Ontario sur les rations de finition contenant beaucoup de fourrage.


Auteur : Christophe Wand - Spécialiste en nutrition bovins de boucheries/MAAARO
Date de création : 29 novembre 2007
Dernière révision : 29 novembre 2007

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