Les nématodes gastro-intestinaux dans les troupeaux vache-veau de l'Ontario

Nématodes gastro-intestinaux et vermifuges

Les nématodes gastro-intestinaux (NGI), aussi appelés vers ronds, sont assez fréquents chez les bovins de boucherie. Ils ont un cycle de vie simple passant par un seul hôte et ils se transmettent principalement par voie orale dans les pâturages. Le même animal hôte héberge généralement plusieurs genres et espèces de NGI. Parmi les plus communs chez les bovins, on trouve Ostertagia spp., Cooperia spp. et Nematodirus spp. La combinaison de NGI et leur nombre varient selon les animaux, les troupeaux et les régions géographiques.

Les infections de NGI peuvent inhiber la réponse immunitaire et modifier la motilité gastro-intestinale, la digestion et l'absorption, ces effets étant variables en fonction de l'espèce et de la résilience de l'hôte (1). Aujourd'hui, avec la généralisation des connaissances et de l'utilisation des produits anthelmintiques (ou vermifuges), dans les troupeaux de bovins, les signes cliniques du parasitisme par les NGI comme la perte de poids et la diarrhée sont peu communs. Ce sont les infections subcliniques (dont les effets ne sont pas nécessairement perceptibles) qui posent le plus de problèmes, ainsi que leurs répercussions sur le rendement du bétail.

La mise en place d'un programme de vermifugation dans les élevages de bovins de boucherie présente des avantages qui sont bien documentés. Deux des vermifuges les plus fréquemment employés dans le secteur bovin sont l'ivermectine (p. ex. IvomecMD, NoromectinMD) et le fenbendazole (p. ex. SafeguardMD). Les études font état de poids supérieurs au sevrage, avec des écarts de 7 à 22 kg (14,3 à 48,4 livres) (p < 0,05) (2,3), de l'accroissement des gains moyens quotidiens (3,4) ainsi que d'une amélioration de la production laitière et de la reproduction (5-7). Outre ces gains de production, on constate que la vermifugation apporte aussi des bénéfices économiques dans les élevages vache-veau (8,9). Toutes les variables liées aux animaux eux-mêmes, aux conditions météorologiques, à la géographie, au mode de gestion et aux niveaux d'infection ainsi que les marchés en évolution constante font qu'il est difficile de mesurer ces résultats.

Vos produits vermifuges ont-ils les effets escomptés?

La résistance aux produits vermifuges pose actuellement de gros problèmes aux producteurs de petits ruminants, notamment de moutons, plusieurs cas ayant été découverts dans les troupeaux de moutons de l'Ontario (10). Chez les bovins cependant, il n'y a pas de consensus sur l'existence de ce phénomène, les signalements de résistance aux vermifuges variant selon la catégorie de produit, l'espèce de NGI et la région géographique. Jusqu'ici il n'y a eu aucune publication sur la résistance au fenbendazole ou à l'ivermectine chez les bovins dans la province canadienne de l'Ontario.

Pour évaluer l'efficacité des produits vermifuges, on peut effectuer des tests de réduction des nombres d'œufs dans les matières fécales (FECRT), qui consistent à mesurer la proportion d'œufs ou d'adultes de NGI qui ont survécu au traitement. Pour ce faire, on effectue un décompte des œufs présents dans les matières fécales avant la vermifugation et 14 jours après.

œufs de NGI d'un échantillon de matières fécales, vus au microscope

Figure 1: œufs de NGI extraits d'un échantillon de matières fécales de vaches de boucherie pour un décompte

Pour faire faire un décompte des œufs dans un échantillon de matières fécales, les producteurs doivent consulter leur vétérinaire. Les échantillons doivent provenir d'au moins dix animaux différents et ils peuvent être mélangés. Les prélever à partir de bouses fraîches et les placer dans un sac propre. Les garder au frais et les remettre au laboratoire dans les 48 heures après le prélèvement. Pour permettre d'effectuer le décompte, il suffit d'un échantillon combiné de la taille d'une balle de golf.

Le point sur la recherche

En 2014 et 2015, au Elora Beef Research Centre de l'Université de Guelph, nous avons effectué un essai clinique randomisé sur les infections par les NGI. Les objectifs de l'étude étaient les suivants : 1) à partir de l'examen des caractéristiques épidémiologiques des NGI dans un troupeau vache-veau de l'Ontario, déterminer quel est le moment optimal pour la vermifugation, et 2) établir s'il existe une différence d'efficacité entre les deux produits vermifuges couramment employés en production bovine, soit l'ivermectine et le fenbendazole.

Au printemps de ces deux années, on a réparti 128 vaches et veaux de façon aléatoire dans trois groupes, un pour le traitement cutané par déversement d'un produit à base d'ivermectine, un pour l'administration orale d'un produit à base de fenbendazole et un sans traitement vermifuge. Les vaches et les veaux ont été traités au printemps et répartis de façon aléatoire sur un pâturage par rotation pour l'été. On a effectué un traitement par champ pour réduire les risques de contamination croisée.Vaches de boucherie au pâturage

Figure 2 : Animaux inclus dans l'essai sur un pâturage par rotation, au Elora Beef Research Centre

On a prélevé des échantillons fécaux et enregistré les poids et les notes d'état corporel (vaches) avant la mise au pâturage et à intervalles de 28 jours pendant toute la saison de pâturage. Les décomptes d'œufs ont été effectués par la technique dite Modified Wisconsin Sugar Floatation.

Au cours de ces deux années, on n'a relevé aucun cas de parasitisme de NGI de niveau clinique, tous les décomptes se situant au niveau subclinique. En moyenne, les décomptes d'œufs étaient plus élevés chez les veaux que chez les vaches. Pendant tout l'été, dans environ 25 pour cent des échantillons fécaux de veaux, le nombre d'œufs de NGI était nul ou indétectable, ce qui illustre bien le modèle de dispersion habituel de ces organismes dans un troupeau au pâturage. On considère généralement que 80 pour cent des parasites sont hébergés par seulement 20 pour cent des animaux. Chez les vaches et les veaux, les décomptes d'œufs marquaient un pic après deux mois de pâturage (p > 0,05). Cette constatation suggère qu'il serait peut-être préférable d'effectuer le traitement plus tard au cours de la saison de pâturage, vers la fin juin ou le début juillet, plutôt qu'au moment de la mise en pâturage. Cela pourrait avoir l'avantage de réduire l'infection sans pour autant entraîner chez les producteurs de bovins des complications pour ce qui est de la main-d'œuvre et des infrastructures.

Chez les animaux ayant subi un traitement vermifuge au printemps avant la mise au pâturage, le décompte d'œufs de NGI était significativement plus bas que chez ceux qui n'avaient pas été traités. Chez les veaux, on n'a relevé aucune différence de décompte entre les groupes traités au fenbendazole et à l'ivermectine (p = 0,42). Chez les vaches traitées au fenbendazole, le décompte était significativement plus élevé que chez celles traitées à l'ivermectine (p = 0,028), mais ces décomptes étaient très faibles chez tous les sujets. Au cours de cette étude, le traitement vermifuge n'a eu aucun effet sur le rendement des vaches ou des veaux, et il n'a eu aucun effet significatif sur le poids au sevrage non ajusté des veaux (p = 0,35) ni aucun effet sur les taux de gestation des vaches (p = 0,18).

La deuxième année de l'essai, nous avons aussi effectué le test FECRT pour rechercher des indices de résistance aux vermifuges. Nous avons utilisé quatre versions de différents modes de mise en œuvre de FECRT. Toutes les méthodes ont montré l'existence d'une résistance ou d'une résistance présumée aux deux catégories de vermifuges, les intervalles de confiance inférieurs étant tous < 90 pour cent selon les recommandations de Coles et al. (11). Comme il n'existe aucune valeur normalisée de FECRT pour le calcul de l'efficacité des vermifuges, les affirmations sur l'efficacité de ces produits doivent être interprétées avec prudence. Dans cet essai, nous n'avons observé chez les animaux aucun signe clinique de parasitisme par les NGI (p. ex. diarrhée, perte de poids, mâchoire en bouteille). Nous n'avons relevé que des infections subcliniques, et le traitement n'a pas permis d'améliorer le rendement. À la lumière de ces conclusions, on peut se demander si, dans des conditions comparables et avec des niveaux d'infection parasitaire semblables, le traitement des paires vache-veau apporte un quelconque bénéfice biologique ou économique.

Recherches à venir

Les décomptes d'œufs dans les matières fécales sont certes utiles aux producteurs et aux vétérinaires, mais peu de travaux ont porté sur la définition de ce qui constitue un niveau d'infection par les NGI faible, moyen ou élevé chez les bovins dans différentes régions de l'Ontario. Il faudra entreprendre d'autres travaux pour déterminer quel est le seuil d'intervention à partir duquel un traitement devient nécessaire. Les producteurs pourraient aussi bénéficier d'autres travaux sur la date du traitement et sur l'efficacité des produits vermifuges.

La résistance au fenbendazole et à l'ivermectine pourrait poser des difficultés au secteur bovin canadien à l'avenir. Les intervenants de ce secteur ont la responsabilité d'utiliser les produits vermifuges actuels de façon appropriée. C'est un argument de plus en faveur de l'élaboration, de la mise en œuvre de programmes de prévention des NGI dans les exploitations bovines et de leur suivi.

Remerciements

Nous remercions les membres du comité Paula Menzies, PhD, et Ken Bateman, PhD, du Department of Population Medicine, Ontario Veterinary College, Université de Guelph, l'Elora Beef Research Centre et le Conseil de l'adaptation agricole pour le financement accordé par l'intermédiaire de Beef Farmers of Ontario.

Références

  1. Craig TM. Impact of internal parasites on beef cattle. J Anim Sci. 1988;66:1565-9.
  2. Ciordia H, Plue RE, Calvert GV, McCampbell H. Evaluation of the parasitological and prodcution response of a cow/calf operation to an anthelmintic program with ivermectin. Vet Parasitol. 1987;23:265-71.
  3. Stromberg B, Vatthauer R. Production responses following strategic parasite control in a beef cow/calf herd. Vet Parasitol [Internet]. 1997;315-22.
  4. Guichon PT, Jim GK, Booker CW, Schunicht OC, Wildman BK, Brown JR. Relative cost-effectiveness of treatment of feedlot calves with ivermectin versus treatment with a combination of fenbendazole, permethrin, and fenthion. J Am Vet Med Assoc. 2000;216(12):1965-9.
  5. Hawkins J A. Economic benefits of parasite control in cattle. Vet Parasitol. 1993;46(1-4):159-73.
  6. Larson RL, Corah LR, Spire MF, Cochran RC. Effect of treatment with ivermectin on reproductive performance of yearling beef heifers. Theriogenology. 1995;44:189-97.
  7. Ravinet N, Bareille N, Lehebel A., Ponnau A., Chartier C, Chauvin A. Change in milk production after treatment against gastrointestinal nematodes according to grazing history, parasitological and production-based indicators in adult dairy cows. Vet Parasitol. Elsevier B.V.; 2014;201(1-2):95-109.
  8. Edmonds MD, Johnson EG, Edmonds JD. Anthelmintic resistance of Ostertagia ostertagi and Cooperia oncophora to macrocyclic lactones in cattle from the western United States. Vet Parasitol. Elsevier B.V.; 2010;170(3-4):224-9.
  9. Lawrence JD, Ibarburu MA. Economic Analysis of Pharmaceutical Technologies in Modern Beef Production in a Bioeconomy Era. 2007.
  10. Falzon LC, Menzies PI, Shakya KP, Jones-Bitton A., Vanleeuwen J, Avula J, et al. Anthelmintic resistance in sheep flocks in Ontario, Canada. Vet Parasitol. Elsevier B.V.; 2013;193(1-3):150-62.
  11. Coles GC, Bauer C, Borgsteede FH, Geerts S, Klei TR, Taylor M A, et al. World Association for the Advancement of Veterinary Parasitology (W.A.A.V.P.) methods for the detection of anthelmintic resistance in nematodes of veterinary importance. Vet Parasitol. 1992;44(1-2):35-44.

Pour plus de renseignements :
Sans frais : 1 877 424-1300
Local : 519 826-4047
Courriel : ag.info.omafra@ontario.ca