Utilisation des aliments par les vaches de boucherie en hiver

En Ontario, la plupart des vaches de boucherie sont alimentées en hiver avec une quantité importante de fourrages stockées. Même si le prolongement de la saison de paissance avec des graminées et des espèces fourragères annuelles stockées a réduit la longueur de la saison de l'alimentation dans de nombreuses fermes, il n'en demeure pas moins qu'il faut encore constituer d'importantes réserves de fourrages mis en balles ou hachés en prévision de la saison froide! La récolte et l'entreposage des fourrages et le transfert de ceux-ci en hiver pour alimenter le troupeau entraînent d'importantes dépenses, lesquelles peuvent représenter jusqu'à 50 % du coût d'entretien d'une vache. L'apport d'améliorations au système d'alimentation, même minimes, peut entraîner des économies importantes. Après tous les efforts consentis et les dépenses engagées pour stocker les fourrages, il devient important de s'assurer qu'ils sont utilisés efficacement par les animaux.

Pour s'assurer d'une utilisation efficace des aliments, il faut notamment :

  • alimenter chaque groupe d'animaux avec des aliments de la qualité requise;
  • assurer un suivi de la consommation apparente;
  • limiter le gaspillage des aliments;
  • comparer la quantité d'aliments servis à la quantité que les vaches devraient consommer.

L'efficacité des programmes d'alimentation hivernaux exige une compréhension optimale de l'utilisation des aliments.

Aliments pour animaux et terminologie

Les nutritionnistes utilisent un éventail de termes lorsqu'ils parlent d'aliments pour animaux et d'alimentation animale. Une bonne connaissance pratique de ces termes nous permettra d'utiliser les informations présentées dans les rapports d'analyse de laboratoire et les tableaux des besoins des animaux et de bien comprendre la régie de l'alimentation en général. Le tableau 1 présente une liste non exhaustive de ces termes et leur signification.

Tableau 1. Termes du domaine de l'alimentation et définitions

  • Tel que servi : Se dit du poids d'un échantillon d'aliment tel qu'il est servi à un animal, y compris l'humidité qui le compose.
  • En % de la matière sèche : Se dit du poids d'un échantillon d'aliment pour animaux une fois que l'eau qu'il contient s'est évaporée dans une étuve.
  • Ingestion de matières sèches : Se dit de la quantité de matières sèches que consomme un animal. La capacité d'une vache à ingérer des fourrages est principalement fonction du volume physique du rumen et de la vitesse à laquelle les aliments sont transformés dans le tractus digestif. Dans la plage de degrés d'humidité types des fourrages stockés, la quantité de matières sèches ingérée demeure constante. Ainsi, lorsque les aliments sont plus humides, la vache consommera moins d'eau.
  • Espace à la mangeoire : Se dit de l'espace dont dispose chaque vache pour manger à un point d'alimentation (mangeoire, mangeoire à balles ou, encore, balles ou meules servies sans moyen de confinement) lorsque tout le troupeau s'alimente en même temps.
  • Alimentation libre : Système d'alimentation faisant en sorte que les animaux ont des aliments à leur disposition pendant la majeure partie de la journée.
  • Alimentation rationnée : Système d'alimentation faisant en sorte que l'on sert une quantité précise d'aliments aux animaux pendant chaque période d'alimentation, quantité qui est inférieure à ce que les animaux consommeraient en alimentation libre.
  • Aliments servis : Quantité totale d'aliments retirés du lieu d'entreposage et déposés dans des mangeoires ou à des points d'alimentation.
  • Aliments consommés : Quantité d'aliments réellement consommés par les animaux, à l'exclusion des aliments gaspillés et refusés.
  • Aliments gaspillés : Aliments servis mais qui ne seront pas consommés du fait qu'ils ont été piétinés dans la boue et la litière et/ou souillés par du fumier ou de l'urine.
  • Refus : Aliments servis mais toujours présents dans la mangeoire lorsque vient le temps de servir de nouveaux aliments.
  • Consommation apparente : Quantité totale d'aliments retirés des lieux d'entreposage et servis aux animaux mais qui ne sont pas récupérés ni disponibles pour être servis ultérieurement.

Matière sèche

Toute bonne régie d'alimentation débute par l'établissement de prévisions précises quant à la quantité d'un aliment particulier que les vaches devraient consommer dans une situation donnée. Pour ce faire, il faut tout d'abord déterminer si les quantités d'aliments ingérés et leur contenu en substances nutritives seront calculées en fonction de l'aliment tel que servi (TQS) ou en fonction du pourcentage de matière sèche (MS).

Tous les aliments contiennent au moins une certaine quantité d'eau. Mais comme les substances nutritives (énergie, protéines et minéraux) ne sont présentes que dans la matière sèche, la quantité de nutriments consommés par la vache sera proportionnelle à la quantité de matière sèche consommée. Selon l'humidité des aliments, la vache boira plus ou moins d'eau - plus l'aliment sera humide, moins la vache boira. En général, la quantité maximale de fourrages qu'une vache peut consommer dépend de la capacité de celle-ci à ingérer des matières sèches et est indépendante de l'humidité des aliments.

Exemple de calcul de la matière sèche

Habituellement, les balles de foin " sec " présentent environ 15 % d'humidité et 85 % de matières sèches, tandis que le foin humide emballé peut afficher environ 45 % d'humidité et 55 % de matières sèches. Ainsi, lorsque nous plaçons une balle de foin sec de 4 X 5 pi sur une balance et que cette dernière indique 850 lb, le poids tel que servi de la balle sera de 850 lb. Qu'est-ce que cela signifie? En supposant que la balle contient 85 % de MS...

la quantité de matières sèches dans cette balle sera de :

850 lb TQS X 85 % MS = 723 lb de MS

et la quantité d'eau dans la balle sera de :

850 lb TQS X 15 % d'humidité = 127 lb d'eau

Si ce même fourrage avait été mis en balles humides emballées de 4 x 5 pi, le poids indiqué par la balance serait beaucoup plus élevé, à savoir 1 300 lb (poids tel que servi). Cependant, la quantité réelle de matières sèches serait toujours la même, soit 723 lb, le poids supplémentaire étant attribuable aux plus grandes quantités d'eau que contient le foin. Ainsi :

la quantité totale d'eau dans la balle de foin humide serait de : 1 300 lb TQS - 723 lb de MS = 577 lb d'eau;

le % de matières sèches dans la balle de foin humide serait de : 723 lb / 1 300 lb X 100 % = 56 % de MS;

et le % d'humidité de la balle serait de : 577 lb / 1 300 lb X 100 % = 44 % d'humidité.

En supposant que les balles de foin sec et humide ci-dessus contiennent le même matériel végétal (mêmes espèces, degré de maturité, etc.), les quantités de matières sèches ingérées par la vache seront également les mêmes, peu importe qu'il s'agisse du foin sec ou du foin humide, bien qu'il puisse y avoir une légère diminution dans le temps de la quantité de matières sèches ingérées pour le foin humide. Le poids total des aliments consommés par les vaches sera évidemment beaucoup plus élevé s'il s'agit de balles de foin humide.

Donc, si nous voulons mesurer la valeur nutritive d'un aliment, s'en servir pour combler les besoins des animaux et être en mesure d'effectuer des comparaisons avec d'autres aliments, nous devons avant tout considérer la teneur en substances nutritives de cet aliment en pourcentage de la matière sèche. De même, si nous voulons évaluer les quantités de nutriments absorbés par les animaux en fonction des quantités d'aliments ingérées, nous devrons convertir les poids réels (tel que servi) en équivalents matière sèche ingérée (MSI).

Estimations des quantités d'aliments ingérées

La quantité d'aliments que consommera un groupe d'animaux est une donnée essentielle pour procéder à l'évaluation des régimes alimentaires et des systèmes d'alimentation. La consommation d'aliments des vaches de boucherie est fonction d'un certain nombre de facteurs, y compris la taille corporelle, la condition physique et l'état physiologique (sèche, en lactation, gestante, etc.) des animaux, l'appétibilité et la digestibilité de l'aliment et la température ambiante. Le tableau 2 présente des lignes directrices utiles pour établir la capacité des vaches de boucherie à ingérer des matières sèches fourragères en % de leur poids corporel.

Tableau 2. Capacité des vaches de boucherie à ingérer des fourrages1,2

Type de fourrage et stade de maturité Stade de production
Capacité à ingérer des matières sèches
(% de poids corporel)
Faible qualité (<52 % d'UNT) Sèche
1,8 %
Lactation
2,2 %
Qualité moyenne (52 - 59 % d'UNT) Sèche
2,2 %
Lactation
2,5 %
Qualité élevée (>59 % d'UNT) Sèche
2,5 %
Lactation
2,7 %

1 Hibbard, C. A. et T. A. Thrift. 1992. J. Anim. Sci. 70:(Suppl. 2). (Abstr.).
2 Suppose que les besoins en protéines sont comblés dans le régime alimentaire.

L'augmentation de la quantité de fourrages ingérés est proportionnelle à la qualité de ceux-ci. Cette augmentation s'explique par l'effet combiné d'une appétibilité accrue et d'une plus grande digestibilité des fourrages de meilleure qualité, qui accélère la vitesse de passage dans le tractus digestif.

Regardons la prise alimentaire qu'une vache sèche de 1 400 lb en bonne condition corporelle devrait afficher en étant nourrie avec un foin de qualité moyenne dans un système en alimentation libre...

MSI = 1 400 lb X 2,2 % = 30,8 lb de matières sèches

Puisque nous avons une quantité exprimée en fonction de la matière sèche, nous devons la convertir en quantité d'aliments tels que servis afin de connaître la quantité réelle de foin consommée. Utilisons le foin dont nous avons parlé précédemment, qui contient 85 % de MS. Ainsi...

le poids tel que servi = 30,8 lb de MS / 85 % de MS = 36,2 lb de foin servies

Que se passerait-il si nous servions un fourrage de même qualité, mais humide au lieu de sec? La vache consommerait encore approximativement la même quantité de matières sèches (30,8 lb), mais le poids réel des aliments consommés serait beaucoup plus élevé.

Le poids tel que servi = 30,8 lb de MS / 56 % de MS = 55 lb de foin humide servies

Autres facteurs ayant une incidence sur l'ingestion de matières sèches

Outre la catégorie d'animaux et la qualité des fourrages, des facteurs environnementaux tels que la température de l'air et l'état de la cour peuvent avoir une incidence sur l'ingestion de matières sèches, peu importe le système d'alimentation. Le tableau 3 expose certains facteurs de correction à appliquer selon l'environnement.

Tableau 3. Ajustement des quantités de matières sèches ingérées selon les facteurs environnementaux1

Facteur environnemental Facteur de multiplication pour l'ajustement des quantités de matières sèches ingérées
Température moyenne quotidienne de l'air
25 à 35 °C
0,90
15 à 24 °C
1,00
5 à 14 °C
1,03
-5 à 4 °C
1,05
-15 à -6 °C
1,07
< -15 oC
1,16
Épaisseur de boue
Aucune ou minime
1,00
Moyenne (4,0 à 8,0 pouces)
0,85
Importante (12 à 24 pouces)
0,70

1 NRC 1987. Adapté de Predicting Feed Intake of Food Producing Animals.

Aliments ingérés vs consommation apparente

Lorsque les agriculteurs parlent des quantités d'aliments qu'ils servent à leurs vaches, ils font généralement référence à la quantité de fourrages retirée des lieux de stockage. Or, cette quantité sera toujours supérieure à que ce que les vaches consomment véritablement et ce, en raison de plusieurs facteurs, y compris :

  • les pertes de fourrages pendant le transport depuis le lieu d'entreposage;
  • les aliments piétinés sur le sol ou dans la litière;
  • les aliments souillés par du fumier ou de l'urine;
  • les aliments non consommés au moment de la distribution du lot d'aliments suivant;
  • les croûtes non comestibles enlevées sur balles avant la distribution.

Il est important d'avoir une bonne idée du rapport entre la consommation apparente et la consommation prévue. Un écart trop grand après ajustement pour le gaspillage habituel peut révéler certains problèmes du système d'alimentation qui devront être corrigés si l'on veut économiser des aliments et, par ricochet, de l'argent. Des quantités réellement consommées nettement plus faibles que prévu, après prise en compte du gaspillage, peuvent révéler l'existence d'un problème de qualité du fourrage. Le tableau 4 présente des lignes directrices pour l'évaluation des différents niveaux de consommation apparente.

Tableau 4. Interprétation de la différence entre la consommation apparente de fourrages et la consommation prévue1

% d'écart2 Interprétation
< 6 % Excellente utilisation des fourrages
6 à 10 % Très bonne utilisation; de légères améliorations doivent être apportées
11 à 15 % Bonne utilisation; quelques améliorations doivent être apportées
16 à 20 % Utilisation moyenne; d'importantes améliorations doivent être apportées
21 à 25 % Faible utilisation; des améliorations très importantes doivent être apportées
>25 % Très faible utilisation; une évaluation exhaustive du système d'alimentation s'impose

1Fourrages servis à des vaches de boucherie dans des conditions à la ferme normales
2 (Consommation apparente - Consommation prévue) / Consommation prévue X 100

Voici un exemple de scénario d'alimentation.

  • Groupe de régie de 50 vaches
  • Vaches pesant en moyenne 1 500 lb, en bonne condition corporelle, sèches, aux deuxième tiers de la gestation
  • Température quotidienne moyenne de -5 oC, aire d'alimentation à l'abri des vents dominants
  • Sol sec
  • Alimentation avec balles de foin sec de 4 pi sur 4 pesant 600 lb
  • Foin analysé : 84 % de MS et 54 % d'UNT (MS)

Quelle devraient être les quantités de matières sèches ingérées par ces vaches?

Consommation de matières sèches de base par les vaches :

MSI = Poids de la vache X % de MSI (par lb de poids vif)
MSI = 1500 lb X 2,2 %
MSI = 33 lb

Ajustement en fonction de la température quotidienne de l'air = 1,05

Ajustement en fonction de l'épaisseur de boue = 1,00

MSI par vache ajustée en fonction de l'environnement :

MSI = 33 lb X 1,05 X 1,00
MSI = 34,7 lb

Quelle devrait être la quantité réelle de foin tel que servi (TQS) consommée par ces vaches? Nous devons convertir la consommation de matières sèches estimée en quantité de foin servie.

Consommation TQS = MSI en lb / % MS du foin
Consommation TQS = 34,7 lb / 84 % de MS
Consommation TQS = 41,3 lb

Nous pouvons donc nous attendre à ce que chaque vache consomme 41,3 lb de foin par jour. Pour un groupe d'alimentation de 50 vaches, il faudrait alors :

41,3 lb X 50 têtes = 2 065 lb de foin

ce qui donne, en balles de foin :

2 065 lb / 600 lb = 3,44 balles de foin par jour

Le groupe consomme en moyenne 4,0 balles par jour, et une quantité très minime de foin reste dans les mangeoires. La consommation apparente d'aliments correspond-elle avec ce qui est prévu? Examinons la situation pour une vache....

Consommation apparente / tête = 4,0 balles X 600 lb / 50 têtes

= 48 lb / tête / jour

Nous avions estimé la consommation apparente de foin pour ce groupe à 41,3 lb / tête / jour. L'écart entre la consommation apparente et la consommation estimée est donc de :

Écart = Consommation apparente - consommation estimée

= 48 lb - 41,3 lb
= 6,7 lb

En pourcentage, on obtient :

Écart / consommation estimée X 100 %
6,7 lb / 41,3 lb X 100 % = 16 %

Ainsi, environ 16 % des aliments servis ne sont pas consommés par les vaches. Ce résultat correspondant à la catégorie d'utilisation moyenne (tableau 4), on peut conclure qu'il y a place à amélioration. Il serait intéressant d'observer de près le comportement alimentaire des vaches et de voir quelle quantité de foin sort de la mangeoire et est perdue sur le sol ainsi que quelle quantité de fourrage non consommé reste dans les mangeoires. Dans le cadre d'essais, on a évalué que le gaspillage de foin avec un système d'alimentation à balles rondes variait de 5 à 40 %, et que les pertes les plus importantes se produisaient lorsque les balles étaient déposées sur le sol. Vous pouvez comparer la conception de vos mangeoires avec celles de mangeoires évaluées dans le cadre d'un essai sur les pertes d'aliment si

Conclusion

L'examen de l'utilisation des aliments par votre troupeau de vaches au cours de l'hiver est une excellente initiative de gestion. En comparant la quantité d'aliments consommés à la quantité prévue pour votre élevage, vous aurez l'information nécessaire pour évaluer votre système d'alimentation et prendre des mesures correctives au besoin. Comme les aliments représentent une grande partie des coûts totaux, il est important de veiller à ce que la " consommation apparente " corresponde le plus possible aux besoins des vaches.

Références

i Consommation apparente vs consommation réelle : trouver un système d'alimentation efficace avec balles rondes, www.omafra.gov.on.ca/french/livestock/beef/facts/roundbales.htm.


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