Adaptation des bovins de boucherie au temps froid

Pour nous l'hiver est synonyme de neige, de vent, de froid, de hockey et de câbles de démarrage.

Dans la région tempérée de l'Amérique du Nord, l'hiver est une réalité difficile avec laquelle il faut composer. Pour la plupart des bovins de boucherie, cette saison apporte d'importants changements dans leur environnement. Contrairement aux éleveurs, ils ne peuvent se réfugier dans la cabine du camion pour échapper au temps maussade, ni boire un café chaud bien assis dans le tracteur, le chauffage au maximum en écoutant de la musique country!

Cependant, tout comme les fermiers qui enfilent des combinaisons chaudes doublées et des gants épais, les bovins peuvent aussi se préparer pour faire face au froid. À mesure que le mercure baisse à l'automne, les bovins voient leur pelage s'allonger, ce qui leur fournit un niveau d'isolation beaucoup plus élevé puisqu'un plus grand nombre de poches d'air est enfermé dans les poils. Toutefois, l'air (immobile) constitue un mauvais conducteur de chaleur, aussi une épaisse couche de microbulles d'air répartie dans leur pelage offre une couche protectrice qui retient la chaleur de l'animal. Au contraire, les bovins qui sont à l'intérieur d'une étable chauffée ne développeront pas de pelage d'hiver. Si on les déplace soudainement à l'extérieur au froid, ils seront vite incommodés et montreront des signes d'inconfort en beuglant et en piétinant sans relâche plutôt que de s'installer sur leur litière. S'ils sont laissés au froid, ces bovins développeront un pelage d'hiver en quelques semaines. C'est une bonne stratégie de les laisser s'adapter naturellement au temps qui se refroidit, ce qui aide à réduire le stress global des animaux.

Les boisés de ferme peuvent fournir une excellente protection contre le vent
Figure 1 : Les boisés de ferme peuvent fournir une excellente protection contre le vent

À l'intérieur d'une fourchette de températures ambiantes les animaux n'ont pas besoin de dépenser de l'énergie supplémentaire pour maintenir leur température corporelle. C'est ce que l'on appelle leur « zone thermoneutre ». À la température la plus basse de cette fourchette se trouve la « température critique inférieure ». En deçà de cette limite, un bovin doit dépenser de l'énergie supplémentaire pour ne pas avoir froid en frissonnant (au début) ou en produisant de la chaleur dans les tissus musculaires sans frissonner (aux stades suivants). La température critique inférieure est affectée par l'épaisseur de la robe et par le fait que celle-ci est sèche ou mouillée, entre autres facteurs. Le tableau 1 indique les valeurs des températures critiques inférieures selon diverses conditions.

Tableau 1. Températures critiques inférieures estimatives pour les bovins de boucherie*Estimated lower critical temperatures for beef cattle*
Description de la robe
Température critique inférieure
Robe d'été ou robe mouillée
16°C
Robe d'automne sèche
7°C
Robe d'hiver sèche
0°C
Robe d'hiver épaisse et sèche
-7°C

*Référence : modèle climatique Mesonet de l'Oklahoma State University, 2003

À mesure que la température ambiante descend sous leur zone thermoneutre, les bovins réagissent en augmentant leur rythme métabolique afin de produire davantage de chaleur corporelle, tout comme vous mettez le chauffage plus haut à la maison. Pour produire de la chaleur il faut du carburant. Le bétail trouve ce carburant dans les aliments ou en brûlant du gras corporel. Pour chaque degré Celsius en deçà de la température critique inférieure, il y aura une augmentation d'environ 2 % des besoins énergétiques alimentaires des animaux. On peut donner un surplus d'aliments, mais si la vache ingère déjà le maximum possible, on peut augmenter la densité énergétique de la ration.

Jusqu'ici, nous n'avons considéré que la température de l'air telle que le montre le thermomètre. Vous conviendrez après être sorti dans la cour un jour venteux de janvier que la température ressentie doit tenir compte à la fois de la température de l'air et de la vitesse du vent. C'est ce que l'on appelle le refroidissement éolien. C'est le résultat du mouvement relatif entre une surface chaude (une vache) et l'air ambiant. Même si les molécules de l'air sont individuellement de mauvais conducteurs de chaleur, si elles se déplacent en un mouvement constant sur une surface, des millions de molécules qui chacune éliminent une petite quantité de chaleur peuvent provoquer une perte de chaleur importante. De plus, ce déplacement de l'air dérange la couche limite de la vache, cette mince couche d'air au ralenti qui entoure les objets et agit comme un isolant. Quand cette couche limite est déplacée, sa valeur isolante est annulée et la perte de chaleur augmente plus vite. En réalité les premiers 10 kilomètres à l'heure (km/h) de vitesse du vent (de 0 à 10 km/h) ont un effet plus grand que la différence entre 30 et 40 km/h, à cause de la perte de la couche isolante initiale. L'effet du refroidissement éolien est illustré au tableau 2. Il donne l'équivalent de perte de chaleur quand l'air est calme par rapport à l'air qui se déplace à la même température mais à diverses vitesses du vent. Par exemple, avec le thermomètre à -20 oC' et la vitesse du vent à 15 km/h, la température ressentie serait presque de 30 oC'.

Tableau 2. Effets du refroidissement éolien - Équivalent de température quand l'air est calme, selon la vitesse du vent* Valeurs en degrés Celsius quand l'air est calme

Vitesse du vent, km/h
10° -5° -10° -15° -20° -25° -30° -35° -40° -45° -50°
10 8,6 0,4 -3,3 -9,3 -15,3 -21,1 -27,2 -33,2 -39,2 -45,1 -51,1 -57,1 -63,0
15 7,9 1,7 -4,.4 -10,6 -16,7 -22,9 -29,1 -35,2 -41,4 -47,6 -53,7 -59,9 -66,1
20 7,4 1,1 -5,2 -11,6 -17,9 -24,2 -30,5 -36,8 -43,1 -49,4 -55,7 -62,0 -68,3
25 6,9 0,5 -5,9 -12,3 -18,8 -25,2 -31,6 -38,0 -44,5 -50,9 -57,3 -63,7 -70,2
30 6,6 0,1 -6,5 -13,0 -19,5 -26,0 32,6 -39,1 -45,6 -52,1 -58,7 -65,2 -71,7
35 6,3 -0,4 -7,0 -13,6 -20,.2 -26,8 -33,4 -40,0 -46,6 -53,2 -59,2 -66,4 -73,1
40 6,0 -0,7 -7,4 -14,1 -20,8 -27,4 -34,1 -40,8 -47,5 -54,2 -60,9 -67,6 -74,2
45 5,7 -1,0 -7,8 -14,5 -21,3 -28,0 -34,8 -41,5 -48,3 -55,1 -61,8 -68,6 -75,3
50 5,5 -1,3 -8,1 -15,0 -21,8 -28,6 -35,4 -42,2 -49,0 -55,8 -62,7 -69,5 -76,3
55 5,3 -1,6 -8,5 -15,3 -22,2 -29,1 -36,0 -42,8 -49,7 -56,6 -63,4 -70,3 -77,2
60 5,1 -1,8 -8,8 -15,7 -22,6 -29,5 -36,5 -43,4 -50,3 -57,2 -64,2 -71,1 -78,0

*Référence : Colorado State University, 2004

Une forme en L, en T ou en triangle permet au bétail de se placer du meilleur côté pour se protéger à mesure que la direction du vent change. Comme le bétail passe beaucoup de temps aux mangeoires, il importe d'abriter celles-ci du vent. Si les distributeurs d'aliments sont placés dans une zone confortable, le bétail y passera le maximum de temps et consommera plus d'aliments, ce qui est bénéfique à la fois pour le bétail en croissance qui reçoit des aliments à haute teneur énergétique et pour les vaches d'hivernage qui consomment des fourrages grossiers. Mentionnons que toutes les étables à façade ouverte ne sont pas nécessairement de bons brise-vent. À moins que l'on tienne compte de l'influence des tourbillons et des tunnels de vent, le bétail peut trouver plus froid une étable semi-ouverte par temps venteux modéré que d'être simplement dehors dans la cour! Si les bovins se rassemblent dans un coin de l'étable un jour de vent, ou restent tous à l'extérieur, ils sont en train de vous signaler que les zones dans l'étable ne sont pas confortables. Vous devez penser à de meilleures structures de protection contre le vent.

Des écrans de plastique font d'excellents brise-vent pour les zones plus exposées.
Figure 2 : Des écrans de plastique font d'excellents brise-vent pour les zones plus exposées.

L'humidité joue aussi un rôle important dans la perte de chaleur. Contrairement à l'air, l'eau est un très bon conducteur de chaleur et si les poches d'air de la robe de l'animal sont remplies d'humidité, la perte de chaleur augmente de façon spectaculaire. Aussi, la robe d'un animal qui est mouillée par la pluie à l'extérieur ou par la condensation dans l'étable perd très vite sa valeur isolante et cette perte de chaleur est rapide. De même, la boue ou le fumier collés au pelage de l'animal le comprime, en élimine les poches d'air et remplit le reste de matière conductrice. Quand le bétail est mouillé, il a besoin d'un apport énergétique supplémentaire pour compenser le stress dû au froid, qui augmente de 4 % pour chaque degré Celsius en deçà de la température critique inférieure.

Le bétail doit être propre avant la prise de la glace. Des enclos frais, des cours bétonnées et des litières profondes favorisent la propreté du pelage. Après la prise de la glace la boue est moins à craindre, la pluie fait place à la neige qui a moins de pouvoir mouillant. À mesure que la température de l'air baisse, la neige devient plus sèche et elle est un meilleur isolant. Si le bétail a accès à une superficie relativement grande bien recouverte de neige, il peut s'étendre confortablement sans litière. En cas de cycles de gel et de dégel, un peu de litière serait probablement nécessaire.

En comprenant bien les principes de la perte de chaleur, les éleveurs sont en mesure d'aider Blanchette à faire face au temps froid. Les effets de la température de l'air, de la vitesse du vent et de l'humidité se combinent en une synergie nuisible qui multiplie la perte de chaleur. En assurant au bétail une bonne acclimatation à l'hiver, en le protégeant du vent et en minimisant l'impact de l'humidité les éleveurs peuvent grandement augmenter le confort de leurs bovins et maximiser la consommation d'aliments.


Auteur : Tom Hamilton - Chef de programme, Systèmes d'élevage/MAAARO
Date de création : 26 octobre 2006
Dernière révision : 10 mars 2009

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