Les avantages de l'alimentation complémentaire

Il peut être difficile pour un éleveur vache-veau (naisseur) de choisir de donner une alimentation complémentaire (ou à la dérobée) à ses veaux de boucherie, car il n'y a pas de réponse qui s'applique à tous les cas. Les éleveurs vache-veau doivent tenir compte de plusieurs facteurs importants pour faire un choix approprié et économique. L'alimentation à la dérobée présente à la fois des répercussions biologiques et économiques qui sont à prendre en compte simultanément.

Le système type de la production vache-veau en Ontario implique que les veaux nés au printemps sont gardés avec leur mère au pâturage pendant six à huit mois, c'est-à-dire jusqu'à ce que les veaux soient sevrés, ou vendus ou gardés pour la semi-finition. L'alimentation complémentaire est souvent introduite dans le but de compenser une réduction de performance attribuable à une baisse de la qualité des fourrages et une diminution du rendement du lait ainsi que pour augmenter le poids des veaux au sevrage. L'alimentation complémentaire est également recommandée pour réduire le stress des veaux au sevrage en les familiarisant à l'avance avec des aliments solides et appétissants; cette méthode est de plus reconnue pour réduire le taux de morbidité dans les parcs de semi-finition.

Le type d'aliments à donner à la dérobée dépend de la qualité des fourrages consommés par le veau. Plus un fourrage est indigeste, plus il se digère lentement, et plus la durée du transit dans le rumen est longue. Les fourrages très digestes, toutefois, sont rapidement éliminés et prennent peu de place dans le rumen. Par conséquent, les veaux consommant des fourrages très digestes et qui ont un accès à volonté à l'alimentation complémentaire ingèrent de plus grandes quantités de concentrés. Pour les producteurs, cela signifie qu'on doit donner aux veaux ingérant des fourrages de bonne qualité des aliments complémentaires hautement protéinés et pauvres en sel afin de limiter leur consommation, alors que les veaux qui consomment des fourrages de faible qualité devraient avoir accès à des aliments complémentaires hautement énergétiques et riches en éléments nutritifs en vue de compenser pour le peu d'énergie procurée par les fourrages de moindre qualité.

Une étude réalisée par Lusby et coll. (1986) a montré que le fait de limiter l'apport en aliments complémentaires à des quantités quotidiennes mesurées augmentait la performance de l'animal, le gain de poids par rapport à l'indice de conversion et la rentabilité. Par ailleurs, selon des recherches de Moreil et coll. (2017), des veaux de boucherie ayant un accès limité à l'alimentation complémentaire gagnaient 0,4 lb par jour de plus que des veaux sans alimentation complémentaire, les deux groupes broutant sur des pâturages semblables. Ces résultats coïncident avec les conclusions d'études antérieures.

Un excès d'aliments complémentaires chez les veaux peut donner des veaux trop lourds et trop gras. Les acheteurs rejettent habituellement les veaux trop gras parce que le niveau de nutrition de ces veaux jusque là est généralement supérieur au niveau qui leur sera procuré dans le cadre du programme de semi-finition. Dans le parc d'engraissement, les veaux ayant reçu trop d'aliments complémentaires croissent plus lentement, sont moins efficaces sur le plan alimentaire et leur finition coûte plus cher que celle des veaux qui se sont développés sous des conditions optimales. Cette situation peut être doublement pénalisante pour les producteurs qui vendent des veaux trop alimentés. Les vendeurs assument des coûts additionnels avec les animaux ayant reçu une alimentation complémentaire, mais risquent d'obtenir un prix inférieur à celui qu'ils reçoivent pour des veaux élevés sous des conditions idéales.

L'effet biologique de l'alimentation complémentaire est bien compris, mais les avantages économiques sont également importants pour les producteurs vache-veau puisque cela détermine si l'apport d'aliments alimentation complémentaire est justifié, même en présence d'un effet connu sur la productivité. L'impact économique est lié au coût de l'alimentation complémentaire, à l'indice de conversion et au prix du marché potentiel pour les veaux au poids cible à la vente. La rentabilité de l'alimentation complémentaire s'améliore avec l'augmentation du prix des veaux.

Tableau 1. Exemple de calcul visant à évaluer l'effet de l'alimentation complémentaire sur le prix reçu.

  Sans alimentation complémentaire Avec alimentation complémentaire
Poids au sevrage (lb)
500
550
Quantité d'aliments complémentaires (lb/veau)
0
300
Prix du veau ($/lb)
2,30 $
2,10 $
Valeur du veau ($)
1 100 $
1 155$
Coût de l'alimentation complémentaire @ 0,10/lb ($/veau)
-
30,00 $
Profits/pertes associés à l'alimentation complémentaire ($)
-
25,00 $

Le tableau 1 (ci-dessus) présente un exemple de calcul visant à évaluer l'effet de l'alimentation complémentaire comparativement à l'absence de celle-ci sur le prix reçu pour les veaux. Dans la présente situation, l'alimentation complémentaire a été rentable, puisque les veaux ainsi nourris étaient plus lourds au moment de la vente que les veaux n'ayant pas reçu une telle alimentation, bien que le prix à la livre des veaux avec alimentation complémentaire ait été moins élevé.

Pour évaluer le véritable impact économique de l'alimentation complémentaire, il est très important de comparer les gains de poids moyens obtenus réellement sans alimentation complémentaire et l'augmentation possible de gain de poids moyen quotidien avec ce même type d'alimentation. Si l'écart entre les gains de poids moyens avec et sans alimentation complémentaire est faible, il est peu probable que cette méthode soit rentable à moins que le coût des aliments donnés en complément soit peu élevé. Dans ce cas, l'apport de petites quantités de grains est utile pour faciliter l'entraînement des veaux à la mangeoire et pour aider à réduire le stress du sevrage. Il a été démontré que la baisse du taux de croissance après le sevrage chez les veaux mâles ayant reçu une alimentation complémentaire est moindre que pour les veaux femelles. On croit que cela pourrait s'expliquer par le fait que les veaux mâles ayant une conformation plus forte peuvent utiliser l'alimentation complémentaire de manière plus efficace que les génisses, ce qui favoriserait davantage l'augmentation de masse musculaire que le dépôt de gras.

Les programmes d'alimentation qui modifient les taux de croissance des animaux au cours d'un stade de leur développement exercent souvent un effet sur le stade de croissance suivant. L'effet de l'alimentation complémentaire sur la performance en post-sevrage semble dépendre de l'apport énergétique des veaux après le sevrage. Les veaux nourris d'aliments premier âge à des quantités visant des gains de poids modérés (1,5 lb par jour ou moins) en post-sevrage ont tendance à croître plus lentement que les veaux qui n'ont pas reçu ce type d'alimentation. Toutefois, lorsqu'on leur donne des rations de finition à haute valeur énergétique après le sevrage, les veaux en bon état qui ont reçu une alimentation complémentaire efficace consomment plus d'aliments et gagnent plus rapidement du poids au cours du premier mois parce qu'ils sont plus familiers avec la moulée et les mangeoires. Par conséquent, la réussite d'un programme d'alimentation complémentaire dépend de la gestion de la consommation, de la qualité des aliments complémentaires et de l'état de santé du veau pour chaque saison de pâturage.

Références

Jarrige, R., Demarquilly, C., Dulphy, J.P., Hoden, A., Robelin, J., Beranger, C., Geay, Y., Journet, M., Maltere, C., Micol, D. et Petit, M., The INRA fill unit system for predicting the voluntary intake of forage-based diets in ruminants: a review. Journal of Animal Science, 63 : 1737 - 1758, 1986.

Garcia, F., Agabriel, J. et Micol, D. 2007. Alimentation des bovins, ovins et caprins - Besoins des animaux - Valeurs des aliments, INRA 2 Éditions. Quare : Versailles, France, 2007.

Lusby, K.S., Comparison of limit-fed high protein creep feed and free-choice grain creep for spring born calves on native range. Oklahoma Agr. Exp. Sta Res. MP-118, 1986.

Lusby, K., Creep feeding beef calves. Oklahoma Cooperative Ext. Service. Circular E-848, 2010.

Viñolesa, C., Jaurenab, M., Barbieria, I., Do Carmob, M. et Montossia, F., Effect of creep feeding and stocking rate on the productivity of beef cattle grazing grasslands. New Zealand Journal of Agricultural Research, 56 : 279-287, 2013.


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